Forum Opéra

VERDI, Macbeth – Turin

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
26 février 2026
Verdi et Shakespeare réconciliés

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Mélodrame en quatre parties (14 mars 1847, Théâtre de la Pergola, Florence) révisé pour l’Opéra de Paris (adaptation de Charles-Louis-Étienne Nuitter et Alexandre Beaumont, 21 avril 1865) et réadapté en italien pour le Teatro alla Scala de Milan (28 janvier 1874).
Musique de Giuseppe Verdi
Livret de Francesco maria Piave et Andrea Maffei, d’après William Shakespeare

Détails

Mise en scène
Chiara Muti

Décors
Alessandro Camera

Costumes
Ursula Patzak

Lumières
Vincent Longuemare

Chorégraphie
Simone Valastro

Macbeth
Luca Micheletti

Lady Macbeth
Lidia Fridman

Banco
Maharram Huseynov

Macduff
Giovanni Sala

Malcolm
Riccardo Rados

La dama di Lady Macbeth
Chiara Polese

Un medico
Luca Dall’Amico

Un domestico
Eduardo Martínez

Un sicario
Tyler Zimmerman

Un araldo
Daniel Umbelino

Prima apparizione
Mattia Comandone

 

Chœur du Teatro Regio de Turin
Chef de chœur
Piero Monti

Orchestre du Teatro Regio de Turin
Direction musicale
Riccardo Muti

Turin, Teatro Regio, mardi 24 février 2026 à 19h

Interrogé dans les années 50 sur l’évolution de ses tempi, Arturo Toscanini aurait répondu : « Je dirige de plus en plus vite car je m’approche de la fin » (« Dirigo sempre più in fretta perché mi avvicino alla fine »). Ce serait plutôt l’inverse en ce qui concerne Riccardo Muti qui offre avec ce nouveau Macbeth une conception assez opposée à celle de son enregistrement de 1976, démontrant une fois de plus la capacité du chef à continuellement approfondir sa conception d’un ouvrage. Macbeth est en effet l’opéra qu’il a vraisemblablement le plus dirigé à la scène (la première fois en 1974 à Florence). Alors qu’il choisissait à l’époque une approche dynamique, parfois même un peu martiale, le chef napolitain offre ici des tempi plus étirés, notablement plus lents. On y perd une partie de l’urgence si caractéristique du jeune Verdi, mais au profit d’une ambiance générale plus sombre, finalement plus en adéquation avec la pièce de Shakespeare : dans cette vision renouvelée, la part du divertissement cède devant la noirceur d’un drame mortifère. Profond admirateur de l’auteur britannique, Giuseppe Verdi s’était toujours désolé de voir son Macbeth ne pas remporter le succès qu’il en escomptait, et encore plus de se voir accusé de n’avoir rien compris à l’œuvre du dramaturge. Dans l’approche de Muti, la musique s’installe comme une espèce de chape de plomb et renforce l’implacabilité du destin de Macbeth dès lors qu’il a choisi de supprimer Duncan. Cette interprétation permet de balayer les réserves qui ont pu être parfois formulées sur la maturité d’un compositeur encore jeune (33 ans) face à la profondeur du drame shakespearien. L’orchestre du Teatro Regio répond pleinement aux intentions du chef, avec des pupitres homogènes et sans failles, offrant une belle structure aux couleurs moirées. 

© Daniele Ratti

Luca Micheletti est un Macbeth d’un certain raffinement. Sans avoir l’amplitude vocale des grandes références du passé, le baryton lombard sait camper un personnage complexe, tant vocalement que théâtralement. Acteur subtil, il peut être tantôt halluciné, tantôt sûr de lui, mais aussi séducteur et toujours d’une belle prestance. La voix n’est pas d’une grande puissance dans le registre aigu, les notes extrêmes étant habilement négociées, mais le timbre est chaud et l’artiste sait colorer son chant pour exprimer les émotions de cet anti-héros. Lidia Fridman semble se faire une spécialité des rôles meurtriers de soprano drammatico d’agilità. Le soprano russe a beaucoup progressé par rapport à sa prestation dans ce même rôle au Festival Verdi de Parme en 2024. La chanteuse est toujours aussi fine technicienne, avec des coloratures bien ciselées, un aigu tranchant sans acidité. Sans être torrentielle, la projection est correcte, et surtout homogène sur toute la tessiture. Le fameux contre-ré de la scène de somnambulisme, pierre d’achoppement de bien des sopranos, est parfaitement exécuté, et comme le voulait Verdi, c’est-à-dire piano. La chanteuse a une revanche approfondi dramatiquement le rôle, qui n’est plus celui d’une sorte de Turandot implacable et glaciale. Comme son partenaire, elle dessine un personnage multifacettes. La colère rentrée de la nouvelle reine à la fin de l’acte I est parfaitement rendue, mais aussi sa passion amoureuse et, bien sûr, sa quasi-folie finale. Maharram Huseynov manque d’impact en Banco, rôle pourtant éminemment payant. La musicalité du chanteur Azerbaïdjanais est certaine, mais la voix est davantage celle d’un baryton-basse et manque de la résonance dans le grave. Très apprécié du public (et même de l’orchestre), Giovanni Sala est un Macduff plus lirico que spinto (il chante d’ailleurs aussi Mozart). Le chanteur est d’une juvénilité rafraîchissante, mais la voix manque encore un peu de corps dans le bas médium. Son unique air, « O figli, o figli miei! » est chanté avec une belle expressivité. Riccardo Rados est tout à fait satisfaisant dans le court rôle de Malcom, avec une voix bien conduite et homogène. Chiara Polese est un luxe en Dame d’honneur et on sent immédiatement le potentiel pour des rôles plus exposés. Les comprimari (le médecin de Luca Dall’Amico, le domestique d’Eduardo Martínez, le sicaire de Tyler Zimmerman ou encore le héraut de Daniel Umbelino) sont impeccables et contribuent à l’impression générale d’homogénéité de la distribution. L’excellent chœur du Teatro Regio est particulièrement sollicité dans cet ouvrage, en particulier scéniquement. Sous la direction de Muti, le célèbre « Patria oppressa » trouve une force émotionnelle renouvelée (une partie du public en réclamera d’ailleurs le bis). C’est ici l’expression de la désolation la plus profonde, et non un simple morceau de bravoure un peu vain. La formation turinoise suscite également l’enthousiasme de la salle avec la strette conclusive de la scène, « La patria tradita » qui déclenche les applaudissements avant même son terme orchestral. On appréciera enfin des voix d’enfants superlatives, chantant juste (ce qui n’est plus si courant) et aux timbres agréables.

© Daniele Ratti

La production de Chiara Muti est d’une grande finesse, à la fois belle et intelligente. Comme l’exposait la metteur en scène dans le dernier épisode de Dans la loge de…, Macbeth est d’abord victime de sa conscience, une fois son premier méfait commis. À un moment, un iris gigantesque viendra d’ailleurs accentuer cette référence à Caïn. Alors qu’on fait souvent de Macbeth un être veule, elle nous montre un personnage rongé par le doute, capable toutefois de se ressaisir, victime d’hallucinations : ces clignements d’yeux réguliers laissent penser qu’il cherche à dissocier le réel du fantastique dans le monde tel  qu’il le perçoit désormais depuis son crime. Lors de la seconde apparition des sorcières, il est manipulé comme une véritable marionnette puis se retrouve dépossédé de lui-même, apparaissant comme un simple histrion sur une scène de fortune (dont les feux se révèleront être des lampes manipulées par des démons), avant de se réveiller sur son trône. Il accepte bravement son sort fatal : il jette son épée et écarte les bras pour accueillir le coup de Macduff. D’autre part, le couple maléfique n’est pas ici animé que par le seul intérêt commun de la conquête du pouvoir : la sensualité qui les soude est également exposée. Sans rentrer plus avant dans les détails, l’ensemble des rôles sont ainsi finement travaillés et les chanteurs peuvent probablement remercier Chiara Muti pour les progrès accomplis ! La metteur en scène porte également une attention particulière aux chanteurs qui ne chantent pas (si l’on veut bien nous passer cette formule) : en effet, comme au cinéma ou au théâtre, le travail théâtral (et par conséquence l’attention du spectateur) ne porte pas uniquement sur le personnage qui s’exprime mais aussi sur ceux qui l’écoutent, ce qui contribue à l’impression d’aboutissement de la production. L’univers visuel est celui d’un Moyen Âge idéalisé. Le décor d’Alessandro Camera est spectaculaire tout en étant finalement simple : un pan incliné avec un trou enfumé en son centre, sorte de chaudron de sorcière qui déborde, avec des rideaux et accessoires qui viennent préciser les divers lieux de l’action sans pauses inutiles entre les scènes, un théâtre d’ombres. Les costumes d’Ursula Patzak sont variés et splendides. Si les couleurs sombres dominent (Black is the new black), les éclairages de Vincent Longuemare les rehaussent et participent à cette sensation un peu glauque de mystère étouffant. Les adeptes de l’actualisation systématique seront ici légitimement déçus. Toutefois, le succès rencontré par l’avant-première, destinée au jeune public, laisse à penser que celui-ci est davantage fasciné par un univers rappelant Game of Thrones ou The Lord of the Rings que par celui des toilettes de la Gare du Nord. La version donnée est celle de 1874. Le ballet en est heureusement conservé, ce qui offre un triple intérêt. Le premier est d’entendre une excellente musique. Verdi était toujours réticent à l’idée de composer ces pages, mais le cahier des charges de l’Opéra de Paris l’y contraignait. Il faut croire que cette obligation a pu avoir un effet paradoxalement positif car ces ballets (La Peregrina pour Don Carlos, Les quatre saisons pour Les vêpres siciliennes, ceux du Trouvère et d’Othello…) sont musicalement remarquables, largement supérieurs à quelques uns des grands ballets classiques (1). Le deuxième intérêt est de voir ce ballet intelligemment intégré à l’action : ici une inquiétante cérémonie où s’opposent magie noire et magie blanche autour du fils de Duncan, Malcom enfant. Enfin, le ballet permet également d’apprécier à nue la formation turinoise sous la baguette de Riccardo Muti. La chorégraphie de Simone Valastro (issu l’École de danse de la Scala de Milan et ancien membre… du Corps de ballet de l’Opéra de Paris) est efficace et bien exécutée, intelligemment en phase avec la musique (par exemple, Verdi écrit des traits saccadés pour les premiers violons et ceux-ci sont illustrés parallèlement par des secousses de rires des démons). Au global, la soirée une belle réussite. 

  1. Malheureusement, il n'y a guère qu'hors de Paris que l'on donne ces ouvrages avec leur ballet original. Un comble quand on se souvient qu'ils ont généralement été écrits pour le ballet de l'Opéra de Paris, et que cette institution dispose encore aujourd'hui d'une troupe à même de les interpréter. À défaut de metteurs en scène compétents, capables de les intégrer dans leur vision, ou pour ne pas alourdir des soirées souvent déjà fort longues (en ce qui concerne les opéras en cinq actes), on pourrait par exemple les donner sur la scène parisienne au sein d'un programme de ballets, éventuellement durant la même saison que l'opéra correspondant, voire même dans les décors conçus pour la partie lyrique. Signalons qu'en mai prochain la Scala de Milan proposera au public de découvrir le ballet écrit par Verdi pour la création bruxelloise de Nabucco.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Mélodrame en quatre parties (14 mars 1847, Théâtre de la Pergola, Florence) révisé pour l’Opéra de Paris (adaptation de Charles-Louis-Étienne Nuitter et Alexandre Beaumont, 21 avril 1865) et réadapté en italien pour le Teatro alla Scala de Milan (28 janvier 1874).
Musique de Giuseppe Verdi
Livret de Francesco maria Piave et Andrea Maffei, d’après William Shakespeare

Détails

Mise en scène
Chiara Muti

Décors
Alessandro Camera

Costumes
Ursula Patzak

Lumières
Vincent Longuemare

Chorégraphie
Simone Valastro

Macbeth
Luca Micheletti

Lady Macbeth
Lidia Fridman

Banco
Maharram Huseynov

Macduff
Giovanni Sala

Malcolm
Riccardo Rados

La dama di Lady Macbeth
Chiara Polese

Un medico
Luca Dall’Amico

Un domestico
Eduardo Martínez

Un sicario
Tyler Zimmerman

Un araldo
Daniel Umbelino

Prima apparizione
Mattia Comandone

 

Chœur du Teatro Regio de Turin
Chef de chœur
Piero Monti

Orchestre du Teatro Regio de Turin
Direction musicale
Riccardo Muti

Turin, Teatro Regio, mardi 24 février 2026 à 19h

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Plus qu’un témoignage, une somme capitale
LivreSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Jessica Pratt en demi-teinte
Jessica PRATT, Dmitry KORCHAK, Marko MIMICA
Spectacle