Forum Opéra

Récital Konstantin Krimmel et Ammiel Bushakevitz – Schwarzenberg

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Spectacle
25 août 2026
Tout juste 33 ans !

Note ForumOpera.com

5

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Détails

Robert Schumann (1810-1856)

Drei Romanzen und Balladen op.45 :

Der Schatzgräber (Eichendorff)
Frühlingsfahrt (Eichendorff)
Abends am Strand (Heine)

Franz Schubert (1797-1828)

Der Wanderer (Schmidt) D.489
Wiedersehn (Schlegel) D.855
Entzückung an Laura (Schiller) D.390
Des Fischers Liebesglück (Leitner) D.933

Robert Schumann (1810-1856)

Fünf Lieder nach Gedichten von Hans Christian Andersen op.40 :

Märzveilchen
Muttertraum
Der Soldat
Der Spielmann
Verratene Liebe

Robert Schumann (1810-1856)

Dichterliebe
op.48
Liederzyklus nach Gedichten von Heinrich Heine :

Im wunderschönen Monat Mai
Aus meinen Tränen sprießen
Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne
Wenn ich in deine Augen seh’
Ich will meine Seele tauchen
Im Rhein, im heiligen Strome
Ich grolle nicht
Und wüßten’s die Blumen, die kleinen
Das ist ein Flöten und Geigen
Hör ich das Liedchen klingen
Ein Jüngling liebt ein Mädchen
Ich hab’ im Traum geweinet
Allnächtlich im Traume
Aus alten Märchen
Die alten, bösen Lieder

en bis :
Robert Schumann : Mit Myrten und Rosen (Heine) op.24n°9
Franz Schubert : Nacht und Träume (von Collin) D.827

Konstantin Krimmel, baryton
Ammiel Bushakevitz, piano

Schwarzenberg, Angelika-Kauffmann-Saal, samedi 22 août 2026 à 20h00

Il n’a que 33 ans, et pourtant toute la maturité des plus grands !

C’est en 2022 que nous l’avions entendu pour la première fois, ici même à Schwarzenberg. Il nous avait alors paru un peu tendu, mais la voix révélait déjà toutes ses qualités exceptionnelles. En 2025, il y connaissait une sorte de consécration avec deux récitals consécutifs dans les plus grands cycles de Schubert, plébiscité par un public pourtant exigeant et connaisseur.

Avec une double origine allemande et roumaine, Krimmel a reçu sa première éducation musicale dans le chœur d’enfants de Saint-Georges à Ulm, (on ne dira jamais assez à quel point ces chœurs d’enfants sont une pépinière de talents qui fait largement défaut au monde latin) et est parti ensuite poursuivre ses études à Stuttgart. Il remporta de nombreux prix prestigieux entre 2020 et 2024, dont celui du meilleur jeune artiste à l’Opera Award 2023, et mène en parallèle sa jeune carrière de concertiste et sa participation à la troupe de l’Opéra d’Etat de Bavière à Munich, où il se voit confié des rôles de plus en plus importants.

Les qualités de ce chanteur, outre une voix particulièrement généreuse, très saine, sans tricherie ni artifice, il les doit à sa sincérité, l’expression très directe des émotions suscitées par le texte, qu’il rend très honnêtement, sans aucun maniérisme. Il chante le texte, y met tout son cœur, et toute son âme, laissant la musique faire le reste, pour notre plus grand bonheur. Derrière sa grande taille et son physique d’homme des bois, se cache une sensibilité très touchante : voilà un homme qui n’a pas peur d’exprimer ses sentiments, de les chanter avec tout son cœur, sans jamais que cette exposition paraisse déplacée ou gênante. Du grand art !

Mais ne soyons pas dupes ! Derrière cette apparente simplicité se cache indubitablement beaucoup de travail, la complicité qu’il a établie depuis des années avec Ammiel Bushakevitz en témoigne. Car le travail d’élaboration est visiblement fait à deux, depuis la composition du programme, qui mélange son fond de répertoire avec des pièces plus neuves, jusqu’à la mise au point des nuances les plus fines ; nombre des intentions du chanteur sont en fait anticipées par le pianiste, préparées par lui, qui amène le bon climat, la bonne nuance ou le petit retardando dans la modulation qui permettra au chanteur d’exprimer exactement ce qu’il souhaite, colorer un mot, un ornement, tout ce qui permet l’expression juste du texte.

Que tout cela soit fait sans maniérisme, et sans qu’on sente à aucun moment le travail, tient du miracle, peut en tout cas être ressenti comme tel par l’auditeur. Et Dieu sait qu’ils sont exigeants ici, les auditeurs, qui connaissent le répertoire sur le bout des doigts et attendent légitimement l’excellence.

La première partie du programme était composée de trois sections, Schumann et son opus 45, excellente mise en voix, qui nous plonge d’emblée dans un festival de couleurs et de poésie, faisant alterner les épisodes épiques, narratifs ou introspectifs en quelque secondes seulement, avec ces retournements de climat tellement caractéristiques de l’écriture schumannienne, qui titillent sans cesse l’attention de l’auditeur. Viennent ensuite cinq Lieder de Schubert, Der Wanderer que Krimmel chante depuis toujours, confondant de simplicité sincère et de pudeur contenue, puis Wiedersehn, tout différent de ton, où il ose des nuances les plus délicates, porté par la magnifique transparence du piano. Am Laura, plus neutre, sert de transition vers Des Fishers Liebesglück, sublime de retenue, de délicatesse dans l’expression du désespoir, le véritable sommet de cette première partie du récital. L’opus 40 de Schumann qui vient ensuite établit, par comparaison, à quel point les Lieder de Schumann sont différents de ceux de Schubert : élaboration complexe, climat sans cesse changeant et ligne de chant très indépendante d’un côté et spontanéité, expression directe des sentiments de l’autre. Des cinq Lieder de cet opus, on retiendra surtout le chromatisme soigné et la transparence poétique dans l’évocation du souvenir du Muttertraum, et dans une veine plus épique, Der Soldat ou le pianiste fait preuve de la plus grande honnêteté – quasi pas de pédale, beaucoup de précision dans le touché – et construit véritablement avec son chanteur la progression du climat un peu martial de la pièce, que Krimmel peut alors rendre avec majesté et conviction.

Toute la deuxième partie du programme est consacrée à Dichterliebe, pièce de résistance s’il en est, où la poésie pleine de second degré de Heine vient se confronter au sens de la rupture, de la couleur et à la délicate intimité exprimée par Schumann. Dans des tempi assez lent, les deux artistes vont s’attacher à souligner le caractère cyclique de la pièce, en en faisant une grande arche quasi continue, ce que le piano contribue magnifiquement à établir, au sein de laquelle vont venir se dérouler les épisodes les plus variés, toujours nourris d’une grande concentration intérieure. L’émotion nait de la simple expression du texte, du relief que le chanteur réussit – par de simples inflexions de voix – à mettre dans chaque phrase, nourrie évidemment par un travail important en amont. Les passages pour piano seul, préludes ou postludes sont tout simplement sublimes, tout à fait dans la même esthétique, faite d’élégance et de simplicité, que celle du chanteur. Parmi les plus beaux moments du cycle, on retiendra le feu intérieur contenu de Im wunderschönen Monat Mai, l’émouvante berceuse de Wenn ich in deine Augen seh’, l’épuisement nostalgique de Hör ich das Liedchen klingen, l’humour caustique dans Ein Jüngling liebt ein Mädchen, le phrasé superbe et la délicatesse des nuances, avec la voix quasiment détimbrée dans Am leuchtenden Sommermorgen, pour terminer sur une note très dramatique dans Die alten, bösen Lieder. C’est au piano qu’il revient de terminer le cycle, dans un long et magnifique postlude que Ammiel Bushakevitz choisit de jouer très lentement, avec une intensité et un caractère presque philosophique rarement entendus.

Un très long et magnifique silence précède alors les applaudissements nourris du public, qui recevra encore deux bis : Mit Myrten und Rosen op.24 n°9 de Schumann, absolument délicieux, et Nacht und Träume de Schubert, très lent, très doux, plein d’une intensité contenue, parfaitement en phase avec la nuit tombée. C’est emplis d’une émotion bien palpable que les deux artistes accueilleront la standing ovation que le public leur offrira en récompense.

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Drei Romanzen und Balladen op.45 :

Der Schatzgräber (Eichendorff)
Frühlingsfahrt (Eichendorff)
Abends am Strand (Heine)

Franz Schubert (1797-1828)

Der Wanderer (Schmidt) D.489
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Des Fischers Liebesglück (Leitner) D.933

Robert Schumann (1810-1856)

Fünf Lieder nach Gedichten von Hans Christian Andersen op.40 :

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Der Spielmann
Verratene Liebe

Robert Schumann (1810-1856)

Dichterliebe
op.48
Liederzyklus nach Gedichten von Heinrich Heine :

Im wunderschönen Monat Mai
Aus meinen Tränen sprießen
Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne
Wenn ich in deine Augen seh’
Ich will meine Seele tauchen
Im Rhein, im heiligen Strome
Ich grolle nicht
Und wüßten’s die Blumen, die kleinen
Das ist ein Flöten und Geigen
Hör ich das Liedchen klingen
Ein Jüngling liebt ein Mädchen
Ich hab’ im Traum geweinet
Allnächtlich im Traume
Aus alten Märchen
Die alten, bösen Lieder

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Robert Schumann : Mit Myrten und Rosen (Heine) op.24n°9
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