Miroirs de Gounod : Mireille

Par Laurent Bury | lun 06 Août 2018 | Imprimer

Composition : mars 1863 à (Gounod prétendait avoir eu l’idée de « O Magali, ma bien aimée » dès avril 1862)

Création : 19 mars 1864 (cinq ans jour pour jour après Faust) au Théâtre-Lyrique

Cette année-là : Offenbach fait le grand écart, avec Die Rheinnixen au Hoftheater de Vienne le 4 février et La Belle Hélène au Théâtre des Variétés le 17 décembre.

Librettiste : Michel Carré (mais où était donc Jules Barbier ?), d’après Mirèio, poème en douze chants de Frédéric Mistral en langue provençale, paru en 1859 avec traduction française en regard. Grand succès de librairie, le livre avait passionné Gounod qui estimait que la gloire de l’héroïne était assurée.

Genre : opéra-comique en cinq actes avec dialogues parlés, remplacés par des récitatifs pour la création londonienne en italien (!). A londres, l’héroïne ne mourait plus car une fin heureuse semblait nécessaire. Pour la reprise parisienne de décembre 1864, Carvalho réduisit l’œuvre à trois actes mais fit ajouter la valse de Mireille « O légère hirondelle ». La mort de Mireille ne fut rétablie qu’en 1901 à l’Opéra-Comique. En 1939, grâce aux recherches de Reynaldo Hahn et Guy Ferrant, on tenta de revenir à la version originale, Henri Büsser ayant reconstitué une partie de l’orchestration, alors perdue. Mais le rôle du petit berger fut confié à un ténor.

Intrigue : Mireille, fille d’un riche propriétaire, est éprise de Vincent, un pauvre vannier, et repousse son prétendant, le bouvier Ourrias. Lors d’une dispute avec son rival, Ourrias le laisse pour mort, puis s’enfuit, pris de remords et meurt englouti par le Rhône. Apprenant que Vincent a survécu, Mireille décide d’aller prier aux Saintes-Maries-de-la-Mer : elle doit pour cela traverser le désert de la Crau où, victime d’insolation, elle croit mourir. Elle finit par arriver à la chapelle, exténuée : elle y tombe dans les bras de Vincent, perd connaissance, puis meurt, appelée par une voix céleste.

Personnages : Mireille, soprano ; Vincent, ténor ; Ourrias, baryton ; Taven, contralto ; Ramon, baryton-basse ; Vincenette, soprano ; Clémence, soprano ; Ambroise, baryton-basse ; Le passeur, basse ; Andreloun, voix d’enfant/soprano

Les créateurs : Le ténor François Morini (Schumpff de son vrai nom) avait chanté Faust et il avait été en 1863 le créateur de Nadir dans Les Pêcheurs de perles. Pourtant, « Il a une voix médiocre, un jeu insuffisant et une assez jolie figure », nous apprend le Dictionnaire des pseudonymes paru en 1869. Morini était vocalement si médiocre que Gounod fut contraint de récrire son duo avec Ourrias. La cavatine de Vincent, « Anges du paradis », dut être supprimée le soir de la création.

Le tube : « O Magali ma bien-aimée », « Trahir Vincent », la scène de la Crau, « Anges du paradis »...

La scie : « Chantez, chantez magnanarelles », insupportable dès qu’il est ressassé lourdement par un chœur d’amateurs besogneux…

Anecdote : Le seul opéra de Gounod à se dérouler à l’époque contemporaine ! Un fait-divers paysan, bien avant les premiers opéras véristes… Madame Carvalho avait exigé « Du Brillant », mais Gounod ne l’entendait pas de cette oreille. Quand il chanta à Saint-Saëns la scène de la Crau, celui-ci lui déclara : « Jamais Mme Carvalho ne chantera ça. – Il faudra bien qu’elle le chante ! me répondit-il en ouvrant démesurément des yeux terribles ».

CD recommandé : A condition de pouvoir la trouver, la version enregistrée par André Clytens en 1954 en parallèle avec la production donnée au festival d’Aix-en-Provence combine les avantages d’une prise de son moderne à la présence de grands interprètes francophones, Nicolai Gedda étant la seule exception ô combien pardonnable.

DVD recommandé : Le seul existant, bien qu’il n’y ait pas forcément grand-chose pour le recommander, est celui de la production Nicolas Joël à Garnier (2009), paru chez FraMusica.

 

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