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MONTEVERDI, Vêpres de la Vierge – Beaune

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Spectacle
26 juillet 2026
Puissance et tendresse

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Claudio Monteverdi
Vespro della Beata Vergine
Ecrites à Mantoue et publiées à Venise (Ricciardo Amadino) en 1610
Création hypothétique (*) à Mantoue, Basilique Santa Barbara, le 25 mars 1610
Fréquemment données à la Basilique Saint-Marc de Venise après 1613
(*) d’après Jordi Savall (enregistrement de 1988)

Détails

Capucine Keller et Dagmar Saskova, sopranos
Madeleine Bazola, alto
Vincent Bouchot et Valerio Contaldo, ténors
Renaud Delaigue, basse

Chœur du Festival de Beaune
Cheffe de chœur
Lucile de Trémiolles

Les Traversées baroques

Direction artistique (et cornet à bouquin)
Judith Pacquier

Direction musicale
Etienne Meyer

Beaune, Festival international d’opéra baroque, Basilique, 24 juillet 2026, 21h

Dix-huit ans après leur naissance officielle, les portes de Beaune s’ouvrent enfin aux Traversées baroques, dont le rayonnement international et les enregistrements sont salués par tous les amoureux de musique ancienne, ce qui n’est que justice. Spécialistes de la musique vénitienne, qu’ils diffusent de la Pologne à l’Amérique latine, ils fréquentent Monteverdi de longue date, et les Vêpres tout particulièrement. Construit sur cinq psaumes séparés par des motets concertants, réservés aux solistes accompagnés par la basse continue, pour conclure sur un des deux Magnificat (Monteverdi en propose un à 7 voix, et le second à 6), c’est un monument impressionnant par ses proportions comme par son architecture et le moindre de ses détails. Le Festival l’a produit à de multiples reprises, confié à des chefs et formations prestigieuses (Garrido, Christie etc.).

Malgré le soin méticuleux du compositeur à préciser ses intentions (jusqu’à la registration de l’orgue), est-il œuvre qui pose davantage de problèmes, qui autorise (presque) tout et son contraire ? Que faut-il jouer ? Tout, le plain-chant compris ? Lequel, vénitien ou mantouan ? Quels interprètes (tous masculins à la création) ? Quels effectifs ? Spatialisés ? etc.  Il en résulte une extrême diversité d’approches, le plus souvent légitimes, fussent-elles contradictoires. La lecture de la distribution interrogeait, avec la participation du Chœur du Festival (1) : l’exigence, la difficulté des parties chorales des Vêpres sont tout autres que celles de l’Orfeo. Nos appréhensions tomberont dès le Deus in adjutorium, très projeté, homophone, festif et grandiose. La souplesse rythmique, la précision étaient au rendez-vous. Il en ira de même du Sicut erat qui clôt le Magnificat final. Ce qui aurait pu constituer un handicap s’avère une pleine réussite, tant l’intégration s’est avérée fructueuse. De fait, les solistes et le chœur des Traversées baroques, confondus, seront mobilisés de façon constante, pour une lecture convaincante, ductile, contrastée et chatoyante.

L’ensemble instrumental, riche de toutes les couleurs attendues, est disposé autour de l’orgue et du continuo, cordes à gauche, vents à droite (l’organisation pourra varier lorsque cornets et violons joueront à l’unisson). Les solistes et le « petit » chœur forment un arc de cercle autour des instruments. L’acoustique redoutable de la basilique se révèlera idéale pour cette réalisation : la lisibilité des polyphonies, les assemblages de timbres seront valorisés, pour le plus grand bonheur des auditeurs. La richesse des textures, la splendeur musicale renvoient aux fastes vénitiens. Fréquente, la polychoralité (2), toujours lisible dans son jeu de réponses, est opulente malgré l’étroitesse du chœur. On se laisse emporter par la vague sonore. A signaler la qualité exceptionnelle de l’orgue et de ses improvisations (Valentin Rouget), magistral de vie et de style, ainsi que celle du continuo. Sans oublier les deux violons, les cornets, tout particulièrement dans la Sonata super Sancta Maria, la direction qu’imprime Etienne Meyer, claire, précise, structure le discours et se montre attentive à la prosodie, aux respirations. Il organise un bain de sonorités séduisantes, qui valorise les voix sans jamais les couvrir. La fluidité des mètres confère la souplesse quasi chorégraphique qu’appelle ce langage La jubilation du chant, l’exultation des instrumentistes concourent à une exubérance contrastée qui n’exclut pas la profondeur, la quête du mystère.

Valerio Contaldo (qui chantait déjà l’ouvrage ici même en 2015) allait dominer la distribution, du Dixit Dominus à la fin. La générosité de son chant, sonore, flexible, lumineux, toujours intelligible laisse admiratif, même s’il avoue hors concert être passagèrement fatigué. Pour autant aucune voix d’homme ne démérite, malgré une maîtrise stylistique, une italianité, et une liberté épanouie parfois en-deça. Un bonheur que la virtuosité éblouissante du Duo Seraphim, tant ses redoutables vocalises sont exigeantes. Les voix de femmes sont un constant régal, Capucine Keller, Dagmar Saskova et Madeleine Bazola forment l’ensemble le plus harmonieux. Leur émission, fraîche, ciselée réjouit. Le cantus firmus initial du Magnificat est d’une rare beauté. Les deux ténors en canon pour l’Et exultavit ne sont pas en reste. Chaque verset réjouit et il faudrait tout citer, tant la plénitude et l’éclat du Magnificat sont soulignés. La résonance de la dernière syllabe de l’Amen s’éteindra avant que le public, manifestement conquis, exprime sa gratitude aux artistes pour cette soirée mémorable. Un bis, inattendu – la reprise du Nisi Dominus – le récompensera.

(1) Le chœur éphémère rassemblait une quarantaine de chanteurs amateurs chevronnés, pour une semaine de travail préparatoire, sous la direction de Lucile de Trémiolles.

(2) Laudate pueri, Nisi Dominus, Lauda Jerusalem, Ave maris stella, Sit laus Deo Patri.

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Claudio Monteverdi
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Création hypothétique (*) à Mantoue, Basilique Santa Barbara, le 25 mars 1610
Fréquemment données à la Basilique Saint-Marc de Venise après 1613
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Détails

Capucine Keller et Dagmar Saskova, sopranos
Madeleine Bazola, alto
Vincent Bouchot et Valerio Contaldo, ténors
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Chœur du Festival de Beaune
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