Forum Opéra

TCHAÏKOVSKI, Eugène Onéguine – Paris (Garnier)

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Spectacle
27 janvier 2026
Eugène Once-again

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Yevgeny Onyegin, opéra lyrique en trois actes
Musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski
Livret de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Constantin Chilovski
Création au Théâtre Maly à Moscou, le 29 mars 1879

Détails

Mise en scène

Ralph Fiennes

Décors

Michael Levine

Costumes

Annemarie Woods

Lumières

Alessandro Carletti

Chorégraphie

Sophie Laplane

 

Eugène Onéguine

Boris Pinkhasovich

Tatiana

Ruzan Mantashyan

Lenski

Bogdan Volkov

Olga

Marvic Monreal

Prince Gremine

Alexander Tsymbalyuk

Madame Larina

Susan Graham

Zaretski

Amin Ahangaran

Monsieur Triquet

Peter Bronder

Filipievna

Elena Zaremba

Le Lieutenant

Mikhail Silantev

 

Chœur de l’Opéra national de Paris

Chef de chœur

Ching-Lien Wu

Orchestre de l’Opéra national de Paris

Direction musicale

Semyon Bychkov

Paris, Opéra national de Paris (Palais Garnier)

Lundi 26 janvier 2026, 19h30

Qu’est-ce qui différencie l’opéra du théâtre et du cinéma ? Cette question définit l’horizon d’attente qu’a créé, peut-être sans le vouloir, l’Opéra national de Paris en confiant sa nouvelle production d’Eugène Onéguine à Ralph Fiennes, acteur et réalisateur bien connu. Et cette question ne trouvera pas forcément de réponse ce soir : en effet, le choix disruptif de metteur en scène accouche d’un résultat très traditionnel et peu problématisé.

Cette production place l’œuvre dans son contexte historique – ce qui en soi n’est ni une bonne ni une mauvaise chose. A cet égard, les costumes d’Annemarie Woods sont réussis, si l’on accepte le pari de la recontextualisation au premier degré. Toutefois, l’ensemble, à commencer par les décors, signés que Michael Levine, fait signe vers un classicisme absolu. Le décor des actes I et II représentent une forêt, dont l’esthétique n’est pas des plus flatteuse, le fond de scène faisant presque apparaître les pixels de l’image choisie. Le panneau positionné au fond de la scène avance et recule, créant des espaces plus intimes comme la chambre de Tatiana. Ce dispositif est intéressant car il apporte une impression de traveling cinématographique – mais il n’est malheureusement utilisé que deux fois. Le décor de l’acte III représente quant à lui le trompe l’œil d’un manoir ou château d’époque, empruntant à une imagerie connue, familière, déjà vue. Ce n’est pas la seule impression de redite qui traverse l’esprit du spectateur ce soir : les feuilles qui jonchent le sol de l’acte I et la neige qui tombe du ciel de l’acte II sont des lieux communs particulièrement éculés pour une production d’Eugène Onéguine.

© Guergana Damianova / OnP

Face à cette synthèse polie de ce qui est possible de faire pour un Eugène Onéguine sans fulgurance, on peine à voir émerger une vision singulière, innovante – ou même simplement poétique de l’œuvre. La direction d’acteur laisse ainsi souvent les chanteurs statiques, sans travail des corps et ou des tensions entre les êtres. Les chanteurs déclament même parfois face au spectateur, confinant au micro-récital, ce qui peut surprendre de la part d’un metteur en scène issu du monde du cinéma. Le travail des lumières d’Alessandro Carletti tout comme les chorégraphies de Sophie Laplane n’ont pas d’autre possibilité que de se fondre dans ce moule du conformisme. Le tout n’est pas déplaisant, il faut le dire : c’est simplement très conventionnel.

Le plateau vocal est également contrasté. Boris Pinkhasovich, dans le rôle-titre, ne donne pas toute l’ampleur attendue pour le rôle. S’il est irréprochable au plan technique, son jeu est trop monolithique, voire absent. Bien sûr, le personnage se doit d’être insaisissable une bonne partie de l’œuvre, mais cela exige justement l’intensité d’une présence scénique qui fait ici défaut. La Tatiana de Ruzan Mantashyan est excellente au plan vocal : la soprano arménienne déploie une voix de velours dont la douceur n’entrave ni la puissance ni la force de très beaux aigus. La subtilité de certains piani, allié à un réel talent de comédienne, achève d’en faire une héroïne accomplie. C’est certainement Bogdan Volkov, en Lenski, qui vole la vedette ce soir : le jeu théâtral est engagé, émouvant, vulnérable. La ligne de chant est subtile, l’émission fine et l’intention toujours juste. Le ténor est d’ailleurs l’un des plus applaudis !

En Olga, Marvic Monreal sait varier le jeu d’un acte à l’autre avec crédibilité. La voix de mezzo est riche de nuances et largement projetée. Susan Graham est évidemment comme pour on pouvait l’attendre une Madame Larina de luxe. On retrouve sans surprise son charisme habituel et les talents d’actrice qu’on lui connaît ! Le Prince Gremine d’Alexander Tsymbalyuk attire particulièrement l’attention malgré bien sûr une courte présence : la basse, caverneuse, est d’une superbe profondeur. En Filipievna, Elena Zaremba a l’espièglerie teintée de sagesse escomptée, tandis que Peter Bronder campe un Monsieur Triquet convaincant, qui n’en fait pas trop. Amin Ahangaran et Mikhail Silantev complètent efficacement la distribution respectivement en Zaretski et Lieutenant.

Le sans-faute se trouve très clairement dans la fosse. La direction de Semyon Bychkov est absolument somptueuse : le sens de la nuance et de la précision ne verse jamais dans une impression saccadée, tout au contraire. Rarement a-t-on entendu une version aussi fluide, cohérente, emportée d’un geste aussi naturel que flamboyant. Le respect des chanteurs est toujours le point de départ et la vigueur de l’Orchestre national de Paris, très en forme ce soir, le point d’arrivée. Le chœur de l’Opéra national de Paris répond présent : jamais pris en défaut, l’osmose n’est jamais brisée, dans ce qui se déploie comme un très beau moment de musique.

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❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Création au Théâtre Maly à Moscou, le 29 mars 1879

Détails

Mise en scène

Ralph Fiennes

Décors

Michael Levine

Costumes

Annemarie Woods

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Chorégraphie

Sophie Laplane

 

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Chef de chœur

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