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	<title>Macbeth - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Macbeth - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Sep 2026 04:02:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra Royal de Wallonie ouvre sa saison avec une production spectaculaire de Macbeth réalisée par Stefano Poda qui, en plus de la mise en scène, a également signé les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie. Le rideau se lève sur un gigantesque mur blanchâtre qui occupe le fond du plateau. Flanqué de deux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra Royal de Wallonie ouvre sa saison avec une production spectaculaire de Macbeth réalisée par <strong>Stefano Poda</strong> qui, en plus de la mise en scène, a également signé les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie. Le rideau se lève sur un gigantesque mur blanchâtre qui occupe le fond du plateau. Flanqué de deux parois latérales et percé de sept ouvertures en forme de fenêtres, ce mur, orné de nombreux escaliers qui forment une sorte de labyrinthe, est constitués de corps humains grimaçants, empilés et entremêlés qui créent d&#8217;emblée un climat angoissant. Au centre du plateau, une vaste ouverture circulaire représente le chaudron des sorcières au premier acte. A l’acte suivant, cette ouverture est recouverte d’une paroi sur laquelle est tracé un triangle blanc, la pointe en bas, inscrit dans un cercle, sur laquelle est posée le trône de Macbeth. Ce symbole ésotérique qui préfigure la descente aux enfers de Macbeth, apparaitra de façon récurrente formé de néons suspendus dans les airs. Une cage métallique descend par moment des cintres pour enfermer un ou plusieurs personnages, Duncan mourant sur son trône par exemple. Au dernier acte un entrelacs de bâtons rougeâtres encercle Macbeth vaincu. La scène est le plus souvent plongée dans une semi-obscurité inquiétante, à l’exception du premier tableau éclairé de rouge, où l’on voit surgir les sorcières. Certaines occupent les escaliers, d’autres sont suspendues dans les airs, d’autres encore, rampent sur le sol dans une épaisse fumée blanche. Vêtus de costumes splendides aux teintes sombres, les personnages sont en perpétuel mouvement. La direction d’acteurs est extrêmement précise, Poda, qui sait ménager ses effets, ponctue le spectacle d’images fortes, comme le banquet du deuxième acte qui s’achève dans une orgie sanglante ou la scène du somnambulisme au cours de laquelle Lady Macbeth est assaillie par des hommes dénudés qui l’enveloppent au point de l’étouffer, autant de séquences parfois violentes qui impressionnent le public. Au salut final, le metteur en scène sera accueilli par une ovation méritée.</p>

<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" class="wp-image-220888" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Danse-c-J-Berger_ORW-Liege-1024x683.jpg" alt="" /></figure>

<p>La direction de <strong>Giampaolo Bisanti</strong> est en accord avec ce qui nous est montré. Le chef italien adopte des tempos contrastés, et impose aux musiciens un rythme soutenu, tel une course effrénée vers l’abîme. La partition adoptée est celle de la révision de 1865 pour Paris, ballet compris. Celui-ci, remarquablement chorégraphié par Poda s’intègre parfaitement dans la continuité de l’action. Saluons la prestation remarquable des chœurs préparés par <strong>Denis Segond</strong>.</p>
<p><strong>Bruno Silva Resende</strong>, <strong>Bernard Aty Monga Ngoy</strong> et <strong>Marc Tissons</strong>, tous trois membres du Chœur, livrent une prestation on ne peut plus honorable. <strong>Luca Dall’Amico</strong> est un médecin à la voix sonore et <strong>Alexandra Grigoras</strong> possède un joli timbre fruité que l’on aimerait réentendre dans un rôle plus important. <strong>Lorenzo Martelli</strong> ne démérite pas en Malcolm tandis que <strong>Matteo Desole</strong> rencontre quelques problèmes d’intonation dans son air « Ah la paterna mano », le trac de la première sans doute. <strong>Gianluca Buratto</strong> est un Banco de grande classe. Son timbre de bronze, sa voix puissante et homogène, son legato impeccable et l’émotion qu’il insuffle dans son chant font de son air « Come dal ciel precipita » un des grands moments de la soirée. Quant aux interprètes du couple maudit, ils font sur la scène du Théâtre royal de Wallonie des débuts éclatants. A la fois comédien, metteur en scène et chanteur, <strong>Luca Micheletti</strong> propose une interprétation théâtralement subtile et aboutie de Macbeth dès la lecture de la lettre au premier acte qui lui est confiée. Vocalement les moyens sont solides, et si le baryton s’est montré prudent au cours du premier tableau, adoptant un chant sans beaucoup de nuances, il a livré une scène finale particulièrement bouleversante. <strong>Ewa</strong> <strong>Plonka</strong> est la grande triomphatrice de la soirée, elle possède les moyens exacts du rôle qu’elle habite avec une conviction remarquable. La voix est large, les aigus sont percutants, le souffle inépuisable. La cabalette de son air d’entrée tout comme son brindisi, témoignent d’une maîtrise parfaite du chant orné, les vocalises sont précises, le trille impeccable. Sa scène du somnambulisme, couronnée d’un contre-ré piano, est interprétée avec un legato irréprochable. Théâtralement enfin, son personnage se révèle on ne peut plus convaincant. </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-liege/">VERDI, Macbeth &#8211; Liège</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Lise Davidsen : Verdi</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lise-davidsen-verdi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Sep 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tous les rôles de spinto verdiens sont là ou presque. Écrits dirait-on pour ses moyens vocaux, qui semblent sans limites… C’est un récital spectaculaire, &#8211; et de surcroît l’accompagnement orchestral qu’offre Edward Gardner à Lise Davidsen est à la hauteur de la démonstration de maîtrise vocale qu’elle déroule. La voix est longue, et le timbre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tous les rôles de <em>spinto</em> verdiens sont là ou presque. Écrits dirait-on pour ses moyens vocaux, qui semblent sans limites… C’est un récital spectaculaire, &#8211; et de surcroît l’accompagnement orchestral qu’offre <strong>Edward Gardner</strong> à <strong>Lise Davidsen</strong> est à la hauteur de la démonstration de maîtrise vocale qu’elle déroule.</p>
<p>La voix est longue, et le timbre des plus beaux, le souffle n’a pas de limite et la projection impressionnante se joue des tempêtes du <strong>London Philharmonic</strong>. L’art du chant est à son zénith. Aux dons de la nature s’ajoute pour certains rôles d’avoir connu le baptême du feu sur scène : Leonora, Elisabetta, Lady Macbeth *. On a attend un <em>mais</em>… Il viendra un peu plus tard, disons d’abord cet accomplissement, cette maturité, l’impression de perfection qu’elle donne.</p>
<h4><strong>Slancio</strong></h4>
<p>On peut évidemment souhaiter un peu plus de maléfice chez Lady Macbeth, les fameuses voix laides que Verdi disait préférer pour ce rôle, mais ce serait se plaindre que la mariée soit trop belle.</p>
<p>Le récitatif « Ambizioso spirto » (introduction frémissante des cordes et accords cinglants, tout cela mis en valeur par une prise de son où on retrouve la qualité Decca d’autrefois) commence par un <em>declamato</em> (la lettre) un peu grêle, mais annonce d’emblée la couleur : <em>maestoso</em> et à pleine puissance (comme la grande vocalise sur « retrocede », où Davidsen n’allège pas…)</p>
<p>« Vieni t’affretta » sur les batteries des cordes parcourt toute la tessiture avec une ampleur, une ligne, une puissance souveraines, dardant des<em> forte</em> cinglants. L’homogénéité dans tous les registres se joue des sauts de notes que Verdi multiplie pour caractériser la noire manipulatrice. Le son est constamment beau et plein, avec le <em>slancio</em> que Verdi réclame.</p>
<h4><strong>Sous le boisseau</strong></h4>
<p>La grande vocalise finale partant de « Que tardi » (double piano sur un <em>fa</em>) et montant vertigineusement jusqu’au <em>do</em> fortissimo atteste d’une technique qui n’a peur de rien. Un <em>ré</em> bémol pianissimo amène à la cabalette « Or tutti sorgete », particulièrement volcanique (Verdi note <em>con forza</em>, il est servi).</p>
<p>« La luce langue » fait alterner des sommets de puissance, et de fureur, et des passages <em>sotto voce</em> : c’est peut-être là, quand elle tient ses considérables moyens sous le boisseau que Davidsen intéresse le plus. Le <em>legato</em>, la plénitude du son dans les pianissimos plutôt que la virulence, la très belle phrase <em>sostenuta</em> « Ai trapassati regnar non cale », plutôt que l’explosion sur « O voluttà ».</p>
<p>La scène de somnambulisme, « Una macchia è qui tuttora » (Verdi note « sempre sotto voce », et triple <em>piano</em> sur « Una, due » et « Di sangue umano », il se méfiait des cantatrices) est justement fascinante parce que purement lyrique, expressive par des moyens seulement vocaux, mais quels ! <em>Legato</em> infatigable, grandes orbes, dynamique sous contrôle, avec des notes superbes, légèrement vibrées et <em>pianissimo</em>, et montée finale toute en douceur jusqu’au <em>ré</em> bémol. Très beau.</p>
<h4><strong>Quant-à-soi</strong></h4>
<p>La scène du gibet de <em>Un ballo in maschera</em>, est introduite par un prélude orchestral, ample méditation nocturne, mené par Gardner avec élégance et noblesse (beauté de la longue phrase des cordes reprenant celle de la flûte, pleins et déliés expressifs).</p>
<p>Le pathétique du récitatif, « Ecco l’orrido campo », tout en changements de registres, de tempo, de couleurs (vivacité des ponctuations de l’orchestre) amène à un « Ma dall’arido stelo divulsa », très habité dans le bas médium (chaud) en dialogue avec le cor anglais ; la ligne de chant, d’abord insinuante, s’anime peu à peu. Le sentiment d’attente, d’angoisse dramatique s’exprime à nouveau par des moyens uniquement vocaux, on dirait volontiers belcantistes, mais au prix d’une certaine retenue ou d’un certain quant-à-soi, – on ne peut s’empêcher de se souvenir de l’angoisse que Callas rendait palpable ou de la tellurique Leontyne Price…</p>
<p>Ce retrait, cette pudeur font toute la beauté poignante de l’air du III, « Morrò, ma prima in grazia » : là encore (sur les beaux contre-chants du violoncelle) le <em>legato</em> sans faille, les pianissimos toujours timbrés, le vibrato minuscule, les accents judicieux, des <em>messe di voce</em> et un son filé final de rêve, tout s’unit pour que s’insinue chez l’auditeur une mélancolie pénétrante.</p>
<h4><strong>Romantisme farouche</strong></h4>
<p>Les extraits de <em>La forza del destino</em> réservent des surprises, introduisant une rupture de ton. Portée par un Gardner survolté, rageur, Lise Davidsen déploie dans le récitatif « Son giunta » un romantisme farouche, une intensité, une urgence, qu’à vrai dire on n’attendait pas. La santé insolente de sa voix lui autorise tous les effets (notamment des aigus insolents), avant qu’elle ne montre dans « Madre, pietosa Vergine » une passion insoupçonnée et des ressources illimitées, dans le registre grave notamment (elle s’est crue mezzo à ses débuts) avant de terminer par un son filé impalpable (elle les fait très bien). Outre sa maîtrise, c’est son engagement qu’on aime ici (elle a chanté le rôle sur scène, et ça s’entend).</p>
<p>Belle lecture de « la Vergine degli angeli », séraphique. Le <em>cantabile</em> serein, porté par une impeccable homogénéité d’émission, plane très haut au-dessus du tapis très ample du chœur.</p>
<h4><strong>Allègement</strong></h4>
<p>D’autres couleurs apparaissent dans les deux extraits de <em>Don Carlo.</em> « Non pianger, mia compagna » commence dans le registre grave, mais sans craindre de faire entendre un vibrato parfois assez important, l’air monte sans cesse vers l’aigu, jusqu’au <em>la</em>, mais l’<em>ut</em> inférieur par lequel commencent toutes les phrases l’installe dans des couleurs automnales, – Davidsen a cela aussi dans son carquois.</p>
<p>Mais plus redoutable est bien sûr l’air du cinquième acte, « Tu che le vanità »</p>
<p>Très beau préambule, sombre, douloureux, par les cors superbes du London Philharmonic. Les larges premières phrases d’Elisabetta, impérieuses, tranchantes, s’allègent sur « piangi sul mio dolore », avant que les réminiscences des premières heures d’amour avec Carlo ne brisent leur noble phrasé hautain, presque glacé. Sur les frémissements des cordes, se souvenant de Fontainebleau, Davidsen y est alors à la fois touchante, émue, sensible, elle allège sa voix, monte vers de superbes aigus, avant que, royale à nouveau, elle ne s’exalte pour faire ses adieux à la vie et espérer la paix du tombeau.<br />
Retour magnifique <em>in fine</em> du « Tu che le vanità », enrichi de demi-teintes, de <em>portamenti</em> aériens, avant de s’achever <em>pianississimo</em> (sans que la voix ne perde rien de son velouté).</p>
<h4><strong>Magistrale, mais&#8230;</strong></h4>
<p>Miss Davidsen a tenu à faire figurer « Rintorna vincitor » sur ce cd, même si Aida ne fait pas partie de ses projets. On la comprend. Elle déploie toute son autorité dans les débuts violents de l’air.<br />
Mais le plus beau c’est sans doute l’épisode « I sacri nomi di padre » et surtout « Numi, pietà del mio soffrir », nouvel exemple de sa plénitude vocale dans les <em>pianissimi</em>, – avant un <em>messa di voce</em> à tomber et un ultime son filé.</p>
<p>On avait évoqué au début un <em>mais</em>, qui ne manquerait pas de venir&#8230; Les deux fois où l&rsquo;on avait pu entendre Lise Davidsen sur scène, on était resté sur la même impression qu&rsquo;ici : tout cela est magistral, maîtrisé dans tous ses aspects, néanmoins plus impressionnant qu’émouvant. Et on ne peut s&#8217;empêcher de se rappeler l&rsquo;émotion, le trouble, que suscitaient jadis, naguère, quelques voix inoubliables, et chacun a les siennes.</p>
<p>Mais là encore c’est se plaindre que la mariée soit trop belle. Alors qu&rsquo;on a la chance d’entendre quelque chose qu’on croyait à jamais disparu.</p>
<pre>* …ce dernier en concert seulement jusqu’ici, mais avec lequel elle ouvre la saison 2026-27 du Met le 22 septembre</pre>
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			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Martin Kušej est un metteur en scène talentueux qui s’est fait beaucoup plus rare sur les scènes d’opéra ces dix dernières années. Si nous gardions un très bon souvenir de sa Lady Macbeth de Mzentsk à l’opéra Bastille, on ne peut pas en dire autant de ce Macbeth munichois, créé en 2008 et déjà repris maintes fois, dont une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span data-contrast="auto"><strong>Martin Kušej</strong> est un metteur en scène talentueux qui s’est fait beaucoup plus rare sur les scènes d’opéra ces dix dernières années. Si nous gardions un très bon souvenir de sa </span><i><span data-contrast="auto">Lady Macbeth de Mzentsk</span></i><span data-contrast="auto"> à l’opéra Bastille, on ne peut pas en dire autant de ce </span><i><span data-contrast="auto">Macbeth</span></i><span data-contrast="auto"> munichois, créé en 2008 et déjà repris maintes fois, dont une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/du-sang-sous-les-gants/">en 2013</a>. On a le sentiment qu’il a voulu faire de l’effrayant à tout prix, voire du choquant, quitte à se détacher complètement du pourtant très bon livret de Piave. Dommage d’abord de faire chanter les sorcières en coulisse, l’impact de leur chant grinçant en est forcément amoindri et ce ne sont pas des danseurs qui se grattent, forniquent ou pissent qui pourront compenser. Leur incarnation sur scène est un groupe d’enfant muets sortis du </span><i><span data-contrast="auto">Village des Damnés</span></i><span data-contrast="auto">. Avouons n’avoir pas compris le lien avec le drame de Shakespeare. Le chœur des sicaires chante aussi en coulisse, et les danseurs s’amusent à mettre et retirer leur cagoule au gré de l’extinction des lumières. Tout le monde est coupable, vous comprenez. Et la mort est partout, d’où l’omniprésent tapis de crâne, à peine égayé par les déguisements médiévaux dérisoires des convives du banquet, ou par le lustre qui s’approche bien trop du sol. En revenant chez les sorcières, la tête de Banquo (dont Lady Macbeth a accouché à la fin du banquet) tombe des cintres et un chien vient la récupérer. Rires dans la salle. Reste cette tente à cour qui voit naitre les enfants, qui sera détruite par Malcolm lors du final et dont Macbeth tire un Macduff attaché à une laisse pendant que le chœur blafard chante </span><span data-contrast="auto">« Patria oppressa » entre les cadavres suspendus par les pieds : mais pourquoi diable ? On cherche toujours. Et les longues pauses entre chaque tableau n’ont pas suffi à nous fournir la réponse. </span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:279}"> </span></p>
<p><span data-contrast="auto">La donne musicale est un peu plus heureuse : à commencer par orchestre et chœurs très professionnels, dirigés par <strong>Andrea Battistoni</strong> qui joue habilement des contrastes de volumes et des changements d’ambiance. On aurait aimé davantage de furie et de prise de risque dans certaines scènes mais l’ensemble est très réussi. En Banco, <strong>Roberto Tagliavani</strong> expose une voix superbe mais son élocution manque d’angles et son jeu est bien peu excitant (cette mort mollassonne). Annoncé en remplacement quelques jours plus tôt, <strong>Jonathan Tetelman</strong> joue dans la même catégorie : « Alla paterna mano » est puissant, précis, le timbre est splendide, mais l’acteur use trop des poses stéréotypées pour réussir à émouvoir. </span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:279}"> </span></p>
<p><span data-contrast="auto">Est-ce que <strong>Gérald Finley</strong> est un baryton verdien ? Pas vraiment. Mais dans un autre rôle sa proposition aurait pu être intéressante. Ici il est hélas bien trop élégant, et souvent en manque de puissance pour incarner l’animal ambitieux puis chancelant, l’assoiffé de pouvoir traqué par ses hallucinations. Il n’y a que dans le dernier air résigné qu’il trouve des accents justes qui lui permette de rappeler quel immense chanteur il est toujours. Compagne attendue, la Lady Macbeth d’<strong>Asmik Grigorian</strong> impressionne bien davantage sans totalement convaincre : ayant bien compris le souhait de Verdi de disposer d’une « vociaccia », elle n’hésite pas à enlaidir son émission et en rajouter dans le monstrueux, aussi bien dans son jeu scénique que dans le volume de ses vociférations, quitte à souvent sacrifier la prononciation. Néanmoins elle manque de précision dans les coloratures pour assumer l’héritage belcantiste du rôle, même si on lui reconnait de notables efforts pour les trilles du banquet. Elle propose une vision originale du personnage, presqu’aussi angoissée que son époux, elle qui participe au meurtre du roi (elle l’achève alors qu’il essaye de s’échapper de la tente dans laquelle Macbeth a manifestement bâclé le travail). Le lancinant duo qui suit ce premier meurtre sera d’ailleurs son meilleur moment avec « La luce langue » dont elle souligne parfaitement le coté libidinal.  La scène de somnambulisme aurait pu être également très réussie si le metteur en scène n’avait jugé bon de la réduire à une simple confession à l’occasion d’une pause clope.</span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:279}"> </span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Luciano Pavarotti, The Lost Concert</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/luciano-pavarotti-the-lost-concert/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 12 juillet 1955, la <em>Società corale Gioachino Rossini</em>, sous la direction de Livio Borri, remporte la médaille d&rsquo;or du concours choral de Llangolen, petite ville du nord du Pays de Galles. Créée en mars 1887 à Modène, la formation a déjà une solide réputation internationale, couronnée de nombreux prix internationaux. Parmi les artistes du chœur, on notera un grand jeune homme de 19 ans : un certain <strong>Luciano Pavarotti</strong>. Il est d&rsquo;ailleurs venu avec son père.</p>
<p>Quarante ans plus tard, un Pavarotti sans doute un brin nostalgique reparaissait sur les lieux du festival pour un des gigantesques méga-concerts dont il s&rsquo;était fait une spécialité pendant sa seconde partie de carrière. Il n&rsquo;est pas venu seul et la <em>Corale Gioachino Rossini</em> est à nouveau de la fête. Les informations disponibles ne permettent pas de savoir si le programme est complet (et dans quel ordre il a été donné par rapport à celui choisi pour le présent enregistrement), mais il est copieux. Le ténor italien chante ici quelques uns des plus grands airs susceptibles de mettre en valeur sa voix à ce moment de son évolution vocale.</p>
<p>Le timbre est en effet plus sombre, avec des couleurs de violoncelle qui conviennent en particulier à Puccini, même s&rsquo;il n&rsquo;en a pas l&rsquo;aigu <em>spinto</em>. Le ténor ose par ailleurs le « Di quella pira » du <em>Trovatore</em> qui, même  transposé d&rsquo;un demi-ton comme ici, reste une vraie épreuve pour bien des ténors, en particulier en public. Possible effet du plein air, la voix manifeste quelques raucités dans le bas médium, tandis que l&rsquo;aigu reste en revanche toujours aussi somptueux. Les mélodies et chansons populaires sont incarnées avec le charme unique du <em>tenorissimo</em>, comme si elles avaient été écrites pour lui (notamment la très pavarotienne et peu courante  «Girometta » de Gabriele Sibella).</p>
<p>Le programme comporte d&rsquo;ailleurs d&rsquo;autres raretés relatives, comme l&rsquo;« Ave Maria, dolce Maria », co-écrit par Luciano Pavarotti et le compositeur Vittoriano Benvenuti ou l&rsquo;exubérant « La Mia Canzone al Vento » de Cesare Andrea Bexio. De 1955, deux courts extraits de compositions de la Renaissance ont été miraculeusement préservés (il s&rsquo;agirait <em>a priori</em> de tests de la formation avant le concours). Ils constituent les tout premiers enregistrements connus de la voix du <em>tenorissimo</em>, mais il est bien sûr impossible de distinguer sa participation au milieu d&rsquo;un ensemble d&rsquo;une impeccable homogénéité.</p>
<p>Enregistré par la BBC, le concert avait vu ses bandes égarées avant d&rsquo;être récemment retrouvées, d&rsquo;où son titre. Le coffret concocté par Decca est absolument somptueux, illustré par de magnifiques photos, et ravira les fans de cette voix d&rsquo;or.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="954" height="654" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/image-4.png" alt="" class="wp-image-210996"/></figure>


<pre style="text-align: center;">Trouvez Luciano ! © Decca</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/luciano-pavarotti-the-lost-concert/">Luciano Pavarotti, The Lost Concert</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Macbeth – Turin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-turin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Interrogé dans les années 50 sur l’évolution de ses tempi, Arturo Toscanini aurait répondu : « Je dirige de plus en plus vite car je m’approche de la fin » (« Dirigo sempre più in fretta perché mi avvicino alla fine »). Ce serait plutôt l’inverse en ce qui concerne Riccardo Muti qui offre avec &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Interrogé dans les années 50 sur l’évolution de ses tempi, Arturo Toscanini aurait répondu : « Je dirige de plus en plus vite car je m’approche de la fin » (« Dirigo sempre più in fretta perché mi avvicino alla fine »). Ce serait plutôt l’inverse en ce qui concerne <strong>Riccardo Muti</strong> qui offre avec ce nouveau <em>Macbeth</em> une conception assez opposée à celle de son enregistrement de 1976, démontrant une fois de plus la capacité du chef à continuellement approfondir sa conception d&rsquo;un ouvrage. <em>Macbeth</em> est en effet l&rsquo;opéra qu&rsquo;il a vraisemblablement le plus dirigé à la scène (la première fois en 1974 à Florence). Alors qu’il choisissait à l’époque une approche dynamique, parfois même un peu martiale, le chef napolitain offre ici des <em>tempi</em> plus étirés, notablement plus lents. On y perd une partie de l’urgence si caractéristique du jeune Verdi, mais au profit d’une ambiance générale plus sombre, finalement plus en adéquation avec la pièce de Shakespeare : dans cette vision renouvelée, la part du divertissement cède devant la noirceur d’un drame mortifère. Profond admirateur de l’auteur britannique, Giuseppe Verdi s’était toujours désolé de voir son <em>Macbeth</em> ne pas remporter le succès qu’il en escomptait, et encore plus de se voir accusé de n’avoir rien compris à l’œuvre du dramaturge. Dans l’approche de Muti, la musique s’installe comme une espèce de chape de plomb et renforce l’implacabilité du destin de Macbeth dès lors qu’il a choisi de supprimer Duncan. Cette interprétation permet de balayer les réserves qui ont pu être parfois formulées sur la maturité d’un compositeur encore jeune (33 ans) face à la profondeur du drame shakespearien. L&rsquo;orchestre du Teatro Regio répond pleinement aux intentions du chef, avec des pupitres homogènes et sans failles, offrant une belle structure aux couleurs moirées. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="570" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/14a.-MacbethG_phDanieleRatti_1880545-1024x570.jpg" alt="" class="wp-image-208911"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;"><strong>Luca Micheletti</strong> est un Macbeth d’un certain raffinement. Sans avoir l’amplitude vocale des grandes références du passé, le baryton lombard sait camper un personnage complexe, tant vocalement que théâtralement. Acteur subtil, il peut être tantôt halluciné, tantôt sûr de lui, mais aussi séducteur et toujours d&rsquo;une belle prestance. La voix n’est pas d’une grande puissance dans le registre aigu, les notes extrêmes étant habilement négociées, mais le timbre est chaud et l’artiste sait colorer son chant pour exprimer les émotions de cet anti-héros. <strong>Lidia Fridman</strong> semble se faire une spécialité des rôles meurtriers de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-stiffelio-plaisance/"><em>soprano drammatico d’agilità</em></a>. Le soprano russe a beaucoup progressé par rapport à sa prestation dans ce même rôle <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-parme/">au Festival Verdi de Parme en 2024</a>. La chanteuse est toujours aussi fine technicienne, avec des coloratures bien ciselées, un aigu tranchant sans acidité. Sans être torrentielle, la projection est correcte, et surtout homogène sur toute la tessiture. Le fameux contre-ré de la scène de somnambulisme, pierre d&rsquo;achoppement de bien des sopranos, est parfaitement exécuté, et comme le voulait Verdi, c&rsquo;est-à-dire <em>piano</em>. La chanteuse a une revanche approfondi dramatiquement le rôle, qui n&rsquo;est plus celui d&rsquo;une sorte de Turandot implacable et glaciale. Comme son partenaire, elle dessine un personnage multifacettes. La colère rentrée de la nouvelle reine à la fin de l&rsquo;acte I est parfaitement rendue, mais aussi sa passion amoureuse et, bien sûr, sa quasi-folie finale. <strong>Maharram Huseynov</strong> manque d&rsquo;impact en Banco, rôle pourtant éminemment payant. La musicalité du chanteur Azerbaïdjanais est certaine, mais la voix est davantage celle d&rsquo;un baryton-basse et manque de la résonance dans le grave. Très apprécié du public (et même de l&rsquo;orchestre), <strong>Giovanni Sala</strong> est un Macduff plus <em>lirico</em> que <em>spinto</em> (il chante d&rsquo;ailleurs aussi <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-munich/">Mozart</a>). Le chanteur est d&rsquo;une juvénilité rafraîchissante, mais la voix manque encore un peu de corps dans le bas médium. Son unique air, « O figli, o figli miei! » est chanté avec une belle expressivité. <strong>Riccardo Rados</strong> est tout à fait satisfaisant dans le court rôle de Malcom, avec une voix bien conduite et homogène. <strong>Chiara Polese</strong> est un luxe en Dame d&rsquo;honneur et on sent immédiatement le potentiel <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-beatrice-di-tenda-naples/">pour des rôles plus exposés</a>. Les comprimari (le médecin de <strong>Luca Dall&rsquo;Amico</strong>, le domestique d&rsquo;<strong>Eduardo Martínez</strong>, le sicaire de <strong>Tyler Zimmerman</strong> ou encore le héraut de <strong>Daniel Umbelino</strong>) sont impeccables et contribuent à l&rsquo;impression générale d&rsquo;homogénéité de la distribution. L&rsquo;excellent chœur du Teatro Regio est particulièrement sollicité dans cet ouvrage, en particulier scéniquement. Sous la direction de Muti, le célèbre « Patria oppressa » trouve une force émotionnelle renouvelée (une partie du public en réclamera d&rsquo;ailleurs le bis). C&rsquo;est ici l&rsquo;expression de la désolation la plus profonde, et non un simple morceau de bravoure un peu vain. La formation turinoise suscite également l&rsquo;enthousiasme de la salle avec la strette conclusive de la scène, « La patria tradita » qui déclenche les applaudissements avant même son terme orchestral. On appréciera enfin des voix d&rsquo;enfants superlatives, chantant juste (ce qui n&rsquo;est plus si courant) et aux timbres agréables.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22.-Macbeth-AP_phDanieleRatti_1870637-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-208920"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti</sup></figcaption></figure>


<p>La production de <strong>Chiara Muti</strong> est d&rsquo;une grande finesse, à la fois belle et intelligente. Comme l&rsquo;exposait la metteur en scène dans le dernier épisode de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dans-la-loge-de-chiara-muti-ep-5/?fbclid=IwY2xjawQLuEpleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEesO-OxIp-XVzOqf4N7KzWg4fIDQrJp1T8bxdyz_gklGe1bCf6XL6JUxLhTBM_aem_HiYyypH4Zgq_HD7rkrmDFA"><em>Dans la loge de&#8230;</em></a>, Macbeth est d&rsquo;abord victime de sa conscience, une fois son premier méfait commis. À un moment, un iris gigantesque viendra d&rsquo;ailleurs accentuer cette référence à Caïn. Alors qu&rsquo;on fait souvent de Macbeth un être veule, elle nous montre un personnage rongé par le doute, capable toutefois de se ressaisir, victime d&rsquo;hallucinations : ces clignements d&rsquo;yeux réguliers laissent penser qu&rsquo;il cherche à dissocier le réel du fantastique dans le monde tel  qu&rsquo;il le perçoit désormais depuis son crime. Lors de la seconde apparition des sorcières, il est manipulé comme une véritable marionnette puis se retrouve dépossédé de lui-même, apparaissant comme un simple histrion sur une scène de fortune (dont les feux se révèleront être des lampes manipulées par des démons), avant de se réveiller sur son trône. Il accepte bravement son sort fatal : il jette son épée et écarte les bras pour accueillir le coup de Macduff. D&rsquo;autre part, le couple maléfique n&rsquo;est pas ici animé que par le seul intérêt commun de la conquête du pouvoir : la sensualité qui les soude est également exposée. Sans rentrer plus avant dans les détails, l&rsquo;ensemble des rôles sont ainsi finement travaillés et les chanteurs peuvent probablement remercier Chiara Muti pour les progrès accomplis ! La metteur en scène porte également une attention particulière <em>aux</em> <em>chanteurs qui ne chantent pas (</em>si l&rsquo;on veut bien nous passer cette formule) : en effet, comme au cinéma ou au théâtre, le travail théâtral (et par conséquence l&rsquo;attention du spectateur) ne porte pas uniquement sur le personnage qui s&rsquo;exprime mais aussi sur ceux qui l&rsquo;écoutent, ce qui contribue à l&rsquo;impression d&rsquo;aboutissement de la production. L&rsquo;univers visuel est celui d&rsquo;un Moyen Âge idéalisé. Le décor d&rsquo;<strong>Alessandro Camera</strong> est spectaculaire tout en étant finalement simple : un pan incliné avec un trou enfumé en son centre, sorte de chaudron de sorcière qui déborde, avec des rideaux et accessoires qui viennent préciser les divers lieux de l&rsquo;action sans pauses inutiles entre les scènes, un théâtre d&rsquo;ombres. Les costumes d&rsquo;<strong>Ursula Patzak</strong> sont variés et splendides. Si les couleurs sombres dominent (<em>Black is the new black)</em>, les éclairages de <strong>Vincent Longuemare</strong> les rehaussent et participent à cette sensation un peu glauque de mystère étouffant. Les adeptes de l&rsquo;actualisation systématique seront ici légitimement déçus. Toutefois, le succès rencontré par l&rsquo;avant-première, destinée au jeune public, laisse à penser que celui-ci est davantage fasciné par un univers rappelant <em>Game of Thrones</em> ou <em>The Lord of the Rings</em> que par celui des toilettes de la Gare du Nord. La version donnée est celle de 1874. Le ballet en est heureusement conservé, ce qui offre un triple intérêt. Le premier est d&rsquo;entendre une excellente musique. Verdi était toujours réticent à l&rsquo;idée de composer ces pages, mais le cahier des charges de l&rsquo;Opéra de Paris l&rsquo;y contraignait. Il faut croire que cette obligation a pu avoir un effet paradoxalement positif car ces ballets (<em>La Peregrina</em> pour <em>Don Carlos</em>, <em>Les quatre saisons</em> pour <em>Les vêpres siciliennes</em>, ceux du <em>Trouvère</em> et d&rsquo;<em>Othello&#8230;</em>) sont musicalement remarquables, largement supérieurs à quelques uns des grands ballets classiques (1). Le deuxième intérêt est de voir ce ballet intelligemment intégré à l&rsquo;action : ici une inquiétante cérémonie où s&rsquo;opposent magie noire et magie blanche autour du fils de Duncan, Malcom enfant. Enfin, le ballet permet également d&rsquo;apprécier à nue la formation turinoise sous la baguette de Riccardo Muti. La chorégraphie de <strong>Simone Valastro</strong> (issu l&rsquo;École de danse de la Scala de Milan et ancien membre&#8230; du Corps de ballet de l&rsquo;Opéra de Paris) est efficace et bien exécutée, intelligemment en phase avec la musique (par exemple, Verdi écrit des traits saccadés pour les premiers violons et ceux-ci sont illustrés parallèlement par des secousses de rires des démons). Au global, la soirée une belle réussite. </p>
<ol>
<li>
<pre>Malheureusement, il n'y a guère qu'hors de Paris que l'on donne ces ouvrages avec leur ballet original. Un comble quand on se souvient qu'ils ont généralement été écrits pour le ballet de l'Opéra de Paris, et que cette institution dispose encore aujourd'hui d'une troupe à même de les interpréter. À défaut de metteurs en scène compétents, capables de les intégrer dans leur vision, ou pour ne pas alourdir des soirées souvent déjà fort longues (en ce qui concerne les opéras en cinq actes), on pourrait par exemple les donner sur la scène parisienne au sein d'un programme de ballets, éventuellement durant la même saison que l'opéra correspondant, voire même dans les décors conçus pour la partie lyrique. Signalons qu'en mai prochain la Scala de Milan proposera au public de découvrir le ballet écrit par Verdi pour la création bruxelloise de <em>Nabucco</em>.</pre>
</li>
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		<title>Dans la loge de&#8230; Chiara Muti &#8211; Ep. 5</title>
		<link>https://www.forumopera.com/dans-la-loge-de-chiara-muti-ep-5/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Edouard Brane]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 20:18:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l’issue de l’avant-première jeune, la metteuse en scène Chiara Muti nous invite à découvrir le plateau de sa nouvelle production de Macbeth de Giuseppe Verdi. L’occasion d’en apprendre davantage sur sa vision de ce chef-d’œuvre du répertoire italien et sur son approche de la mise en scène, résolument ancrée dans la tradition plutôt que &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p data-start="0" data-end="479">À l’issue de l’avant-première jeune, la metteuse en scène Chiara Muti nous invite à découvrir le plateau de sa nouvelle production de <em data-start="134" data-end="143">Macbeth</em> de Giuseppe Verdi. L’occasion d’en apprendre davantage sur sa vision de ce chef-d’œuvre du répertoire italien et sur son approche de la mise en scène, résolument ancrée dans la tradition plutôt que dans une relecture contemporaine.</p>
<p data-start="481" data-end="651" data-is-last-node="" data-is-only-node="">« Dans la loge de… » vous plonge dans les coulisses d’une maison d’opéra, en compagnie d’un(e) artiste qui vous fait découvrir l’envers du décor en un seul plan-séquence.</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Dans la loge de ... ep. V – Chiara Muti" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/gAYGCYOB4GU?start=6&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Busseto</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-busseto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En expert des coûts des productions d’opéra, Verdi déplorait la décision prise à Busseto de l’honorer en édifiant un nouveau théâtre à son nom, parce que l’édifice serait onéreux et l’entreprise sans avenir. Néanmoins il y participa financièrement, par un don et par l’acquisition d’une loge. C’est dans cette bonbonnière de trois cents places que &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En expert des coûts des productions d’opéra, Verdi déplorait la décision prise à Busseto de l’honorer en édifiant un nouveau théâtre à son nom, parce que l’édifice serait onéreux et l’entreprise sans avenir. Néanmoins il y participa financièrement, par un don et par l’acquisition d’une loge. C’est dans cette bonbonnière de trois cents places que le Festival Verdi 2025 présente la première version de <em>Macbeth, </em>celle qui fut créée à Florence en 1847.</p>
<p>D’emblée, le dispositif conçu de concert, on l’imagine, entre <strong>Manuel Renga</strong>, le metteur en scène, et <strong>Aurelio Colombo</strong>, qui signe décors et costumes, frappe par son importance si on le rapporte aux dimensions du lieu. L’ouverture de la fosse est invisible depuis les rangs d’orchestre, masquée par un large praticable dont les retours latéraux jusqu’au plateau augmentent l’espace disponible pour les déambulations des solistes. C’est ingénieux, de même que l’utilisation de grands rideaux permet les changements de lieu, les lumières d’ <strong>Emanuele Agliati</strong> contribuant à souligner avec les fumées de scène, parfois pesamment, les climats dramatiques. Le décor, outre le jeu des rideaux, change avec les accessoires, une niche carrée dans l’espace central cernant l’espace privé de Lady Macbeth, d’où elle peut rejoindre l’espace commun par un escabeau disposé à vue, et où surgira la vision effrayante lors du banquet. Certains détails restent sibyllins, comme les tracts ( ?) que se partagent les sorcières, ou les feuilles de métal, vigne, figuier, platane, main stylisée, aperçues de temps en temps.</p>
<p>On a noté, chez Manuel Renga, le respect étroit du texte, le jeu des personnages étant directement lié à ce qui est dit, par exemple quand Macbeth titube après la prédiction et que Banco le remarque. Manuel Renga porte-t-il la même attention à la musique ? Si la question se pose, c’est parce qu’il a donné à la chorégraphe <strong>Paola Lattanzi</strong> la latitude, pour nous excessive, de faire intervenir des danseurs, soit en groupe, soit seuls, même lorsque le découpage dramatique ne l’a pas prescrit, ce qui capte l’attention et la détourne de l’essentiel, le rapport entre le texte et la musique. Le talent des interprètes n’est pas en cause : il est indéniable et la chorégraphie surmonte bien l’écueil, de la répétitivité, même si l’entrée des esprits aériens en rampant a de quoi déconcerter. Mais ces présences et leurs évolutions, pour séduisantes qu’elles puissent être, nous ont souvent semblé gratuites et inopportunes. On s’est ainsi demandé si un déplacement de l’interprète de Macbeth n’avait pas pour but de tenter de s’imposer face à une animation parasite de son air « Pietà, rispetto, amor »</p>
<p>D’autant qu’elles s’ajoutent à celle, elle aussi souvent superflue pour le sens dramatique des scènes, de ces deux personnages féminins présents dès le début dont les voiles noirs pourraient être iraniens ou siciliens, dont on se demande encore quel lien ils entretiennent avec le déroulé de l’histoire, à part d’intriguer le spectateur. En revanche, le personnage mystérieux qui attire à lui le cadavre de Banco relève du surnaturel, mais la réalisation n’est-elle pas un peu trop « grand-guignol » ? Ainsi la réalisation oscille entre esthétisme – le cadavre du roi exposé façon Christ gisant – et obscurité – le panneau portant l’inscription en capitales VATICINIO, c’est-à-dire prédiction, dont on voit pas quelle précision il apporte à l’évidence.</p>
<p>Au-delà de ces aspects problématiques – comme l’étaient peut-être les costumes du chœur masculin pour le banquet, en décalage avec les tenues de soirée du chœur féminin, le choix de marquer les coupables de cet enduit qui de leurs mains homicides va s’étendre à leurs avant-bras – l’essentiel est dans la musique et dans les voix. Les élèves de l’Académie sont irréprochables, tant <strong>Melissa D’Ottavi</strong> en dame d’honneur de Lady Macbeth que <strong>Matteo Pietrapiana</strong>, domestique ou sicaire, ou encore <strong>Emil</strong> <strong>Abdullaiev,</strong> en médecin attentif, et évidemment <strong>Francesco Congiu</strong>, qui dans le rôle de Malcolm tient tête à Macduff, dans leurs échanges au dernier acte.</p>
<p>Ce Macduff est incarné par <strong>Matteo Roma</strong>, découvert il y a quelques années à Pesaro. Cherche-t-il à échapper à la case « tenore di grazia » où on l’enferme parfois ? Il donne à son air « Ah la paterna mano » une énergie virile certaine, comme si la colère était le seul sentiment à exprimer, et aussi  pour démontrer l’amplitude et la solidité de sa voix. C’est spectaculaire, impressionnant, et cela fait mouche sur le public. Attention toutefois à un certain relâchement dans la diction. <strong>Adolfo Corrado</strong> est attentif à la sienne, et la puissance de son émission, dans ce petit théâtre, lui fait camper de façon crédible et efficace Banco, le guerrier peu enclin à la spéculation qui ne comprend que trop tard le danger qui le menace.</p>
<p>Pourquoi le taire, la voix de <strong>Marily Santoro</strong> nous semble d’abord si claire qu’elle ne peut-être la Lady souhaitée par Verdi. Mais peu à peu, l’engagement de la chanteuse, son souci d’incarner le personnage, vont dissiper la réticence initiale. Sans doute les sons ne seront-ils jamais « laids » comme Verdi le souhaitait, jamais dans les joues ou dans la gorge, mais cela signifie que l’artiste use intelligemment de sa voix telle qu’elle est. Peut-être aurait-on aimé une scène de somnambulisme un peu moins expressionniste, mais le numéro est exécuté sans les excès de certaines. Le « Trionfai » est enlevé, brillant, même si la fluidité des volées ne subjugue pas. Globalement une bonne prestation, justement saluée au final.</p>
<p>Même succès pour <strong>Vito Priante</strong> pour ses débuts en Macbeth. Une fois Banco disparu, dont le volume et la profondeur de la voix pénalisaient un peu la sienne, ce chanteur scrupuleux cisèle son rôle et déploie ses moyens sans les forcer. Il semble très attentif à représenter l’évolution psychologique du personnage au gré de ses airs et gère au mieux son ampleur vocale en fonction de l’écriture du rôle.</p>
<p>Il est soutenu par la direction attentive de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, qui obtient de l’orchestre les sonorités alors « étranges », cordes doucereuses ou grinçantes, clarinette morbide, et des rythmes tranchants ou lancinants qui obsèdent. L’orchestre est vraiment le protagoniste duquel dérivent les autres et cette interprétation en est une saisissante preuve. Si la fosse est d’emblée dans le jeu, il faut aux artistes des chœurs un peu de temps pour que la précision du cercle des sorcières soit impeccable, et on l’aurait aimé plus discordant, mais le chœur masculin est irréprochable.</p>
<p>Succès pour tous, le public international étant pour la plupart conquis d’avance, dans sa joie d’être à Busseto !</p>
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		<title>Gala ODB Opéra – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=200305</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, le site francophone d&#8217;échanges entre les passionnés d&#8217;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&#8217;artistes hors de la sphère opératique. Comme en 2023 et 2024, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php">le site francophone d&rsquo;échanges</a> entre les passionnés d&rsquo;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&rsquo;artistes hors de la sphère opératique. Comme en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">2023</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris/">2024</a>, l&rsquo;après-midi est un véritable marathon lyrique avec un peu plus de quatre heures de concert. <strong>Erminie Blondel</strong> ouvre le bal musical. La jeune soprano fait partie de ces artistes dont la carrière commence à s&rsquo;épanouir, en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-la-nonne-sanglante-saint-etienne/">province</a> comme à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/duvernoy-la-tempete-paris-temple-du-luxembourg/">Paris</a>. Elle déploie un timbre fruité et une voix ample et bien projetée, homogène sur toute la tessiture, dans un air des <em>Pêcheurs de perles</em> impeccable de musicalité et qui donne envie de l&rsquo;entendre dans le rôle complet. <strong>Blerta Zeghu</strong> s&rsquo;attaque avec un réel tempérament dramatique à la difficile scène finale de <em>Roberto Devereux </em>puis interprètera avec une belle sensibilité deux mélodies de Tosti, où son beau timbre un peu sombre fait merveille. Originaire de Moscou, <strong>Serafima</strong> <strong>Liberman</strong> offre un timbre capiteux, une belle largeur de voix et une bonne projection. Elle chante en interprète habitée l&rsquo;air de <em>Iolanta</em> et une rare mélodie de Mili Balakirev sur un poème de Pouchkine (texte également mis en musique par Rachmaninov). Artiste confirmée, <strong>Pauline Courtin</strong> chante avec une grande sensibilité l&rsquo;<em>Adieu de l&rsquo;hôtesse arabe</em> de Georges Bizet et triomphe sans faiblir de la virtuosité de l&rsquo;air des bijoux de <em>Faust </em>dans lequel elle déploie une voix ample et bien homogène. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/choses-vues-et-chantees/">On rappellera son récent enregistrement consacré à Victor Hugo</a>. <strong>Adam Barro</strong> chante l&rsquo;air de Bartolo des <em>Nozze di Figaro</em> avec la rondeur d&rsquo;un vieux routier italien et une belle maîtrise du <em>canto</em> <em>silábico</em>. D&rsquo;origine arménienne, le baryton nous fait également découvrir un ample arioso extrait de <em>Davit Bek</em>, ouvrage populaire en Arménie mais inconnu en France. D&rsquo;origine portoricaine, <strong>Clara Luz Iranzo</strong> connait déjà un début de carrière internationale (Grèce, États-Unis). Sa <em>Thaïs</em> est chantée avec une voix exceptionnellement corsée dans ce rôle (pour préciser, on est plus proche de Caballé que de Sills ou Fleming). Pour ces mêmes raison, son premier air de Lucia, couronné par un puissant contre ré émis sans effort, est particulièrement impressionnant. La prononciation est impeccable et la caractérisation dramatique très sensible et variée. Appréciée lors de la précédente édition, <strong>Victoria Lingock</strong> est en progrès constant, avec un timbre rare à mi-chemin entre ceux de Jessye Norman et de Grace Bumbry et son air de Dalila ne manque pas de donner le frisson ainsi que son impérieux « Acerba voluttà » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em>. Les deux artistes se lancent ensuite avec énergie dans le premier duo de <em>Norma</em>. Le timbre d&rsquo;Iranzo est assez grave mais celui de Lingock l&rsquo;est encore plus, de fait les deux voix sont bien appariées offrant une coloration inédite pour un résultat captivant. <strong>Momo Jang</strong> chante avec musicalité et émotion la scène de folie d&rsquo;<em>I Puritani</em>, mais c&rsquo;est surtout dans son épatant « Martern aller Arten » de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> qu&rsquo;elle achève de nous convaincre, avec des coloratures impeccables et surtout un ambitus idéal (dans cet air impitoyable, combien de sopranos à l&rsquo;aise dans l&rsquo;aigu se trouvent à nu dans le grave, et inversement). <strong>Christophe Poncet de Solages</strong> chante le premier air du Duc de Rigoletto, « Questa o quella », avec une aisance pleine de charme, et offrira le tube de <em>Das Land des Lächelns </em>(<em>Le Pays du</em> <em>sourire</em> dans sa version française) dans une interprétation gorgée de soleil qui attire la sympathie. <strong>Marion Charlo</strong> triomphe avec aisance des vocalises de sa « Céleste providence », extraite du <em>Comte Ory</em>, se jouant des nombreux conte-ut piqués qui émaillent son air, avec une délicieuse voix de colorature à la française. <strong>Hugo Tranchant</strong> à le type de voix idéalement haut perchée pour incarner Beppe et se révèle plein d&rsquo;abattage dans le rondo de<em> La</em> <em>Grande Duchesse de Gérolstein</em>. <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, qui avait chanté <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-anne-lise-polchlopek-paris-cortot/">en récital la veille Salle Cortot</a>, nous fait la grâce de deux morceaux de style et de tonalité très opposés, qui lui permettent de démontrer la versatilité de son talent, la triste <em>Première lettre</em> de Chaminade, d&rsquo;une émotion à fleur de peau, et la pétulante « Tarántula », extraite de la zarzuela L<em>a Tempranica</em> d&rsquo;un bel abattage. <strong>Jean Bélanger</strong> est un Banco puis un Sarastro encore un peu verts mais les moyens sont là. <strong>Runji Li</strong> est encore très jeune mais séduit, dans la mélodie <em>Nina</em> (longtemps attribuée à Pergolese) par un timbre de ténor chaud et coloré. <strong>Aurélien Vicentini</strong> fait ses débuts public de contre-ténor avec le célèbre « Lascia ch&rsquo;io pianga » de <em>Rinaldo</em> de Haendel. Dans « E lucevan le stelle », <strong>Ismaël Billy</strong> a des petits airs de Juan Diego Flórez, avec un timbre plus corsé. <strong>May Chedid</strong> avait été une découverte lors de la première édition, chantant de manière un peu improvisée une mélodie libanaise <em>a</em> <em>cappella</em>. Elle nous offre cette fois deux belles mélodies, de Fauré et Tosti, chantée avec musicalité et où l&rsquo;on sent le développement harmonieux de la voix. Également présente au premier gala, <strong>Claire</strong> <strong>de</strong> <strong>Monteil</strong> a depuis vu sa carrière se déployer (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/vrais-debut-de-claire-de-monteil-a-la-scala/">on se rappelle de ses débuts inattendus à la Scala</a>). La voix s&rsquo;est élargie, gagnant aussi en puissance sans rien perdre en aigu. Elle nous offre une splendide interprétation de l&rsquo;air d&rsquo;entrée de Leonora dans<em> Il trovatore</em> (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">un ouvrage qu&rsquo;elle a chanté à travers l&rsquo;Italie l&rsquo;année dernière</a>). Elle démontre une nouvelle fois ses affinités avec la musique de Kurt Weill avec la glaçante chanson « Je ne t&rsquo;aime pas ». Dans le redoutable « Si ritrovarla io giuro » de <em>La Cenerentola</em>, <strong>Mali Zivcovic</strong> offre une impressionnante cascade de suraigus (plusieurs contre-ut et un contre-ré) et une belle aisance dans la vocalisation. Par contraste, son <em>Werther</em>, trop central à ce stade mais dont il a assurément le physique, le met moins en valeur. En Anna Bolena et en Micaela, <strong>Fanny Utiger</strong> offre un timbre chaud et une remarquable aisance dans l&rsquo;aigu et de beaux graves sans efforts, alliés à une belle incarnation dramatique. <strong>Raluca Vallois</strong> sait nous faire sourire avec une <em>Belle Hélène</em> à la voix charnue et puissante, et à l&rsquo;aigu généreux. La jeune <strong>Anaëlle Gregorutti</strong> se lance avec intrépidité dans l&rsquo;air de Farnace du <em>Mitridate</em> de Mozart, avec une voix corsée, à l&rsquo;aigu puissant, et conclut le programme avec la délicieuse <em>Heure</em> <em>exquise</em>, non dans la version de Reynaldo Hahn mais dans celle, tout aussi élégante et plus rare de Régine Poldowski.</p>
<p>Le programme intégrait également la lecture de trois beaux poèmes d&rsquo;<strong>Hanna Rees</strong>, moment de grâce trop fugitif. Ceux-ci sont  <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.amazon.fr/Haïkus-à-française-Hanna-Rees/dp/2310014346/ref=sr_1_5?dib=eyJ2IjoiMSJ9.jKKCN5JZZmFXGMUcAtntS7sBUIYJFEiguSCbD9gp5V6lrFtfrJfQNNOkocCEqN4zsxy_Il5hmrNBo-l5jKMYGfF8l-PuZVyFfxej_1xvGUwktY-0jAqD-S7lqXVuRiuG.lY4fEg0VCmx0GOMsJWN0At8icONpKNijGwzAeT4Vnt4&amp;dib_tag=se&amp;qid=1759055463&amp;refinements=p_27%3AHanna+Rees&amp;s=books&amp;sr=1-5&amp;text=Hanna+Rees">extraits de ses <em>Haïkus à la française</em></a>, et dits par leur auteur. Le dernier d&rsquo;entre eux évoque avec force et sensibilité le choc éprouvé par Hanna Rees <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/regards-sur-beatrice-uria-monzon-elle-etait-solaire/">à l&rsquo;annonce de la mort de Béatrice Uria Monzon</a>.<strong> Isabelle Carrar</strong> a fait résonner l&rsquo;esprit du Quartier Latin avec trois belles chansons extraites des répertoire de Barbara et de Juliette Gréco (on pourra l&rsquo;entendre en récital à Senlis le 9 octobre prochain à la Maison Léo Delibes, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://villaduchatelet.com/concerts/">Villa du Châtelet</a>). Le soprano et professeur de chant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.linkedin.com/in/anne-julia-audray-471b6bb1/">Anne-Julia Audray</a> a présenté son recueil de sélections d&rsquo;airs (opéra, oratorio, mélodie, chanson ou comédie musicale), <em>Opera</em> <em>Singing</em>, pour jeunes et moins jeunes chanteurs. L&rsquo;idée est de permettre à des artistes de ne pas être obligés de voyager avec plusieurs partitions et de se concentrer sur celles susceptibles de les mettre en valeur. À titre d&rsquo;exemple, même les chanteurs enfants y trouveront des airs leur permettant de mieux briller lors de leurs auditions. Les morceaux sélectionnés comportent plusieurs versions chantées traduites. L&rsquo;après-midi était animée par Jérôme Pesqué, « patron » d&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://odb-opera.com/">ODB-Opéra</a>, et par <strong>Stéphane Sénéchal</strong> qui a apporté quelques moments de décompression avec ses incarnations de Funny Truche (soprano influenceuse) et de la Stromboli (diva à la carrière plus brève que son bagout !). Et l&rsquo;on n&rsquo;oubliera pas de remercier et de féliciter les quatre pianistes qui se sont succédé pour accompagnés les artistes dans ce programme particulièrement éclectique (et comportant beaucoup de raretés), et sans lesquels ce concert n&rsquo;aurait pu avoir lieu : <strong>Maxime Neyret</strong>, <strong>Matteo Carminati</strong>, <strong>François Bettencourt</strong> et <strong>Arnaud</strong> <strong>Kérébel</strong>. Le spectacle était donné au profit de la <em>Ligue contre le cancer.</em></p>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Revoir une production qu’on a beaucoup aimée et qui a laissé des traces pérennes dans les mémoires, c’est évidemment prendre le risque de la déception ; confronter des souvenirs enthousiastes à la réalité peut parfois s’avérer douloureux. Rien de tel pourtant ici, et tout ce que j’écrivais avec ferveur il y a deux ans sur le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Revoir une production qu’on a beaucoup aimée et qui a laissé des traces pérennes dans les mémoires, c’est évidemment prendre le risque de la déception ; confronter des souvenirs enthousiastes à la réalité peut parfois s’avérer douloureux. Rien de tel pourtant ici, et <a href="https://www.forumopera.com/wp-admin/post.php?post=139413&amp;action=edit">tout ce que j’écrivais avec ferveur</a> il y a deux ans sur le Macbeth mis en scène par <strong>Krzysztof Warlikowski</strong>, j’y souscris toujours aujourd’hui, entièrement.</p>
<p>Je prendrai donc la liberté de renvoyer le lecteur à mon article d’alors pour tout ce qui a trait à la description du spectacle et aux intentions du metteur en scène : c’est le désir inassouvi d’une descendance qui conduit le couple Macbeth à l’escalade d’exactions nécessaires pour prendre le pouvoir, pour le garder et qui conduit ensuite à la déchéance puis à la folie, si bien décrites par la mise en scène. Est-ce le fait que l’effet de surprise n’y est plus, ou qu’on s’habitue aux pires horreurs, les outrances du spectacle m’ont paru moins criantes, moins gratuites que lorsque je les ai vues pour la première fois. D’autres références cinématographiques me sont aussi apparues, au-delà des citations explicites tirées de Pasolini, on ne peut pas ne pas penser, par la façon dont sont traités les enfants, comme des adultes en miniature, à Peter Greenaway dans <em>Le cuisinier, le voleur sa femme et son amant</em>.</p>
<p>L’obsession des chemises tachées de sang, d’un sang qui n’est soluble dans rien et qui finit par maculer tant Lady Macbeth que son mari comme image de la faute originelle, les références à la fuite en Égypte ou au massacre des Saints Innocents filmés par Pasolini, bref les références bibliques, me sont aussi apparues plus clairement à la deuxième vision. Mais tout cela ne fait que confirmer l’impression générale d’un spectacle extrêmement riche, où il se passe sans cesse plusieurs choses à la fois, où chaque détail fait sens, le tout porté à l’échelle grandiose du Grosses Festspielhaus (près de 2.200 places) dont Warlikowski élargit encore l’espace en utilisant abondamment les deux proscéniums situés de part et d’autre de la scène principale pour y disposer les chœurs.</p>
<p>Et si sur la scène, quasi rien n’a changé, qu’en est-il de la distribution ?</p>
<p>Dominant largement le casting vocal, <strong>Asmik Grigorian </strong>(Lady Macbeth) reste éblouissante, totalement investie dans le rôle. Sa prestation ne connait aucune faiblesse, on pourrait citer chacun de ses airs comme un exemple de présence à la fois vocale et scénique. Elle éblouit sans cesse par sa solidité, sa projection et sa détermination à incarner le rôle de façon radicale, c’est à cela (notamment) qu’on reconnait les grands artistes.</p>
<p>On retrouve aussi le Macbeth de <strong>Vladislav Sulimsky, </strong>avec les mêmes petites réserves qu’en 2023, ayant trait principalement à une voix moins puissante qu’attendu, mais qui se développe en cours de représentation, alors que la mise en scène le montre de plus en plus diminué physiquement, coincé dans un fauteuil roulant. Son appel à prendre les armes, à la fin de l’acte IV est à la fois poignant et dérisoire, magnifique. Toujours investi du même rôle de Banco, <strong>Tareq Nazmi</strong> fait une très forte impression vocale, il dépasse en volume et en impact la prestation de Sulimsky, avec une surprenante richesse de timbre. L’air « come dal ciel precipita » dans lequel il prend congé de son fils au début de l’acte II est magnifique de noblesse, à la fois poignant et somptueux.</p>
<p>Mais il y a aussi des nouveaux venus dans cette production : les deux ténors <strong>Charles Castronovo</strong> (Macduff) et <strong>Davide Tuscano </strong>(Malcolm) ne figuraient pas dans la distribution initiale. L’américain Charles Castronovo, né à New-York mais qui a fait ses études en Californie, a fait forte impression. La voix s’impose facilement, brillante et claire, et il a une sorte d’autorité naturelle qu’il transmet généreusement au rôle. Tuscano, italien comme son nom l’indique, voix puissante également, au caractère plus réservé, a déjà abordé dans sa jeune carrière plusieurs rôles verdiens, dont il semble vouloir se faire une spécialité. La jeune mezzo moldave <strong>Natalia Gavrilan</strong> complète impeccablement la distribution dans le rôle de la femme de chambre de Lady Macbeth.</p>
<p>La prestation des chœurs est remarquable de bout en bout, par la masse des troupes réunies, tout d’abord, qui débordent de partout et forment une cohorte compacte très impressionnante, par la qualité du travail de détail ensuite, très perceptible par exemple dans le magnifique chœur aux accents patriotiques « Patria oppressa » au début de l’acte IV, qui voit les écossais dénoncer la tyrannie de Macbeth devant un décor vidéo d’arbres agités par les vents. A ce chœur très vaste, sont encore adjoints un nombre considérable de figurants, dont énormément d’enfants, très présents dans cette mise en scène, et tous dirigés très sobrement (sauf au moment des saluts, où visiblement ces malheureux n’avaient pas reçu de consigne…).</p>
<p>C’est un <strong>Philippe Jordan</strong> très à son aise qui dirige le Philharmonique de Vienne, excusez du peu, la qualité des orchestres étant, en plus des castings fabuleux, un des atouts non négligeables de Salzbourg. Et il faut sans doute attribuer à la chaleur ambiante les quelques écarts d’intonation entendus aux cuivres tout au début de la soirée, vite corrigés pas la suite.</p>
<p>Alors que toute l’équipe musicale, solistes, orchestre et chœurs étaient très chaleureusement applaudie, le public volontiers conservateur de Salzbourg a réservé un accueil très mitigé à Warlikowski et sa troupe, on pouvait s’y attendre.</p>
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		<title>Kévin Amiel, Backstage</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/kevin-amiel-backstage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La France (et la Belgique) furent longtemps terres de ténors. Le baroque français inventa la haute-contre, Joseph Legros fut son plus célèbre représentant. Le romantisme vit Adophe Nourrit briller au firmament lyrique (il créa le Comte Ory, Arnold dans Guillaume Tell, Robert le Diable, Raoul des Huguenots, Eléazar dans La Juive), avant que ne vienne &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La France (et la Belgique) furent longtemps terres de ténors. Le baroque français inventa la haute-contre, Joseph Legros fut son plus célèbre représentant. Le romantisme vit Adophe Nourrit briller au firmament lyrique (il créa le <em>Comte Ory</em>, Arnold dans <em>Guillaume Tell</em>, <em>Robert le Diable</em>, Raoul des <em>Huguenots</em>, Eléazar dans<em> La Juive</em>), avant que ne vienne le détrôner Gilbert Duprez, le fameux « inventeur » &nbsp;du contre-ut de poitrine qui stupéfia le public dans <em>Guillaume</em> <em>Tell</em>. Les ténors légers, les demi-caractères, les lyriques sont légions, l&rsquo;opéra-comique, qui est un genre typiquement français, ayant sans doute favorisé leur développement. Parmi les artistes dont les enregistrements ont conservé la voix (qu&rsquo;on peut notamment retrouver en repiquage chez Malibran-music), et qui avaient souvent une diffusion internationale, on pourra citer Victor Capoul, Émile Scaremberg, Fernand Ansseau, Edmond Clément, Louis Cazette, Edmond Gluck, Charles Fontaine, David Devriès, Albert Vaguet, Léon Campagnola, Robert Lassalle, André d’Arkor, Raymond Berthaud, Émile Marcelin, Lucien Muratore (qui fit une seconde carrière avec des films musicaux), Gaston Micheletti, Georges Liccioni, Henri Legay, Michel Cadiou, André Mallabrera (et on en oublie forcément) jusqu&rsquo;à Charles Burles, voire plus tard Michel Sénéchal un peu vite recyclé dans les rôles de caractère où il excellait. Sans oublier bien sûr l&rsquo;immense Alain Vanzo, internationalement reconnu. Pour rappel, ces typologies sont avant tout théoriques : nombre de ces artistes, comme Charles Friant par exemple, ont chanté tout aussi bien <em> Le Jongleur De Notre-Dame</em> que <em>Paillasse</em>. Jules Gauthier chantait à l&rsquo;Opéra-Comique Gérald, Don José, des Grieux, Rodolfo, Turiddu, Vincent&#8230; avant d&rsquo;être engagé à l&rsquo;Opéra pour Samson, Raoul, Arnold, Faust !</p>
<p>Les voix plus dramatiques, quoique traditionnellement plus rares, ne manquent pas non plus. Au début du XXe siècle, alternant avec Jean de Reské (superstar de l&rsquo;époque), Albert Alvarez défend<em> Le Cid</em> au Metropolitan Opera (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=hhQfpP7CRTI">on peut l&rsquo;entendre ici piraté sur le vif en 1902</a>) (ne vous fiez pas au patronyme hispanisant : il était né Albert-Raymond Gourron et était bordelais contrairement à Albert Lance, au nom bien français, qui était australien). Charles Dalmorès est, avant la première guerre mondiale, le ténor le plus payé au Met après Caruso (il meurt à Hollywood !). Ernest Van Dyck, dont l&rsquo;histoire a retenu qu&rsquo;il avait été le créateur de <em>Werther,</em>&nbsp;est régulièrement invité à Bayreuth. Charles Rousselière a une belle carrière internationale (Italie, Espagne, Portugal, Belgique, Amériques du Nord et du Sud). Paul Franz chante le répertoire français au Covent Garden mais c&rsquo;est aussi un autre grand wagnérien, de même que l&rsquo;inoxydable René Verdière, Paul Dangely est un remarquable défenseur du répertoire français. Pierre Cornubert connait lui aussi &nbsp;une brillante carrière internationale. Le marseillais Marius Gilion fait essentiellement carrière en Italie avant de revenir dans le sud de la France. Pour Léon Escalaïs, <em>Le trouvère</em> est une telle promenade de santé que, lors d’une tournée aux Etats Unis, il en donne 7 fois la cabalette : 2 fois en français (« Supplice infâme »), 2 fois en italien (« Di quella pira »), 2 fois en anglais (« As From That Dread Pyre »), 1 dernière fois en français. A l&rsquo;occasion de l’inauguration de l’Opéra d’Oran, il avait donné 7 fois « Supplice infâme ». Agustarello Affre est surnommé le Tamagno français (lequel Tamagno étant le créateur de l&rsquo;<em>Otello</em> de Verdi alors qu&rsquo;il chantait également Arnold : parlez-moi des typologies vocales !). César Vezzani est sans doute l&rsquo;un des plus grands ténor de tous les temps. La première guerre mondiale ruine hélas sa carrière internationale (il devait faire des débuts à Chicago) : il restera cantonné presque exclusivement à la province, victime de la jalousie parisienne puis de la maladie. Paul Finel ne chante guère lui non plus hors des frontières, comme Valentin Jaume, Georges Imbart de la Tour. Plus près de nous, Gustave Botiaux électrise la Salle Favart dans <em>Cavalleria rusticana</em> tandis que Tony Poncet (d&rsquo;origine espagnole) rivalise d&rsquo;intensité dans le <em>Pagliacci&nbsp;</em>qui lui succédait. Georges Thill est un peu inclassable en raison de l&rsquo;étendue de son répertoire. José Luccioni est loué par rien moins que Giacomo Lauri-Volpi qui déclara à la fin des années 70 : « Le ténor Corse n&rsquo;avait pas seulement été le dernier grand Otello français, mais un Maure de loin supérieur à ces ténors italiens qui ont voulu s&rsquo;attaquer au rôle ces dernières années ». Puis le filon semble se tarir : parmi les chanteurs ayant eu une envergure internationale, on citera Guy Chauvet, ou encore Gilbert Py (qui changea son nom en Max Eggert en fin de carrière avant de reprendre finalement son patronyme original : le public français de l&rsquo;époque avait développé une allergie inexplicable envers les chanteurs nationaux). Ensuite, c&rsquo;est un peu le désert et, à part Roberto Alagna dont le répertoire a évolué d&rsquo;Alfredo à Otello (sans qu&rsquo;il ne renonce jamais complètement à ses premiers rôles), il n&rsquo;y a pas grand monde.</p>
<p><strong>Il fallait que ça cesse !!!</strong> Depuis quelques années, alors qu&rsquo;on nous explique que l&rsquo;opéra n&rsquo;intéresse pas les jeunes, et tandis que bien des municipalités coupent les budgets du lyrique au profit de la culture à la mode du jour, une nouvelle génération de ténors français talentueux semble naitre (comme disait Laetitia Bonaparte à popos des succès de son rejeton : « Pourvou qu&rsquo;ça doure ! »). Au sein de celle-ci, <strong>Kévin</strong> <strong>Amiel</strong>, natif de Toulouse, incarne à merveille ce nouvel élan. Pour ceux qui n&rsquo;auraient pas encore eu l&rsquo;occasion de découvrir ce chanteur sur scène, cet enregistrement en offre un portait assez fidèle du jeune ténor, lauréat de plusieurs concours (Voix Nouvelles 2018, Vienne 2019, Opéra de Marseille, Marmande, Béziers…), très tôt distingué par l’ADAMI et l’AROP et qui aura bénéficié du soutien de la Fondation Luc Walter. Initialement programmé avant le COVID et finalement enregistré l&rsquo;année passée, ce disque se voulait à l&rsquo;origine un hommage à Luciano Pavarotti (« en toute humilité ! » <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/kevin-amiel-lopera-est-une-fete/">comme il le précisait lorsque Forumopera.com l&rsquo;avait rencontré</a>). Si les deux timbres des deux artistes n&rsquo;ont pas grand chose en commun (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/pene-pati-nessun-dorma/">à l&rsquo;inverse de celui de Pene Pati</a>), les influences sont évidentes. On sent chez Kévin Amiel cette recherche du beau son, de la luminosité, du soleil, qu’on associe souvent à l’italianité. La voix est bien conduite, avec une largeur certaine, homogène sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et très à l&rsquo;aise dans l&rsquo;aigu. On retrouve aussi les limites du <em>tenorissimo</em> avec son phrasé parfois un peu mécanique. Chez Donizetti et dans le jeune Verdi, il manque quelques variations de couleurs, un legato plus imaginatif, un brin de rubato &nbsp;: l&rsquo;écoute d&rsquo;Alfredo Kraus et de Carlo Bergonzi dans ces répertoires serait sans doute profitable. Comme chez Pavarotti, les Puccini sont remarquables et, à l&rsquo;écoute de l&rsquo;extrait de <em>Gianni Schicchi, </em>on se dit qu&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-il-trittico-paris-bastille/">on va parfois chercher bien loin des chanteurs insuffisants</a> quand on en a d&rsquo;excellents sous la main. Le chanteur toulousain offre un aigu spectaculaire et généreux (long contre-ut à la fin de la cabalette d&rsquo;Alfredo dans<em> La Traviata</em>, cadence à l&rsquo;ut dièse dans la scène d&rsquo;Edgardo de <em>Lucia di Lammermoor</em>). Surtout, les suraigus de cet enregistrement ne sont pas des artifices de studio puisque l&rsquo;artiste les reproduit sans effort apparent à la scène (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-versailles/">deux contre-ut ajoutés dans l&rsquo;acte II de <em>Carmen</em> par exemple</a>). Contrairement à Luciano, Kévin Amiel maîtrise excellemment le registre mixte, et sait en user à bon escient avec musicalité, ce qui lui permet de renouveler une page ultra rebattue comme « Una furtiva lagrima » de <em>L&rsquo;Elisir</em> <em>d&rsquo;amore</em>. Dans l&rsquo;opéra français, on retrouve par ailleurs le naturel et la diction parfaite d&rsquo;un Roberto Alagna. Le <em>Roméo et Juliette, </em>parfaitement phrasé, est conclu par un beau si bémol. En revanche, bien que l&rsquo;air soit joliment exécuté, on sent que la voix est déjà un peu trop lourde pour le rôle de Gérald dans <em>Lakmé</em>, voire pour le Vincent de <em>Mireille</em>. On préfèrera ici la poésie délicate d&rsquo;un Alain Vanzo. Le <em>Macbeth</em> est en revanche parfait, en phase avec le répertoire naturel du chanteur. Le disque se termine un peu à la manière d&rsquo;un récital public, avec une <em>Danza</em> rossinienne pleine d&rsquo;allant et d&rsquo;humour suivi d&rsquo;un sympathique « Core &lsquo;ngrato » et enfin un « Je t&rsquo;ai donné mon coeur » qui semble un peu incongru. <strong>Frédéric Chaslin</strong> dirige avec expérience l&rsquo;<strong>Orchestra sinfonica G. Rossini&nbsp;</strong>sans vraiment apporter de frisson supplémentaire. À quelques réserves près, cet enregistrement est une belle carte de visite pour le jeune chanteur, et on ne peut qu&rsquo;engager le lecteur d&rsquo;aller vite le découvrir sur scène.</p>
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