Forum Opéra

17 avril 1876 : une Polonaise nommée Wanda

Partager sur :
Zapping
20 avril 2026
Il ya 150 ans, Dvořák créait à Prague un nouvel opéra : Wanda

Après s’être essayé au genre de l’opéra plutôt comique, dans la veine de certains Smetana, Dvorák, tout comme son modèle, décide de se tourner vers une forme à la fois plus dramatique et inspirée de légendes propres à galvaniser l’esprit slave opposé à l’influence, voire l’hégémonie germanique. C’est ainsi, alors qu’on est en train de construire le futur Théâtre national de Prague, destiné à devenir le réceptacle de la création lyrique en langue tchèque, que Dvořák décide de proposer un nouvel opéra dont l’argument ne s’appuie pas sur des légendes tchèques ou un quelconque épisode de l’histoire bohémienne, mais fait plutôt écho à une forme de solidarité slave contre les germaniques et exalte les vertus d’une princesse polonaise imaginaire, Wanda, qu’on pourrait comparer à la Libuše tchèque de Smetana.

František Zákrejs

Pour le livret, Dvořák se tourne vers František Zákrejs, écrivain et dramaturge de deux ans son aîné; et Václav Beneš Šumavský, beaucoup plus jeune et qui est à ce moment là rédacteur dans un quotidien catholique de Prague. On associe parfois le nom d’un troisième auteur, supposé être l’écrivain original de cette histoire, Julian Surzycki, un Polonais qui serait né en 1820 mais dont on ne sait pas grand chose.

Et d’ailleurs, ce n’est pas bien grave puisque le point faible de cette nouvelle œuvre pour laquelle Dvořák va composer la musique dans le second semestre de 1875 est précisément le livret, en cinq actes courts, mais qui n’en allongent pas moins l’action, jusqu’à la rendre assez ennuyeuse.

Elle se déroule à Cracovie, aux temps du paganisme. A la mort du prince Krak, sa fille Wanda doit assumer la conduite du pays. Mais elle ne se sent pas prête et compte s’appuyer sur le chevalier Slavoj. De façon inattendue, un prince allemand, Roderich, demande la main de Wanda, de manière à réunir ainsi deux pays. Mais, alors qu’elle est couronnée reine, elle lui répond qu’elle ne peut pas décider seule d’épouser un étranger, qui ne partage ni sa langue, ni sa religion.

Marie Sittova, première Wanda

Justement, le conseil décide que trois chefs de clan doivent s’affronter pour obtenir la main de Wanda, bien qu’aucun d’entre eux ne soit capable d’accomplir les tâches difficiles qui leur incombent. Slavoj demande la permission de participer au concours, alors qu’il n’est ni chef de clan, ni noble. Malgré les protestations du Grand Prêtre, gardien intransigeant de la tradition, le peuple y consent, et Slavoj remporte la victoire. Le prince Roderich, très agacé, vient chercher Wanda et insulte Slavoj dont il raille les origines modestes. Slavoj défie Roderich en duel et ce dernier hésite lâchement.

Vanda et Slavoj se retrouvent devant la grotte de Černoboh pour décider de l’avenir du pays. Ils doivent se cacher lorsqu’ils aperçoivent Roderich qui s’approche, venu invoquer la sorcière Homena, qui vit dans le coin. Il a besoin d’elle pour s’emparer de Wanda, quitte à recourir à la violence. Entendant cette infamie, Slavoj sort alors de sa cachette et appelle ses chevaliers à la rescousse. Roderich, qui est tout près d’être exécuté, est grâcié par Wanda, qui le laisse partir afin d’assurer la paix et la stabilité dans le pays. Mais Roderich promet qu’il se vengera.

La vengeance de Roderich ne tarde pas : il envahit le pays avec son armée. Démunie, Wanda implore l’aide des dieux et fait le serment de sacrifier sa propre vie pour la victoire. Elle est exaucée : Roderich est vaincu et son armée mise en déroute.

Hélas, une parole est une parole : Wanda doit se sacrifier. Le peuple a beau la supplier de demander grâce aux dieux ; Slavoj a beau proposer de prendre sa place et d’être tué, la reine ne veut rien entendre. Elle doit se sacrifier pour avoir sauvé son pays et elle le fait en se jetant dans la Vistule, non sans avoir confié le destin du pays à Slavoj.

La préparation de la création n’est pas de tout repos. Le théâtre national provisoire traverse au printemps 1876 une crise à la fois financière et de gouvernance et l’opéra de Dvořák, que la direction souhaite au demeurant monter, est assez gourmand en décors et costumes coûteux. Le chef Adolf Čech, qui dirige la première, le raconte dans ses Mémoires : « Wanda nécessite un vaste dispositif scénique, des musiciens d’orchestre et des choristes, et, à l’époque, nous n’en disposions tout simplement pas. Dès la toute première répétition générale, il est apparu que le troisième acte, qui se déroule dans la grotte de la sorcière Homena, exigeait un décor monumental digne du Brocken du Faust de Goethe ; le tout ressemblait à une véritable parodie sur notre petite scène. Nous avons finalement été contraints de supprimer le troisième acte et son intrigue a dû être racontée sous forme de récitatifs par
plusieurs personnages apparaissant dans le quatrième acte ! ».

Adolf Čech

Malgré ces coupures et bouts de ficelles, la création voici 150 ans (le 17 avril 1876) est un grand succès public et critique, comme le souligne la presse du lendemain : « La salle était pleine à craquer et, malgré la chaleur tropicale, le public était merveilleusement enthousiaste et est resté à sa place jusqu’à la toute fin du spectacle. Ce fut un succès retentissant. Dès la fin du premier acte, le compositeur a été appelé à plusieurs reprises pour saluer, et chaque acte a ensuite été suivi d’applaudissements tonitruants. […] Son dernier opéra, Wanda, témoigne de sa force créatrice et rend un excellent témoignage de sa véritable vocation dans le domaine du théâtre ».

Un succès néanmoins sans grand lendemain, malgré une partition émaillée de beaux moments, et dont il existe de très rares enregistrements comme ici celui dirigé par Gerd Albrecht.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Plus qu’un témoignage, une somme capitale
LivreSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Le chef d’oeuvre sensible de Leoncavallo a 125 ans
Zapping