L'exception qui infirme la règle

Rigoletto - Toulon

Par Maurice Salles | ven 17 Octobre 2008 | Imprimer
Giuseppe VERDI (1813-1901)
RIGOLETTO (1851)

Opéra en trois actes et quatre tableaux
Livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo
Coproduction de l’Opéra de Lausanne, l’Opéra de Marseille,
L’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse et Angers-Nantes Opéra
Mise en scène, Arnaud Bernard
Réalisée par Stefano Trespidi
Décors, Alessandro Camera
Costumes, Katia Duflot
Lumières, Patrick Méeüs
Rigoletto : Marco di Felice
Le Duc de Mantoue : Leonardo Capalbo
Gilda : Rosanna Savoia
Sparafucile : Taras Konoshchenko
Maddalena : Annie Vavrille
Monterone : Leandro Lopez Garcia
Marullo : Christophe Gay
La comtesse Ceprano et Giovanna : Ruxandra Barac
Borsa : Julien Dran
Ceprano : Jean-Marie Delpas
Orchestre et chœur de l’opéra de Toulon Provence Méditerranée
Direction du chœur, Catherine Alligon
Direction musicale, Giuliano Carella
Toulon, le 17 octobre 2008

Bien que la notion d’équilibre soit un idéal fragile, cette année comme les précédentes Claude-Henri Bonnet affronte courageusement la quadrature du cercle : composer une saison en élargissant le répertoire de la maison qu’il dirige, et donner malgré tout satisfaction aux tenants de la tradition. En attendant Britten (Le songe d’une nuit d’été) et Haydn (L’infedeltà delusa) voici donc Rigoletto.
La production proposée, nous l’avions déjà vue à Marseille. Le dispositif scénique, absous à l’époque compte tenu de la recherche qu’il impliquait pour renouveler la présentation d’un opéra archiconnu, nous trouve aujourd’hui moins indulgent. Le concept reste pertinent mais sa réalisation, avec cette bibliothèque simulée que des passerelles relient au plateau, ne risque-t -elle pas de dérouter le spectateur néophyte qui voit communiquer des espaces étrangers les uns aux autres ? En revanche les costumes et les lumières ont gardé intacte leur efficacité.
A propos de la mise en scène, sommes-nous dans l’erreur quand il nous semble que le personnage du Duc a évolué nettement vers l’érotomane ? Est-ce un changement lié à celui de l’interprète, qui rendrait manifeste à Toulon ce qui était juste suggéré à Marseille ? La conception est valide : peut-être en effet le Duc est-il un obsédé sexuel ne pensant qu’à la chose plus qu’un jeune homme grisé par son pouvoir mais susceptible d’éprouver encore des emballements sincères malgré leur brièveté. Cependant elle donne au personnage d’ordinaire tranquille jouisseur une dimension brutale inhabituelle.
L’interprète du Duc, donc, a la physique de l’emploi, comme sa Gilda. On aurait souhaité pour l’un comme pour l’autre une présence et une voix plus prenantes. Celle de Léonardo Capalbo, outre l’écho nord-américain qu’on peut y percevoir, manque de lumière, de nuances, de séduction. En outre l’émission semble souvent forcée. Celle de Rosanna Savoia ne captive pas non plus ; les notes du rôle sont données mais dans le medium et le grave on peine à l’entendre, en particulier dans les ensembles, et le chant est plus appliqué que virtuose.
A leurs côtés, n’était un Monterone bien fade, le plateau est homogène. Sparafucile sonore de Taras Konoshchenko qui annule au dernier acte les réserves nées au premier, Maddalena aguicheuse et directe d’Annie Vavrille, Marullo vigoureux et Borsa précis de deux espoirs français du chant, le baryton Christophe Gay et le ténor Julien Dran, sans oublier en Comtesse Ceprano et Giovanna la fraîche Ruxandra Barac qui use avec goût de ses graves, et l’efficace Jean-Marie Delpas en mari bafoué.
Prise de rôle pour Marco di Felice ; résultat honorable pour ce chanteur scrupuleux, dont on a senti tout au long de la représentation le souci d’ajuster les exigences dramatiques et les exigences vocales du rôle. Sa musicalité préserve l’interprétation des pollutions véristes ; avec plus de pratique et la désinvolture qui s’ensuivra l’avenir est prometteur.
Les forces de la maison, chœur et orchestre, étaient dans leurs grands jours. La direction de Giuliano Carella, à la battue large et précise, d’abord rapide jusqu’à sembler précipitée, a maintenu ensuite la tension en évitant d’infliger à la musique les balancements routiniers où on la réduit parfois, et préservé largement l’équilibre sonore entre la fosse et le plateau. Les saluts enthousiastes qui l’ont accueilli, comme du reste l’ensemble des chanteurs, solistes et choristes confondus, démontraient sans équivoque que le public avait grandement goûté la représentation et le travail du directeur musical de la maison.
Maurice Salles

 

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