Débuts fastueux pour Calleja à l'ONP

Rigoletto - Paris (Bastille)

Par Christian Peter | mar 09 Novembre 2021 | Imprimer

Depuis sa création sur la scène de l’Opéra Bastille en 2016, la production de Rigoletto signée Claus Guth n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut. L’action tout entière, on le sait, se déroule dans un carton gigantesque dont la réplique à taille normale est trainée sur la scène durant tout le déroulement du spectacle par un double du bossu devenu SDF après la perte de sa fille. Outre la laideur du décor, certaines scènes déjà ridicules lors de la première représentation, apparaissent désormais franchement grotesques, telles l’enlèvement bien peu crédible de Gilda au premier acte ou l’irruption incongrue sur le plateau de danseuses façon Bluebell Girls pendant « La donna è mobile », menées par une Maddalena costumée en maîtresse SM, sans doute une hallucination du duc que l'on voit sniffer quelques lignes de coke durant l’introduction de l’air. Quelques scènes poétiques comme l’apparition d’une Gilda petite fille ou les projections qui évoquent l’enfance heureuse du personnage ne sauraient sauver le spectacle dont l’intérêt est ailleurs.


Rigoletto © Elisa Haberer / Opéra national de Paris

Pour cette reprise en effet les trois rôles principaux ont été confiés à deux équipes de haut vol avec, dans la seconde, une surprise de taille, la présence de Joseph Calleja qui effectue enfin ses débuts à l’Opéra de Paris, après deux décennies d’une carrière internationale glorieuse, dans un de ses rôles fétiches qui figure à son répertoire depuis près de vingt ans. Certes, le ténor n’a plus tout à fait l’allure d’un jeune étudiant, en revanche, par rapport à son concert d’avril 2015 au Théâtre des Champs-Elysées, le medium a gagné en largeur et la voix en volume sans rien perdre de sa souplesse comme en témoignent les quelques ornementations qui émaillent le second couplet de sa cabalette « Possente amor mi chiama ». De plus, le Maltais n’est guère avare de nuances dont il parsème sa ligne de chant avec élégance et subtilité. Dès son entrée en scène on est subjugué par la beauté du timbre et l’ampleur de ses moyens, qui lui permettent de remplir sans effort le grand vaisseau de Bastille.


Rigoletto © Elisa Haberer / Opéra national de Paris
 

Face à lui, Irina Lungu campe une Gilda touchante. Au premier acte, son timbre corsé qui plafonne dans le registre aigu peine à évoquer la jeunesse et l’innocence du personnage, notamment dans son air « Caro nome », mais dès le second acte, lorsqu’elle fait ses aveux à son père et plus encore au dernier, son incarnation dramatiquement émouvante emporte l’adhésion. Željko Lučić a promené son Rigoletto un peu partout dans le monde, y compris dans cette production en 2017. Le Met a également retransmis dans les cinémas  sa prestation dans ce rôle qui a fait l’objet d’un DVD. C’est dire si le personnage lui est familier et s’il en a exploré toutes les facettes. Son interprétation est donc tout à la fois captivante et bouleversante, même si la voix a mis un peu de temps à se chauffer et s’il évite prudemment de donner les aigus traditionnellement ajoutés à la partition, mais que Verdi n’a pas écrits.


Rigoletto © Elisa Haberer / Opéra national de Paris

Autres débuts à Paris, ceux de Goderdzi Janelidze et de Justina Gringytė. La basse géorgienne, qui a remporté le concours Elena Obraztsova en 2017, possède un timbre sombre et sonore et des graves profonds qui font merveille dans le rôle de Sparafucile. Assurément, ce jeune artiste aux moyens prometteurs a un bel avenir devant lui. Quant à la mezzo-soprano lituanienne, son physique avantageux et son timbre fruité lui permettent de camper une Maddalena accorte et sensuelle.

Signalons enfin les interventions irréprochables de Jean-Luc Ballestra en Marullo, Florent Mbia en  Ceprano et de Marine Chagnon en page. Préparés avec soin par Ching-Lien Wu, les chœurs offrent une prestation éblouissante.

Au pupitre, Giacomo Sagripanti propose une direction contrastée et théâtrale avec des tempos globalement rapides. Il se plait à faire sonner très fort son orchestre dans les tutti pour obtenir un effet spectaculaire sans pour autant couvrir les chanteurs qui ont du répondant.

 

 

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