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	<title>Vincent BOUCHOT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Vincent BOUCHOT - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MONTEVERDI, Vêpres de la Vierge &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-vepres-de-la-vierge-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Jul 2026 05:31:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dix-huit ans après leur naissance officielle, les portes de Beaune s’ouvrent enfin aux Traversées baroques, dont le rayonnement international et les enregistrements sont salués par tous les amoureux de musique ancienne, ce qui n’est que justice. Spécialistes de la musique vénitienne, qu’ils diffusent de la Pologne à l’Amérique latine, ils fréquentent Monteverdi de longue date, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dix-huit ans après leur naissance officielle, les portes de Beaune s’ouvrent enfin aux <em>Traversées baroques</em>, dont le rayonnement international et les enregistrements sont salués par tous les amoureux de musique ancienne, ce qui n’est que justice. Spécialistes de la musique vénitienne, qu’ils diffusent de la Pologne à l’Amérique latine, ils fréquentent Monteverdi de longue date, et les <em>Vêpres</em> tout particulièrement. Construit sur cinq psaumes séparés par des motets concertants, réservés aux solistes accompagnés par la basse continue, pour conclure sur un des deux Magnificat (Monteverdi en propose un à 7 voix, et le second à 6), c’est un monument impressionnant par ses proportions comme par son architecture et le moindre de ses détails. Le Festival l’a produit à de multiples reprises, confié à des chefs et formations prestigieuses (Garrido, Christie etc.).</p>
<p>Malgré le soin méticuleux du compositeur à préciser ses intentions (jusqu’à la registration de l’orgue), est-il œuvre qui pose davantage de problèmes, qui autorise (presque) tout et son contraire ? Que faut-il jouer ? Tout, le plain-chant compris ? Lequel, vénitien ou mantouan ? Quels interprètes (tous masculins à la création) ? Quels effectifs ? Spatialisés ? etc.  Il en résulte une extrême diversité d’approches, le plus souvent légitimes, fussent-elles contradictoires. La lecture de la distribution interrogeait, avec la participation du Chœur du Festival (1) : l’exigence, la difficulté des parties chorales des <em>Vêpres</em> sont tout autres que celles de l’<em>Orfeo</em>. Nos appréhensions tomberont dès le <em>Deus in adjutorium</em>, très projeté, homophone, festif et grandiose. La souplesse rythmique, la précision étaient au rendez-vous. Il en ira de même du <em>Sicut erat</em> qui clôt le <em>Magnificat</em> final. Ce qui aurait pu constituer un handicap s’avère une pleine réussite, tant l’intégration s’est avérée fructueuse. De fait, les solistes et le chœur des <em>Traversées baroques</em>, confondus, seront mobilisés de façon constante, pour une lecture convaincante, ductile, contrastée et chatoyante.</p>
<p>L’ensemble instrumental, riche de toutes les couleurs attendues, est disposé autour de l’orgue et du continuo, cordes à gauche, vents à droite (l’organisation pourra varier lorsque cornets et violons joueront à l’unisson). Les solistes et le « petit » chœur forment un arc de cercle autour des instruments. L’acoustique redoutable de la basilique se révèlera idéale pour cette réalisation : la lisibilité des polyphonies, les assemblages de timbres seront valorisés, pour le plus grand bonheur des auditeurs. La richesse des textures, la splendeur musicale renvoient aux fastes vénitiens. Fréquente, la polychoralité (2), toujours lisible dans son jeu de réponses, est opulente malgré l’étroitesse du chœur. On se laisse emporter par la vague sonore. A signaler la qualité exceptionnelle de l’orgue et de ses improvisations (<strong>Valentin Rouget</strong>), magistral de vie et de style, ainsi que celle du continuo. Sans oublier les deux violons, les cornets, tout particulièrement dans la <em>Sonata super Sancta Maria</em>, la direction qu’imprime <strong>Etienne Meyer</strong>, claire, précise, structure le discours et se montre attentive à la prosodie, aux respirations. Il organise un bain de sonorités séduisantes, qui valorise les voix sans jamais les couvrir. La fluidité des mètres confère la souplesse quasi chorégraphique qu’appelle ce langage La jubilation du chant, l’exultation des instrumentistes concourent à une exubérance contrastée qui n’exclut pas la profondeur, la quête du mystère.</p>
<p><strong>Valerio Contaldo</strong> (qui chantait déjà l’ouvrage ici même en 2015) allait dominer la distribution, du <em>Dixit Dominus</em> à la fin. La générosité de son chant, sonore, flexible, lumineux, toujours intelligible laisse admiratif, même s’il avoue hors concert être passagèrement fatigué. Pour autant aucune voix d’homme ne démérite, malgré une maîtrise stylistique, une italianité, et une liberté épanouie parfois en-deça. Un bonheur que la virtuosité éblouissante du <em>Duo Seraphim</em>, tant ses redoutables vocalises sont exigeantes. Les voix de femmes sont un constant régal, <strong>Capucine Keller</strong>, <strong>Dagmar Saskova</strong> et <strong>Madeleine Bazola</strong> forment l’ensemble le plus harmonieux. Leur émission, fraîche, ciselée réjouit. Le cantus firmus initial du <em>Magnificat</em> est d’une rare beauté. Les deux ténors en canon pour l’<em>Et exultavit </em>ne sont pas en reste. Chaque verset réjouit et il faudrait tout citer, tant la plénitude et l’éclat du <em>Magnificat</em> sont soulignés. La résonance de la dernière syllabe de l’Amen s’éteindra avant que le public, manifestement conquis, exprime sa gratitude aux artistes pour cette soirée mémorable. Un bis, inattendu – la reprise du <em>Nisi Dominus</em> – le récompensera.</p>
<pre>(1) Le chœur éphémère rassemblait une quarantaine de chanteurs amateurs chevronnés, pour une semaine de travail préparatoire, sous la direction de Lucile de Trémiolles.

(2) <em>Laudate pueri</em>, <em>Nisi Dominus</em>, <em>Lauda Jerusalem</em>, <em>Ave maris stella</em>, <em>Sit laus Deo Patri</em>.</pre>
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		<title>Requiem pour un Empire, Les traversées baroques &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/requiem-pour-un-empire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le festival de Namur ne laisse pas de nous étonner par les découvertes de répertoire qu’il propose à son public année après années. C’était au tour d&#8217;Etienne Meyer et son ensemble Les Traversées Baroques (avec l’aide de huit chanteurs membres du chœur de chambre de Namur) ce jeudi soir de poursuivre sa découverte de l’œuvre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le festival de Namur ne laisse pas de nous étonner par les découvertes de répertoire qu’il propose à son public année après années. C’était au tour d&rsquo;<strong>Etienne Meyer</strong> et son ensemble <strong>Les Traversées Baroques</strong> (avec l’aide de huit chanteurs membres du chœur de chambre de Namur) ce jeudi soir de poursuivre sa découverte de l’œuvre de Marc Antonio Ziani, dont il avait déjà présenté en avril dernier l’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ziani-la-morte-vinta-sul-calvario-namur/">Oratorio de Pâques</a>. Ce compositeur vénitien dont la carrière trouva son aboutissement à Vienne à la cour des Habsbourg laisse une œuvre de très grande qualité, plutôt placée sous le signe de l’austérité que du divertissement. Au sein de cette œuvre, c’est un Requiem qui a ici retenu l’attention du chef, pièce magistrale dont il imagine qu’elle aurait pu servir aux funérailles de l’empereur Joseph Ier qui trouva la mort en avril 1711. Mais voilà, dans la partition conservée à la bibliothèque de Vienne, non datée et jamais éditée, pas de <em>Dies Irae</em> ! Il décide alors de compléter cette lacune en empruntant au successeur de Ziani, l’autrichien Fux un <em>Dies Irae</em> tiré de son <em>Kaiser Requiem</em>, composé en 1720. Poursuivant alors dans la démarche aujourd’hui très courante de composer un concert alternant les pages de deux compositeurs différents, le fameux concert en lasagnes, il complète le programme avec une <em>Lectio</em> de Ziani, placée en guise d’introduction méditative, deux pages instrumentales de Fux et le <em>Stabat Mater</em> de Ziani en apothéose, aboutissant à un minutage juste suffisant pour un concert sans entracte.</p>
<p>Tout cela fonctionne très bien, le matériau musical est de grande qualité et justifie largement l&rsquo;intérêt qu&rsquo;on y porte. On constate que la confrontation entre les univers des deux compositeurs n’a finalement pas lieu, tant leur langage, leur inspiration et leur grammaire sont communs ; leurs pages se fondent dans une seule esthétique parfaitement intégrée. Et on soulignera l&rsquo;audace du Festival de Namur de programmer de telles découvertes pour notre plus grand plaisir.</p>
<p>Les cinq solistes de la distribution constituent une phalange homogène et fonctionnent comme les solistes d’un chœur, sans mettre en avant leur individualité propre. Les sopranos <strong>Capucine</strong> <strong>Keller</strong>, voix légère et timbre fruité qu’on entend beaucoup en Suisse, son pays d’origine et <strong>Dagmar Saskova</strong>, voix un peu plus grave d’origine tchèque, établie à Paris, se donnent la réplique avec bonheur et complicité. L’alto <strong>Paulin</strong> <strong>Bündgen</strong> possède un timbre d’une exceptionnelle rondeur, rare dans sa tessiture, dont il use avec un grand raffinement au prix d’un volume sonore un peu limité. Le ténor <strong>Vincent</strong> <strong>Bouchot</strong> possède une voix naturelle, qu’on pourrait aussi qualifier de peu travaillée, ce qui lui confère une certaine spontanéité bienvenue. C’est également le cas de la basse <strong>Renaud</strong> <strong>Delaigue</strong>, un timbre cuivré très intéressant, typé, très sonore mais qui tend à couvrir un peu ses partenaires.</p>
<p>Etienne Meyer, chef de chœur avant d’être chef d’orchestre, dirige avec précision et nuances, vissé au texte mais sans réellement mettre en relief le côté rhétorique des œuvres, avec une vision austère et rigoureuse – presque scientifique – de l’esthétique baroque, sans laisser guère de place à la fantaisie, à l’ornementation ou à l’inspiration du moment. Les voix sont traitées d’une façon très instrumentale. Cette absence de spontanéité, qui s’explique sans doute par le caractère religieux et le lien des œuvres avec le thème de la mort, engendre aussi un manque de sensualité dans l’interprétation. Le caractère méditatif sans cesse mis en avant finit cependant par créer une très belle atmosphère, spirituelle autant que musicale,</p>
<p>Au printemps, l’ensemble avait terminé son concert Ziani par un extrait du <em>Stabat</em> <em>Mater</em>. Juste retour des choses, Meyer et ses troupes proposeront ici en guise de bis un extrait de l’Oratorio <em>La</em> <em>Morte</em> <em>Vinta</em> composé pour le temps de Pâques, la boucle est ainsi bouclée.</p>
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		<title>ZIANI, La Morte vinta sul calvario &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ziani-la-morte-vinta-sul-calvario-namur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 09:22:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Compositeur d’origine vénitienne, qu’on retrouve actif à Mantoue mais qui fit l’essentiel de sa carrière à Vienne, Marc’Antonio Ziani, neveu de Pietro-Antonio Ziani était connu à l’époque pour ses opéras, dont une grande partie est aujourd’hui perdue. Maître de chapelle à la cour des Habsbourg dès 1700, il avait aussi en charge la composition des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Compositeur d’origine vénitienne, qu’on retrouve actif à Mantoue mais qui fit l’essentiel de sa carrière à Vienne, Marc’Antonio Ziani, neveu de Pietro-Antonio Ziani était connu à l’époque pour ses opéras, dont une grande partie est aujourd’hui perdue. Maître de chapelle à la cour des Habsbourg dès 1700, il avait aussi en charge la composition des musiques religieuses destinées à toutes les circonstances de la vie de la cour, ainsi qu’aux principales célébrations du calendrier liturgique, parmi lesquelles les <em>Sepolcri</em>, œuvres plus ou moins théâtralisées, écrites pour la plupart en italien et censées éclairer le sens de la liturgie pascale par une représentation allégorique à plusieurs personnages. Sous la forme rhétorique d’une <em>disputatio</em>, directement inspirée de l’enseignement des jésuites, ces <em>Sepolcri</em> furent l’un des instruments de la contre-réforme pour ramener les fidèles vers la foi catholique.</p>
<p>C’est pendant le temps de repos forcé imposé par la pause du Covid que <strong>Etienne</strong> <strong>Meyer</strong> croisa la partition qui nous occupe aujourd&rsquo;hui, y trouva de l’intérêt et songea à monter l’œuvre. Il l’enregistra en 2024 pour la reprendre maintenant en concert, ce qui nous vaut la représentation de ce jour. De forme assez austère, elle est une succession d’airs et de récits, certains assez imagés, mais peine un peu à trouver son rythme propre. Les parties chantées sont plus riches que la partie orchestrale, réduite dans la réalisation proposée par les Traversées Baroques à sa plus simple expression : deux violons un violoncelle et une contrebasse, un continuo (basson, orgue et théorbe) et du côté des vents, deux cornets à bouquin et un trombone. Difficile avec une formation aussi réduite de donner beaucoup de relief et de moelleux à l’œuvre, ou de confort aux musiciens. Chacun est exposé comme pourrait l’être un soliste, et se confronte comme il peut aux difficultés de la partition.</p>
<p>Le livret à cinq personnages ne manque pas d’originalité. Il entame le récit après la mort de Jésus – qui n’est donc pas présent – et fait intervenir sous la forme d’allégories le Démon, qui se réjouit de pouvoir s’emparer de l’âme du Christ, la Nature Humaine, rôle assez central qui exprime la fragilité et la détresse du pauvre pêcheur, la Foi, la Mort et enfin l’Âme d’Adam, qui vient arbitrer les conflits en rappelant les principes fondamentaux de l’église, et s’assurer qu’à la fin, le Démon perde la face ! Certains airs accompagnés sont de très belle facture, le chœur final est grandiose (mais faute de moyens, il est interprété par les solistes qui à cinq peinent à lui rendre toute sa majesté). En définitive, telle que nous l’avons entendue mercredi à Namur, l’œuvre ne convainc pas entièrement : la tension dramatique n’est guère perceptible, les effets spectaculaires que permet l’esthétique baroque ne sont qu’à peine esquissés par une direction (Etienne Meyer) bien trop sage, surtout soucieuse de mise en place et peu expressive.</p>
<p>La troupe des chanteurs, relativement homogène et sans personnalité vedette, parvient néanmoins à caractériser chaque rôle. <strong>Yannis</strong> <strong>François</strong> n’a pas tout à fait la profondeur de voix qu’on attendrait pour incarner le Démon, mais il donne beaucoup d’énergie pour en rendre le caractère effrayant. <strong>Vincent</strong> <strong>Bouchot </strong>se montre émouvant lorsqu’il exprime la fragilité de son personnage, mais on s’aperçoit bien vite que c’est surtout la voix qui est fragile, avec une intonation parfois un peu approximative. <strong>Paulin</strong> <strong>Bündgen</strong> prête à l’allégorie de la Mort sa jolie voix de contre-ténor et rend bien l’ambiguïté enjôleuse du rôle. Du côté des voix féminines, nous avons trouvé <strong>Dagmar</strong> <strong>Saskova</strong> (la Foi) très puissante mais particulièrement dure et agressive dans sa première intervention, avec des aigus un peu métalliques ; <strong>Capucine</strong> <strong>Keller</strong> (l’Âme d’Adam) s’est montrée quant à elle plus nuancée et fine musicienne.</p>
<p>Saluons le louable effort de tous ces musiciens pour nous faire découvrir une partition complètement tombée dans l’oubli, et même nous révéler en bis une autre page de ce même Ziani, un chœur extrait d’un Stabat Mater qui fera (entre autre) l’objet de leur prochain concert en juillet.</p>
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		<item>
		<title>LEROUX, L’Annonce faite à Marie – Paris (Châtelet)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/leroux-lannonce-faite-a-marie-paris-chatelet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que les autres grandes maisons parisiennes affichent actuellement de belles versions d’opéra du répertoire le plus traditionnel (Verdi, Tchaïkovski, Massenet), le théâtre du Châtelet accueille la création parisienne d’un opéra de Philippe Leroux commandé et créé en 2022 par les opéras de Nantes et de Rennes. L’ambition de cette œuvre impressionne au regard de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que les autres grandes maisons parisiennes affichent actuellement de belles versions d’opéra du répertoire le plus traditionnel (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-paris-bastille/">Verdi</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-eugene-oneguine-paris-garnier/">Tchaïkovski</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-werther-paris-opera-comique/">Massenet</a>), le théâtre du Châtelet accueille la création parisienne d’un opéra de Philippe Leroux commandé et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lannonce-faite-a-marie-rennes-le-feu-sacre/">créé en 2022 par les opéras de Nantes et de Rennes</a>. L’ambition de cette œuvre impressionne au regard de ce qui se fait habituellement pour l’opéra contemporain : 2h40 de musique, six solistes et une mise en scène complète. Passée la surprise d’une proposition qui peut déconcerter, on ressort convaincu de cette <em>Annonce faite à Marie</em> qui mérite sans aucun doute de rentrer au répertoire tant on tient là une musique inspirée, parfaitement théâtrale, qui accompagne et décuple les mots, permettant des moments d’une intensité qui emporte toutes les résistances.</p>
<p>« Opéra de paroles » selon l’expression de Claudel, <em>L’Annonce faite à Marie</em> allie aux dimensions du drame domestique le symbolisme et la force suggestive du mystère médiéval – et a plus d’un point commun avec le théâtre d’un Maeterlinck, bien connu des lyricomanes. Il y a d’abord la rivalité entre sœurs qui s’inscrit dans un trio amoureux : Violaine et Mara aiment toutes les deux Jacques, qui n’aime que Violaine. Mais Violaine a embrassé, par pitié ou par bonté, un lépreux qui lui a transmis son mal. Jacques rompt leurs fiançailles et épouse Mara. Le triomphe de celle-ci est de courte durée : sa fille unique meurt. Elle ne voit d’autre solution que d’aller trouver sa sœur, aveugle et recluse, pour la supplier d’accomplir un miracle. L’inexplicable se produit : Violaine fait renaître l’enfant, et devient ainsi sa seconde mère. Mara ne peut le supporter et tue sa sœur qui, dans un dernier soupire, lui pardonne tout.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter wp-image-207507 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/4.-Mara-Vercors-Sophia-Burgos-et-Violaine-Vercors-Raphaele-Kennedy-©-Thomas-Amouroux-Theatre-du-Chatelet-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<p>Le livret de <strong>Raphaèle Fleury</strong>, très fidèle, rend parfaitement la force de la pièce. Les seuls vrais écarts sont à chercher dans des récitatifs troués, où ne flottent que les mots les plus importants, disloqués, la tâche revenant au spectateur de reconstituer leur syntaxe. L’effet, original, est loin d’être gratuit : l’opéra est par tradition un genre où la musique troue et désarticule la parole, mais cette caractéristique est ici ressaisie positivement, pour engager le spectateur et déployer les suggestions que comporte la prose claudélienne.</p>
<p>L’écriture de <strong>Philippe Leroux</strong> frappe par son originalité et sa force expressive. Loin des habituelles nappes de sons discordants et vaguement inquiétants, il propose un orchestre et des voix qui n’ont pas peur de chanter, de faire entendre couleurs et contrastes. Il y a bien sûr un chant émaillé d’impuretés qui sont utilisées comme des ornementations expressives d’un genre nouveau : la ligne de chant passe par le <em>vocal fry</em>, le bégaiement, le souffle saccadé et autres. Leroux trouve ainsi une palette technique qui évoque souvent une psalmodie des temps modernes, ce que renforce le dialogue (discret mais suggéré à plusieurs reprises) avec le chant grégorien. Il se libère d’une prosodie à la Berg, d’un vague <em>Sprechgesang</em> si répandu dans les œuvres lyriques contemporaines, qui enferme les chanteurs dans des sauts d’intervalles répétitifs. Les personnages ici sont, musicalement et théâtralement, attachants, humains, complexes.</p>
<p>L’écriture nous a semblé prendre toute son ampleur dans les deux derniers actes, le troisième acte constituant un sommet dont on recommande l’écoute à tous. Le long duo de confrontation entre les deux sœurs, ainsi que le miracle, sont gagnés par une écriture fluide et conduite, où les cellules mélodiques affleurent à peine avant de se dissoudre, en suivant les voix. Le langage musical condense ici, les couleurs s’approfondissent, la déclamation ne retient jamais la ligne mais souligne la noblesse du mot. Le quatrième acte est porté lui aussi par un beau trio masculin (dans lequel est expliqué le titre de l’œuvre) et surtout un splendide monologue de Mara, qui confère toute sa complexité au personnage dévoré d’un mélange de jalousie et d’amour. Ce passage rend crédible dramatiquement le pardon final, qui n’est pas une simple convention dictée par des bons sentiments chrétiens. Tout au long de la partition, la musique semble accompagner la parole et double souvent la voix le temps de quelques notes. Elle ne prend quasiment jamais le pas sur les paroles (hormis dans un postlude très réussi) ; à l’inverse même, et à rebours des conventions historiques de l’opéra, la musique semble s’effacer dans les moments de grande intensité (quelques répliques-clefs sont alors purement déclamées, ou bien chantées <em>a cappella</em>).</p>
<p>La mise en scène de <strong>Célie Paulhe</strong> est d’un symbolisme efficace et beau, mais on saluera surtout la direction d’acteur soignée et la composition de tableaux marquants. Citons en unique exemple la mort de Violaine, d’abord Pietà étrange avec Jacques sur les genoux, puis sainte en extase, à la fois d’une froideur dérangeante et d’une plénitude sereine qui suggère sa nature sublime.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-207504 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/11.-Violaine-Vercors-Pierre-de-Craon-Anne-Vercors-Jacques-Hury-Mara-Vercors-Elisabeth-Vercors-©-Thomas-Amouroux-Theatre-du-Chatelet-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" />© Thomas Amouroux</pre>
<p>Autour de <strong>Raphaële Kennedy</strong>, qui campe une Violaine physiquement très impressionnante, frêle et trouant pourtant le plateau de sa présence mystérieuse, vocalement peu séductrice mais assumant un rôle qui pousse délibérément la voix à la limite de ses capacités (notamment dans le suraigu), on admire la Mara incandescente de <strong>Sophia Burgos</strong>, dont l&rsquo;humanité désespérée n&rsquo;a d&rsquo;égale que la beauté vocale, ainsi que la présence un peu encombrée du naïf Jacques de <strong>Charles Rice</strong>. La basse noble de <strong>Marc Scoffoni</strong> fait merveille en Anne de Vercors, tandis que <strong>Vincent Bouchot</strong> (Pierre de Craon) et <strong>Els Janssens</strong> (la Mère) complètent un plateau à l’engagement sans failles. Les chanteurs sont sonorisés pour permettre les jeux électroniques, utilisés avec parcimonie – ce qui fausse néanmoins la projection vocale. À la tête de huit pupitres de solistes de l’<strong>Ensemble</strong> <strong>intercontemporain</strong>, <strong>Ariane Matiakh</strong> insuffle en continu vie et mystère à la partition, témoignant d’une préparation admirable.</p>
<p>Une création si vibrante de drame, résolument moderne et originale, a de quoi nous faire espérer que l’opéra vive aujourd’hui, et pour longtemps encore, <a href="https://www.forumopera.com/edito/il-est-frappant-quen-musique-meme-lavenir-semble-raide-et-putrefiee/">la plus belle et la plus ardente des morts</a>.</p>
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		<title>MARC&#8217;ANTONIO ZIANI, La morte vinta sul Calvario</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/marcantonio-ziani-la-morte-vinta-sul-calvario/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 May 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On se réjouit toujours d’entendre enfin la musique de ces noms dont la gloire n’est plus exaltée que par les chroniques et les musicologues. En effet, hormis quelques extraits de La Flora (1680 et 1706), Marc’Antonio Ziani (ca 1653 – 1715) n’a guère connu les faveurs du disque, pas plus que son oncle, Pietro Andrea &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On se réjouit toujours d’entendre enfin la musique de ces noms dont la gloire n’est plus exaltée que par les chroniques et les musicologues. En effet, hormis quelques extraits de <em>La Flora</em> (1680 et 1706), Marc’Antonio Ziani (ca 1653 – 1715) n’a guère connu les faveurs du disque, pas plus que son oncle, Pietro Andrea Ziani (1616 – 1684).</p>
<p>Maîtres reconnus dans le genre lyrique rayonnant depuis la Sérénissime, ces deux Vénitiens furent joués dans toute l’Italie et appelés au-delà des Alpes. L’un et l’autre s’illustrèrent à la brillante cour de Vienne, le premier au service de la Reine douairière de Pologne Éléonore entre 1663 et 1667, le second comme vice-maître de chapelle de 1700 à sa mort en 1712, servant successivement Léopold I<sup>er</sup>, Jospeh I<sup>er</sup> et Charles VI.</p>
<p>Au sein de cette cour impériale très mélomane, Marc’Antonio s’inscrivit dans les pas de son oncle en créant des pièces de circonstance, opéras légers ou sérieux et oratorios. L’empereur Léopold I<sup>er</sup>, fin musicien, avait lui-même porté le genre du <em>sepolcro</em>, oratorio typiquement viennois autour du thème de la mort de Christ joué avec costumes et décors pour le Vendredi saint. Le disque nous en a présenté moult exemples signés de Léopold lui-même ainsi que Draghi, Pietro Andrea Ziani (<em>Assalonne punito</em>), Bononcini, Fux ou encore Caldara.</p>
<p>Dans cet avatar daté de 1706, la Mort (alto) et le Démon (basse) se réjouissent de la disparition du Christ ; la Nature humaine (ténor) exprime son désarroi, mais retrouve sa sérénité grâce aux interventions de la Foi (soprano) et de l’Âme d’Adam (soprano), tour à tour consolantes ou péremptoires. L’oratorio se clôt sur la promesse de la Résurrection.</p>
<p>Ces arguties spirituelles ne passionneront sans doute qu’une frange du public, mais l’œuvre a le bon goût d’être brève, et le livret ne manque pas de passages bien troussés servis par une musique vivante et une interprétation très engagée. Dans le genre, certes, les oratorios romains de Haendel contemporains l’emportent en termes de contraste et de force dramatique. Marc&rsquo;Antonio Ziani, d’une bonne génération plus âgé, a pour lui une écriture constamment élégante et une délicate invention au service d&rsquo;une instrumentation colorée en phase avec le goût de la cour viennoise. Les arias, parfois assez courtes, sont toutes da capo, les ritournelles parfois placées à la fin de l’air pour un effet dramatique.</p>
<p>Sous la houlette d’<strong>Étienne Meyer</strong> et <strong>Judith Paquier,</strong> <strong>Les Traversées baroques</strong> servent très joliment cette œuvre en soulignant peut-être ce qu’elle tient encore du <em>seicento</em> avec le recours aux sacqueboutes pour les parties de trombone, la réalisation des récitatifs et notamment la place de choix accordée aux cornets à bouquin – certes requis par Ziani. L’œuvre y gagne une coloration assez singulière. Les récits sont animés et les airs sont rendus avec les nuances et la sensibilité escomptées, un peu sagement parfois (« Reo traditor »). On goûte particulièrement les belles teintes des vents et des cordes.</p>
<p>La Natura Umana tient un rôle pivot, et <strong>Vincent Bouchot</strong> sait capter l’attention par un fort engagement et des couleurs parfois androgynes dans l’aigu qui ne sont pas inintéressantes dans cette allégorie (« Misera Umanità »). On pourra néanmoins souhaiter davantage de soutien et estimer que tant d’affectation rend les airs doloristes plus démonstratifs que touchants (« Duro cor », « Quel dolor »).</p>
<p>Emphase toute indiquée dans le cas du Demonio, dont l’écriture vocale est de loin la plus exigeante de la partition. <strong>Yannis François</strong> y croque le texte avec gourmandise. Dealer d’airs à vocalises pour nombre de ses collègues, le chanteur et chercheur peut à son tour faire montre de ses capacités en affrontant les coloratures tortueuses et les périlleux intervalles que Ziani a confiés à son Démon, particulièrement mis en avant dans 4 airs et un duo. Cornets, bassons ou sacqueboutes colorent brillamment ses interventions hautes en couleur, et l’agité « Or lusinghiero » est un des clous de l’oratorio.</p>
<p>Fort caractère également pour <em>La Fede</em> (la Foi) de <strong>Dagmar Šašková</strong>, soprano auquel on pardonne quelques duretés à son entrée. L&rsquo;aigu n’est pas non plus le meilleur de <strong>Capucine Keller</strong>,<em> Anima d’Adamo</em> appréciable par son éloquence et la finesse du chant. Notons qu’à la création ces deux voix de soprano étaient confiées à des chanteuses, phénomène très récent à la cour de Vienne. Dans un rôle en retrait, le falsettiste <strong>Maximiliano Baños</strong> n’imprime pas de caractère particulier à la Mort, mais chante avec probité (beau « Chi fù detto »).</p>
<p>Dans l&rsquo;ensemble, cette équipe livre une lecture très vivante et expressive d’un Ziani qu’on a plaisir à découvrir dans de bonnes conditions.</p>
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		<title>LIGETI / DAVIES, Birds &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ligeti-davies-birds-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Feb 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bianca Chillemi, pianiste et directrice artistique de l&#8217;Ensemble Maja, adore le jeu des associations musicales quasi surréalistes, fondées donc sur le principe de l&#8217;analogie. C&#8217;est ainsi qu&#8217;elle a souhaité proposer une hybridation qui n&#8217;est pas évidente sur le papier : réunir sur la scène deux œuvres de compositeurs très différents, le hongrois György Ligeti et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Bianca Chillemi</strong>, pianiste et directrice artistique de l&rsquo;<strong>Ensemble Maja</strong>, adore le jeu des associations musicales quasi surréalistes, fondées donc sur le principe de l&rsquo;analogie. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle a souhaité proposer une hybridation qui n&rsquo;est pas évidente sur le papier : réunir sur la scène deux œuvres de compositeurs très différents, le hongrois György Ligeti et l&rsquo;anglais Peter Maxwell Davies, créées il est vrai toutes les deux dans les années soixante. Esthétiquement ces deux œuvres insolites sont bien de leur temps, typiques de ces années où la déconstruction fait rage et les prouesses de composition encouragées dans des courants d&rsquo;avant-gardes aussi radicaux que volatiles : le Groupe de Manchester pour Davies (avec Birtwistle et Goehr), diverses évolutions pour Ligeti, de Vienne à Cologne. Et justement des volatiles on en parle, on les voit, on les entend dans le spectacle <em>Birds</em>. C&rsquo;est même le principal point d&rsquo;achoppement, malicieusement trouvé par <strong>Bianca Chillemi</strong> entre les <em>Aventures</em> et les <em>Nouvelles aventures</em> de Ligeti, sorte d&rsquo;happening absurde dans lequel trois chanteurs et sept musiciens jouent ici avec les limites du dialogue et des grands morceaux de bravoure opératiques et les <em>Huit chants pour un Roi fou, </em>un monodrame satirique et tragique pour baryton mettant en scène la démence du roi George III et ses oiseaux. Pour la création de cette pièce en 1969, les six musiciens sur scène étaient d&rsquo;ailleurs placés dans des cages d&rsquo;oiseaux.</p>
<p>Dans la première partie du spectacle, la mezzo <strong>Romie Estèves</strong>, la soprano <strong>Anne-Laure Hulin</strong>, divas hilarantes ou pathétiques et le baryton <strong>Pierre Barret-Mémy</strong> se lancent dans un tourbillon parfois désopilant, parfois poétique, parfois inquiétant tissé de cris, halètements, hoquets, de débuts de grands airs façon Bel Canto vite contrariés ; bref se joue une variété assez formidable d&rsquo;un parler qui n&rsquo;est plus un langage identifiable tout en sauvant les apparences du dialogue et de la conversation musicale. Ces artistes merveilleux jouent les péripéties d&rsquo;une histoire qui nous échappe, faite de rivalité, de prise de pouvoir de la scène, de sentiments aussi divers que fugaces, terriblement humaine. Les instrumentistes prennent leur part dans ce théâtre musical qui évoque Beckett (pour le nombre exponentiel de didascalies remplaçant les mots sur la partition) ou un Jarry pour l&rsquo;irrévérence farcesque, la richesse de la musique en plus. Ils sont tous dirigés par un chef et pianiste fou en mal d&rsquo;ordre, que persécute un claveciniste non moins étrange. Parmi les musiciens, le percussionniste <strong>Valentin Dubois</strong> prend une part remarquable dans ce chaos primal et gestuel, souvent irrésistible.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023_BIRDS_63-1-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1707519077823" />© DR</pre>
<p>Après un finale dévastateur et spectaculaire, la scène se vide pour accueillir le monodrame de Davies et le baryton <strong>Vincent Bouchot</strong>, absolument incroyable dans une performance presque impossible, qui nous parle aussi de (perte de) pouvoir et de provocation. Outre les techniques variées de chant, engageant la voix sur cinq octaves, le chanteur doit incarner en huit stations le cheminement erratique du monarque anglais du dix-huitième siècle, qui s&rsquo;occupe d&rsquo;oiseaux pour tenter d&rsquo;échapper à la démence. Une énorme araignée-couronne lui sert successivement de prison, de cage à oiseaux et de sceptre géant dont le poids accablant l&rsquo;a conduit aux frontières de la vie. Le baryton français, par ailleurs compositeur, impressionnant de virtuosité, distille à travers son personnage ridicule et pathétique un fort sentiment de dépossession mais aussi d&rsquo;étonnement voire d&rsquo;émerveillement par sa capacité à enchanter son propre univers : les six musiciens, le chef et les serviteurs (joués par les chanteurs du premier spectacle) sont naturellement ici des créatures échappées de son imagination. Le bord de leur costumes est ourlé d&rsquo;un ruban de la même couleur que l&rsquo;intérieur du piano.</p>
<p>Nous nous retrouverons finalement plutôt proches de tous ces personnages en quête de sens et que ne peuvent sauver que la musique. Les quatre chanteurs comme l&rsquo;<strong>Ensemble Maja</strong>, lauréat 2023 du tremplin Jean-Claude Malgoire porté par l&rsquo;Atelier Lyrique de Tourcoing, nous régalent décidément avec ces deux œuvres, dont ils redéfinissent avec brio et passion l&rsquo;intérêt et les enjeux.</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Birds - Teaser | Ensemble Maja &amp; Bianca Chillemi" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/bjW9YBoPcks?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>LEROUX, L&#039;Annonce faite à Marie — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lannonce-faite-a-marie-rennes-le-feu-sacre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le feu sacré c&#8217;est d&#8217;abord celui d&#8217;Angers Nantes Opéra et de l’Opéra de Rennes, qui ont commandé et coproduit cette Annonce faite à Marie. Que deux maisons d’opéra de province aient suffisamment foi en leur public pour se saisir de ce challenge est assez audacieux pour être souligné. Le feu sacré est ensuite celui du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le feu sacré c&rsquo;est d&rsquo;abord celui d&rsquo;Angers Nantes Opéra et de l’Opéra de Rennes, qui ont commandé et coproduit cette <em>Annonce faite à Marie</em>. Que deux maisons d’opéra de province aient suffisamment foi en leur public pour se saisir de ce challenge est assez audacieux pour être souligné.</p>
<p>Le feu sacré est ensuite celui du compositeur, <strong><a href="https://www.forumopera.com/podcast/le-bel-aujourdhui-philippe-leroux">Philippe Leroux</a></strong>, qui a beaucoup écrit pour la voix mais aura attendu près de quarante ans avant d&rsquo;oser se brûler à la flamme du répertoire lyrique.</p>
<p>Le texte avait déjà été mis en musique par Walter Braunfelds dans <em>Verkündigung</em> en 1935 tandis qu&rsquo;Yves Beaunesne en avait déjà proposé une belle version aux Bouffes du Nord il y a quelques années, faisant dialoguer deux violoncelles avec les comédiens pour aller vers « l&rsquo;opéra de paroles » souhaité par Paul Claudel à la création de sa pièce de théâtre.</p>
<p>Philippe Leroux, quant à lui, fait montre d&rsquo;une formidable sensibilité, d&rsquo;une écoute aiguë du texte, pour donner à entendre les passions dévorantes qui consument les acteurs du drame. Il exige énormément des artistes qui empoignent à bras le corps cette partition ambitieuse, mettant à rude épreuves leurs instruments : saturation vocale, grognement, nasalisation, chevrotement, sirène, halètement, jeu sur le vibrato, impureté dans la voix&#8230; Le feu sacré et une technique vocale solide sont indispensables pour tenir chaque soir jusqu&rsquo;au dénouement.</p>
<p><strong>Raphaële Kennedy</strong> incarne une Violaine intense qui chemine du feu follet amoureux au rayonnement d&rsquo;un être aveugle mais éveillé. L&rsquo;émission, très droite, est d&rsquo;un naturel remarquable, jamais forcé, tout comme l&rsquo;unité du timbre en dépit des multiples couleurs exigées et de sauts d&rsquo;octaves acrobatiques.</p>
<p>Sa sœur, <strong>Sophia Burgos</strong> campe une Mara incandescente, calcinée par la jalousie et extrêmement touchante. Son français mérite des louanges – c&rsquo;est une chanteuse portoricaine-américaine – à peine teinté d&rsquo;un léger accent. Elle joue des couleurs de sa voix depuis la sorcière grinçante jusqu&rsquo;au soyeux le plus sensuel de la femme amoureuse.</p>
<p>Chez les hommes, <strong>Marc Scoffoni</strong> (le père) et <strong>Charles Rice</strong> (le gendre) partagent une même précision dans la prosodie et une projection pleine et charnue qui assoit leur autorité sans nuire à l&rsquo;expressivité de leur jeu, très habité. <strong>Els Janssens Vanmunster</strong> et <strong>Vincent Bouchot</strong> sont au diapason de ce plateau vocal talentueux et investi.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/5_arm221006-026.jpg?itok=3kOVLBD8" title=" © opéra de Rennes" width="468" /><br />
	 © opéra de Rennes</p>
<p>Parlé, chanté récité, jeu sur sur les onomatopées, les mots répétés, coupés&#8230; Le compositeur élargit au maximum la palette de la vocalité pour mieux rendre compte de l&rsquo;intime des affects des personnages. <strong>Célie Pauthe</strong> se saisit de cette complexité avec autant de finesse que de pertinence. Sa direction d&rsquo;acteur extrêmement précise fait que jamais l&rsquo;œil d&rsquo;un chanteur ne perd son fil intérieur. Aussi chahutés que soient le texte ou la musique, la continuité psychologique n&rsquo;est jamais prise en défaut et le spectateur ne peut qu&rsquo;adhérer à cette histoire de paysans du Moyen-Age foudroyés par l&rsquo;incandescence de la Révélation. D&rsquo;ailleurs, la fin du troisième acte – celle du miracle – est tellement intense, épurée, que l&rsquo;on souhaiterait presque que l’œuvre s&rsquo;achève ainsi.</p>
<p>La metteuse en scène plante son décor dans un cube gris aux reliefs matiérés crée par<strong> Guillaume</strong> <strong>Delaveau</strong>. Ce bel écho aux griffures audibles dans la partition met en valeur les lumières sensibles de <strong>Sébastien Michaud</strong> qui ne nuisent jamais aux projections vidéo de paysages en noir et blanc. Ces dernières interviennent chaque fois que l&rsquo;un des protagoniste évoque un départ et connecte subtilement le spectateur au « plus grand que soi ». La couleur est apportée par les costumes d&rsquo;<strong>Anaïs</strong> <strong>Romand</strong> qui jouent sur les oppositions, les complémentaires pour mieux camper les personnages. Ainsi les couleurs des tenues des deux sœurs sont exactement inversées ; le père et le gendre, endossant la même posture à la fin de l’œuvre sont habillés de la même manière&#8230;</p>
<p>La parfaite adhésion de tous les participants au projet à une vision profondément cohérente font le succès de cette création qui mériterait une reprise ailleurs dans l&rsquo;Hexagone.</p>
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		<title>MARKEAS, La vallée de l&#039;étonnement — Sartrouville</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-vallee-de-letonnement-sartrouville-la-couleur-des-souvenirs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Niel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 05:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une composition enthousiasmante qu’a proposée l’ensemble TM + dirigé par Laurent Cuniot  au Centre Dramatique National de Sartrouville mardi 9 novembre. La Vallée de l’étonnement, fait partie en effet de ces petites formes opératiques qui, malgré une économie de moyens, parviennent à trouver une vivacité créative, parfois absente des grandes maisons. Le livret de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une composition enthousiasmante qu’a proposée l’ensemble TM + dirigé par <strong>Laurent Cuniot</strong>  au Centre Dramatique National de Sartrouville mardi 9 novembre. <em>La Vallée de l’étonnement</em>, fait partie en effet de ces petites formes opératiques qui, malgré une économie de moyens, parviennent à trouver une vivacité créative, parfois absente des grandes maisons.</p>
<p>Le livret de <strong>Sylvain Maurice</strong> est librement inspiré de <em>The Valley of Astonishment</em> de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne : Sammy Koskas non seulement découvre qu’il possède une mémoire extraordinaire, mais en plus, comprend que sa façon de percevoir le monde est fort différente de ses semblables puisqu’il associe systématiquement les mots et les sons à des couleurs et des images. Dès lors, le dilemme pour ce personnage consiste à apprivoiser ses « deux » mémoires : celle éclatante et hors-norme, qui lui permet d&rsquo;impressionner les foules en tant que mentaliste lors de shows d’ampleur, et celle paradoxalement plus commune, enfouie, douloureuse, qu’il ne peut manier aussi aisément que la première.</p>
<p>A cette tension intérieur-extérieur, s’ajoute donc le motif de la synesthésie qui se prête fort bien à une composition opératique. Reste à savoir comment l’image peut « devenir » son et réciproquement.</p>
<p>La première réponse repose évidemment dans la partition d’<strong>Alexandros Markeas</strong>. Avec une formation originale (piano, percussions, clarinette, saxhorn, contrebasse et accordéon), son écriture dynamique recherche des couleurs de timbre particulièrement plaisantes, parfaitement exécutée par les musiciens de TM+ et les chanteurs. Comme un peintre pointilliste, il a le souci du détail et sait capter les mouvements émotionnels et intellectuels du bouillonnant protagoniste ; ce qui ne l’empêche pas de maîtriser l&rsquo;ensemble, étirant progressivement le temps, des scènes de confrontations saccadées initiales aux explorations intimes finales.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/lavalleedeletonnementc_christopheraynauddelage_1.jpg?itok=drHFMjJu" title="© ChristopheRaynauddeLage " width="468" /><br />
	© ChristopheRaynauddeLage </p>
<p>Le charme de cette production repose aussi sur le revêtement presque sur-mesure des personnages par la distribution. Sammy Koskas est porté par la pétillante soprano <strong>Agathe Peyrat</strong>, qu’on trouve d’habitude au sein du chœur Aedes. Aussi appliquée pour sa diction que pour son jeu, son timbre clair sied parfaitement à ce juvénile personnage : espiègle dans les rythmes et les syllabes du parlé-chanté, elle sait aussi être touchante dans les parties lyriques plus solides, épaisissant son personnage.  </p>
<p>Il est aussi plaisant de retrouver les deux barytons <strong>Paul-Alexandre Dubois</strong> et <strong>Vincent Bouchot</strong>, rarement ensemble sur scène. La complicité, voire la gémellité (dans le style plus que dans la voix) de ces deux chanteurs expérimentés du théâtre musical, s’accorde parfaitement aux rôles des deux scientifiques dépassés et incapables d’aider le protagoniste. De même, la voix tonitruante de baryton-basse de <strong>Philippe Cantor</strong> confère à ses personnages – le chef de la rédaction et le patron du cabaret – une autorité dérisoire amusante. </p>
<p>La mise en lumière colorée et la vidéo sont adroitement utilisées, participant largement à la dimension poétique de la pièce. L’ensemble souffre toutefois d&rsquo;une mise en scène un peu étriquée ; un jeu plus déployé aurait permis de ne pas sentir une certaine longueur dans la mise en place du noeud de l&rsquo;histoire.</p>
<p>La fin n’en demeure pas moins réussie, et l’on est content de rapporter jusqu&rsquo;à chez soi une mélodie hypnotisante et des souvenirs colorés.</p>
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		<title>Il trionfo della Morte</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-trionfo-della-morte-un-joyau-de-lheritage-palermitain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Apr 2020 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-trionfo-della-morte-un-joyau-de-lheritage-palermitain/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Etienne Meyer, ses chanteurs et son ensemble nous offrent une découverte majeure, première mondiale, d’un compositeur qui mérite pleinement de sortir du profond oubli dans lequel il était plongé. Après avoir eu le privilège d’assister à une des toutes premières exécutions publiques [ « L’opéra au couvent »], nous disposons maintenant de l’enregistrement, réalisé quelques jours auparavant. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Etienne Meyer</strong>, ses chanteurs et son ensemble nous offrent une découverte majeure, première mondiale, d’un compositeur qui mérite pleinement de sortir du profond oubli dans lequel il était plongé. Après avoir eu le privilège d’assister à une des toutes premières exécutions publiques <a href="/il-trionfo-della-morte-per-il-peccato-dadamo-dijon-lopera-au-couvent">[ « L’opéra au couvent »</a>], nous disposons maintenant de l’enregistrement, réalisé quelques jours auparavant. Le véritable choc est renouvelé, confirmant le rôle précurseur de l’école palermitaine en matière d’oratorio. L’œuvre est achevée, d’une écriture riche et raffinée, prémonitoire de la floraison du genre dans toute l’Italie. Sa vigueur dramatique est incontestable, malgré l’imagerie naïve du livret, plus proche du merveilleux de <em>la Légende dorée</em> que du texte de la Genèse. Bien sûr Adam et Eve, le Malin et Dieu sont les principaux acteurs, mais s’y ajoutent ici la Raison, la Passion et la Mort. La vérité psychologique d’Eve et d’Adam, sincèrement épris l’un de l’autre, sensuels, est incontestable. </p>
<p>Gabriel Garrido exhumait <em>Il Sansone</em> il y vingt ans. Il aura fallu attendre cet enregistrement, d’une autre ampleur, pour mesurer l’importance de Bonaventura Aliotti (ca 1640 – ca 1690) dans le développement de l’oratorio. Franciscain, connu aussi sous le nom de Padre Palermino, son œuvre nous est parvenue à travers des manuscrits conservés à Modène et à Naples. Elève de Fasolo et de Rubino, il quitte son île en 1671 se rend à Padoue, Venise, Ferrare et Spoleto pour retrouver Palerme où il est maître de chapelle de la cathédrale, fédérant les compositeurs siciliens. Falvetti, redécouvert par Leonardo García Alarcón, n’étant pas le moindre.</p>
<p>Soixante numéros, d&rsquo;inégales longueurs, également répartis entre les deux volets, s’enchaînent avec naturel. La souplesse, la liberté du discours lui donnent une vie singulière. L’instrumentation, imposée par le compositeur, l’écriture riche et fouillée (4 et 5 partie réelles), participent à l’épaisseur dramatique de l’ouvrage. Rien ne distingue son langage de celui de l’opéra : le couvent a ouvert ses portes à un véritable spectacle – même privé de décors – propre à édifier les fidèles.</p>
<p>Tous les chanteurs, aguerris au répertoire baroque, partagent cette insatiable curiosité qui les a réunis autour d’Etienne Meyer et de <strong>Judith Pacquier</strong>. <strong>Capucine Keller</strong>, souffrante lors du concert dijonnais, avait dû étre remplacée au pied levé. Son Eve emporte l’adhésion, occupant le devant de la scène dès son « Dolce amore » qui introduit son duo avec Adam. Il est difficile de choisir une de ses interventions, tant chacune d’elles nous ravit. De « Sospendi, mio core » dont le bonheur irradie, au lamento désespéré « Discioglietevi », en passant par « Caro legno… dolce pomo » et au réconfortant « Prendi, dolce mio conforto », c’est un constant bonheur : la voix a la fraîcheur, l’agilité et les couleurs requises. On se souvient qu’elle chantait déjà dans le <em>Nabucco</em> de Falvetti (Superbia)… L’Adam que campe <strong>Vincent Bouchot</strong> sait aussi nous toucher dès son air d’entrée « Qual torbida fantasma », par son amour, sa foi et ses incertitudes. La vérité psychologique est parfaitement traduite par une voix solide, sûre et séduisante. <strong>Anne Magouët</strong>, excellente Raison, donne toute sa conviction aimante et protectrice pour tenter de soustraire Adam à la passion.  <strong>Renaud Delaigue</strong> réussit à incarner deux rôles opposés : Dieu et Lucifer. Sa voix profonde confère à l’autorité bienveillante du premier, comme à la mission du second (« Furie terribili »), toute leur caractérisation. <strong>Paulin Bündgen</strong> (la Mort) et <strong>Emmanuel Vistorky</strong> (la Passion) complètent harmonieusement une distribution complice, à laquelle il faut ajouter <strong>Lise Viricel</strong>. En effet, cette dernière se joint au chœur de solistes pour chanter les vertus, les démons et les anges. Les<strong> Traversées baroques</strong> donnent à ces pages toutes les couleurs, toute l’animation souhaitables, magistralement dirigés par un Etienne Meyer pleinement épanoui.</p>
<p>La prise de son, fine et profonde, restitue avec bonheur les équilibres et les timbres. Une notice remarquablement documentée, trilingue, précède le livret original et sa traduction française. Un nouveau jalon dans notre connaissance de l’évolution de l’oratorio, avec la découverte d’un authentique chef-d’œuvre, dans une réalisation exemplaire.</p>
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		<title>ALIOTTI, Il Trionfo della Morte per il peccato d&#039;Adamo — Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-trionfo-della-morte-per-il-peccato-dadamo-dijon-lopera-au-couvent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Nov 2019 13:31:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Contre-Réforme suscita la création de l’oratorio, instrument d’édification et de séduction des fidèles. Son langage en est partagé par l’opéra naissant, sans qu’on sache vraiment quel genre emprunte à l’autre, tant les frontières sont poreuses. Les lieux de culte rivalisèrent d’invention pour ces histoires sacrées, ou dialogues, qui tiraient leurs sujets de l’histoire sainte &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La Contre-Réforme suscita la création de l’oratorio, instrument d’édification et de séduction des fidèles. Son langage en est partagé par l’opéra naissant, sans qu’on sache vraiment quel genre emprunte à l’autre, tant les frontières sont poreuses. Les lieux de culte rivalisèrent d’invention pour ces histoires sacrées, ou dialogues, qui tiraient leurs sujets de l’histoire sainte comme de la Légende dorée. La prodigieuse richesse des fonds baroques italiens atteste l’ampleur du phénomène. La révélation d’<em>Il Trionfo della Morte per il peccato d’Adamo</em> en est un nouveau témoignage. Aucune des grandes encyclopédies (Grove, MGG, La Musica…), dans leurs éditions relativement récentes, ne signalait le nom de Bonaventura Aliotti. Franciscain, surnommé <em>il Padre Palermo</em>, il quitta son île pour Padoue, puis Ferrare en 1674, où il sera organiste de la confrérie « della Morte ». C’est là qu’il créera son <em>dialogo</em>, appelé à être diffusé dans toute la péninsule. Une copie conservée à Modène, riche de toutes ses parties instrumentales, a été transcrite par <strong>Etienne Meyer</strong> et <strong>Judith Pacquier</strong>, pour leur ensemble <em>Les Traversées baroques</em>, après que Gabriel Garrido et ses musiciens d&rsquo;<em>Elyma</em> aient ouvert la voie, dès 2001, avec <em>Il Sansone</em>. C’est au Festival des Trois Abbayes en Lorraine que fut recréé l’ouvrage, en juillet dernier.</p>
<p>Ce qui frappe ce soir, c’est la continuité du propos et l’efficacité dramatique. Malgré la brièveté de la plupart des pièces, celles-ci, vocales et instrumentales, s’enchaînement avec fluidité pour un récit animé, renouvelé. Le sens théâtral est indéniable, qui nous vaut une illustration caractérisée de chacun des passages. Les <em>da capo</em> y sont courts, les rythmiques changeantes, jamais l’ennui ne guette. La naïveté du livret peut prêter à sourire l’auditeur du XXIe siècle. Le troisième livre de la Genèse y est réduit à l’imagerie populaire, faisant intervenir, outre les quatre principaux protagonistes (Adam, Eve, le serpent-Lucifer et Dieu), les figures allégoriques de la Passion, de la Raison et de la Mort. La tentation se double de la passion amoureuse, déclarée dès les premiers échanges. A ces personnages réels ou allégoriques la musique donne des caractères originaux et une authentique vie : la scène n’est pas loin, Eve en <em>prima donna</em>, tant l’écriture vocale se confond avec celle du théâtre lyrique.</p>
<p>Or, l’œuvre nous était annoncée mise en espace, avec costumes, ce que l’on comprend aisément. Las, l’indisposition de <strong>Capucine Keller</strong>, Eve, et son remplacement impromptu par <strong>Lucia Martin-Cartón</strong> ont conduit à y renoncer. Quel qu’ait pu en être l’intérêt, l’ouvrage, seul, suffit à notre bonheur. Rien ne trahit ce remplacement de dernière minute, tant cette extraordinaire soprano s’est approprié le rôle et s’est intégrée à l’équipe. Le public lui réservera des ovations particulièrement chaleureuses, et justifiées. Si chaque interprète a quelques airs, ensembles et récitatifs, elle s’en distingue par l’importance de sa participation et par l’écriture plus lyrique qu’aucune autre. Les deux grands airs de la première partie appelleraient un commentaire si ne succédaient dans la deuxième le « Gia del Pomo vietato », puis l’ample lamento, sur une basse obstinée amorcée par un chromatisme descendant. « Discoglietevi, dileguatevi… », à lui seul, justifie la redécouverte de l’ouvrage. La jeune soprano (1er prix du concours Tebaldi de 2015, issue du Jardin des Voix) possède toutes les qualités attendues pour un rôle aussi exigeant : la fraîcheur et les couleurs de l’émission, l’égalité des registres, la puissance, le soutien et l’agilité, le sens dramatique. <strong>Vincent Bouchot</strong> impose dès sa première intervention un Adam inquiet, douloureux, puis aimant, enfin contrit. Baryténor éloquent, à la voix longue, toujours juste d’expression, il traduit bien toute l’évolution de son personnage. <strong>Anne Magouët</strong> nous vaut une Raison remarquable d’autorité, avec une large palette vocale, sans oublier son dessus dans les chœurs. Avant d’être Dieu (<em>Iddio</em>), énergique, souverain comme il se doit, <strong>Renaud Delaigue</strong> donnera sa voix à la Passion, puis à Lucifer, tous deux séducteurs en diable. Une basse comme on les aime, dont l’aisance est particulièrement impressionnante (« Furie terribili »). <strong>Paulin Bündgen</strong> est la Mort, fielleuse alliée de Lucifer, bien entendu. Son duo avec la Passion, qui ouvre la deuxième partie, sollicitant les cornets et les violons, est un beau moment. Les chœurs, des vertus, des démons, des anges, comme les deux du finale sont autant de réussites, ayant pris leurs distances d’avec le madrigal pour rejoindre l’opéra.</p>
<p>Ainsi, cinq remarquables solistes, unis pour le chœur, et neuf (poly) instrumentistes suffisent à rendre le discours expressif et coloré. Même si tel puriste aura souligné le déficit d’italianité du chant, même si, ici ou là, on attendait davantage de vigueur, de relief de la basse continue, l’ensemble nous ravit par sa justesse expressive, sa fluidité comme sa précision. Etienne Meyer vit sa partition, attentif à chacun, imposant les tempi et leurs changements, modelant les phrasés. Ses solistes instrumentaux, cornets et violons tout particulièrement, sont exemplaires.</p>
<p>Chacun sait combien la découverte de Falvetti, un autre Sicilien, par Leonardo García Alarcón connut le plus grand retentissement de ces dernières années. C’est tout ce qu’on souhaite à cette production d’égale qualité, défendue avec conviction par Les Traversées baroques. L’enregistrement sera publié d’ici quelques mois sous le label « Accent ».</p>
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