Flûte allégée

Die Zauberflöte - Paris (Châtelet)

Par Placido Carrerotti | sam 03 Octobre 2009 | Imprimer
 Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)
 
Die Zauberflöte
 Singspiel en deux actes
Livret d’Emmanuel Schikaneder
 
 
Conception et mise en scène Jean-Paul Scarpitta
Lumières Urs Schoenbaum
Récits Clémence Boulouque, Jean-Paul Scarpitta
Chef des choeurs Noëlle Geny
 
Tamino : Frédéric Antoun
Pamina : Sandrine Piau
Papageno : Detlef Roth
La Reine de la nuit : Uran Urtnasan Cozzoli
Sarastro : Petri Lindroos
Papagena : Malin Christensson
Monostatos : Vasily Efimov
Première Dame : Ana Maria Labin
Deuxième Dame : Christine Tocci
Troisième Dame : Maria Soulis
Der Sprecher, Prêtre, Homme d'armes : Nicolas Courjal
Prêtre, Homme d'armes : Marc Larcher
Un récitant : Arthur Igual
 
Orchestre national
de Montpellier
Languedoc-Roussillon
 
Choeur de l'Opéra national
de Montpellier
  
Production de l'Opéra et Orchestre National de Montpellier Languedoc Roussillon
 
Direction musicale : Lawrence Foster
Paris, le 3 octobre 2009
 
 
 

 
Pendant de nombreuses saisons, le Châtelet a accueilli quelques uns des plus beaux spectacles des provinces françaises, habitude malheureusement perdue avec l’arrivée de Jean-Luc Choplin à sa tête. Il renoue de manière éphémère avec cette ancienne tradition en invitant La Flûte enchantée montpelliéraine pour 3 représentations. Curieux choix quand on connait le coût de ce genre de coproduction : Paris n’a pourtant tant manqué de Flûte ces derniers temps que le Châtelet en propose une énième, d’autant que la distribution n’avait sur le papier rien d’exceptionnel. Le théâtre est bien plus pertinent lorsqu’il propose Cyrano ou Die Feen, œuvres rares dédaignées par les autres établissements de la capitale. Au moment où tout le monde semble découvrir avec bonheur la Ville Morte donnée à Bastille, il n’est pas inutile de rappeler que l’opéra fut donné au Châtelet dès 2001 avec les excellents Torsten Kerl et Angela Denoke et les forces de l’Opéra du Rhin.
 
Pour cette production, Jean-Paul Scarpitta a choisi de remplacer les dialogues parlés d’origine par un texte de liaison de son crû, joué par deux comédiens. Il est vrai que ces dialogues peuvent sembler interminables à un public non averti (et on sait que la politique du Châtelet est précisément d’élargir son assistance). De plus, la déclamation passe mal dans une salle d’une telle dimension. Il faudrait que les chanteurs hurlent leur texte ce qui, bien entendu, aurait des conséquences désastreuses sur leur chant. Quant à la sonorisation, elle donne généralement un résultat désastreux par son effet de distanciation. L’option du récitant est cependant un piège encore plus redoutable, que le texte paraphrase l’action ou qu’il s’en détache. On a pu le voir à l'Opéra Bastille, dans la première production de La Furia del Baus, où deux récitants lisaient des textes à prétentions poétiques et sans rapport évident avec l’action, laissant le public plutôt déboussolé. Scarpitta a lui aussi choisi un duo : deux hommes en pyjama qui suivent les différents protagonistes et commentent l’action. Le mécanisme est assez vivant ; malheureusement, le texte reste pompeux, avec des élans emphatiques un peu ridicules. Et la rupture est brutale avec le chant, surtout pour les passages où les répliques sont difficilement dissociables de la partie chantée qui les suit (dialogues entre Papageno et les dames de la Nuit, scène avec Papagena, ou encore la tirade qui précède le second air de la Reine de la Nuit). Au final, la mayonnaise ne prend pas et on a un peu l’impression de zapper d’une chaîne à l’autre entre deux spectacles différents.
Pas de références maçonniques dans la vision de Scarpitta (pourquoi pas) : c’est l’opposition entre le monde de la lumière et celui de la nuit, au travers de l’enfance et du rêve, qui guident ici le metteur en scène. Il en résulte un spectacle très limpide, très épuré (le décor se limite à un praticable en fond de scène), mais pas toujours très original : les enfants grimés en petits Mozart, une marionnette géante recyclée du Roi Lion … Cela reste un spectacle finalement très correct, à condition de mettre de côté les nombreuses autres références scénographiques.
 
Musicalement, la production est plutôt une réussite. Le Tamino de Frédéric Antoun est remarquable de style et de naturel. La voix est homogène sur toute la tessiture, bien projetée, bien colorée. Le ténor maîtrise également le legato, sans abuser de la voix mixte. Assurément un artiste à suivre. Sandrine Piau est également une Pamina d’une parfaite musicalité, d’une grande sensibilité, mais dont la voix se perd de temps à autre dans le volume de la salle. Plus en retrait, Detlef Roth est un Papageno sympathique et bien chantant, mais manquant de vis comica et à la projection un peu timide. Mêmes commentaires sur le Monostatos de Vasily Efimov bien chantant mais un peu effacé dramatiquement. Uran Urtnasan Cozzoli réussit mieux le second air de la Reine de la Nuit que le premier, un peu métallique et strident. Le soprano est sans doute une curiosité de par son origine mongole, mais on aimerait davantage d’investissement dramatique (il faut reconnaitre que la coupure des récitatifs n’y aide pas). Un peu décevant, le Sarastro de Petri Lindroos est affligé d’une voix creuse : toutes les notes sont là, mais sans réel impact.Les autres rôles sont excellemment tenus : mention spéciale pour un chœur superbe, pour des « enfants » qui chantent ici remarquablement juste et sans forcer (l’Opéra de Paris peut prendre de la graine) et pour les excellents Nicolas Courjal et Marc Larcher.
 
Mais c’est peut-être de la fosse que viennent les principales satisfactions. A la tête d’une phalange en grande forme, Lawrence Foster sait animer le plateau avec une grande énergie. Voici une Flûte vive, dynamique, voire électrisante : ce soir, le théâtre était dans la fosse d’orchestre, davantage que sur la scène.
Placido Carrerotti
 
 
 

 

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