Wiener Blut

Fidelio - Vienne (Staatsoper)

Par Clément Taillia | jeu 20 Octobre 2011 | Imprimer
 

Entre Fidelio et l’Opéra de Vienne, c’est une longue histoire. Au programme des festivités qui avaient célébré la réouverture de la salle, en 1955, l’unique opéra de Beethoven a toujours eu sa place sur les planches du Staatsoper, engouement encore accentué par le succès jamais démenti du spectacle d’Otto Schenk (dont c’était, ce soir-là, la 212e représentation) production quadragénaire emblématique de la maison. Depuis les années 1970 (et les soirées filmées sous la direction de Leonard Bernstein), peu de changements : tout juste a-t-on eu la bonne idée de moderniser quelque peu les perruques des rôles principaux. Les décors de carton-pâte esquissent une prison de dessin animé, la direction d’acteurs, finalement assez peu statique, ne cherche pas pour autant à transcender les traditions. Le public goûte avec enthousiasme ce conservatisme bon teint, songeant que le pantalon râpé de Leonore, que porta naguère Gundula Janowitz, fait partie intégrante de la vie musicale viennoise, presque à égalité avec le fastueux Rosenkavalier du même Otto Schenk, la Fledermaus de la Saint-Sylvestre et les claquements de main du Concert du Nouvel An.

La distribution aussi a tout pour plaire aux mélomanes autrichiens, qui convoque quelques gloires du Staatsoper, la plus que jamais Kammersängerin Waltraud Meier en tête. On n’ignore pas que sa voix, ces dernières années, s’est comme amincie, a perdu en chair et en couleurs, ni que Leonore a toujours constitué, en quelque sorte, la « limite aigue » de son répertoire. La redoutable épreuve d’ « Abscheulicher » n’a jamais été simple pour elle ; elle s’y montre toujours engagée et émouvante, mais ne sort pas indemne des sauts d’octave et des écarts de registre que la partition lui impose. L’entracte, heureusement, lui redonne de l’assurance et, au II, on la retrouve en meilleure forme, décochant ses aigus comme autant de flèches, n’économisant rien d’un tempérament de lionne, mais montrant, toujours, les failles d’une femme blessée.

 

Plus solide, plus monolithique peut-être, son Florestan est Robert Dean Smith. On ne sait pas pourquoi son Siegmund à l’Opéra Bastille avait paru sous-dimensionné : fallait-il mettre en cause la configuration de la salle, ou des moyens intrinsèquement limités ? Porté par une acoustique plus favorable, il n’a cette fois aucun mal à déployer un timbre riche en harmoniques, soutenu par une technique que les multiples difficultés de son rôle ne prennent jamais en défaut.

 

Ancien membre de la troupe du Volksoper récemment promu au Staatsoper, Lars Woldt, voix puissante et présence bonhomme, se taille un beau succès en Rocco, tandis qu’Albert Dohmen apporte à l’infâme Pizzaro les noirceurs d’un timbre qu’on a connu mieux projeté. Le couple Marzelline-Jacquino, formé par la jeune Anita Hartig et Peter Jelosits, véritable pilier de l’institution viennoise, ainsi que le Don Fernando de Markus Marquardt complètent bien une équipe homogène, révélatrice de tout ce que la routine peut avoir de fastueux dans la capitale autrichienne.

Si l’orchestre, tout au long de la soirée, ne semble pas dans son meilleur jour, il finit par remporter un accueil triomphal, après une ouverture de Leonore III et un final explosifs. Bertrand de Billy, au pupitre, apporte toute son expérience de chef de fosse : attentif aux solistes aussi bien qu’aux musiciens et aux choristes, son savoir-faire et son enthousiasme (car l’un n’empêche pas l’autre) sauvent la soirée de l’ennui qui, sans lui, aurait pu nous surprendre, à un moment ou à un autre…

 

 

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