« Songs of Freedom » est le titre d’un album compilation de Bob Marley. Pas de reggae ici, même si un soleil radieux s’empare de la scène éminemment nordique du Barokkfest de Trondheim en Norvège avec cette soirée éponyme consacrée à la musique baroque méditerranéenne et aux chants de libération latino-américains.
La liberté est effectivement le fil rouge de cette treizième édition, avec de belles découvertes comme le Spartaco de Giuseppe Porsile recrée pour l’occasion. Une affiche audacieuse, tout comme l’est le choix d’un festival de musique baroque en plein hiver.
Les -17 degrés ne découragent nullement les festivaliers qui troquent avantageusement leurs bottes fourrées contre des escarpins pour se réchauffer au timbre ardent de la soprano Nuria Rial. La jeune femme est accompagnée par un formidable luthiste, Rolf Lislevand, ainsi que d’un second guitariste-luthiste et, plus surprenant, d’une contrebasse jazz qui éclaire la soirée de touches délicieusement acidulées à défaut d’être historiquement informées.
Le timbre fuité de la chanteuse catalane s’accompagne d’une ligne vocale bien conduite, de finales élégantes, d’un sourire intérieur qui irrigue le chant d’une constante tendresse d’autant plus que les berceuses ne manquent pas.
L’artiste fait montre de beaucoup de douceur dans « Canzonetta spirituale sopra la nanna », la joie imprègne les Passacailles ou encore « La Negra Attilia » qui évoque presque les Demoiselles de Rochefort.
Toute de charme, l’artiste se fait mutine dans « Niña, Cómo en tus mudanzas? », toujours merveilleusement accompagnée par les musiciens.
Si les airs s’enchaînent de manière fort agréable, l’auditeur est un peu étonné, puis marri que le programme se cantonne à d’agréables ballades, câlines et douces alors que le thème retenu appelait passion, révolte et accents de désespoir. Même « Como la cigarra » de Maria Elena Walsh – une chanson interdite en Argentin entre 1976 et 1983 – conserve les mêmes tonalités affectueuses.
Cela est d’autant plus troublant que Nuria Rial ne manque pas de qualités, l’envie est forte de l’applaudir dans d’autres couleurs que celles auxquelles elle se cantonne. Or le répertoire ne manque pas de pépites comme nous l’avions découvert l’an passé à Vézelay sous la houlette passionnée de Mariana Delgadillo Espinoza.
Ceci dit, les airs choisis lui vont à ravir, et, comme dans l’extraordinaire « Coloured fog room » (chambre au brouillard coloré) à découvrir au Pomo – musée d’art contemporain de la ville récemment rénové par India Mahdavi – le spectateur finalement lâche prise, plane paisiblement d’un air-nuage à l’autre.




