Tournez vite, manège

Carousel - Paris (Châtelet)

Par Jean-Marcel Humbert | lun 18 Mars 2013 | Imprimer
 
Une pièce de l’écrivain américain Thornton Wilder, Notre petite ville, créée en 1938, racontait la terne existence journalière des habitants d’une petite ville américaine. Liliom de Ferenc Molnar, qui a servi d’argument à Carousel, n’est guère éloigné de ce thème : la vie des gens simples, leur incapacité à s’assumer, le suicide du « héros » qui tourne mal, son voyage au ciel et son retour sur terre. Tout dégouline de bons sentiments, d’un américanisme primaire prémaccarthiste, qui devait ravir les spectateurs des années 50 qui venaient au théâtre retrouver leur petite vie étriquée : les gentils sont vraiment gentils, et les méchants affreusement méchants, cela se voit tout de suite, genre mauvaise série TV. Mais tout cela, aujourd’hui, nous laisse de marbre, et les bâillements se multiplient dans la salle. Question de culture, les anglo-saxons y sont peut-être plus sensibles.
La musique est à l’image du sujet, sirupeuse et inintéressante, et la direction de Kevin Farrell, aussi efficace soit-elle, accentue les effets plus qu’elle ne les gomme. Par exemple, la scène du pique-nique est totalement insipide, et l’on se prend à rêver au « Catfish Row » de Porgy and Bess. Comment cette comédie musicale a-t-elle pu être élue la meilleure du siècle, alors qu’on en a vu au moins vingt – dans le seul domaine américain – qui lui étaient cent fois supérieures ? Il est vrai aussi que le film White Christmas est considéré outre-Atlantique comme un chef-d’œuvre…
Un autre élément peut expliquer le manque d’intérêt de la représentation : la mise en scène de Jo Davies, qui traite tout au premier degré, comme une sorte de reconstitution historique de la création d’il y a 50 ans. Aucune mise en perspective, aucune invention, cela sent la naphtaline alors qu’une relecture plus contemporaine aurait peut-être pu sauver la production, pourtant hyper professionnelle.
 
Malgré les divertissements dansés, plutôt réussis bien que du genre « sous Gene Kelly », on attend avec résignation la fin d’interminables dialogues : bref, on s’ennuie ferme, tout en en ayant vraiment mauvaise conscience, tant les acteurs-chanteurs se donnent à fond. Mais malgré leurs efforts, leurs personnages restent inintéressants, Les artistes sont d’ailleurs fort inégaux, et même si Duncan Rock (Billy) et Kimy McLaren (Julie Jordan) font très honorablement leur travail, on ne peut pas dire que les autres participants, avec des voix et des bonheurs divers, emportent l’enthousiasme, car aucun n’émerge du lot : là où l’on aurait aimé des personnalités fortes, on nous a offert de gentils organisateurs : un coup d’épée dans l’eau.
 
 
 
 
 

 

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