Pour ses quatre-vingts ans, René Jacobs retrouve sa propre voix : celle du contre-ténor de trente-trois ans qui défendait à Innsbruck, le 24 août 1980, des pages méconnues de Pietro Antonio Cesti. Le label Fra Bernardo réédite l’enregistrement de ce concert sous le titre O mia vita. La version numérique paraît ce 30 octobre, jour où l’artiste, né à Gand en 1946, souffle ses bougies ; le double CD suivra le 6 novembre.
Ce soir-là, dans la Hofburg, Jacobs était entouré de William Christie au clavecin et à l’orgue, de Wieland Kuijken à la viole de gambe, de Konrad Junghänel au théorbe et de la soprano Judith Nelson, sa partenaire vocale. Il avait lui-même assemblé ce pasticcio d’airs, de récitatifs et de duos tirés de six opéras de Cesti. Le compositeur avait fait les beaux jours de la cour tyrolienne avant que son nom ne s’efface. Entre les morceaux, Jacobs présentait au public les intrigues et les personnages : il racontait déjà des histoires en musique.
On connaît le chef qui allait renouveler notre écoute de Monteverdi, de Haendel et de Mozart. Ce disque révèle le chanteur : sa déclamation, son intelligence du texte, sa manière de faire naître le théâtre d’une simple inflexion, tout ce qu’il exigera plus tard de ses interprètes.
Ce concert a d’ailleurs décidé de la suite. Séduit par ses explorations de Cesti, le directeur du festival, Otto Ulf, lui confie en 1982 une version de concert de L’Orontea. Il dirige l’ouvrage tout en chantant le rôle d’Alidoro, et l’enregistrement sort chez Harmonia Mundi. Sa carrière de chef d’opéra est lancée. Le jeune chanteur d’Innsbruck prendra la tête du festival de 1996 à 2009.
Cet été, pour son cinquantième anniversaire, le festival a ressuscité Il pomo d’oro, l’un des opéras dont Jacobs avait donné des extraits à la Hofburg. Ottavio Dantone en a reconstitué les actes III et V, partiellement perdus, à partir des fragments conservés et d’autres œuvres du compositeur. Cette musique revient sur scène parce que des pionniers comme Jacobs se sont obstinés à la faire réentendre.
Le disque avait déjà paru en 2006, pour les soixante ans du chef. Il revient pour ses quatre-vingts ans. « O mia vita », chantait-il en 1980 avec Judith Nelson, dans un duo d’Il pomo d’oro. Bon anniversaire, cher René Jacobs. D’autres hommages suivront cette semaine dans nos colonnes.