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d’après VERDI, Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor – Avignon

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Spectacle
20 janvier 2026
On est roulé dans la farine…

Note ForumOpera.com

2

Infos sur l’œuvre

D’après Giuseppe Verdi

Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor

Opéra participatif en version française

Détails

Arrangement dramaturgique et mise en scène
Andrea Piazza

Arrangement musical
Massimo Fiocchi Malaspina

Traduction
Renaud Boutin

Scénographie
Alice Vanini

Costumes
Rosario Martone

Lumières
Gianni Bertoli

 

Falstaff
Nicolas Rigas

Ford
Samuel Namotte

Fenton
Blaise Rantoanina

Dr. Caius
Julien Desplantes

Mrs Alice Ford
Charlotte Bonnet

Nannetta
Raphaële Andrieu

Mrs Quickly
Marie Gautrot

Mrs Meg Page
Clélia Moreau

Bardolfo
Jasmine Monti

Pistola
Carlo Merico

 

Orchestre national Avignon-Provence

Direction musicale
Frédéric Rouillon

 

Avignon, Opéra, 18 janvier 2026, 16h

Coproduit avec le Teatro sociale di Como-AsLiCo

C’est sur ces paroles, librement traduites en français, que s’achève ce singulier Falstaff. Depuis le Théâtre de la Foire, les XVIIIe et XIXe siècles pratiquèrent intensément les parodies d’opéras. Le public populaire riait au détournement facétieux des ouvrages les plus sérieux, réduits à la farce.  Cet opéra participatif, pour petits et grands, sous-titré « Les joyeux joujoux de Windsor » (1), en rejoint l’esprit. Il a subi un régime amincissant (2), puisque sa durée a été ramenée à 1h 10, soit à peu près la moitié de l’habituelle version. L’intrigue a été transportée dans le monde des jouets. Depuis la poupée mécanique, chère aux romantiques, jusque Casse-noisette et sa descendance, l’opéra et le ballet ont intégré cette dimension ludique et souriante. Tous les acteurs sont supposés être des automates. Falstaff, autrefois le jouet préféré de la famille se sent délaissé et « veut reconquérir le cœur des enfants ». Avec la même lettre écrite aux deux nouvelles poupées, Alice et Meg, s’amorce l’action. Ainsi, avec ses complices Bardolfo et Pistola, comme avec le Dr Caïus et Ford, l’action rejoindra-t-elle la trame originale, avec des textes français, et six interventions chantées du public. Avant le lever du rideau, celui-ci était convié à répéter ou apprendre ces six pièces, et une centaine de personnes étaient rassemblées pour la circonstance, dispersées dans la salle. Arrivé avec un bon quart d’heure de retard à la répétition (2), quelles n’ont pas été ma surprise et mon admiration : elle était conduite avec sourire et efficacité et les fruits en paraissaient évidents, l’enthousiasme des jeunes (et moins jeunes), manifeste, promettait.

L’orchestre a pris place, nourri, mais réduit (les vents à un par pupitre, avec un saxophone baryton). Apparait alors devant le rideau de scène une figure clownesque de Super Mario (qui se révèlera être Pistola) désopilante, colorée, bientôt rejointe par son double (ou contraire si l’on en juge au costume), Bardolfo (voix de soprano, à moustaches, puisque le rôle est nomalement dévolu à un ténor). Leur numéro, hilarant, leste, introduit l’ouvrage et lui donne sa dimension : une farce. Carlo Merico et Jasmine Monti se révèleront ensuite comme de remarquables chanteurs. Chacune de leurs apparitions sera bienvenue. Le décor figure une chambre d’enfant, où les jouets, colorés à souhait, arborent des tenues cocasses, très caractérisées, du costume aux coiffures (les nattes de Mrs Quickly, la perruque blonde de Fenton). Falstaff est sans doute parent lointain d’Obélix, ne serait-ce que par la bedaine, Alice a des traits communs avec Barbie… La référence à l’enfance est constante. Le seul handicap visuel réside dans le caractère indigent des décors, indignes d’une scène lyrique. Le jeu des chanteurs est inégal : si Bardolfo et Pistoia s’y montrent très professionnels, la distribution française paraît en retrait, quelque peu convenue.

Le travail de réduction orchestrale, et d’assemblage cohérent n’appelle que des éloges. L’amoureux de l’ouvrage original y retrouve sans peine les moments-clés, dans l’ordre dramatique initial. Les assemblages sont réalisés de façon fluide et efficace, y compris les incises du chœur formé par le public. L’orchestre, conduit par Frédéric Rouillon traduit fidèlement la partition, et même réduite, l’écriture en est sauve. Les bois s’y montrent colorés, véloces et parfaitement en place.  Un grand bravo pour la fugue finale, si complexe, au final de laquelle prend part le public (« Dans la farine »).

Le parti-pris bouffon a certainement infléchi l’approche vocale des solistes, les privant d’une partie de la richesse de leur personnage. Nicolas Rigas s’empare du rôle dont la dimension bouffe lui convient. S’il n’a pas toute la truculence attendue, et que l’aspect pathétique est délibérément gommé (ce sont des joujoux…) il faut préciser que c’était Florent Karrer qui avait été distribué à l’origine. Notre Ford, Samuel Namotte, superman de circonstance, a la voix sonore, bien projetée, parfois instable, mais dans ce contexte, là n’est pas l’essentiel. Son dialogue avec Pistola, puis avec Falstaff, travesti en Monsieur Fontaine, son monologue « est-un rêve ou la réalité » sont de bonne tenue. Fenton, épris de Nannetta, exprime bien sa sensibilité. La voix de Blaise Rantoanina séduit toujours et son sonnet amoureux est un des moments vocaux les plus appréciés. Julien Desplantes, artiste du chœur, nous vaut un Caius qui a de la prestance, s’acquittant fort bien de ce rôle ingrat. Alice, la rusée, est Charlotte Bonnet, fraîche, piquante, aux jolis aigus. Ravissante lorsqu’elle entraîne Fenton derrière le paravent. Mais comment croire un instant que Nannetta est sa fille ? Ce sera là la seule réserve à l’endroit de Raphaële Andrieu, dont le chant traduit une maturité réjouissante, mais un peu hors-sujet. Pris hors contexte son air de la reine des Fées est fort beau. Une Mrs Quickly de luxe, Marie Gautrot, dont l’assurance vocale et comique est constante. La voix est ample, aux graves solides, sans la vulgarité affectée de certaines interprètes. Ses généreuses tresses rousses trouvent leur pendant blond chez Meg (Clélia Moreau), que le livret et la partition placent un peu en retrait. On a dit tout le bien que l’on pensait du jeu de Jasmine Monti, Bardolfo cocasse. Le chant s’accorde idéalement au personnage et au jeu collectif, dès les premières répliques. Les mêmes observations valent pour son comparse Pistola, Carlo Merico, joli baryton.

Au final, une matinée dont on sort partagé, réductrice par son approche, qui fleure bon la comédie musicale, et sa destination. Certes, la proposition méritait d’être retenue, et le plaisir des auditeurs était visible. Cependant, on en mesure les limites : le sourire, même ponctuellement teinté de tendresse, ne suffit pas à qui connaît son Falstaff. La proposition aura-t-elle participé du renouvellement des publics et de la transmission des répertoires ? C’est tout ce qu’on espère.

  1. 1. Judicieux rappel de l’ouvrage de Shakespeare qui fournit le plus de matière au livret (Les joyeuses commères de Windsor).. 
    2. L’arrangement dramaturgique est signé Andrea Piazza, celui de la musique étant dû à Massimo Fiocchi Malaspina.. 
    3. Mon TER ayant été purement et simplement supprimé au dernier moment, il m’a fallu prendre le train (de la répétition) en marche,

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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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