Viva Villazón ressuscité !

Viva Verdi! - Baden-Baden

Par Catherine Jordy | ven 21 Juin 2013 | Imprimer
 
Il est des soirées que l’on aborde avec appréhension et c’est le cas pour ce récital dédié à Verdi, les fluctuations vocales passées de Rolando Villazón n’étant guère rassurantes. Le choix d’un répertoire plutôt méconnu pour contribuer aux célébrations du bicentenaire, essentiellement tiré des années de galère, n’est pas de meilleur augure : notre ténor souhaite-t-il ne pas avoir à être comparé ? C’est avec ces pensées polluantes que débute l’ouverture d’un Nabucco aux sonorités bien martiales dans la vaste salle du Festspielhaus de Baden-Baden, chaque pupitre séparé ostensiblement, dirigé avec honnêteté mais dureté par Guerassim Voronkov à la tête du Czech National Symphony Orchestra. Quand le ténor mexicain fait son apparition, c’est l’ovation : il est très populaire en Allemagne – dont il parle à la télévision la langue avec un accent délicieux – et il est l’une des valeurs sûres du Festspielhaus qui fête cette année ses quinze ans d’existence.
Dès l’attaque de « La mia letizia infondere », l’oreille est titillée par une pureté de son inattendue, une puissance étonnante, une grande justesse des nuances. Chaque mot est impeccablement articulé, le tout dans un flux continu au legato admirable. Le triomphe est immédiat. Dans le lamento du Corsaire, on retrouve la même fluidité et une expressivité exacerbée. La théâtralité est innée, marquée par la générosité sans limite de la part d’un chanteur qui rayonne, visiblement en confiance. C’est alors que Villazón se lance dans la première des Romances orchestrées par Luciano Berio. Il y fait preuve de morbidezza, ce mélange de douleur, délicatesse et souplesse tant recherché par les Italiens. Les graves sont amples et chauds, c’est du miel qui se répand, robinet grand ouvert, jusqu’à l’entracte, où le bel air de Luisa Miller est délivré avec puissance et noblesse. 
 
La deuxième partie du concert est moins convaincante, car le ténor en fait un peu trop. Pourtant, le choix de présenter le Prélude d’Otello est une excellente idée, le passage généralement supprimé permettant ici d’annoncer les affres et variations sentimentales à venir. Le « Ciel, che feci ! » d’Oberto est abordé « à la Callas », avec la courte introduction musicale qui permet à notre comédien-né de préparer son rôle grâce à quelques gestes et expressions évocateurs. La maîtrise est ici totale, mais ce n’est plus le cas quand, après le ballet de Macbeth, arrive un improbable Macduff guilleret et sautillant dont on a du mal à croire qu’il va pleurer ses fils quelques instants plus tard. La féerie s’estompe et la fin du programme paraît très maniérée quand bien même, paradoxalement, la générosité reste totale chez un artiste visiblement heureux de chanter et de donner tout ce qu’il peut à son public. Au cours des bis, pas d’airs aux notes suraigües (on s’attendait évidemment à la « Donna è mobile »), mais Rolando Villazón multiplie les facéties, notamment à la fin d’un brindisi où il boit cul sec sa bière servie dans un verre plus proche de la flûte à champagne que du bock de l’Oktoberfest de Munich, tout de même, élégance oblige… Ses pitreries chaplinesques amusent le public dans « Il Poveretto » où il fait remarquablement bien la manche, mais en oublie d’articuler parfaitement. Qu’importe, la salle est debout et notre ténor que d’aucuns considéraient fini est bien là, repu et content, distribuant toutes les roses de son bouquet à chaque musicienne, sans oublier la verdure fourrée aux musiciens, avec un départ au bras d’une des plus jolies femmes de l’orchestre, en bon finale des Temps modernes. Un tel bonheur fait plaisir à voir même si dans son déroulement, il rappelle à la chope de bière près celui de son récital parisien deux mois plus tôt. Le show serait-il trop rodé pour être honnête ?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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