Luca Pisaroni, un mélodiste est né

récital - Paris (Bastille)

Par Sylvain Fort | mer 28 Novembre 2012 | Imprimer
 
Le programme présenté ce 28 novembre par Luca Pisaroni à l’Amphithéâtre de l’Opéra-Bastille (dont la programmation voulue par Christophe Ghristi ne cesse d’impressionner) est bien rôdé. Il l’avait présenté l’avant-veille à Dortmund et l’emmenait quelques jours après à Francfort, deux étapes dans une tournée européenne.
Le baryton-basse semble se garder pour l’instant des grands standards du répertoire. Mais sa performance, lors de ce concert, atteste qu’une telle prudence ne sera bientôt plus de mise.
Commençant par des Schubert italiens peut-être un peu trop corsetés, prolongeant par des Rossini qui ne sont pas du meilleur Rossini, mais qui ont leur charme, le chanteur commença à s’épanouir vraiment dans des Meyerbeer injustement méconnus, détaillés avec une sobriété artiste. Thomas Hampson les avait enregistrés au début de sa carrière pour EMI. Le chanteur italien ne lui cède en rien, et apporte même parfois quelque chose de plus rond, de plus italien, par exemple dans le « Lied des venezianischen Gondoliers ». Il parvient à varier les humeurs et les traits.
Mais ce sont les Liszt qui révèlent le grand mélodiste. Car dès le début de la deuxième partie surprend l’allègement sensible de la voix. Le chanteur alors joue à iriser l’émail le plus ténu de sa voix, sans perdre la consistance du timbre. Cette maîtrise-là est déjà du grand art. S’y ajoute un sens aigu du mot, et de la ligne. Qui aurait cru, par exemple, que « O lieb’ » réussirait à une voix de baryton-basse, quand on attend le coup d’archet d’une soprano ou la tendresse d’un ténor ? Et pourtant. Conclure un récital par les Pétrarque de Liszt n’est pas si commun. C’est le moment le plus hypnotique. Avec un Justus Zeyen très à l’écoute, Pisaroni modèle ces lieder difficiles avec gravité et empathie, mais aussi avec cette intériorité propre aux grands liedersänger : celle qui nous extirpe de la passivité de nos fauteuils de spectateur pour nous donner l’envie de suivre dans ses enfers (ou ses paradis) le poète-psychopompe.
>> (Ré)écouter O lieb' (Oh, aime autant que tu peux...)
 
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