Lendemain qui chante

Turandot - Londres (ROH)

Par Yannick Boussaert | dim 09 Juillet 2017 | Imprimer

Le samedi 8 juillet, notre confrère Jean Michel Pennetier part de sa demi-satisfaction à l'écoute de Turandot interprétée par Lise Lindstrom. Peut-être eût-il fallu qu’il vînt plutôt le lendemain. Christine Goerke possède une voix au volume considérable qui surplombe l’orchestre et le chœur sans effort dans les tutti du deuxième acte. Mordant, acéré, son chant qui découpe les mots sans renoncer au legato, lacère chaque énigme avec véhémence. Le vibrato serré de la soprano américaine accentue encore le métal du timbre. Pour autant, cette voix massive se réchauffe dans le médium et le grave de même que le passé de mozartienne de l’interprète lui sert pour conduire avec intelligence l’évolution de son personnage, du monolithe meurtrier à la femme sensible et frémissante. C’est un Aleksandrs Antonenko en pleine santé vocale qui lui fait face : il assume de manière péremptoire le contre-ut de « ti voglio ardente d’amor », à l’image de Roberto Alagna la veille. Mais les harmoniques de la voix sont peu séduisants et le timbre nasal acidifie son « Nessun dorma ». Il manque quelques pianos et sons filés à Hibla Gerzmava pour enluminer une Liù par ailleurs sensible et investie. Le trio des masques est lui aussi renouvelé. Michel de Souza convainc tout à fait en Ping, talonnés par le Pang très bien caractérisé d’Aled Hall. Pavel Petrov propose un Pong plus en retrait.


© Tristram Kenton

Dan Ettinger opte pour une lecture assez lente, qui minimise les excès de décibels et prend le temps de travailler sur la couleur orchestrale. Violons, violoncelles et harpes notamment s’épanchent dans un beau lyrisme. 

Tous s'accordent avec la même aisance que leurs comparses la veille à la proposition pessimiste d’Andrei Serban. Pour compléter les remarques de Jean Michel Pennetier, on notera que la cruauté l'emporte dans les rapports entre tous les personnages. Ainsi, pour frapper sur le gong à la fin du premier acte, Calaf saisit le baton-guide du Timur, ce qui l’envoie au sol. De même, le destin tragique de Liu au troisième ne semble guère le concerner. Trente ans après la création, voici un angle fort de cette lecture du conte qui lui donne encore toute sa modernité au milieu de décors et de costumes classiques.