Forum Opéra

POULENC, Dialogues des Carmélites – Nancy

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
27 janvier 2026
Sous le regard de Blanche

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Francis Poulenc

Dialogues des Carmélites

Drame lyrique en trois actes

Livret d’Emmet Lavery d’après la pièce de Georges Bernanos, elle-même inspirée de la nouvelle de Gertrud von Le Fort

créé à Milan, Teatro alla Scala le 26 janvier 1957

Détails

Mise en scène
Tiphaine Raffier

Scénographie
Hélène Jourdan

Costumes
Caroline Tavernier

Collaboration au mouvement
Catherine Galasso

Lumières
Kelig Le Bars

Vidéo
Nicolas Morgan

Dramaturgie et collaboration artistique
Eddy Garaudel

 

Blanche de la Force
Hélène Carpentier

Sœur Constance
Michèle Bréant

Mère Marie de l’Incarnation
Marie-Adeline Henry

Madame Lidoine
Claire Antoine

Madame de Croissy
Helena Rasker

Marquis de la Force / Geôlier
Matthieu Lécroart

Chevalier de la Force
Pierre Derhet

Aumônier
Kaëlig Boché

Mère Jeanne
Aurélia Legay

Sœur Mathilde
Aline Martin*

Javelinot, Thierry
Christophe Sagnier *

Le premier Commissaire
Stéphane Wattez

Le second Commissaire
Benjamin Colin *

(*) artistes du chœur de l’Opéra national de Nancy-Lorraine

 

Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Nancy-Lorraine

Cheffe de chœur
Virginie Déjos

Direction musicale
Marc Leroy-Calatayud

Nancy, Opéra national de Nancy-Lorraine, 25 janvier 2025, 15h

 

Production déléguée Opéra orchestre Normandie Rouen
Coproduction Opéra national de Lorraine

 

Avant même que la salle soit plongée dans l’obscurité, s’incruste sur le panneau de scène le regard de Blanche, en très gros plan. Il nous accompagnera ponctuellement jusqu’au terme de l’ouvrage. Défilent alors à vitesse accélérée, la projection des cris proférés par la foule révolutionnaire, ainsi que les commentaires. Le ton est donné. Personne ne peut rester indifférent à cette production d’une force incontestable, à laquelle assistait Christophe Rizoud, il y a un an, à Rouen.

Délibérément, la mise en scène joue sur le décalage entre le contexte daté des Carmélites de Compiègne, rappelé avec insistance par toute la palette de moyens dont elle dispose, et une transposition contemporaine, dominée par un réalisme prosaïque, frôlant parfois le vulgaire sans y tomber, qui tranche avec ce à quoi nous sommes habitués, malgré Warlikowski et autres. On n’énumérera pas les situations qui, en des contextes différents prêteraient à sourire, à rire ou à huer, sinon une seule. Constance assise aux toilettes, qu’elle nettoiera avec soin, avant que la Prieure soit conduite à l’infirmerie… Pas de guillotine (malgré une projection d’un texte égalitariste de Guillotin) : une exécution froide de chacune des sœurs par des tireurs invisibles, dans un décor stylisé, noir, sans issue, avec une pluie dense d’eau lustrale tombant des cintres. Les corps s’effondrent (*) dans l’eau, alors que le panneau de fond de scène va laisser progressivement la lumière filtrer par les interstices. La force dramatique est à un point culminant. Les poncifs (les nervis en treillis avec kalachnikov, les tableaux collectifs figés sur image…) abondent, qui agacent plus qu’ils n’émeuvent. Le prosaïsme réduit la ferveur et la grâce au texte chanté. Et pourtant, cela fonctionne et certaines scènes nous étreignent (la mort de la Prieure, les adieux du Chevalier à sa sœur, la scène finale). Tiphaine Raffier, qui aborde l’opéra pour la première fois, dit avoir été séduite par « cette foi comme acte de résistance universelle ». Or l’ouvrage recèle une ambivalence permanente, qui fait sa richesse, au travers des motivations de Blanche, de la mort de la Prieure, particulièrement. La mise en scène intègre ainsi des textes projetés, allant du cri, du slogan à la déclaration, qui participent au climat dans lequel s’insère l’intrigue. La vidéo mobile et les gros plans qu’elle projette en direct confortent ce réalisme délibéré. La télé, le lave-linge participent de ce parti pris. Les interludes sont raccourcis, nous explique la metteuse en scène, « pour préserver le flux dramatique ». Soit, mais alors pourquoi ces interminables pauses, avec ces sourds grondements de percussion, qui le meublent ? Pourquoi cette longue séquence cinématographique qui mêle du peplum médiéval et Jeanne d’Arc à des scènes fantastiques ? Certes le poster de la Pucelle dans la chambre de Blanche lui donne sa cohérence. Mais était-il besoin d’un soulignement aussi fort que réducteur pour que l’âme troublée de Blanche soit perceptible par chacun ? Nous préférons l’ellipse. Cependant, cette surprise ne saurait occulter l’un des atouts de cette production : la direction d’acteurs est admirable et efficace, faisant oublier les limites de la transposition. Les lumières, inventives, de Kelig Le Bars, n’appellent que des éloges.

De la distribution rouennaise seule subsiste Blanche. La Nancéenne, composée avec soin, s’avère du meilleur tonneau. Outre le premier rôle on en retiendra déjà une Prieure d’exception et une Constance plus vraie que jamais. Hélène Carpentier (Blanche) affiche une santé florissante et une apparente sérénité, rassurante, que contredit son état mental. Son mysticisme orgueilleux fait oublier sa fragilité, sa délicatesse. Indéniablement une présence physique et vocale, intense. Les intonations quelque peu véristes du premier tableau, la projection associée à sa violence seront bientôt oubliées pour une maîtrise qui fascine, jusqu’au sacrifice ultime. Madame de Croissy impressionne à sa première apparition, pour nous bouleverser dans son agonie douloureuse, violente, blasphématoire. Helena Rasker impose son personnage avec une autorité exceptionnelle. La voix, somptueuse, et le jeu, exemplaire, nous font espérer la retrouver dans d’autres productions. De surcroît sa maîtrise de notre langue est parfaite. La voix lumineuse de Michèle Bréant s’accorde idéalement à Sœur Constance, naïve et profonde, émouvante de spontanéité et de lucidité. L’innocence joyeuse, la bonté d’âme, tous les registres sont illustrés avec le même bonheur. Mère Marie de l’Incarnation est pour le moins aussi complexe à traduire que chacune de ses compagnes. Autoritaire, orgueilleuse, préconisant un courage qui lui fera défaut, elle n’en est pas moins attachante par le rôle qu’elle assume dans la communauté. Marie-Adeline Henry – qui fut Madame Lidoine – lui prête sa voix chaude, au beau médium. Cette dernière, la nouvelle prieure, dont l’humilité et la droiture forcent l’admiration, rayonne. Son arioso ultime (« Mes filles, j’ai désiré de tout cœur vous sauver… »), empreint d’une tendresse maternelle est un moment fort. Claire Antoine, qui l’a déjà chantée à Liège, en connaît bien les moindres ressorts et habite son personnage, en lui prêtant une voix à suivre.

Matthieu Lécroart campe un Marquis de la Force comme un geôlier très justes, et la première scène – outrée – dans la chambre (pourquoi l’avoir substituée à la bibliothèque ?) nous offre une voix généreuse, d’une intelligibilité constante, dont l’autorité est naturelle. Même si on ne peut s’empêcher de penser aux pères verdiens, la parenté s’arrête là car le style n’est en rien redevable à ceux-ci. Le Chevalier de la Force n’apparaît, en dehors de la première scène, que pour celle des adieux à sa sœur. Pierre Derhet nous vaut un officier viril, d’une voix jeune et bien timbrée. Cette dernière scène dont la force naît de l’incompréhension empreinte de tendresse entre Blanche et son frère est particulièrement bien conduite. Kaëlig Boché est l’Aumônier, prêtre réfractaire, qui s’efforce de protéger les Carmélites, voulant convaincre Blanche de ne point rejoindre ses sœurs au sacrifice. L’émission serrée convient bien au personnage, crédible dans son humanité. Aucun des rôles secondaires ne dépare, et – chacun avec sa personnalité propre – tous participent à la réussite vocale de la production.

L’orchestre se pare de belles couleurs (les bois particulièrement), sous la baguette attentive de Marc Leroy-Calatayud, et l’on regrette que les interludes soient accompagnés de mouvements dramatiques, qui distraient l’attention. Les chœurs, dont les interventions sont limitées, tirent leur épingle du jeu dans les derniers tableaux.

Au sortir de cette extraordinaire lecture, encore sous le poids de l’émotion, on s’interroge sur l’approche de la mise en scène qui nous prive d’une part de la dimension spirituelle de la partition.

* Comme à Tours (2010, Gilles Bouillon)

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

3

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Francis Poulenc

Dialogues des Carmélites

Drame lyrique en trois actes

Livret d’Emmet Lavery d’après la pièce de Georges Bernanos, elle-même inspirée de la nouvelle de Gertrud von Le Fort

créé à Milan, Teatro alla Scala le 26 janvier 1957

Détails

Mise en scène
Tiphaine Raffier

Scénographie
Hélène Jourdan

Costumes
Caroline Tavernier

Collaboration au mouvement
Catherine Galasso

Lumières
Kelig Le Bars

Vidéo
Nicolas Morgan

Dramaturgie et collaboration artistique
Eddy Garaudel

 

Blanche de la Force
Hélène Carpentier

Sœur Constance
Michèle Bréant

Mère Marie de l’Incarnation
Marie-Adeline Henry

Madame Lidoine
Claire Antoine

Madame de Croissy
Helena Rasker

Marquis de la Force / Geôlier
Matthieu Lécroart

Chevalier de la Force
Pierre Derhet

Aumônier
Kaëlig Boché

Mère Jeanne
Aurélia Legay

Sœur Mathilde
Aline Martin*

Javelinot, Thierry
Christophe Sagnier *

Le premier Commissaire
Stéphane Wattez

Le second Commissaire
Benjamin Colin *

(*) artistes du chœur de l’Opéra national de Nancy-Lorraine

 

Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Nancy-Lorraine

Cheffe de chœur
Virginie Déjos

Direction musicale
Marc Leroy-Calatayud

Nancy, Opéra national de Nancy-Lorraine, 25 janvier 2025, 15h

 

Production déléguée Opéra orchestre Normandie Rouen
Coproduction Opéra national de Lorraine

 

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Mehr Licht !
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

L’amour pluriel
Sabine DEVIEILHE, Mathieu PORDOY
Spectacle