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	<title>Marc LARCHER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Marc LARCHER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Il Trovatore &#8211; Marseille</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’on les découvre par les récits qui les présentent ou par leur comportement sous nos yeux, les protagonistes du Trovatore sont tous des solitaires que leur passion isole de leur environnement. Le Manrico du tournoi que Leonora révèle à Inez est un cousin du « desdichado » de Gérard de Nerval.  Bien qu’engagé dans l’action &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’on les découvre par les récits qui les présentent ou par leur comportement sous nos yeux, les protagonistes du <em>Trovatore </em>sont tous des solitaires que leur passion isole de leur environnement. Le Manrico du tournoi que Leonora révèle à Inez est un cousin du « desdichado » de Gérard de Nerval.  Bien qu’engagé dans l’action militaire au service d&rsquo;un prince, ce poète et musicien est l’exception parmi les guerriers, pour ne rien dire de son statut secret de « fils de la gitane ». Leonora, de plein droit membre de la Cour, se met à l’écart pour s’abandonner à la séduction irrépressible de cet homme marginal et quand elle le croira mort, c’est la solitude du cloître qu’elle choisira.  L’ autre homme qui la convoite et est prêt à tout pour la posséder, fût-ce en faisant éliminer son concurrent, rompt par sa conduite avec le code d’honneur de sa caste. Enfin la gitane est tout entière obnubilée par ses souvenirs, symbolisés par le voile rouge roulé en cordon qui la relie à une mission mortifère que ses pairs ne partagent pas, comme on peut le voir dans la scène de la forge.</p>
<p>Enfin, comme on aurait pu le voir si le metteur en scène, <strong>Louis Désiré</strong>, n’en avait décidé autrement. Pas de forge, en effet, bien que l’orchestre la fasse entendre brillamment. Pourquoi faire l’impasse sur cette activité qui  éclaire une bonne part des préjugés à l’endroit des gitans ? Dans bien des sociétés, sur divers continents, ceux dont l’activité consiste à transformer par le feu des éléments naturels sont considérés avec méfiance, voire avec crainte, et peuvent être, encore aujourd&rsquo;hui, l’objet d’une suspicion qui peut devenir haineuse. Mais pour revenir au spectacle, alors qu’Azucena est plongée dans ses souvenirs obsédants, à quoi riment les doigts tendus de sa communauté, qui semblent la désigner comme une coupable alors qu&rsquo;elle ne fera son aveu qu&rsquo;à Manrico, quand ils seront seuls ?</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1780609-%C2%A9-photo-Christian-DRESSE-2025-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1749098766351" />© Christian Dresse</pre>
<p>Ce n’est qu’une des questions que poseront bien des options proposées. La pantomime initiale qui met en présence Luna et Manrico et révèle, par la similitude de leur apparence, leur parenté, qu’en auront compris les néophytes ? Ainsi, à quoi riment les acrobaties auxquelles se livrent les figurants qui représentent les renforts attendus par le Comte de Luna ? Pourquoi Manrico et ses hommes, soldats armés, iront-ils à l’assaut pour délivrer Azucena avec des bâtons ? Pourquoi, quand le comte exhale ses sentiments passionnés, semble-t-il les confier à ses hommes, et les voit-on alors s’interroger, échanger des avis, dans une pantomime d’arrière-plan qui trouble l’attention ? Il serait trop long de relever tous les partis pris dont l’à-propos dramatique nous a laissé perplexe. Un dernier exemple : l’apparition d’Inez qui écrit le nom de Leonora sur le rempart. Pourquoi ? Faut-il comprendre que cette suivante – en habit de religieuse, pourquoi ? – éprouve pour Leonora un attachement qui n’ose pas s’avouer ?</p>
<p>Passons directement aux décors et aux costumes, tous signés <strong>Diego Méndez-Casariego. </strong>De grands panneaux en fond de scène représentent des fortifications ; devant eux, des cadres très haut tendus de gaze noire qui délimiteront les jardins du palais au deuxième tableau du premier acte, jardins que le spectateur devra imaginer. Les évolutions de ces panneaux délimiteront ainsi les espaces successifs, avec à deux reprises l’apparition en fond de scène d’une énigmatique haie de branches mortes. Des lumières rouges pour les pics dramatiques, des calots pour définir des soldats, mais des bretelles pas très guerrières. Leonora et Azucena en longues robes, la première changeant plusieurs fois, les frères ennemis en manteau long qu’après l’entracte Luna abandonnera un moment, sans que l’on sache si c’est une prescription ou un choix dicté par la chaleur. Enfin l’efficacité des panneaux-miroirs au dernier acte, tant celui laborieusement relevé que celui descendu des cintres, ratée pour nous, a-t-elle été évidente à d’autres spectateurs ?</p>
<p>Heureusement, la représentation réservait bien des satisfactions, même si l’annonce initiale d’un malaise d’ <strong>Angélique Boudeville</strong> plombait l’atmosphère. Effectivement, le début est problématique et on souffre avec l’interprète d’une diction pâteuse et d’une émission indocile qui durcit les aigus. Mais la voix s’échauffe, l’étendue est entière, l’émission s’assouplit, et la volonté fait le reste. On ne doute plus, après le premier acte, et la conviction se fera toujours plus forte : Angélique Boudeville est une grande Leonora, et ceux qui l’entendront complétement rétablie seront chanceux !</p>
<p>Premier soliste à intervenir, <strong>Patrick Bolleire </strong>s’acquitte avec le métier et la probité qu’on lui connaît du récit de Ferrando, que l’option de mise en scène contraint à débiter pratiquement immobile, comme s’il était lui-même halluciné. Pourquoi pas…Ruiz, le second dévoué, trouve en <strong>Marc Larcher</strong> un interprète de luxe. Quand à Inez, elle donne à <strong>Laurence Janot </strong>l’occasion de composer avec d&rsquo;infimes nuances un personnage peut-être moins lisse que l’on pourrait le croire.</p>
<p>Les deux frères rivaux font assaut de voix. Scéniquement, on aimerait que <strong>Serban Vasile</strong> soit plus outrecuidant, en particulier dans la scène où il défie Dieu, mais la vigueur de la voix et son amplitude composent un Comte de Luna convaincant, en dépit des jeux de scène qui le montrent prenant ses hommes à témoin de ses états d’âme. <strong>Teodor Ilincai </strong>assume crânement les embûches dont la tradition a alourdi le rôle ; si sa mélodie initiale, chantée en coulisse, manquait un peu du velours espéré, par la suite la voix pleine et la projection et les nuances emportent l’adhésion.</p>
<p>A ce trio gagnant s’ajoute celle qui incarne Azucena, dernier protagoniste à paraître et dernier en scène, peut-être traces de l’intention de Verdi d’intituler l’opéra <em>Azucena</em>. Certes <strong>Aude Extremo </strong>semble plus la sœur que la mère de Manrico, mais cela dit, l’écouter est un plaisir sans mélange, car l’étendue de sa voix lui permet un chant homogène, sans recourir aux sons tubés ou poitrinés de certaines interprètes. Elle campe ce personnage douloureux avec une conviction qui lui vaudra un triomphe aux saluts.</p>
<p>Triomphe également pour l’orchestre et son directeur musical, <strong>Michele Spotti</strong>. Les rumeurs flatteuses montant de la fosse à la fin prouvent que la lune de miel se prolonge, et l’exécution sans défaut en était l’illustration. Vigueur et précision, souplesse et rapidité, sens des contrastes et contrôle constant des détails, influx mélodique et scansions dramatiques, rien n’a manqué tant à la richesse qu’à la finesse du tissu orchestral. Elle allait de pair avec l’engagement des artistes du chœur, dont on n’oubliera pas de sitôt le <em>Miserere </em>ou le chant guerrier du début du troisième acte. Tous, choristes, musiciens et solistes, ont été ovationnés longuement et bruyamment, y compris la valeureuse Angélique Boudeville. Encore deux représentations !</p>
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		<title>REYER, Sigurd &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/reyer-sigurd-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au soir du 3 décembre 1924, la foule se presse pour assister à la réouverture de l’Opéra de Marseille, entièrement reconstruit après un incendie qui n’avait épargné que les murs extérieurs du bâtiment. Le directeur du théâtre a choisi pour cette grande occasion de mettre à l’affiche une œuvre alors renommée et admirée : Sigurd, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au soir du 3 décembre 1924, la foule se presse pour assister à la réouverture de l’Opéra de Marseille, entièrement reconstruit après un incendie qui n’avait épargné que les murs extérieurs du bâtiment. Le directeur du théâtre a choisi pour cette grande occasion de mettre à l’affiche une œuvre alors renommée et admirée : <em>Sigurd</em>, composé par Ernest Reyer, un enfant du pays.</p>
<p>Cent ans plus tard, en 2025, <em>Sigurd</em> et son compositeur – dont la statue trônait autrefois devant l’Opéra, avant d’être transférée au Parc Longchamps – sont bien loin de jouir de la même glorieuse popularité. L’œuvre a été redonnée récemment à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/sigurd-nancy-les-nibelungs-sont-a-tout-le-monde/">Nancy</a> dans une version de concert (là aussi pour célébrer le centenaire de l’Opéra de Nancy, inauguré avec <em>Sigurd</em>, décidément un hit au début du siècle&nbsp;!) et en version scénique à Erfurt. Il faut cependant remonter trente ans en arrière, en 1995, à Marseille déjà (en coproduction avec Montpellier), pour relever la présence sur une scène française du chef-d’œuvre de Reyer. Quel heureux choix de l’Opéra de Marseille, donc, de redonner sa chance à <em>Sigurd</em> pour célébrer le centenaire de la réouverture du bâtiment actuel !</p>
<p>On dit souvent que le crépuscule de l’œuvre de Reyer est en grande partie due à son sujet, identique à celui des deux derniers volets de la Tétralogie de Wagner. En effet : Sigurd, c’est Siegfried, et on retrouve à ses côtés Brunehilde, Hagen, Gunther… Est-ce qu’un de ces deux héros devait écraser l’autre pour survivre ? Pourtant, les Manon de Massenet et de Puccini parviennent à cohabiter…</p>
<p>Le livret de Camille du Locle (co-auteur de <em>Don Carlos</em>) et d’Alfred Blau (co-auteur de <em>Werther</em>) est plus fidèle à la source originelle des <em>Niebelungen</em> que ne l’est le Ring. S’il fallait résumer l’action brièvement (pour plus de détails, voir <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/zapping/7-janvier-1884-une-tetralogie-du-pauvre/">l’article de notre collègue</a>), on dirait que c’est l’histoire de deux héros « purs » – Sigurd et Brunehilde – dont l’union est empêchée par les manipulations de deux humains viciés par leurs passions — le roi Gunther et sa sœur Hilda. En effet, la jeune Hilda fait absorber un philtre à Sigurd pour qu&rsquo;il tombe sous son charme tandis que Gunther se sert de lui pour délivrer Brunehilde, endormie dans un palais de flammes. La vierge guerrière ne peut être délivrée que par un « héros au cœur de diamant », « vierge de corps et d’âme », ce qui correspond très exactement au signalement de Sigurd. Gunther exige que Sigurd lui livre Brunehilde après l’avoir sauvée et il pourra en échange épouser sa sœur Hilda. Dissimulé sous la visière de son casque, Sigurd réveille Brunehilde (qui se rendort aussitôt) et la ramène au palais de Gunther. Elle ne reconnaît pas son vainqueur en Gunther : elle n’a pas vu le visage de son sauveur, mais sent que ce n’est pas lui. Elle accepte cependant d’épouser le roi, tandis que Sigurd s&rsquo;unit à Hilda. Au moment de bénir l’union des jeunes amants, Brunehilde touche la main de Sigurd et un éclair fend le ciel : elle comprend que quelque chose (ou quelqu&rsquo;un) a contrarié le destin. C’est finalement Hilda elle-même, jalouse et orgueilleuse, qui avoue à Brunehilde la supercherie (Gunther n’est pas son sauveur) et la guerrière comprend que Sigurd est la proie d’un enchantement. Elle désenvoute le héros et celui-ci découvre qu’il aime Brunehilde, comme les dieux l’avait voulu en le désignant comme le seul capable de la délivrer de son sommeil. Mais Gunther, encouragé par son conseiller Hagen, tue Sigurd ; Brunehilde expire au même instant, tandis qu’Hilda se suicide en maudissant son frère et appelant sa chute, comme la Camille de Corneille et la Didon de Berlioz.</p>
<figure id="attachment_186666" aria-describedby="caption-attachment-186666" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-186666 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1760264-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186666" class="wp-caption-text">Nicolas Cavallier (Hagen), Florian Laconi (Sigurd), Alexandre Duhamel (Gunther) et Marc Barrard (le Prêtre d&rsquo;Odin) © Christian Dresse</figcaption></figure>
<p>Musicalement, <em>Sigurd</em> est bien moins wagnérien que ne pourrait le laisser présager l’admiration de Reyer pour le maître de Bayreuth. D’ailleurs, l’œuvre a été composée bien avant le Ring et on y perçoit plus l’influence de <em>Lohengrin</em> et <em>Tannhaüser</em> que des œuvres ultérieures de Wagner. Certes, on retrouve l’utilisation des leitmotivs (celui de Gunther, en tierces mineures, se repère assez facilement), mais ce n’est pas une invention du compositeur allemand. L’œuvre s&rsquo;inscrit plutôt dans la tradition du Grand Opéra français à la Meyerbeer (duquel Wagner s’est lui-même beaucoup inspiré) et on remarque surtout beaucoup de tournures berlioziennes dans l&rsquo;orchestration ou la prosodie. Au-delà, c&rsquo;est bien sûr Gluck et Weber qui semblent inspirer le compositeur marseillais : plus d&rsquo;une fois, on a l&rsquo;impression d&rsquo;entendre des réminiscences de la scène de la Gorge au Loup du <em>Freischütz</em> et quelque chose de l&rsquo;atmosphère d&rsquo;<em>Euryanthe</em> plane sur l&rsquo;œuvre.</p>
<p>Certaines scènes d&rsquo;ensemble du premier acte, ainsi qu&rsquo;une phrase ascendante pleine d&rsquo;élan exposée dans l&rsquo;ouverture, sonnent pour le coup très wagnériennes. On a pourtant devant les oreilles une œuvre à numéros, bien que la musique soit <em>durchkomponiert</em> : l&rsquo;air de la nourrice Uta et le chant du Barde se démarquent ainsi comme les moments forts de ce premier acte. Le deuxième acte cultive d&#8217;emblée une ambiance plus mystérieuse, avec les prières et le récit du Grand prêtre d&rsquo;Odin, tandis que Sigurd entonne son air fameux « Esprits, gardiens de ces lieux », très longtemps un pilier du répertoire des forts ténors. Le réveil de Brunehilde qui suit est une merveille de lyrisme et de délicatesse. Mais c’est dans le quatrième et dernier acte que Reyer atteint le sommet de son inspiration, qui voit se succéder un air pour Brunehilde plein d&rsquo;émotions variées, une scène de confrontation entre les deux rivales qui ravira les amateurs du genre et un duo du désenvoûtement entre Sigurd et Brunehilde, paradoxalement enivrant. Hélas, l&rsquo;œuvre est à Marseille (et comme ailleurs) abondamment coupée, ce qui a pour effet de rendre confus certains passages et d&rsquo;enlever aux personnages un peu de leur densité. Il faut dire que l&rsquo;œuvre est longue, la prosodie parfois difficile à suivre (on a là un langage singulier comme l&rsquo;est celui de Berlioz) et l&rsquo;harmonie plus ou moins inventive : il y a des passages plus inspirés que d&rsquo;autres, mais le dernier acte au moins (l&rsquo;air de Brunehilde et l&rsquo;apothéose des amants surtout) mériterait d&rsquo;être donné intégralement.</p>
<figure id="attachment_186674" aria-describedby="caption-attachment-186674" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-186674 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1770283-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186674" class="wp-caption-text">Catherine Hunold (Brunhilde) et Florian Laconi (Sigurd) © Christian Dresse</figcaption></figure>
<p>La mise en scène de <strong>Charles Roubaud</strong> situe l’action dans les années 1930/1940 – c’est ce que semble nous indiquer en tout cas les costumes soignés de <strong>Katia Duflot</strong>. On est cependant bien en peine de percevoir ce qu’apporte cette transposition, sinon qu’elle contourne les écueils de la littéralité (lances, casques à pointe, armures), dans laquelle versait encore la production de 1995. Brunehilde arbore tout de même une longue tresse blonde et son costume est moins ancré historiquement, si bien qu’elle semble issue d’un autre monde, plus éternel. La proposition ne manque pas d’élégance et la scénographie du premier acte (signée <strong>Emmanuelle Favre</strong>), avec ses pans coupés digne d’un décor de Fritz Lang, est particulièrement réussie. L’espace se transforme de tableaux en tableaux avec fluidité et clarté, tandis que les lumières de<strong> Jacques Rouveyrollis</strong> mettent l’accent sur tel ou tel événement comme s’il s’agissait de plans rapprochés (le versement du philtre, le coup de foudre). La direction d’acteur manque cependant de précision et l’ensemble demeure trop statique. Les vidéos projetées au deuxième acte, représentant la lutte de Sigurd avec les Nornes et les kobolds sont une honnête tentative de substitution aux effets scéniques, mais le numérique peine toujours à s’élever au rang de la magie. Malgré quelques scènes réussies, l’ensemble de la soirée manque cruellement d’élan, de feu, de foudre – c’est pourtant une musique et un livret qui n’en sont pas avares.</p>
<p class="" data-start="74" data-end="582">Dans le rôle-titre, <strong>Florian Laconi</strong> impressionne par l’homogénéité de sa voix, d’un beau métal, et par la vaillance avec laquelle il assume crânement la tessiture exigeante du rôle. Sigurd demande en effet une endurance vocale redoutable, des aigus vigoureux et une projection solide, qualités que le chanteur français déploie avec une assurance remarquable. Il se montre particulièrement à l’aise dans les passages héroïques, sculptant chaque phrase avec autorité. Cependant, l’interprète peine à totalement fendre l’armure dans les passages plus lyriques et intimes et reste scéniquement très statique. Il parvient enfin à toucher dans le duo du désenvoûtement, où son interprétation gagne en intensité et en sensibilité. Face à lui, <strong>Alexandre Duhamel</strong> campe un Gunther fascinant, véritable double sombre de Sigurd. Tout dans sa présence scénique évoque une gémellité troublante avec le héros : même silhouette imposante, même coiffure, même barbe soigneusement taillée. Son baryton aux couleurs riches et à l’émission assurée confère au personnage une autorité naturelle. Le début du troisième acte le révèle particulièrement à son aise : sa voix se colore de subtiles demi-teintes et on se surprend à s&rsquo;émouvoir du destin du roi, pourtant pas le plus sympathique des personnages.</p>
<p><strong>Catherine Hunold</strong> retrouve le rôle de Brunehilde qu’elle avait déjà incarné à Nancy, et elle le défend ici avec une aisance éclatante. Ce répertoire semble fait pour elle : elle y évolue avec une autorité naturelle. La voix est parfois couverte par l&rsquo;orchestre dans le bas médium, mais c&rsquo;est plus le fait de l&rsquo;acoustique du parterre ou de la direction orchestrale, car c&rsquo;est une donnée générale, surtout en première partie. Autrement, l&rsquo;aigu est glorieux et le timbre a ce qu&rsquo;il faut de noblesse et de de tranchant pour l&rsquo;amener à composer un portrait puissant de la vierge guerrière. Dans le rôle très touchant (car trop humain) de Hilda, <strong>Charlotte Bonnet</strong> fait feu de tout bois : son timbre onctueux, son engagement scénique et sa projection précise impressionnent. Son duo avec Brunhilde au dernier acte, où les deux femmes se bravent à coup de passionnés « Sigurd m&rsquo;aime ! », est le sommet de la soirée, tant la chanteuse y infuse frémissements et fougue, face à la sévérité contenue de la Brunehilde de Catherine Hunold. Les graves de <strong>Marion Lebègue</strong> sont eux aussi un peu happés par l&rsquo;effectif orchestral ou l&rsquo;acoustique du lieu, mais elle est d&rsquo;une élégance scénique naturelle si grande que son Uta convainc complètement, d&rsquo;autant plus que son jeu est nuancé et sa diction soignée.</p>
<figure id="attachment_186663" aria-describedby="caption-attachment-186663" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-186663 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1760064-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186663" class="wp-caption-text">Charlotte Bonnet (Hilda) et Marion Lebègue (Uta) © Christian Dresse</figcaption></figure>
<p>Dans le rôle du conseiller du roi Hagen, <strong>Nicolas Cavallier</strong> marque les esprits par une voix qui a gardé toute sa souplesse et par une présence scénique séduisante. Il a cependant tendance à trop couvrir son émission, pour homogénéiser son timbre sans doute, ce qui rend le texte un peu flou par moments. <strong>Marc Barrard</strong> est un Prêtre d&rsquo;Odin vocalement solide et convaincant, mais un peu réservé scéniquement. Ce n&rsquo;est pas le cas de <strong>Gilen Goicoechea</strong> qui remporte la mise sur tous les plans dans le petit rôle du Barde. Le quatuor des soldats, composé de <strong>Marc Larcher, Kaëlig Boché, Jean-Marie Delpas </strong>et<strong>Jean-Vincent Blot</strong>, complète idéalement une distribution qui rend honneur au chant français actuel.</p>
<p>Le grand effectif prévu par Reyer oblige l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra de Marseille</strong> à déborder un peu sur les loges à côté de la scène : les deux harpistes et les deux percussionnistes sont ainsi exilés du reste de leurs collègues. Cela entraine quelques décalages dans la très belle ouverture de l&rsquo;œuvre, mais permet par la suite de savourer plus intensément les parties de harpes et d&rsquo;être mieux percuté par les interventions des percussions. <strong>Jean-Marie Zeitouni</strong> dirige l&rsquo;œuvre avec une grande intensité, révélant les mouvements de poussée ménagés par Reyer dans de nombreux numéros de l&rsquo;œuvre. Les passages les plus lyriques, comme la fin du deuxième acte, sont particulièrement électrisants. Mais cette attention à l&rsquo;écriture orchestrale se fait parfois au détriment des voix qui se retrouvent couvertes. Mais ne serait-ce pas, comme évoqué plus haut, le fait de l&rsquo;acoustique de la salle ? Les membres du <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra de Marseille</strong> se mettent en place tardivement, à partir du deuxième acte, mais la suite de la représentation n&rsquo;appelle que des louanges.</p>
<p>Finissons ce compte-rendu avec une remarque (et une prière) : si la statue de Reyer autrefois dressée devant l&rsquo;Opéra de Marseille semble se boucher les oreilles, c&rsquo;est peut-être parce que l&rsquo;audition de son œuvre a été perturbée en cette soirée de première par le sifflement strident de certains appareils auditifs. Ce n&rsquo;est pas la première fois que cela nous arrive : il serait judicieux, comme l&rsquo;a fait un membre du personnel de l&rsquo;Opéra de Gand lorsque nous sommes allé y voir <em>Der Freischütz</em> dernièrement et qu&rsquo;un bruit aigu avait perturbé la première partie de la représentation, de rappeler aux spectateurs, dès le début de la représentation, de veiller au bon fonctionnement de leur sonotone, car cela perturbe vraiment l&rsquo;audition de l&rsquo;œuvre par les autres spectateurs et même très certainement les artistes sur le plateau et dans la fosse&#8230;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>PUCCINI, Madama Butterfly &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée à Nancy, reprise à Saint-Etienne, cette production louée par Tania Bracq et Yvan Beuvard arrive à Marseille en  cette année où l’on célèbre Puccini. On découvre enfin de visu le décor unique d’une sobriété austère, où le bois ajouré constitue les cloisons mobiles de la maisonnette et aussi le sommet arrondi de la colline &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/madame-butterfly-nancy-la-sensible/">à Nancy</a>, reprise <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/madame-butterfly-saint-etienne-leclosion-dun-magnifique-papillon/">à Saint-Etienne</a>, cette production louée par T<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/madame-butterfly-nancy-la-sensible/">ania Bracq</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/madame-butterfly-saint-etienne-leclosion-dun-magnifique-papillon/">Yvan Beuvard</a> arrive à Marseille en  cette année où l’on célèbre Puccini. On découvre enfin de visu le décor unique d’une sobriété austère, où le bois ajouré constitue les cloisons mobiles de la maisonnette et aussi le sommet arrondi de la colline près duquel elle est située. C’est beau mais un peu aseptisé, et lorsque Cio-Cio San enverra Suzuki cueillir les fleurs du jardin, elles descendront des cintres, sans la profusion débordante réclamée par l’exaltation du moment. C’est en quelque sorte un décor <em>light</em> aussi dépourvu que possible des japonaiseries pittoresques. L’œuvre est ainsi dégagée de la gangue ornementale qui l’a souvent étouffée. Cette option a pour résultat de concentrer l’attention sur le drame du personnage-titre, une tragédie par l’intensité des sentiments et l’issue fatale.</p>
<p>Et pourtant, n’était-il pas essentiel, ce milieu auquel Cio-Cio San prétendait échapper, qui l’a reniée, et que l’omniprésent Goro lui rappelle sans cesse ? La diversité des costumes met en évidence la complexité de la situation. En kimono pour son mariage, comme presque toutes les invitées, ensuite Madame Pinkerton est habillée à l’occidentale, mais elle vit dans le même environnement, une maison traditionnelle, et ses employés continuent de porter les vêtements traditionnels japonais, comme auparavant le bonze. Les autres hommes sont vêtus à l’occidentale, par choix comme pour le prince Yamadori, ou peut-être pour des consignes politiques dans le cas des représentants de l’administration impériale. La question peut se poser pour le consul américain, qui porte une veste à la japonaise et a sur lui un éventail. Calcul ou choix personnel ? Dans tous les cas il s’agit d’acculturation, feinte ou volontaire, subie ou choisie, et d’un écart par rapport à la tradition. Et c’est bien d’avoir cru pouvoir s’en affranchir que meurt ce papillon.</p>
<p>C’est probablement cette dimension de l’œuvre qui pourrait nous concerner aujourd’hui, encore plus que la tragédie personnelle de Cio-Cio San, qui sera peut-être un jour interdite de représentation, puisqu’on y voit une adolescente vendue à un homme qu’on pourrait taxer de pédophilie. Mais le spectacle proposé vise à exposer de la manière la plus directe la douleur de qui s’est donné entièrement, sincèrement, absolument, et découvre que ce don était à sens unique et qu’il a vécu d’illusion. C’est l’obstination avec laquelle Cio-Cio San défend la sienne qui la rend bouleversante, comme l’est une Antigone dans son engagement absolu. De ce point de vue, celui de l’interprète est essentiel.</p>
<p>Célébrée dès sa prise de rôle à Saint-Etienne, <strong>Alexandra Marcellier </strong>confirme tout le bien qui a déjà été dit tant sur son chant que sur son incarnation du personnage, en particulier aux actes II et III. Au premier acte, la voix manque un peu de juvénilité, mais pour produire cet effet il doit être nécessaire d’alléger au maximum et dans le vaste espace de l’opéra de Marseille il y a peut-être une estimation de l’enjeu et des risques qui conditionne les options techniques. Cela dit, l’essentiel est dans l’impression que l’artiste se jette entièrement dans la situation dramatique, donnant à ses interventions les accents de sincérité nécessaires, avec une projection impeccable. Acclamée à plusieurs reprises au cours de la représentation elle sera ovationnée longuement au rideau final.</p>
<p>Son partenaire, l’opportuniste Pinkerton, qui expose avec un cynisme tranquille ou inconscient les avantageuses – pour un homme &#8211; pratiques locales relatives aux unions de complaisance, est incarné par <strong>Thomas Bettinger</strong>, dont la voix pleine et arrogante convient parfaitement au personnage absolument sûr de son droit à jouir de sa jeune partenaire. Il sera un partenaire convaincant dans le duo de l’étreinte amoureuse, exprimant avec justesse l’ardeur dont Puccini l’a nourri.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1710194-%C2%A9-photo-Christian-DRESSE-2024-scaled-e1732538702622.jpg" />© christian dresse</pre>
<p>Annoncée souffrante, <strong>Eugénie Joneau </strong>tire néanmoins son épingle du jeu sans dommage<strong>, </strong>même si l’on peut supposer que la projection, tout à fait convenable, aurait été plus forte. En tout cas son comportement scénique est exemplaire de cohérence et de justesse, attitudes, démarche, c’est une belle composition. Très belle aussi celle de <strong>Marc Scoffoni, </strong>qui campe un Sharpless plein d’humanité malgré sa réserve, et dont l’adhésion aux coutumes japonaises, veste et éventail, propose une ambigüité qui enrichit le personnage.</p>
<p>Irréprochables le Goro de <strong>Philippe Do, </strong>rôdant sans cesse autour des proies à exploiter, le Yamadori de <strong>Marc Larcher</strong>, aristocrate érotomane, le bonze de <strong>Jean-Marie Delpas</strong>, apparition véhémente, la Kate Pinkerton d’<strong>Amandine Ammirati</strong>, à la curiosité insistante, et le Commissaire impérial de <strong>Frédéric Cornille</strong>, témoin administratif du contrat à durée limitée. Délectables les chœurs, tant dans les verbiages puis les invectives du mariage que hors scène et à bouche fermée, aux actes suivants.</p>
<p>Dans la fosse, la direction de <strong>Paolo Arrivabeni</strong> a ravi d’emblée par la justesse du rythme de l’ouverture, où les reprises thématiques semblent forer toujours plus avant vers on ne sait quel mystère, dans le jeu parfois déconcertant des timbres. L’orchestre prodigue des finesse aux cordes qui ravissent mais la richesse sonore est parfois excessive au premier acte, et semble dangereuse pour le plateau. L’équilibre sera trouvé aux actes suivants et les spectateurs pourront savourer sans mélange une partition dont cette exécution tant vocale que musicale les ont portés vers des sommets d’émotion.<strong> </strong></p>
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		<title>PUCCINI, Tosca – Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Jun 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Nancy, Toulon, Angers et Nantes, la production de Silvia Paoli de Tosca trouve une dernière escale à Rennes, où comme chaque année – en dehors de la pandémie –&#160;une diffusion simultanée est prévue sur la place de la Mairie tout comme devant le théâtre Graslin à une centaine de kilomètres de là. Cette dixième &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-nancy-confesseur-et-bourreau/">Nancy</a>, Toulon, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-angers/">Angers</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-nantes/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1718029884&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-7035&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">Nantes</a>, la production de <strong>Silvia Paoli</strong> de <em>Tosca</em> trouve une dernière escale à Rennes, où comme chaque année – en dehors de la pandémie –&nbsp;une diffusion simultanée est prévue sur la place de la Mairie tout comme devant le théâtre Graslin à une centaine de kilomètres de là. Cette dixième édition confirme le succès populaire de l’opération. Devant le théâtre, le public se masse devant l’écran géant qui masque la façade de la Mairie. Certains sont organisés et viennent munis de chaises pliables et de victuailles. A l’entracte, <strong>Matthieu Rietzler</strong>, le directeur de l’Opéra de Rennes ou encore <strong>Marc Scoffoni</strong> (le Sacristain) viennent parler de l’œuvre. Des extraits d’archive (un témoignage de Montserrat Caballé par exemple) enrichissent l’expérience musicale. Sitôt les saluts terminés en salle, les solistes iront dans le foyer de l’opéra qui domine la place même pour saluer cet autre public qui leur réserve un très chaleureux accueil.</p>
<p>Si l’on rejoint nos confrères sur la qualité minimaliste et resserrée de la production, offrant une direction d’acteur soutenue et une lisibilité de chaque instant, on sera plus perplexe sur le tableau vivant qui conclut premier acte. Puisqu’il s’agit d’une épure, quel besoin de reproduire cette crucifixion présente dans l’église romaine, surtout dans une scène de « Te deum » organisée pour célébrer une victoire militaire ? Le procédé, hyperréaliste au point de virer au péplum, jure avec les traits en noir et blanc proposés auparavant et pendant tous les actes suivants, et qui donnent une force esthétique et tragique à la proposition. Le troisième acte, loin du toit du Château Saint Ange, alterne élégamment entre l’enferment de Mario dans une cellule immaculée et une scène ouverte sur de beaux éclairages d’aurore pour s’achever sur un monceau d’ossements tout approprié.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TOSCA-HD-Capela7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164171"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Bastien Capela</sup></figcaption></figure>


<p>On sent aussi que Silvia Paoli, actrice de formation, accompagne ses chanteurs à chaque instant. Ainsi, <strong>Myrto Papatanasiu</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-bruxelles-la-monnaie-tosca-ou-les-120-minutes-de-la-vie-de-pasolini/">dont le jeu caricatural nous avait parfois gêné à Bruxelles</a>, propose ici une Floria dont les émotions se lisent sur le visage ou dans des postures simples et tenues. Le soprano y gagne aussi en justesse interprétative même si la voix nous a paru moins fraiche qu’en Belgique, l’aigu s’avérant tiré à quelques reprises.<strong> Andeka Gorrotxategi</strong> propose un Cavaradossi robuste tout au long de la soirée auquel on reprochera uniquement quelques attaques par en-dessous peu élégantes dans une ligne par ailleurs soignée. <strong>Stefano Meo</strong> campe un Scarpia sadique au chant coloré auquel il manque un soupçon de puissance. Les seconds rôles participent au même niveau de la réussite et de la qualité globale de la distribution. Les chœurs d’Angers-Nantes Opéra achèvent une année fournie (ils complétaient les effectifs du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-lohengrin-strasbourg/"><em>Lohengrin</em> à Strasbourg</a>) sur une très belle performance.</p>
<p>Jeune baguette montante de la scène lyrique, <strong>Clelia Cafiero</strong> s’attaque ici à son premier Puccini en tant que cheffe d’orchestre. Elle en possède déjà le sens dramatique et narratif et sait, elle aussi, mettre son plateau dans le confort nécessaire. La réduction orchestrale choisie limite cependant les possibilités de palette tonales et l’Orchestre des Pays de la Loire nous a paru plus sec qu’en d’autres occasions. Ces quelques réserves ne doivent pas détourner d’un succès scénique global et de représentations qui auront fait le plein dans le théâtre comme dans la cité.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-rennes/">PUCCINI, Tosca – Rennes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Tosca – Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-nantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 May 2024 03:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après le Grand Théâtre d’Angers et avant l’Opéra de Rennes, cette passionnante production de Tosca s’arrête au Théâtre Graslin de Nantes. Brigitte Maroillat avait entendu la première distribution italo-polonaise à Angers dans les deux rôles principaux et ce sont des interprètes respectivement grecque et basque pour Floria Tosca et Mario Cavaradossi qui reprennent ici les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après le Grand Théâtre d’Angers et avant l’Opéra de Rennes, cette passionnante production de <em>Tosca</em> s’arrête au Théâtre Graslin de Nantes. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-angers/">Brigitte Maroillat</a> avait entendu la première distribution italo-polonaise à Angers dans les deux rôles principaux et ce sont des interprètes respectivement grecque et basque pour Floria Tosca et Mario Cavaradossi qui reprennent ici les rôles en alternance.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TOSCA-HD-Capela7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164171"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Bastien Capela pour Angers Nantes Opéra</sup></figcaption></figure>


<p>Lorsque le rideau se lève sur une structure avec voiles de chantiers dans un volume tout nu, on se dit qu’on est bien loin des marbres et fastes des décors d’origine et l’on se met à craindre un grand vide abyssal doublé d’un manque d’imagination total. Or, c’est à une magnifique épure que l’on assiste, où tout fait sens et se met au service de la profusion sonore sensuellement luxuriante de Puccini, dont on commémore ici fort dignement l’anniversaire de la disparition. La mise en scène de <strong>Silvia Paoli</strong> est remarquable de sobriété et de précision. Elle-même actrice, la jeune italienne est une épatante directrice d’acteurs. Chaque personnage est juste et, cerise sur le gâteau, les artistes ont le physique de leur rôle. De quoi favoriser encore, s’il le fallait, l’empathie avec l’univers voulu par Silvia Paoli décrit par elle comme « un espace qui laisse les interprètes seuls et véritables protagonistes ». Il faut souligner le travail de la costumière <strong>Valeria Donata Bettella</strong> dont les créations intemporelles et très seyantes sont un régal pour les yeux. Les lumières sculptées par <strong>Fiammetta Baldisserri</strong> sont également au cœur du dispositif, notamment par le jeu sur les ombres, ce qui donne par exemple à Scarpia des airs de grand guignol ou de héros expressionniste à la Fritz Lang, sorte de M le Maudit ou S le Salaud. Selon les propos de la metteuse en scène, Scarpia est le héros absolu du drame, musicalement omniprésent : « c’est un satyre fanatique, l’incarnation même de l’abus de pouvoir ». C’est dit. L’univers visuel qui entoure les trois protagonistes principaux plonge dans différents univers capables de convenir à tous publics, du manga aux films de super héros en passant par la peinture classique (sans oublier les fans du minimalisme, bien sûr). Le premier acte se termine cependant sur une spectaculaire et merveilleuse recréation picturale à la Caravage qui reprend la composition de Mattia Preti dans le chœur de l’église Sant’Andrea della Valle pour la <em>Crucifixion de Saint André </em>; une scène que n’aurait pas renié Pasolini dans <em>La Ricotta</em>. Le tableau vivant qui se crée ainsi devant nos yeux magnifie un <em>Te Deum </em>impeccable. Toute l’équipe technique est féminine à l&rsquo;exception d’<strong>Andrea Belli</strong> dont on admire le travail de scénographie tout comme celui de collaboration aux mouvements de <strong>Rosabel Huguet</strong>. Une affaire de femmes, donc, principalement, pour un spectacle dans l’air du temps.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TOSCA-HD-Capela20-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164173"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Bastien Capela pour Angers Nantes Opéra</sup></figcaption></figure>


<p>La soprano <strong>Myrtò Papatanasiu</strong> est diva jusqu’au bout des gants. Les yeux aussi noirs que ceux de son personnage, parfaitement insupportable de jalousie inquiète (mais pourquoi pas justifiée puisqu’on peut tout à fait concevoir que Cavaradossi s’éprenne véritablement de l’Attavanti qu’il sublime en Marie-Madeleine…), merveilleusement belle, la soprano Grecque semble naturellement tragédienne, à l’image d’une certaine Maria, Tosca absolue. Pas de chandeliers à la Sarah Bernhardt ou à la Zeffirelli, ici, après le baiser de Tosca, mais une froide détermination mêlée de panique. Le suicide final consiste à se faire sauter le caisson plutôt que de se lancer dans le grand saut, mais le geste impressionne et la belle s’effondre au beau milieu du charnier composé d’un amoncellement de squelettes, ce qui ne manque pas de faire frémir l’assistance. Vocalement, le constat est plus mitigé, quoique finalement favorable. Une certaine aigreur de timbre, de nombreuses aspérités ou certaines approximations correspondent parfaitement au personnage et aux tourments qu’elle affronte vaillamment. Le <em>Vissi d’arte</em> est en revanche pure splendeur et délicatesse et la belle achève de convaincre dans une dernière scène poignante et déchirante. <strong>Andeka Gorrotxategi</strong> incarne aux côtés de Myrtò Papatanasiu un Cavaradossi de rêve, aussi crédible scéniquement que vocalement. S’il craque malencontreusement son «&nbsp;Vittoria&nbsp;», il fait ensuite chavirer tout le théâtre dans un «&nbsp;E lucevan le stelle&nbsp;» d’anthologie. Voix puissante, timbre sensuel et séduisant, sens de la nuance, tout cela est très poétique, délicat et parfois jouissif. On a entendu des Scarpia plus noirs, voire glaçants, mais <strong>Stefano Meo </strong>ne dépare en rien dans le rôle du salaud intégral, suivi par une horde de sbires mi-flics, mi-chiens renifleurs noirs et silencieux qui le rendent plus inquiétant encore. Si la performance vocale égalait celle de l’acteur, nous aurions le Scarpia parfait. La puissance n’est pas toujours au rendez-vous, mais c’est là chipoter, parce que les chœurs sont particulièrement sonores dans le <em>Te Deum </em>où l’Italien fait toutefois preuve d’une morgue, d’une perversion démoniaque et d’une lubricité intense. Hué à Angers où l’on a sans doute confondu l’homme avec son personnage, Stefano Meo ne s’est pas laissé démonter, comme <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cinq-questions-a-stefano-meo/">il le confie en entretien</a>. Sardonique, il le demeure ici jusqu’aux saluts, où il arrive, d’une allure empreinte de fatuité et de perversité pour cette fois, être reçu par une ovation continue par un public debout.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TOSCA-HD-Capela35-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164179"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Bastien Capela pour Angers Nantes Opéra</sup></figcaption></figure>


<p>Les autres interprètes sont tous excellents, de <strong>Jean-Vincent Blot</strong> qui campe un Angelotti très digne et déterminé, au sacristain vibrionnant et drolatique de <strong>Marc Scoffoni</strong> en passant par le lumineux pâtre que propose <strong>Hélène Lecourt</strong>. Et dans ce triomphe des femmes à l’ouvrage, saluons également le superbe travail de <strong>Clelia Cafiero</strong>, fine spécialiste puccinienne (elle en parle très bien <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/puccini-vu-par-clelia-cafiero/">dans nos colonnes</a>). À la tête de l’Orchestre national des Pays de la Loire composé d’une quarantaine de musiciens dans cette réduction pour orchestre de chambre par Riccardo Burato, la jeune cheffe nous fait entendre un tissu musical d’un riche chromatisme qui a enveloppé la salle et permis d’entendre de très belles et plutôt rares sonorités, au plus près du drame. Le public nantais a fait une ovation de plus d’un quart d’heure à ce spectacle, du jamais vu, selon une amatrice qui soulignait qu’elle n’avait jamais vécu ça dans ce théâtre qu&rsquo;elle fréquente pourtant depuis des décennies. Et cela tombe bien : un large public va pouvoir se faire une idée de cette <em>Tosca</em> qui va être diffusée gratuitement sur grands écrans dans plus de cinquante villes. C’est la cinquième fois, après le <em>Vaisseau fantôme </em>en 2019, la <em>Chauve-Souris</em> en 2021, <em>Madame Butterfly</em> en 2022 et <em>L’Elixir d’amour </em>l’an passé, qu’un opéra va ainsi être diffusé dans toute la Bretagne et au-delà, dans le cadre d’un dispositif de plus en plus populaire.&nbsp;</p>
<p>Les lieux de projection gratuite de l’opéra, samedi 8 juin à 20h, sont précisés sur la page dédiée du site d&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.angers-nantes-opera.com/opera-sur-ecrans-tosca">Angers Nantes Opéra</a> et celui de l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/opera-sur-ecrans-tosca">Opéra de Rennes</a>. L’opéra sera également diffusé en direct, notamment sur les sites internet de France 3 Bretagne et Pays de la Loire puis en replay sur France.tv.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-nantes/">PUCCINI, Tosca – Nantes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Tosca &#8211; Angers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-angers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 May 2024 06:45:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sur la scène du Grand Théâtre d’Angers, en ce centenaire puccinien, cette production de Tosca n’aurait pas été pour déplaire au compositeur, tant elle est à l’évidence une affaire de femmes sur le plateau et dans la fosse. Silvia Paoli a un indéniable talent pour créer des images fortes à partir d’un décor uniforme qui n’ancre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sur la scène du Grand Théâtre d’Angers, en ce centenaire puccinien, cette production de <em>Tosca</em> n’aurait pas été pour déplaire au compositeur, tant elle est à l’évidence une affaire de femmes sur le plateau et dans la fosse. <strong>Silvia Paoli</strong> a un indéniable talent pour créer des images fortes à partir d’un décor uniforme qui n’ancre le drame dans aucune époque pour mieux le transposer dans l’universel et l’intemporel.  La cheffe <strong>Clelia Cafiero</strong> n’a, quant à elle, pas son pareil, pour tisser un soyeux tapis musical d’une épaisseur digne du drame puccinien. Par ces deux talents combinés, le spectacle est percutant, radical et sans détour, au réalisme et aux effets cinématographiques. Dépouillé de tout vernis d’apparats inutiles, il place la musique et les protagonistes au centre de tout.</p>
<p>Cette <em>Tosca</em>, telle que présentée ici, aurait pu aisément s’appeler Scarpia, tant le chef de la police est la figure dominatrice, de la proposition scénique. Mais est-ce bien étonnant, dans la mesure où dans l’œuvre même de Puccini, tout à la fois odieux et esthète, il est le cœur battant du drame en s’octroyant un droit de vie ou de mort, sur un peintre, plus révolutionnaire qu’artiste, aimée par une diva en proie à une jalousie paranoïaque. Mais dans l&rsquo;approche de Silvia Paoli, le sardonique épicurien, est vu non pas comme un salaud sublime, mais comme une ordure lubrique, incarnation du mal portée à son paroxysme, évidente dénonciation de tous les Scarpia en puissance qui sévissent encore aujourd&rsquo;hui. Un Scarpia tout de noir vêtu et des sbires sans visage. Un Scarpia sadomasochiste qui dissimule sous une maniaquerie empruntée, toute sa purulence intrinsèque de tortionnaire et de violeur.</p>
<p>Dans un environnement volontairement aseptisé d’un blanc immaculé, Sant’Andrea della valle et le Palais Farnese sont dévêtus de leurs atours pour laisser place au drame nu et à ses protagonistes emportés par la houle des évènements. Le tout sublimé par les superbes lumières de <strong>Fiammetta Baldisseri</strong>.  Le décor est réduit à quelques objets : l&rsquo;échafaudage du peintre à l’acte I , une tablée de convives à l’acte II et un plateau vide aux murs amovibles évoquant la geôle de Cavaradossi à l&rsquo;acte III. Silvia Paoli impose ici la vision qu’elle se fait de l’opéra de Puccini :  minimalisme, livret concis et musique puissante qui va droit au but et qui nous ramène inlassablement à Scarpia. Comme dans ce superbe contre-jour du début de l’acte III, où les corps de danseurs s’amoncèlent sur la scène personnifiant les victimes de l’oppression et la terreur du Prince noir du vice.</p>
<p>Dans une telle lecture, les chanteurs sont donc en première ligne et doivent se montrer à la hauteur. Et tel est le cas en premier lieu de <strong>Stefano Meo</strong> qui personnifie ici un Scarpia puissant, noir et dominateur avec un « Te Deum » impeccable. L’effet théâtral en est remarquable et la haute et imposante stature du chanteur y est aussi pour beaucoup. La voix est sonore, lumineuse, nuancée. Le baryton s&rsquo;investit ardemment dans cette conception scénique au point de se faire huer par certains spectateurs au rideau final fustigeant ici l’abject personnage qu&rsquo;il a magistralement interprété. Face à ce monstre flamboyant, <strong>Izabela</strong> <strong>Matuła </strong>est en majesté en Tosca. Pure diva, elle incarne la cantatrice avec une voix puissante et dramatique. Le timbre superbe et son sens aigu de la nuance permettent à la soprano polonaise de côtoyer les sommets dans sa confrontation avec Scarpia à la fin de l’acte II laquelle constitue un superbe et puissant moment de théâtre dans un clair-obscur étudié. Le rôle est brillamment assumé jusqu&rsquo;au registre grave sonore, avec des aigus tranchants qui donnent une force indéniable à son incarnation. Le Mario Cavaradossi de <strong>Samuele Simoncini</strong>, plus en retrait, peine à convaincre dans « Recondita Armonia ». La voix est peu assurée dans le registre haut et le timbre sonne guttural. Mais le ténor se ressaisit par la suite notamment dans les duos où, s’appuyant sur sa partenaire, véritable moteur de leurs têtes à têtes, il semble reprendre confiance. La voix est mieux projetée et les aigus plus clairs. Les seconds rôles sont parfaitement incarnés, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;Angelotti sonore et imposant de <strong>Jean-Vincent Blot</strong>, du virevoltant Sacristain de <strong>Marc Scoffoni,</strong> de l&rsquo;inquiétant Spoletta de <strong>Marc Larcher </strong>paré d&rsquo;un seyant manteau de fourrure<strong>, </strong>ou du Pâtre incarné par un ange et chanté en coulisse par <strong>Hélène Lecourt</strong>.</p>
<p>En spécialiste du répertoire puccinien (cf son interview du dossier <em>Puccini 100</em>), <strong>Clelia Cafiero</strong> contribue pleinement à la puissance dramatique du spectacle. Fine coloriste, délicate dans les progressions, toujours soucieuse de l&rsquo;équilibre entre fosse et plateau, elle tire le meilleur de l&rsquo;<strong>Orchestre National de la Loire</strong>, limité à une quarantaine de musiciens, qui s’illustre ici par un bel engagement dans une réduction pour orchestre de chambre de <strong>Riccardo Burato</strong>. Sans forcer les tempi, Clelia Cafiero, avec son habituelle énergie fédératrice, maintient de bout en bout la tension, et crée une osmose stylistique, entre musiciens et chanteurs, à laquelle s’adjoint avec talent le <strong>Chœur d’Angers Nantes Opera</strong>. L’attention de la cheffe italienne est telle pour chacun des protagonistes du spectacle que ceux ci s’investissent avec énergie et enthousiasme. Du bel ouvrage chaleureusement salué par un public conquis.</p>
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		<title>VERDI, Il Trovatore &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire du Trouvère, propre à émouvoir le public bourgeois du XIXe siècle, consommateur de sous-produits du romantisme, paraît une des plus invraisemblables que l’opéra ait produites, à la limite du stupide. Au mieux, de l’équivalent italien de Casimir Delavigne, au pire du Grand Guignol, ce qui conduit nombre de metteurs en scène à lui substituer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’histoire du <em>Trouvère</em>, propre à émouvoir le public bourgeois du XIXe siècle, consommateur de sous-produits du romantisme, paraît une des plus invraisemblables que l’opéra ait produites, à la limite du stupide. Au mieux, de l’équivalent italien de Casimir Delavigne, au pire du Grand Guignol, ce qui conduit nombre de metteurs en scène à lui substituer telle ou telle transposition, supposée plus convaincante. Et pourtant, c’est l’une des plus riches partitions que Verdi ait écrites, dont les airs, ensembles et chœurs sont dans nos mémoires, le public ne s’y trompe pas, toujours aussi nombreux que pour <em>Carmen</em>, <em>La Traviata</em> ou <em>La Bohème</em>.</p>
<p>Ce soir, la mise en scène, sobre, efficace, n’a qu’un objet : valoriser l’ouvrage en le débarrassant de ses aspects anecdotiques, pour centrer l’attention sur les protagonistes, sur le drame dont nous sommes les témoins. C’est une épure, qui, délibérément, gomme les notations pittoresques. Ni gitanerie, ni intention parasite, liée aux convictions du réalisateur ou aux sujets d’actualité : que ce soit dans l’horreur ou, dans rares moments de bonheur, la beauté est au rendez-vous, de l’œil comme de l’oreille. Cette attitude, exemplaire, inscrit <strong>Louis Désiré</strong> (1) dans la mouvance de Barrie Kosky. Tout fait sens, à divers niveaux, réaliste, esthétique et symbolique, sans devoir mobiliser les effets spéciaux, les vidéos mobiles ou fixes, les bruitages ajoutés.</p>
<p>Nul besoin de recourir à des comportements outrés pour que chacune et chacun atteigne à une vérité psychologique convaincante. L’expression physique individuelle ou collective participe à la vérité de l’ouvrage. La direction d’acteurs y est exemplaire : des gestes, des regards, des corps, des rencontres. Huit comédiens, les sbires de Luna, ajoutent à la dramaturgie. Les costumes associent les références historiques et sociales, sans jamais les souligner. Signés <strong>Diego Méndez Casariego</strong>, comme les décors, ce sont un régal pour l’œil. L’obscurité, la pénombre valorisent les visages, les corps. Le cadre est unique, dont le renouvellement se fait à vue, au centre duquel une petite estrade, entourée, encadrée de panneaux mobiles. Le géométrisme de certaines productions précédentes demeure (2), mais s’assouplit. Ainsi, les panneaux qui entourent la scène : de beaux objets, incurvés, dont les tons camaïeux s’accordent idéalement aux costumes. Des voilages judicieusement agencés, assortis d’éclairages admirables (<strong>Patrick Méeüs</strong>) estompent les scènes ou drapent les visages. Les tableaux successifs sont un constant bonheur, et les mots (et même les photos) seraient impuissants à les décrire avec fidélité.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC9417-1-1294x600.jpg" />© DR</pre>
<p>C’est le plus souvent de la première que les critiques rendent compte, et c’est justifié. Cependant, pour être de ceux-là, il me faut reconnaître combien l’assurance des artistes, leur complicité, leur bonheur peuvent être amplifiés au fil des représentations. C’est particulièrement vérifié pour cette ultime représentation stéphanoise. La distribution, sans réelle faiblesse, a fait le bon choix en confiant  Leonora à <strong>Angélique Boudeville</strong>, pour une prise de rôle qui marquera sa carrière. Dès son « Tacea la notte placida », le rôle est habité, par un chant fervent, intense, lumineux, et la cadence de « Di tale amor che dirsi » confirme son agilité. La rondeur, la plénitude comme la sûreté d’intonation ne se démentiront jamais. L’émotion est bien là. C’est une incarnation humaine, touchante, que nous offre <strong>Kamelia Kader. </strong>La soif de vengeance qui anime Azucena, comme sa tendresse nous font oublier les versions hystérisées si fréquentes. Ardente, ose-t-on écrire sans ironie aucune, elle n’a jamais besoin de grossir son émission, de poitriner ses graves ni de hurler ses aigus. La palette expressive de « Stride la vampa » est riche et le bonheur de son chant et de son jeu ne nous quitteront pas jusqu’à son ultime duo avec Manrico et le « egliera tuo fratello ». <strong>Amandine Ammirati</strong> campe une Ines vraie, qui ne se résume pas aux suivantes, aux faire-valoir : sa proximité à Leonora n’est pas seulement vocale. Les couleurs, la projection, les solides graves, l’aisance, servie par une longueur de souffle et une expression juste nous ravissent. <strong>Antonio Coriano</strong>, que nous découvrons ce soir, est un Manrico stylé, qui a du panache. Même si le contre-ut est clair, l’émission des aigus paraît parfois serrée et chacun garde en mémoire des timbres plus charnus. L’expression est riche : la vigueur, la fougue, mais aussi l’amour comme la tendresse sont traduits sans défaillance. Le Comte de Luna est confié à <strong>Valdis Jansons</strong>, authentique baryton verdien, aussi convaincant dans sa jalousie brûlante que dans son implacable froideur vengeresse. La voix est solide, chaude et souple. « Il balen del suo sorriso » est chanté avec assurance, chargé d’une émotion juste. <strong>Patrick Bolleire</strong> impose un Ferrando puissant, impérieux dès sa première apparition. Le bronze inaltérable de la voix, sa projection font merveille. Malgré la brièveté de leurs interventions, les deux autres ténors, Ruiz, <strong>Marc Larcher</strong>, et le messager, <strong>Jumpei Doi</strong>, jamais ne déméritent.</p>
<p>Bien sûr, le chœur des gitans, comme le <em>Miserere</em> constitueront deux des moments les plus forts. Celui des soldats, qui ouvre l’acte III, est un régal visuel autant que sonore. L’omniprésence des chanteurs du chœur, animant l’espace, leurs interventions ponctuelles concourent pleinement à la réussite : cohérence, équilibre, engagement vocal et scénique sont au rendez-vous, d’autant que leur plaisir à participer est manifeste.</p>
<p><strong>Giuseppe Grazioli </strong>est dans son élément. Il impose une direction puissante, claire et raffinée, qui insuffle une vision shakespearienne de l’ouvrage, où la musique de Verdi s’anime et resplendit. Rarement aura-t-on trouvé un orchestre d’aussi belle tenue. Celui de Saint-Etienne Loire offre une belle pâte, toujours ça murmure, ça chante, ça jubile ou gronde pour exploser. Les couleurs, les modelés, des cordes soyeuses et des vents superlatifs, de velours, nous ravissent. La violence, la tension font excellent ménage avec la douleur, la tendresse et l’amour.</p>
<p>Marseille accueillera cette production on ne sait encore quand. Même si la distribution connaîtra un renouvellement, ce sera l’occasion pour le plus grand nombre de découvrir une des plus belles réalisations de cette saison.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Dont les productions successives du <em>Trouvère</em> attestent la connaissance intime de l’ouvrage. Le Marseillais, débutant comme figurant chez lui, puis costumier, enfin metteur en scène, le « débauché lyrique » conduit une belle carrière. Il reconduit là l’équipe qui avait signé <em>Les Huguenots</em> à Marseille, en juin dernier.
(2) Ainsi au dernier acte, un élément va se détacher du sol pour ouvrir un large bandeau – cachot, tombeau – la partie ascendante, qui se révèle miroitante, autorisant de superbes éclairages.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>PUCCINI, Tosca — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-nancy-confesseur-et-bourreau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Jun 2022 09:01:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p> Afin de renouveler l’approche de Tosca, son ultime production de la saison, l’Opéra national de Lorraine, a fait appel à Silvia Paoli, disciple de Damiano Michieletto (elle réalisera la mise en scène d’Iphigénie en Tauride en mars 2023). Oeuvre pathétique qui n’a cessé d’émouvoir le plus large public, chef d’œuvre du vérisme à son apogée, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p> Afin de renouveler l’approche de <em>Tosca,</em> son ultime production de la saison, l’Opéra national de Lorraine, a fait appel à <strong>Silvia Paoli</strong>, disciple de Damiano Michieletto (elle réalisera la mise en scène <em>d’Iphigénie en Tauride</em> en mars 2023). Oeuvre pathétique qui n’a cessé d’émouvoir le plus large public, chef d’œuvre du vérisme à son apogée, ce pilier du répertoire lyrique international fait toujours recette. La production sera reprise à Toulon (du 7 au 11 octobre), puis à Rennes et à Nantes la saison suivante, le chef et la distribution totalement renouvelés. Ce soir, afin de renforcer cette approche, les trois protagonistes seront des prises de rôle. Pour l’essentiel, le pari est réussi.</p>
<p>On connaît le livret, violent et sombre, remarquablement ficelé par Illica et Giacosa, qui avaient auparavant adapté les <em>Scènes de la vie de Bohême</em> avec un même succès. La relecture ne détourne pas le livret, se contentant d’en souligner certaines caractéristiques. Sant’Andrea della Valle n’est identifiable qu’au travers du magnifique tableau animé qui reproduit le martyre de Saint André (qui décore le chœur de l’édifice), à la fin du premier acte. Ni Palazzo Farnese, ni Castel Sant’Angelo, le dépouillement esthétique de la mise en scène en gomme l’aspect anecdotique pour focaliser l’attention sur le jeu des acteurs. Le décor d’<strong>Andrea Belli </strong>fait la part belle aux grandes surfaces lisses, du sol au plafond, magnifiées par des éclairages subtils de <strong>Fiammetta Baldiserri</strong>. La qualité esthétique des tableaux mérite d’être soulignée. Signés par <strong>Valeria Donta Bettella</strong>, les costumes sont un constant bonheur, des robes de Tosca à la pelisse de Spoletta, en passant par la reconstitution du tableau déjà signalé. Un échafaudage tubulaire, mobile, une longue table, un empilement de squelettes suffiront à l’action.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="251" src="/sites/default/files/styles/large/public/toscacjean-louis-fernandez-6-scarpia-copie_1.jpg?itok=oKxjmiV_" title="Daniel Miroslaw (Scarpia) à Sant'Andrea della Valle © ONL - Jean-Louis Fernandez" width="468" /><br />
	Daniel Miroslaw (Scarpia) à Sant&rsquo;Andrea della Valle © ONL &#8211; Jean-Louis Fernandez</p>
<p>Silvia Paoli a choisi de faire de Scarpia le personnage central, comme y invitent les trois mesures introductives, brutales, agressives, qui suffisent à le camper. Exécrable pervers, jouisseur, usant de tout son pouvoir pour satisfaire ses pulsions, ce bigot vicieux, Tartuffe et Don Juan démésuré, incarne le mal absolu. La violence de ses actes est rendue manifeste dans toutes les scènes. Ainsi la horde de ses sbires, en uniformes suggérant un régime fasciste, visages masqués, mains gantées, le tout anthracite, personnages muets mais essentiels. Les huit danseurs se tapissent, scrutent, bondissent, agressent sauvagement, tels des animaux prédateurs bien dressés. Ainsi, se préparant à posséder Tosca, le chef de la police s’apprête-t-il à trousser une jeune religieuse, soumise ou consentante, qui a assumé le service de son souper … <strong>Daniel Miroslaw</strong>, jeune, athlétique, séduisant, est ce Scarpia distingué, abject, sensuel et violent.  L’incarnation est réussie : le jeu est d’une grande justesse, brutal et courtois. Quant au chant, qui a banni toute vocifération, il est servi par une voix puissante, tranchante, appropriée pour ce sadisme raffiné.</p>
<p>Par ailleurs, comme y invite le livret, la réalisation souligne l’omniprésence du pouvoir religieux. Le sacristain, d’ordinaire un laïc, souvent en blouse grise, a endossé ici un costume de clergyman. Le deuxième acte s’ouvre sur un souper. Scarpia y a invité des personnages revêtus de la pourpre cardinalice, le mur du fond, nu, n’étant décoré que d’un crucifix. L’observance des rites atteste aussi ce parti pris. Au <em>Te Deum</em>, le chef de la police, se couche sur le ventre, bras écartés, sur le sol, comme un prêtre lors de sa consécration, ensuite il parodie l’officiant d’une messe durant son dialogue avec Tosca. Après son assassinat, ses sbires le dénuderont pour n’en exposer que le corps, tel celui de Saint André sur la croix. La cohérence du propos convainc.  </p>
<p>La direction d’acteurs, parfois remarquable, paraît convenue au premier acte, flairant l’artifice (les effusions apprêtées de Mario et de Tosca, « M’hai, tutta spettinata » chante celle-ci, alors que pas un seul cheveu n’a été déplacé, l’espièglerie des enfants de chœur). Mario est-il puéril au point de peindre sur le tulle de l’échafaud « DIVA », suivi d’un cœur ?  Outre la beauté du chant et de l’orchestre, seul le tableau final, coloré, suscite l’émotion. Autre réserve, la scène ultime de l’ouvrage, où Tosca se suicide, surprend sans émouvoir, à la limite du caricatural. Sinon, ce travers sera oublié durant les deux derniers actes, où chaque geste, chaque déplacement fait sens. L’intervention des huit danseurs, qui préfigureront le décor macabre du finale, est bienvenue.</p>
<p>En dehors du petit berger, anecdotique, c’est l’opéra d’une seule voix de femme, et laquelle ! Victorien Sardou avait écrit le rôle pour Sarah Bernhardt, ne l’oublions pas, tout comme le fait que Mary Garden avait fait triompher Tosca avant de créer Mélisande. L’incarnation de Floria Tosca par la soprano géorgienne <strong>Salome Jicia</strong>, restera gravée dans la mémoire des auditeurs. Touchante, sensible, humaine, forte et fragile, la grande rossinienne (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/otello-ossia-il-moro-di-venezia-liege-un-seul-tenor-vous-manque">Desdémone dans l’<em>Otello</em> de Rossini en décembre dernier à Liège</a>)  trouve ici les moyens, la justesse d’expression, la profondeur comme la lumière, pour habiter cette femme sincère, passionnée, dont l’évolution sera perceptible dès que prise dans le terrible engrenage conçu par Scarpia. Le geste est ample, noble et spontané. Un chant naturel, concentré, expressif, débarrassé des scories de l’histoire du rôle. La pureté d’émission, le souffle, les aigus fiers ou pianissimo, un medium et des graves naturels, la prise de rôle est pleinement convaincante. Le « Vissi d’arte<em> »</em>, l’<em>andante lento appassionato</em>, est pris plus retenu que jamais, avec une infinie douceur et l’émotion pudique, douloureuse, les couleurs les plus subtiles. A faire pleurer les pierres… Les deux duos avec Mario ne sont pas moins admirables.</p>
<p>Pour une autre prise de rôle, <strong>Rame Lahaj</strong>, excellent ténor kosovar (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/rigoletto-montpellier-bienvenue-au-101e-show-de-rigoletto">apprécié dans le rôle du Duc, de <em>Rigoletto</em>, à Montpellier</a>) chante Mario Cavaradossi. Sans chercher à imiter les monstres sacrés – souvent ventripotents –, il campe un Mario jeune, sensible, nuancé, au timbre fort agréable. Les moyens vocaux sont là, même si l’aisance reste à conforter.  « E lucevan le stelle », sans sanglots ni effets, où la clarinette la plus douce tisse sa mélodie, est d’une grande fraîcheur lyrique, servi par une voix pleinement convaincante. A suivre. L’Angelotti que nous vaut <strong>Tomasz Kumiega</strong> nous fait regretter de ne pas l’écouter davantage, voix sonore, remarquablement conduite (comme dans son Arthus, pour<em>Lancelot du lac</em>, il y a deux mois). Le sacristain de<strong> Daniele Terenzi</strong> a été voulu hyperactif, sans grandes nuances, par la mise en scène. Le baryton dispose de réels moyens, sans convaincre tout à fait. En Spoletta, exécuteur de Scarpia, le ténor <strong>Marc Larcher</strong> (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/madame-butterfly-saint-etienne-leclosion-dun-magnifique-papillon">Yamadori dans <em>Butterfly</em> à St Etienne</a>) fait merveille. Les deux basses, Sciarrone,<strong> </strong><strong>Jean-Vincent Blot</strong>, à l’émission large, et le geôlier,<strong> </strong><strong>Yong Kim</strong>, artiste du chœur, campent bien leurs personnages, servis par des voix solides. L’émission juvénile de <strong>Heera Bae</strong> permet de donner l’illusion que l’enfant (le pâtre) qui traverse la scène en est le chanteur.</p>
<p>Le chœur de l’Opéra national de Lorraine fait merveille, comme les enfants du Conservatoire tirent leur épingle du jeu, et nous valent de beaux moments. <em>Tosca</em> accompagne <strong>Antonello Allemandi</strong> depuis plus de 20 ans sur les plus grandes scènes lyriques.  Sous sa direction experte et attentive, l’orchestre se montre vigoureux comme lyrique, dont les retenues et les lenteurs délibérées sont habitées. Le souci constant de la ligne, des équilibres et des couleurs aurait autorisé une prestation mémorable si elle n’avait été altérée par le début du III, défiguré par l’unisson des cors, fortissimo, à découvert. Déplorable défaillance car la page du lever de soleil sur Rome est un beau moment, attendu. Nul n’est infaillible.</p>
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		<title>SAINT, Samson et Dalila — Orange</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/samson-et-dalila-orange-retour-triomphal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Jul 2021 07:18:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un été 2020 silencieux, crise sanitaire oblige, les Chorégies d’Orange proposent un spectacle d’ouverture éblouissant pour leur édition 2021 avec Samson et Dalila, célébrant ainsi le centième anniversaire de la mort de Saint-Saëns. L’ouvrage n’avait guère été représenté au Théâtre antique depuis la production de l&#8217;été 1978  avec Placido Domingo et Elena Obraztsova. Cette &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un été 2020 silencieux, crise sanitaire oblige, les Chorégies d’Orange proposent un spectacle d’ouverture éblouissant pour leur édition 2021 avec <em>Samson et Dalila</em>, célébrant ainsi le centième anniversaire de la mort de Saint-Saëns. L’ouvrage n’avait guère été représenté au Théâtre antique depuis la production de l&rsquo;été 1978  avec Placido Domingo et Elena Obraztsova.</p>
<p>Cette année, Jean-Louis Grinda a réussi l’exploit de réunir une distribution de haut vol entièrement francophone dont la diction, globalement irréprochable, permet de suivre l’action sans avoir recours aux surtitres.</p>
<p>Les seconds rôles n&rsquo;appellent aucune réserve majeure, <strong>Christophe Berry</strong>, <strong>Marc Larcher</strong> et <strong>Frédéric Caton</strong> incarnent avec conviction et des voix assurées les trois Philistins. Dès son entrée en scène, <strong>Julien Véronèse </strong>impose un Abimélech autoritaire et sonore, <strong>Nicolas Courjal</strong> prête son timbre de bronze et ses graves profonds au vieillard hébreu. Son air « Il nous frappait dans sa colère » chanté avec ferveur et sobriété dans un silence quasi religieux, capte durablement l’attention. En Grand-Prêtre de Dagon, <strong>Nicolas Cavallier</strong> effectue une prise de rôle remarquée. Son timbre de basse, dans un rôle habituellement dévolu à un baryton, confère à son personnage toute la noirceur requise, son duo avec Dalila constitue un des temps forts de la soirée. <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> se montre particulièrement véhémente tout au long de cette scène qui met en valeur l’homogénéité de son timbre et la solidité de sa technique. L’étendue de ses moyens lui permet d’alterner quelques aigus acérés et puissants avec un registre grave opulent. Ses deux airs sont chantés avec goût et un style impeccable, notamment « Mon cœur s’ouvre à ta voix », subtilement nuancé. En revanche, on aurait souhaité davantage de sensualité dans son duo avec Samson, irréprochable cependant sur le plan vocal. Face à elle<strong> Roberto</strong> <strong>Alagna</strong> dont c’est le grand retour aux Chorégies dans un personnage qu’il rêvait d’incarner sur cette scène après l’avoir promené de Vienne à New-York en passant par Paris, témoigne d’une forme vocale éblouissante. Il faut dire que le rôle convient idéalement à ses moyens vocaux actuels. Dès son entrée, « Arrêtez, ô mes frères », l’auditoire est subjugué par la vaillance dont il fait preuve et l’ampleur de son medium. Tout au long du spectacle Roberto Alagna propose une incarnation subtile et fouillée qui culmine dans un air de la meule déchirant. Au salut final, sa prestation lui vaut un accueil triomphal du public local, heureux de retrouver le ténor avec une voix intacte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/5generale_samson2021-c-gromelle.jpg?itok=8bObADUE" title="Samson et Dalila. Orange 2021 © Gromelle" width="468" /><br />
	Samson et Dalila. Orange 2021 © Gromelle</p>
<p>La production de <strong>Jean-Louis Grinda </strong>frappe par sa sobriété, le metteur en scène exploite les décors naturels du théâtre, comme par exemple les deux colonnes qui se trouvent sur la scène entre lesquelles Samson va se placer juste avant le dénouement, conduit par un angelot, sorte de messager divin présent à ses côtés dès le début du spectacle. Seuls quelques éléments supplémentaires sont ajoutés comme cette vasque dans laquelle brûle une flamme au début du deuxième acte ou au trois, ces immenses chaînes aux bras du ténor, fixées au sommet du mur. En revanche pas de meule pour Samson. En complément, de nombreuses projections vidéos habillent judicieusement le mur selon les tableaux, un ciel constellé d’étoiles pour le duo d’amour du deux, des nuages et des éclairs à mesure que la trahison de Dalila se précise et surtout l’effondrement spectaculaire de la fin de l’opéra, dû à l&rsquo;ingéniosité d’<strong>Etienne Guiol </strong>et <strong>Arnaud Pottier</strong>. La direction d’acteurs, minimaliste mais efficace, est en accord avec la conception du chef tout comme la chorégraphie bien sage de la bacchanale du trois. Dans l&rsquo;ensemble, les ballets échappent pour une fois au ridicule, grâce au talent d&rsquo;<strong>Eugénie Andrin</strong>. Les costumes signés <strong>Agostino Arrivabene</strong>, seyants pour la plupart, évoquent tantôt les péplums tantôt les films de science-fiction. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/13prege_samson2021-c-gromelle.jpg?itok=zO99WX1D" title="Samson et Dalila. Orange 2021 © Gromelle" width="468" /><br />Samson et Dalila. Orange 2021 © Gromelle</p>
<p>A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, <strong>Yves Abel</strong> tire l’ouvrage vers l’oratorio en adoptant des tempi globalement lents en particulier dans le prélude, l’air d’entrée de Dalila et le ballet qui lui succède. Il dessine ainsi une arche grandiose tout en révélant les nombreuses subtilités de l’orchestration sans jamais laisser retomber la tension.</p>
<p>Notons également la remarquable prestation des chœurs des opéras de Monte-Carlo et d’Avignon qui ont uni avec bonheur leurs forces pour la circonstance.</p>
<p>France Musique retransmettra en direct la représentation du samedi 10 juillet.<br />
	France cinq diffusera le spectacle le vendredi 16 juillet à 22h10.</p>
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		<title>BIZET, Carmen — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-saint-etienne-une-equipe-qui-gagne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Jun 2019 22:02:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Saint-Gall et Ténérife, cette coproduction arrive à St-Etienne, après une escale à Rennes, il y a deux ans. Réussir Carmen impose déjà des solistes pleinement investis. L’opéra de Saint-Etienne réussit le pari d’une équipe extraordinaire d’entente comme de qualités individuelles. La distribution vocale, proche de l’idéal, nous vaut une Carmen subtile, puissante, dont l’évolution &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après Saint-Gall et Ténérife, cette coproduction arrive à St-Etienne, après une escale à Rennes, il y a deux ans. Réussir <em>Carmen</em> impose déjà des solistes pleinement investis. L’opéra de Saint-Etienne réussit le pari d’une équipe extraordinaire d’entente comme de qualités individuelles. La distribution vocale, proche de l’idéal, nous vaut une Carmen subtile, puissante, dont l’évolution est parfaitement maîtrisée. La voix d’<strong>Isabelle Druet</strong> est somptueuse, le chant ample, timbre sombre aux graves capiteux, avec un soutien et des phrasés admirables. Seul regret : la direction d’acteur ne lui permet pas d’atteindre un jeu pleinement convaincant, traduisant la lascivité ensorcelante, l’effronterie, le tempérament de feu de la bohémienne andalouse. <strong>Florian Laconi</strong> n’a certainement jamais mieux incarné Don José. La santé vocale, l’aisance, le charme, la distinction, la force, le lyrisme avec le métal, la vérité du jeu forcent l’admiration et nous émeuvent. L’air de la fleur, long cri de passion douloureuse, est éblouissant, et le dernier acte d’un souffle dramatique particulièrement intense et juste. <strong>Ludivine Gombert</strong> nous vaut une Micaëla touchante, voix égale, longue, bien timbrée aux aigus aisés. Bien que familier du rôle du torero adulé, le baryton ni Martin, ni Verdi, ni basse de <strong>Jean Kristof Bouton</strong> convainc davantage par le jeu que par la voix, aux graves faibles et dépourvue de la projection comme du panache attendu. Ce sera la seule réserve. Morales , <strong>Frédéric Cornille</strong>, est un beau baryton, sonore, dont les couplets sont la première satisfaction de la soirée. <strong>Jean-Vincent Blot</strong>, solide basse, autoritaire et sonore, campe un Zuniga remarquable. C’est particulièrement dans les ensembles (trio des cartes, quintette) que sont valorisées les autres voix. <strong>Julie Mossay</strong>, Frasquita délurée, <strong>Anna Destraël</strong>, Mercédès capiteuse, comme le Dancaïre de <strong>Yann Toussaint</strong> et le Remendado de <strong>Marc Larcher</strong> sont extraordinaires. Couleurs, équilibre, projection, intelligibilité, leurs ensembles forcent l’admiration. Les chœurs n’appellent que des éloges. Celui des enfants, déjà, pittoresque, charmant, mais aussi et surtout les nombreux numéros de la partition où, militaires, cigarières, contrebandiers, public des arènes, se voient confier un rôle important. Leur puissance, leurs timbres, la cohésion ainsi que leur parfaite articulation méritent d’être soulignées.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="293" src="/sites/default/files/styles/large/public/carmen_3_1.jpg?itok=Hnk7GYO4" title="Carmen (acte 3) © Cyrille Cauvet" width="468" /><br />
	Carmen (acte 3) © Cyrille Cauvet</p>
<p><strong>Alain Guingal</strong> connaît bien l’ouvrage, qu’il a souvent dirigé. L’efficacité dramatique, l’intensité expressive sont bien au rendez-vous. Cependant, routine ou parti-pris, on s’étonne de la lecture sans relief que nous offre parfois l’orchestre symphonique de Saint-Etienne, dès le prélude. A la nonchalance à laquelle invite la première scène (« Sur la place, chacun passe… ») est substituée une fébrilité qui dérange. La légèreté, les respirations instrumentales sont fréquemment oubliées, les hispanismes quelque peu gommés, la couleur estompée. Ductile, parfait d’attention pour le trio des cartes, vocalement et dramatiquement remarquable, l’orchestre ne parviendra à une plénitude chaleureuse, subtile, dramatique incontestable qu’aux derniers actes. Les bois (malgré une flûte quelconque dans l’entracte précédant le III) auront également attendu pour conjuguer leurs timbres.</p>
<p>Les jeunes occupaient principalement les tout premiers rangs des fauteuils d’orchestre. D’un seul mouvement, spontané, ils se levèrent au baisser du rideau pour crier leur enthousiasme, suivis de tout le public. Les longues acclamations comme l’attente de plusieurs dizaines de personnes à la sortie des artistes, témoignent du bonheur des spectateurs pour cette réalisation, dont les qualités sont manifestes.</p>
<p>Pourtant, la mise en scène de <strong>Nicola Berloffa</strong> interrogeait au début. Elle fonctionne dans un cadre unique, charpente brunâtre à combinaisons ingénieuses, particulièrement au dernier acte, où les choristes assistent, dos au public, à la projection d’extraits opportunément empruntés au film muet de Lubitsch (1918). Le premier acte paraît figé, sans imagination ni couleurs. Ponctuellement, l’invraisemblable affleure (un coup de petit sac de Micaëla envoie un homme athlétique au sol …), les choristes sont plus souvent plantés comme des poireaux que doués d’une vie autonome. L’artifice y est patent. Le deuxième, chez Lilas Pastia, avec sa belle chanson andalouse et le quintette, puis celui dans la montagne sont mieux servis par la mise en scène et la direction d’acteurs. Le dernier fait oublier toutes les réserves tant sa justesse, son inventivité, sa force expressive sont patentes. Les costumes d&rsquo;<strong>Ariane Isabell Unfried</strong>, cohérents, déçoivent par leur caractère sombre, grisâtre. Autant ils sont aussi légitimes pour les migrants que les contrebandiers devenus passeurs, autant surprennent les uniformes et sous-vêtements noirs, comme les combinaisons des cigarières, sous de courtes blouses, sable, chaussées d’élégants talons hauts, les pelisses, les costumes de la foule allant aux arènes. Les danseuses sont en jaune, et la coupe de leur habit renvoie au film, mais la première apparition de Micaëla se fait dans une robe de dentelle&#8230; rouge. On ne comprend pas, tout comme les éclairages qui maintiennent le plateau dans une semi obscurité quasi invariable. Où sont la lumière, le soleil brûlant ? Au total, une réalisation exemplaire par ses qualités vocales, inégale quant à sa mise scène et à son travail orchestral, mais il est vrai que c’était la première. Les Stéphanois auront droit à trois représentations de cette <em>Carmen</em>. On se prend à regretter qu’une telle équipe, brillante, jeune, totalement engagée, n’ait pas davantage d’occasions d’offrir le fruit de son travail.</p>
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