Coup d'essai, coup de maître

La donna del Lago

Par Jean Michel Pennetier | lun 27 Mars 2017 | Imprimer

Créé en 1980, le Rossini Opera Festival est devenu aujourd'hui une institution incontournable. Durant ses toutes premières années, son volontarisme se heurte à la difficulté de trouver des chanteurs, en particulier des ténors, rompus au style de l'opera seria. En 1983, la reprise de La donna del Lago offre au festival l'occasion de présenter une distribution totalement adéquate, heureusement enregistrée en studio dans le fil des représentations. Une fois n'est pas coutume, nous ne commencerons pas par les chanteurs, mais par saluer le talent du pianiste Maurizio Pollini qui dirige ici le Chœur Philharmonique de Prague et le Chamber Orchestra of Europe avec une fougue et un allant proprement enivrants : une leçon pour les nombreux tâcherons qui officient habituellement dans ce répertoire, et même pour certaines gloires de la fosse. La proximité des représentations aidant, on croirait assister à une représentation sur le vif tant l'électricité est palpable tout au long de l'ouvrage. Malheureusement, si l'orchestre est somptueux, les choses se gâtent un peu avec les voix. Pollini est plutôt un ayattolah du respect de la partition écrite, ignorant que, traditionnellement, les reprises devaient permettre aux exécutants d'offrir des variations par rapport au thème de base, que celles-ci soient de la main de Rossini ou dues à l'imagination de l'artiste. On reste donc souvent sur sa faim face à cette intégrité mal venue. Katia Ricciarelli n'a que 37 ans, mais son déclin vocal a déjà commencé, le soprano ayant abordé trop tôt les rôles de spinto qui ne correspondent pas à ses moyens. Avec cette Elena, la chanteuse vénitienne offre les beautés d'un timbre riche et personnel, une réelle agilité vocale, mais aussi quelques problèmes de respiration se manifestant par des effets de soufflet bizarroïdes. L'excellente Lucia Valentini- Terrani déploie également un matériau magnifique. Les vocalises sont réalisées avec une facilité déconcertante, mais on sent la chanteuse légèrement sur la réserve, moins exubérante qu'à la scène. Dalmacio Gonzalez est un Umberto très satisfaisant, d'une grande musicalité, triomphant d'une tessiture aiguë meurtière. Dano Raffanti n'est pas le baryténor attendu, mais la voix, plus large que celle de son confrère, contraste bien avec celle de ce dernier, et son timbre est de toute beauté. L'un et l'autre auront des successeurs autrement grandioses, mais ils sont ici impeccables et souvent enthousiasmants, vocalisant remarquablement et offrant tous les nombreux aigus de la partition, à défaut d'en ajouter d'autres ! Dans le court rôle de Duglas, Samuel Ramey est proprement époustouflant : une leçon de chant inégalée. Au global, un enregistrement à redécouvrir.