Les comédiens ambulants de Leoncavallo ont repris la route. Les 18 et 19 octobre, la compagnie italienne TIR Opera Urbana a présenté Pagliacci en Algérie, à Béjaïa puis à Alger. Elle était l’invitée de la quinzième édition du Festival international du théâtre de Béjaïa, consacrée cette année aux rapports entre le théâtre et la cité.
La metteuse en scène Lucia Falco a conçu un spectacle entre opéra et théâtre, sans orchestre : la pianiste Michela Varda accompagne seule les chanteurs, ce qui met les voix et le jeu au premier plan. Salvatore Romei chante Canio, Martina Barreca Nedda et Davide Canepa Tonio, aux côtés de Marcello Serafino Visconti. Fondée en 2002 dans la vallée de Suse, la troupe pratique un théâtre itinérant qui va chercher le public hors des maisons d’opéra. Elle s’était déjà produite au Maroc et en Tunisie.
À Béjaïa, le public est venu nombreux et s’est montré attentif, rapporte le quotidien La Sentinelle, qui a apprécié l’équilibre du spectacle entre chant et jeu. Le lendemain, la troupe jouait au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi, l’ancien Opéra d’Alger. Sa première salle fut inaugurée en 1853, sous la colonisation française, près de quarante ans avant la création de Pagliacci à Milan. Napoléon III y assista même à une représentation de Rigoletto en mai 1865. Comme ailleurs au Maghreb, l’histoire de l’opéra en Algérie est indissociable de la période coloniale.
Plus de deux siècles après Isabella, l’héroïne de L’italiana in Algeri de Rossini, voici donc d’autres Italiens à Alger. Eux n’ont eu besoin d’aucune ruse : un piano et une poignée de chanteurs ont suffi.