Forum Opéra

ROSSINI, La Cenerentola – Baden-Baden

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
24 novembre 2025
Tout simplement féerique

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

La Cenerentola, ou La Bontà in trionfo
Dramma giocoso en deux actes
Musique de Gioachino Rossini
Livret de Jacopo Ferretti d’après le conte de Charles Perrault (1697), et les livrets de Charles Guillaume Étienne (opéra Cendrillon de Nicolas Isouard) et de Francesco Fiorini (opéra Agatina de Stefano Pavesi)
Création à Rome (Teatro Valle) le 25 janvier 1817

Version de concert avec mise en espace
Festival « La Grande Gare », Festspielhaus, Baden-Baden

Détails

Mise en scène
Vincent Huguet
Lumières
Christophe Forey
Décors
Pierre Yovanovitch
Costumes
Charles de Vilmorin
Mobilier
Théâtre de Bâle

Angelina, la Cenerentola
Maria Kataeva
Don Ramiro
Levy Sekgapane
Don Magnifico
Misha Kiria
Dandini
Edward Nelson
Alidoro
Adolfo Corrado
Clorinda
Alice Rossi
Thisbe
Justyna Rapacz Ołów

Balthasar-Neumann-Chor
Balthasar-Neumann-Orchester
Direction musicale
Thomas Hengelbrock

Baden-Baden, Festspielhaus
Dimanche 16 novembre 2025, 17h

Des spectacles comme celui-là, on voudrait en voir plus souvent. Présentée comme une version de concert avec mise en espace et un ensemble de voix qui ne sont pas celles de superstars, cette Cenerentola s’est révélée, avec trois fois rien (en apparence), être une mise en scène éblouissante, tout simplement géniale ! Une réussite telle qu’on aurait souhaité voir dans la salle certains metteurs en scène chevronnés qui, d’une montagne de moyens et d’une débauche d’intentions fumeuses réussissent à accoucher de souris. Dans notre cas d’école, une simple citrouille, quelques canapés récupérés d’un autre décor bâlois, des jeux de lumière ingénieux, quelques lustres et beaucoup d’imagination (mais n’oublions pas l’ingrédient majeur, à savoir la complicité des artistes qu’on sent totale), le tout génère une poésie et une féerie absolues. Chapeaux bas ! Toute l’énergie, l’inventivité, la beauté des airs et l’intelligence de l’œuvre de Rossini se trouvent ici servis avec évidence et conviction. De quoi revigorer et combler un auditoire embrigadé dans un tourbillon de trois heures qui ont passé comme un éclair ou plutôt comme un feu d’artifice, qu’un coup de baguette magique aurait habillé des couleurs les plus chatoyantes. La mise en espace de Vincent Huguet est un enchantement, sa direction d’acteurs s’imposant comme une évidence ; on sent un travail d’équipe sain et productif, avec une mention spéciale pour le travail de Charles de Vilmorin, jeune créateur de mode dont on a pu récemment découvrir sa robe froissée dans le cadre de l’exposition « Louvre Couture », création qui sied comme un gant à Cendrillon triomphante, contrastant juste ce qu’il faut avec les autres vêtements, petites merveilles de révélateurs de sentiments des personnages qui les endossent.

Littéralement dopés par une battue énergique d’un chef qui semble se délecter comme jamais du festin qu’il a composé, tout le plateau est survitaminé et en pleine possession de ses moyens. Malgré la moue qui ne la quitte pas de la soirée, la mezzo Justyna Rapacz Ołów est une Thisbe plus supportable que de coutume et son timbre chaud n’a pas les acidités habituelles. Il en va de même pour sa sœur Clorinda, fièrement campée par la soprano Alice Rossi dont on apprécie l’art du faire-valoir. Adolfo Corrado offre à Alidoro une très belle voix de basse dont on goûte les délices de chacune de ses interventions. Le baryton Misha Kiria est au sommet de son art et se délecte manifestement beaucoup de ce Don Magnifico dont il expose avec gourmandise et une vis comique certaine toutes les facettes de son truculent personnage. Autre baryton d’exception, Edward Nelson est un Dandini de première classe, toujours légèrement en retrait de celui dont il joue temporairement le rôle, avec ironie et mordant. En vif contraste, le timbre clair et lumineux du ténor Levy Sekgapane fait merveille en prince Don Ramiro. Visiblement à l’aise, le jeune homme se montre généreux de bout en bout dans des vocalises vaillantes, acrobatiques et d’une insolente projection qui semble ne pas connaître de limites. Comment résister ? Et pour finir, le timbre particulièrement sombre de Maria Kataeva confère d’emblée gravité et sérieux à son personnage d’Angelina, une Cendrillon qui triomphe parce qu’elle choisit la bonté comme le veut Rossini, mais qui est avant tout une maîtresse femme suffisamment intelligente et patiente pour arriver à ses fins et ne pas se laisser marcher sur les pieds. La mezzo est impressionnante d’agilité, de maîtrise et de souplesse pour son instrument, à tel point que ses vocalises pyrotechniques semblent presque faciles et surtout très naturelles.

© Michael Bode

Cette belle distribution, homogène et à l’unisson, est encore magnifiée par les membres du Balthasar-Neumann-Chor qui, en plus, semblent s’amuser énormément, virevoltants et tourbillonnants, véritable sauce liant un met des plus raffinés. 

À la tête du Balthasar-Neumann-Orchester dont on apprécie les sonorités de chaque instrument d’époque qui permet une écoute ciselée de ce chef-d’œuvre qu’on n’a pas souvent l’occasion d’entendre ainsi, Thomas Hengelbrock , bien qu’il nous tourne le dos (jeu de mot facile, pardon, c’est l’enthousiasme…), ne cesse de sourire (on a du mal à se détourner de lui quand on croise des yeux les écrans de contrôle qui permettent de le voir diriger de face) et en profite pour imposer un rythme endiablé à son petit monde qui ne demande visiblement pas mieux. Les spectateurs n’en perdent évidemment pas une miette et ovationnent le spectacle. Magique et féerique, vraiment…

La présentation du spectacle par Maria Kataeva/Cenerentola (en allemand) et Levy Sekgapane/Don Ramiro (en anglais).

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

5

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

La Cenerentola, ou La Bontà in trionfo
Dramma giocoso en deux actes
Musique de Gioachino Rossini
Livret de Jacopo Ferretti d’après le conte de Charles Perrault (1697), et les livrets de Charles Guillaume Étienne (opéra Cendrillon de Nicolas Isouard) et de Francesco Fiorini (opéra Agatina de Stefano Pavesi)
Création à Rome (Teatro Valle) le 25 janvier 1817

Version de concert avec mise en espace
Festival « La Grande Gare », Festspielhaus, Baden-Baden

Détails

Mise en scène
Vincent Huguet
Lumières
Christophe Forey
Décors
Pierre Yovanovitch
Costumes
Charles de Vilmorin
Mobilier
Théâtre de Bâle

Angelina, la Cenerentola
Maria Kataeva
Don Ramiro
Levy Sekgapane
Don Magnifico
Misha Kiria
Dandini
Edward Nelson
Alidoro
Adolfo Corrado
Clorinda
Alice Rossi
Thisbe
Justyna Rapacz Ołów

Balthasar-Neumann-Chor
Balthasar-Neumann-Orchester
Direction musicale
Thomas Hengelbrock

Baden-Baden, Festspielhaus
Dimanche 16 novembre 2025, 17h

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Amours heureuses
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Pati, épatant ; Werther, autrement
Pene PATI, Raphaël PICHON, Ted HUFFMAN
Spectacle