Quoi de plus passionnant que d’assister à l’éclosion d’un jeune talent ? Nous avions repéré il y a quelques mois Amandine Portelli en Chevalier Ramiro dans La Finta Giardiniera, le spectacle de l’Académie de l’Opéra national de Paris. Depuis elle a reçu le Prix de l’AROP pour sa saison 2024-25 et a été choisie parmi plusieurs centaines de candidats et candidates pour intégrer le Young Singers Project du Festival de Salzbourg cet été. Enjouée et faisant preuve d’une belle maturité malgré son très jeune âge (22 ans), la mezzo a répondu à nos questions depuis le 7e étage de l’Opéra Bastille, où elle répète des mélodies et airs, dont un duo de l’Italienne à Alger avec l’autre chanteur primé par l’AROP, Luis-Felipe Sousa, pour un second Salon Rossinien ce 28 mai.
Comment caractériseriez-vous votre voix en trois adjectifs ?
Amandine Portelli : Il faut que je fasse une synthèse entre ce qui nous est rapporté sur cette voix et ce que j’en perçois de l’intérieur. J’avancerai donc ceci : jeune (très changeante, évoluant chaque jour, bref un instrument que je dois me réapproprier sans cesse), fruitée comme un Sauternes très légèrement maturé et assez chaude, de par ma couleur de mezzo.
Après le Conservatoire de Bordeaux, que vous apporte l’expérience de l’Académie de l’Opéra de Paris depuis 2024 ?
Intégrer cette académie a d’abord été l’objet d’une discussion avec ma professeure de chant, Maryse Castets, pour savoir si j’étais prête à dix-neuf ans et après seulement cinq ans de conservatoire régional et une expérience dans la Maîtrise de Bordeaux. Mais je savais que j’allais être entre de bonnes mains, que j’avais la chance d’avoir Maryse Castets à deux heures de train. Cela a donc été une très grande joie d’entrer dans cette institution à laquelle je rêvais depuis que j’étais haute comme trois pommes (comme danseuse, il est vrai). Grâce à ma professeure de chant, j’ai découvert et développé ma voix lyrique, puis il y a eu l’expérience déterminante de l’Académie de l’Opéra de Bordeaux. A Paris, au milieu de chanteurs venus du monde entier, cela m’apporte beaucoup de voir ce qu’ils ont appris et expérimenté avant de venir à Paris. Ils sont pour la plupart diplômés en chant. Étant souvent plus âgés que moi, ils ont eu le temps de développer leur instrument et eux-mêmes en tant qu’artistes. C’est aussi très intéressant pour moi de travailler avec des chanteurs venus d’écoles et d’apprentissages de technique très différents, que ce soit d’Amérique ou d’Europe de l’Est par exemple. J’avais ressenti un bonheur extrême à chanter sur la scène de l’Opéra Garnier dans L’Enfant et les sortilèges avant d’être recrutée à l’Académie ; un plaisir réitéré lors des Concerts de Gala donnés à chaque début d’année.
Vous avez longtemps pratiqué la danse classique. Que cela vous apporte-t-il désormais ?
J’ai, il est vrai, d’abord rêvé de devenir ballerine à l’Opéra de Paris, l’ONP étant synonyme d’excellence également dans cet art. De la danse j’ai retenu le goût du travail, de l’exigence et du dépassement de soi, des atouts pour les chanteurs, auxquels il faudrait ajouter la gestion du stress et la coordination du corps. Je sais que l’aisance sur scène m’est naturelle. La scène a toujours été pour moi un endroit rassurant, qui me pousse à me transcender.
Quels sont vos rendez-vous et rôles à venir ?
Après le second Salon Rossinien fin mai, nous avons un spectacle issu du workshop le 26 juin avec la metteuse en scène en résidence, Yvonne Sembene, avec des extraits des rôles de Carmen, Médée et Lucrèce.
En ce moment, j’essaie de me concentrer sur Mozart et Haendel principalement. Ce sont des compositeurs qui déploient une écriture pour la voix qui, d’un point de vue technique, est adaptée à ce moment de ma carrière. Je pense aux personnages de Cherubino, Dorabella, Sesto et même Ruggiero, idéaux pour moi. En novembre 2026 je serai Mercédès dans Carmen à l’Opéra de Bordeaux et une Fille crétoise dans Idomeneo à Bastille en 2027. Dans un mois et demi, fin juin, je m’envole vers Salzbourg pour deux mois.
Comment est-on repérée pour l’Académie du Festival de Salzbourg ? Qu’en attendez-vous ?
J’ai envoyé une vidéo l’an dernier et Eva-Maria Wieser, la directrice de casting du Young Singers Project, m’a auditionnée à Salzbourg, mais elle avait alors déjà arrêté son choix. Elle m’a encouragée à proposer à nouveau ma candidature cette année et c’est un succès.
Fin juin, je vais commencer les répétitions de deux concerts dans ce festival si prestigieux, celui d’ouverture en juillet et le grand Gala des membres du YSP fin août avec le Mozarteumorchester de Salzbourg, sous la direction de Leo Hussain. Je vais également effectuer la prise de rôle de Philidel, l’Esprit de l’air, dans la version pour enfants du King Arthur de Purcell, adapté par Gordon Kampe. Je suis tellement ravie de découvrir de magnifiques artistes dans les spectacles du festival et me perfectionner au cours de trois masterclasses avec la mezzo Kate Lindsey, le ténor Julian Prégardien et le pianiste Malcolm Martineau !




