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Matthias Horn

Milo Rau à Berlin : le Hollandais échoue à Tel-Aviv

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Brève
28 octobre 2026

Dès l’ouverture, les stèles du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe émergent du plateau. Dans la production de Milo Rau, créée le samedi 24 octobre à la Deutsche Oper Berlin, Le Vaisseau fantôme traverse quatre-vingts ans d’histoire allemande, de la Shoah au conflit israélo-palestinien. C’est le premier Wagner du metteur en scène suisse, après La Clémence de Titus en 2021 et Justice d’Hèctor Parra en 2024, toutes deux à Genève. L’auteur de Hate Radio et de Familie, aujourd’hui à la tête des Wiener Festwochen, fait une fois de plus comparaître le réel sur scène.

Chaque personnage reçoit un rôle géopolitique : le Hollandais figure une Allemagne enchaînée à sa culpabilité, Senta Israël, Erik la Palestine. Le marin maudit échoue sur une plage de Tel-Aviv. Le deuxième acte se déroule sur fond de prise d’otages aux Jeux de Munich en 1972, le dernier ramène les protagonistes au Mémorial. Les projections mêlent archives et séquences tournées cet été en Israël et en Cisjordanie. Du 7 octobre 2023 à la guerre à Gaza, l’actualité s’invite dans la légende, au risque de la submerger.

Deux témoins prennent aussi la parole. L’actrice israélienne Sarah von Schwarze, petite-fille d’un officier de la Wehrmacht, porte un héritage allemand que sa famille avait voulu laisser derrière elle en émigrant en Israël et en se convertissant au judaïsme. Shlomi Moto Wagner, artiste drag de cabaret, a adopté le nom du compositeur sans rien ignorer de son antisémitisme. Tous deux racontent un voyage avec Rau, jusqu’à faire entendre Wagner aux abords du mur des Lamentations, dans un pays où sa musique reste frappée d’un boycott tacite.

Tomasz Konieczny incarne le Hollandais, Aušrinė Stundytė fait ses débuts en Senta, Tareq Nazmi est Daland et Attilio Glaser Erik. Souffrant, Konieczny a dû s’interrompre au milieu du grand duo de l’acte II. Derek Welton a pris le relais depuis le bord du plateau, partition sur pupitre, sous les acclamations. Aux saluts, l’équipe de mise en scène, Stundytė, aux aigus jugés tendus, et Giedrė Šlekytė, dont la direction a paru sèche et souvent très sonore, ont reçu huées et applaudissements mêlés. Nazmi, Glaser et le chœur préparé par Marco Medved ont été mieux accueillis.

La presse allemande se montre sévère. Dans la Berliner Zeitung, Peter Uehling dénonce un spectacle qui sacrifie l’opéra au débat politique. Pour BR-Klassik, histoire et intrigue avancent en parallèle sans jamais se rejoindre. Paradoxe : Nachtkritik trouve la provocation émoussée, le scandale annoncé laissant place à un théâtre de réconciliation trop appuyé.

« L’art est confrontation », avait déclaré Rau à la télévision berlinoise. On lui reproche finalement moins d’avoir choqué que d’avoir trop voulu démontrer. Chez Wagner, l’amour d’une femme suffit à sauver le maudit. Rau ne croit pas à une issue aussi simple.

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