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	<title>Vincent LE TEXIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 19 Dec 2025 16:06:35 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Vincent LE TEXIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#8217;Hoffmann &#8211; Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce sont des Contes surréalistes, fantaisistes, fantastiques. Peuplés d’elfes emplumés en tutus verts, de souris géantes, d’un homme sur échasses, d’un Niklausse aux allures de perroquet, d’une Muse qui telle la fée Clochette disperse ses paillettes enchantées, de diablotins décolletés en collant à paillettes sortant d’un cabaret transgenre. Leur premier tour de prestidigitation sera d’envelopper &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce sont des Contes surréalistes, fantaisistes, fantastiques. Peuplés d’elfes emplumés en tutus verts, de souris géantes, d’un homme sur échasses, d’un Niklausse aux allures de perroquet, d’une Muse qui telle la fée Clochette disperse ses paillettes enchantées, de diablotins décolletés en collant à paillettes sortant d’un cabaret transgenre. Leur premier tour de prestidigitation sera d’envelopper d’un tissu magique Stella apparue en vamp rousse à la Rita Hayworth ondulant en fourreau violet pour la transformer elle aussi en diablotin sardonique. Il y a du Robert Houdin ou du Méliès dans cette mise en scène de <strong>Damiano Michieletto</strong>.</p>
<p>Mais, au-delà de ces tours et détours, elle raconte surtout le cheminement d’un homme, de l’enfance à la désillusion.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_014-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205333"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Ivan Ayón Rivas © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>C’est une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-londres-rbo/">production de grand format, déjà donnée à Londres</a> (avec J.D. Florez &#8211; on la trouve en DVD) et à Sidney où, chose devenue rare, les trois rôles était tenus par une seule chanteuse – Jessica Pratt, et Hoffmann par un jeune chanteur péruvien, <strong>Iván Ayón Rivas</strong>, qu’on retrouve à Lyon et qui à lui seul justifierait de voir ce spectacle, tant son incarnation du personnage est puissante et troublante.</p>
<h4><strong>De l&rsquo;enfance à la désillusion</strong></h4>
<p>Visuellement c’est une production surprenante, amusante, intrigante. Si le décor de la taverne du prologue se résume à deux parois à angle droit, les décors suivants (inattendus) seront une école (plutôt que le cabinet d’un savant fou), puis un studio de danse (plutôt que l’appartement d’une chanteuse), enfin une maison de jeu (voire une maison galante) dans des couleurs noir et rouge &#8211; celles, hasard ou pas, de l’Opéra de Lyon… <br />Des décors juxtaposant ou superposant des manières de boites (à malices ou à maléfices), propices à toutes les apparitions ou disparitions, notamment celles du Diable, évidemment.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_004-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205331"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Muse (Jenny Ann Flory) et les Elfes © Paul Bourdrel </sub></figcaption></figure>


<p>Cette théâtralité joueuse (et somme toute cet opéra joue avec les codes de l’opérette et ceux du grand opéra) suscite quelque chose qui tient de l’émerveillement enfantin. D’ailleurs l’enfance est un fil rouge de la proposition de Micheletto, – un thème constamment présent jusqu’aux déceptions du dernier acte, celle de l’âge adulte sans doute.</p>
<h4><strong>L’enfant au perroquet</strong></h4>
<p>Et n’est-ce pas en vieil enfant qu’apparaît Hoffmann au prologue, même s’il a tout d’un pauvre hère, ou d’un vieillard, « un poète, un ivrogne », un « orateur de tripots », aux longs cheveux filasses sous son bonnet. C’est pourtant lui que la Muse sommera de choisir entre elle (l’Art donc) et ces femmes qui ne l’auront que trop troublé et qu’elle lui fera retrouver. Pour le guider dans ce travail de mémoire elle se transformera en Niklausse, qui lui-même prendra l’aspect d’un perroquet (autre invention badine de Michieletto, lecteur on suppose de <em>L’Île au Trésor</em>).</p>
<p>Iván Ayón Rivas a une éclatante voix, à la projection imparable, d’ardentes notes hautes en voix de poitrine, et surtout un engagement, une manière de candeur qui rend tout crédible. Le timbre n’est peut-être pas le plus beau de la terre, et la silhouette est un peu enveloppée, mais, après avoir terminé la chanson de Kleinzach par un <em>si</em> naturel longuement tenu, sa sincérité à évoquer dans des demi-teintes rêveuses ces « trois femmes dans une seule âme » qui auront marqué sa vie, touchera au cœur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_011-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205323"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Niklausse  (Victoria Karkacheva) © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Ce prologue marque la première apparition d’un <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon</strong> d’une belle plénitude sonore, toujours précis et d’une diction formidable, tous en costumes vaguement 1950, bretelles et pull Jacquard, comme le lumineux Nathanaël du ténor <strong>Filipp Varik</strong> ou son complice Hermann (<strong>Alexander de Jong</strong>).</p>
<h4><strong>Une silhouette plutôt qu’une voix</strong></h4>
<p>Dans sa première incarnation maléfique en conseiller Lindorf, la basse croate <strong>Marko Mimica</strong> convainc davantage par sa silhouette dessinée au fusain, noire de redingote et de cheveux, son visage halluciné, que par sa diction (un peu pâteuse dans des couplets où la musique s’appuie sur les mots) ou sa voix qui n’a peut-être pas la profondeur, le legato et l’ampleur diabolique qu’on aimerait.</p>
<p>Il suffira qu’Hoffmann se dépouille de ses hardes, arrache sa perruque et déboutonne son pantalon pour apparaitre en garçonnet en culottes courtes, petite veste et lavallière d’enfant sage, pour que le premier des enchantements commence. Les parois de la taverne s’envoleront pour révéler une salle de classe, avec vieux pupitres, grand tableau noir, planisphère, écoliers d’autrefois chahutant Cochenille (sous l’aspect d’un pion en blouse grise, c’est l’excellent <strong>Vincent Ordonneau</strong> dans le deuxième de ses avatars comiques (le premier c’était Andrès, le valet monosyllabique de Lindorf).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_022-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un merveilleux qui convainc</strong></h4>
<p>Cette école, paradis des vertes amours juvéniles d’Hoffmann, est aussi celui de Coppelius et de sa fille Olympia, qui pour l’instant sommeille sur son pupitre dans une niche en haut à droite. Niklausse aura eu beau le prévenir dans la chanson de la poupée aux yeux d’émail (<strong>Victoria Karkacheva</strong> aura l’occasion à d’autres moments de déployer mieux toute l’ampleur, la chaleur et la puissance de son beau timbre de mezzo), il se laissera prendre à la chanson d’Olympia.</p>
<p>Évidemment que la présence de Coppelius, son couplet des baromètres et l’énorme œil bleu qui tourne en haut du décor sont un peu inexplicables dans ce décor scolaire, mais, tant pis pour le réalisme, on se laisse porter par le merveilleux de ce tableau noir où des formules algébriques viennent se dessiner, par les énormes chiffres et lettres qui descendent des cintres et qui pleuvront sur les élèves, par les trois danseuses en jaune, doubles d’Olympia, par les trois diablotins en paillettes qui passent par là, par Spalanzani devenu un instituteur aux cheveux en pétard que dessine <strong>François Piolino</strong>, autant d’inventions fantasques, poétiques et drôles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_021-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205325"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>François Piolino, Iván Ayón Rivas, Vincent Ordonneau, Eva Langeland  Gjerde © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Et d’abord par l’Olympia de <strong>Eva Langeland Gjerde</strong> qui, sous l’aspect d’une poupée de Nuremberg, gagne de plus en plus en souplesse dans les « Oiseaux de la charmille » à mesure qu’elle conquiert des notes hautes de son cru, évidemment spectaculaires. On avouera qu’après que les élèves seront partis gaiement souper (autre incongruité évidemment, mais <em>passons ! </em>comme dirait Lindorf), on sera davantage ému par la romance d’Hoffmann « Doux aveux, gage de nos amours ! » où la voix ensoleillée de Iván Ayón Rivas, juvénile et tendre, pourra s’envoler.</p>
<p>La valse finale prend l’aspect d’une fête de la jeunesse, avec cerceaux et mouvements gymniques jusqu’à l’ultime trille (stratosphérique) par Eva Langeland Gjerde, avant qu’elle ne soit lancée dans le vide (du moins son mannequin) par Coppelius, au désespoir d’Hoffmann.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_020-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205324"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une danseuse qui ne danse plus mais qui chante (bien)</strong></h4>
<p>L’acte d’Antonia est sans doute le cœur de cet opéra. Elle incarne l’art, tout ce à quoi aspire Hoffmann. Dans la vision de Micheletto, Olympia n’est pas chanteuse, elle est danseuse. Une danseuse éclopée, qui commence son premier air, « Elle a fui la tourterelle », un peu dolent au départ puis prenant son essor, dans un lit d’hôpital avant d’être poussée dans un fauteuil roulant par son père, le chancelier Crespel (l’excellent <strong>Vincent Le Texier</strong>, basse sombre et diction formidable, incarnation d’une grande tradition de chant français, où la ligne musicale et les mots sont intimement solidaires). <br />Un peu plus tard, dans l’air burlesque de Frantz, « Jour et nuit je me mets en quatre », <strong>Vincent Ordonneau</strong> s’inscrira avec brio dans une autre tradition, celle des Trials illustrée naguère par les Michel Sénéchal ou Rémy Corazza, un dosage subtil de dérision et d’émotion. Très jolie scène que celle où six jeunes danseuses espiègles grimacent dans le dos du vieux maître de danse sourd.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_030-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205327"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Amina Edris, Vincent Ordonneau, Vincent Le Texier © Paul Bourdrel </sub></figcaption></figure>


<p>Le décor prend l’aspect à la Degas d’un studio de danse : grand miroir sur la gauche, avec barre d’appui. Évidemment, danse ou pas, le livret continue obstinément à parler de chant, de magie de la voix, de toute la mélancolie qu’il y a dans le souvenir d’une voix.<br />Tout ce deuxième acte est placé sous le signe de la nostalgie et porté par le beau soprano lyrique d’<strong>Amina Edris</strong>, ses longues lignes de chant galbées, un très beau medium qui donne tout son poids de rêverie à « Ma mère s’était en moi ranimée », moment où la direction d’<strong>Emmanuel Villaume</strong>, qui pouvait être très corsée et rutilante à la fin de l’acte précédent, et très coloriste dans les chorals de cuivres ouvrant celui-ci, se suspend aux moindres inflexions d’Amina Edris pour les accompagner (une belle clarinette répond à « Votre Antonia ne chantera plus »).</p>
<h4><strong>Lyrisme pur</strong></h4>
<p>C’est avec beaucoup de délicatesse aussi qu’il conduira l’accompagnement chambriste de flûtes et de bois qu’Offenbach dessine derrière la romance de Niklausse, « Vois sous l’archet frémissant », où Victoria Karkacheva peut dans un tempo très large déployer enfin son timbre le plus opulent et toute la sensualité de sa voix.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_031-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205328"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Amina Edris, à droite Marko Mimica © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>C’est à nouveau dans le medium qu’Amina Edris trouve ses accents les plus sincères dans le duo « J’ai le bonheur dans l’âme », avant de lumineuses notes filées dans « C’est une chanson d’amour », et quelle grâce Iván Ayón Rivas met dans son « La musique m’inspire un peu de jalousie, tu l’aimes trop » à peine murmuré.</p>
<p>En revanche le trio « D’épouvante et d’horreur » entre les trois hommes, qui a tout d’un pastiche de grand opéra, sonnera quelque peu hirsute, et bruyant, et sera curieusement mis en scène, les personnages semblant jouer aux quatre coins.</p>
<h4><strong>Danser avec un souvenir</strong></h4>
<p>Mais une belle image, l’une des images les plus suggestives créées par Michieletto, remettra les choses en place : l’apparition de la mère suscitée par le diable, c’est à dire Miracle. Le miroir devenu transparent révélera, dans un décor bucolique, un bouquet de danseuses : les six petits rats, et au sommet de leur pyramide une danseuse en grand tutu romantique, la mère bien sûr. <br />Et tandis qu’on entendra à la cantonade la voix de la mère (<strong>Jenny Ann Flory</strong> flamboyante d’automnales couleurs), cette danseuse étoile d’autrefois viendra danser avec l’une des plus jeunes. Et Antonia les serrera toutes deux dans ses bras. Transposition sensible du duo des deux voix.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_043-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205335"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;apparition de la mère © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Puis dans un grand crescendo d’orchestre apparaîtront pour quelques tours de scène trois couples de danseurs et descendront des cintres cinq ou six violoncelles blancs, comme en étaient descendus chiffres et lettres à l’acte précédent. Miracle s’emparera de l’un deux pour faire mine de jouer tandis qu’Antonia mourante chantera « C’est une chanson d’amour triste ou folle… » dans un ultime sursaut lyrique. Et spectaculairement, de rage ou d’impuissance, Miracle brisera son violoncelle !</p>
<h4><strong>De l’autre côté du miroir</strong></h4>
<p>Le seul souvenir de Venise dans l’acte de Giulietta sera la Barcarolle mariant (sur un accompagnement un peu plan-plan) les belles voix de Victoria Karkacheva, de <strong>Clémentine Margaine</strong> et du chœur à bouche fermée. <br />On est dans une maison de passe, ambiance <em>Eyes Wide Shut</em>, sol et plafond noir luisant, murs rouges. Là vont et viennent une foule de femmes en robes du soir, souvent lamées or, et d’hommes en <em>black tie</em>. Tout cela d’un clinquant assumé. Hoffmann y apparaît en smoking de velours bordeaux. Est-ce d’avoir renoncé à l’art, le voilà plongeant sans le strupre. « Amis, l’amour tendre et rêveur, erreur ! » Au moins c’est clair.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_033-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205329"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>au centre Iván Ayon Rivas et Clémentine Margaine © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Sa chanson à boire offre à Iván Ayón Rivas de briller dans son registre le plus trompetant et extraverti, et les ponctuations de l’orchestre (grosse caisse en renfort) sont à l’avenant. Emmanuel Villaume et l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong> n’hésitent pas quand il le faut à sonner avec éclat, mais les couleurs de l’accompagnement des récitatifs sont toujours subtiles.<br />Alors qu’à Londres semble-t-il le célèbre « Scintille Diamant » était coupé, il est ici rétabli, mais Marko Mimica n’y est guère à l’aise, les graves manquent toujours de velours et de profondeur et les montées vers le haut sont très escarpées.</p>
<p>C’est à Giulietta que Dapertutto demandera de lui obtenir le reflet d’Hoffmann, elle qui lui a déjà procuré l’ombre de Schlemil (les librettistes rament un peu dans leurs références à E.T.A. Hoffmann, le vrai).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_056-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205338"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Clémentine Margaine et Marko Mimica © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>On sait que ce troisième acte a été l’objet d’une suite de reconstitutions plus ou moins hypothétiques, selon les éditeurs. Et même à l’intérieur de cette production : la chanson de Giulietta, « L’amour dit à la belle », qui figurait dans la version de Londres est ici coupée, de sorte que c’est avec le « Hélas ! mon cœur s’égare encore » de Hoffmann que commence un vaste ensemble où il est rejoint par Giulietta («  Mon bel Hoffmann je vous adore »), puis Dapertutto, enfin par le chœur des invités qui reviennent à pas lents précédés par une manière de géant au long bec d’oiseau, tout cela, d’une richesse sonore assez capiteuse, conduisant à l’air d’Hoffmann, « Ô Dieu ! De quelle ivresse », tout entier dans le registre élevé, mais où Iván Ayón Rivas se dispense de la note haute finale.</p>
<h4><strong>A la Méliès</strong></h4>
<p>Giulietta dans cette configuration est un peu sacrifiée et Clémentine Margaine n’aura guère que le duo « Écoute et ne ris pas de moi » pour faire entendre sa grande voix, avant une scène très spectaculaire digne de Méliès : Hoffmann, qui aura quitté smoking et chemise, s’approchera du miroir, derrière lequel apparaîtra son reflet, il poussera le miroir et passera de l’autre côté, son double viendra s’effondrer sur scène, avant d’être traîné au loin par des comparses. <br />Et c’est à son tour Dapertutto qui, ayant enlevé veste et chemise, devenu en somme un double d’Hoffmann, viendra lui aussi gésir (mort ?) à la place du reflet. Tandis que résonnera à nouveau la Barcarolle et le chœur <em>da lontano</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_059-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205339"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Hoffmann et Giulietta © Paul Bourdel</sub></figcaption></figure>


<p>Un superbe choral de cors ramènera les parois de la taverne, Hoffmann redevenant le semi-clochard du début. Luther (<strong>Hugo Santos</strong>) annoncera le triomphe de Stella au théâtre, laquelle fera son entrée triomphante, de dos dans son fourreau à paillettes violet. Elle se retournera et ce sera, bien sûr, dans son dernier avatar, le diable. Reviendront les elfes transgenres, les diablotins ambigus et les souris, et reviendra aussi la Muse pour son superbe monologue, « Oublie ton rêve de joie et d’amour ». Une très belle page à l’accompagnement orchestral particulièrement raffiné.</p>
<p>Et une conclusion ne manquant pas de grandeur, avec un orchestre de plus en plus ample et une Jenny Ann Flory au meilleur de sa voix, rejointe par solistes et chœur sur un dernier vers on ne peut plus romantique : « On est grand par l’amour et plus grand par les pleurs ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_001-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205321"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Chaleureuse ovation du public, pour un spectacle constamment étonnant et imaginatif, une belle réussite d’ensemble, une direction  d&rsquo;orchestre aussi incisive que dynamique, et en tête de distribution un jeune ténor magnifiquement habité par son rôle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-lyon/">OFFENBACH, Les Contes d&rsquo;Hoffmann &#8211; Lyon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>GLASS, Akhnaten &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/glass-akhnaten-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Oct 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Akhénaton, ce n’est pas seulement le pseudonyme d’un célèbre rappeur marseillais (Philippe Fragione), c’est surtout le second nom du pharaon Amenhotep [Aménophis] IV (XVIIIe dynastie, vers 1371/1365 à vers 1338/1335 avant Jésus-Christ), qui n’a pas atteint au caractère icônique de Néfertiti, Toutankhamon ou Cléopâtre. Pourtant, il a mérité une place particulière parmi les pharaons de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Akhénaton, ce n’est pas seulement le pseudonyme d’un célèbre rappeur marseillais (Philippe Fragione), c’est surtout le second nom du pharaon Amenhotep [Aménophis] IV (XVIII<sup>e</sup> dynastie, vers 1371/1365 à vers 1338/1335 avant Jésus-Christ), qui n’a pas atteint au caractère icônique de Néfertiti, Toutankhamon ou Cléopâtre. Pourtant, il a mérité une place particulière parmi les pharaons de l’Égypte antique, en imposant vers la 5<sup>e</sup> année de son règne (vers 1350/1347) une rupture multiforme, que les égyptologues ont intitulée « hérésie amarnienne ». Celle-ci a touché la religion (volonté de remplacer le polythéisme populaire par le culte officiel d’un dieu unique, Rê-Horakhty, le disque solaire <em>Aton</em>), l’art par une esthétique plus naturaliste, et la politique avec une nouvelle capitale, Akhetaton (actuelle Tell el-Amarna). L’expérience, pour n’avoir pas rencontré l’adhésion populaire, resta sans suite.</p>
<p>Le plus intéressant est la mise à l’écart du clergé d’Amon thébain par le pharaon, devenu l’intermédiaire direct avec le nouveau dieu. Il se trouve ainsi seul détenteur des pouvoirs temporel et spirituel, mais crée en même temps un noyau de résistance religieuse de ce clergé qui va conspirer à sa perte. Alors que l’Aïda de Verdi se débattait également dans un contexte de lutte d’influence entre le clergé et le pharaon, sur un sujet imaginé par l’égyptologue Auguste Mariette, chez Philip Glass ce sont des textes antiques qui constituent en eux-mêmes la trame de l’œuvre, qu’aucune intrigue amoureuse ne sous-tend. Et si Verdi avait tenté, plutôt infructueusement, de recréer une musique antique, Philip Glass propose essentiellement une atmosphère basée sur une musique « minimaliste » ou « répétitive », d’une infinie subtilité, dans la forme de longues mélopées qui sont certainement plus évocatrices de ce que l’on peut imaginer de la musique égyptienne antique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="568" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251025_OBertrand_Philharmonie_6668-corr-MARGEE-1-1024x568.jpg" alt="" class="wp-image-202544"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Philharmonie de Paris / Ondine Bertrand&nbsp;/ Cheeese</sup></figcaption></figure>


<p>On se trouve en présence d’une œuvre faite d’une succession de tableaux plus que d’une action véritable, qui s’apparente donc plus à un oratorio qu’à un véritable opéra, dont les sources historiques sont essentiellement issues du livre controversé <em>Œdipe et Akhenaton, mythe et histoire</em> (1967) du psychiatre Immanuel Velikovsky, que Glass souhaitait voir participer au livret, ce que sa mort empêcha. Néanmoins prévue pour être jouée sur scène, avec décors et costumes, elle trouve dans l’exécution en concert une force et un intérêt qui paraissent curieusement décuplés par rapport aux représentations scéniques, sans doute du fait que l’attention des spectateurs se concentre sur les parties musicales et vocales.</p>
<p>L’œuvre, créée en France à Strasbourg en 2002, est souvent représentée à travers le monde (en ce moment même au Liceu de Barcelone). Le chef <strong>Léo Warynski </strong>dirigeait déjà <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/akhnaten-nice-le-pharaon-au-masque-dor-streaming/">en 2020 la production de l’Opéra de Nice</a> (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=jSAOrULT-F4&amp;t=627s">captation vidéo sans public à cause du covid</a>), puis à nouveau la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/akhnaten-nice-le-triomphe-du-pharaon/">reprise de 2021 toujours à Nice</a>, dont on retrouve ce soir pratiquement la même distribution. Sa direction a gagné en unité, dans une sorte de sérénité menant à l’envoûtement quasi hypnotique des spectateurs, qui n’empêche pas une dynamique forte dans les moments importants. L’orchestre de Nice, maintenant bien rodé à ce type de musique, fait merveille (tout particulièrement les percussions et les cuivres), de même que les chœurs, d’une grande précision et aux sonorités bien étudiées.</p>
<p>Le plateau des solistes est dominé par la haute stature toute de noir vêtue du contre-ténor sopraniste martiniquais <a href="https://www.forumopera.com/v1/5questions/di_falco.html"><strong>Fabrice Di Falco</strong></a>, dont l’interprétation est saisissante dès sa première intervention. Ce chanteur à l’activité et au répertoire protéiformes conserve une voix d’une puissance et d’une souplesse infinies, rendant particulièrement impressionnante son incarnation du pharaon hérétique, dont la quête idéaliste a certainement des résonnances contemporaines. Son « Hymne au soleil », en particulier, est d’une totale perfection et son duo avec son épouse Néfertiti d’une grande douceur. Cette dernière est interprétée par <strong>Julie Robard-Gendre</strong>, longue robe rouge vif là où l’on aurait plutôt attendu un bleu pâle qui aurait évoqué sa fameuse coiffure du buste de Berlin. Cette mezzo, qui chante aussi bien Mozart qu’Offenbach, est tout à fait à son aise dans ce rôle, avec une voix riche en harmoniques se mariant parfaitement bien avec celle de son partenaire. Enfin, on a plaisir à retrouver <strong>Patrizia Ciofi</strong> dans le rôle de la reine mère Tiyi, qu’elle personnifie à merveille couverte de bijoux scintillants, dans une robe du dernier chic. Mais chose plus importante encore, elle apporte grâce à ses aigus parfaitement émis et projetés, une légèreté équilibrant l’ensemble des principaux rôles.</p>
<p>Les autres personnages historiques sont bien défendus par d’excellents chanteurs,  notamment <strong>Frédéric Cornille</strong> (Horemheb),<strong> Frédéric Diquero</strong> (le grand prêtre d’Amon) et<strong> Vincent Le Texier</strong> (Aÿ). Seul bémol à ce concert d’une très grande qualité, le rôle parlé du scribe qui commente l’action en anglais a été confié à la danseuse, chorégraphe et metteuse en scène de cette production à Nice, <strong>Lucinda Childs</strong>, qui transforme un texte important en une espèce de logorrhée insipide et surtout difficilement audible, là où un(e) acteur(trice) et diseur(seuse) professionnel(le) aurait pu donner une meilleure articulation, et pourquoi pas en français ? Mais peut-être a-t-elle été desservie par une sonorisation médiocre, et peut-être aussi cette manière de dire est-elle liée au style musical, et à une volonté du compositeur qu’elle connaît bien, puisqu’elle travaille avec lui depuis 1976 ?</p>
<p>La fin de l’œuvre mêle les spectres des personnages historiques aux hordes de touristes inattentifs envahissant les sites archéologiques. Ayons en complément une pensée pour l’un des fils d’Akhenaton absent de l’opéra de Philip Glass, qui lui a préféré six de ses filles : Toutankhaton, qui après la mort de son père met fin au culte d’Aton, restaure le culte thébain d’Amon et règne brièvement sous un nom universellement connu aujourd’hui, Toutankhamon…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/glass-akhnaten-paris-philharmonie/">GLASS, Akhnaten &#8211; Paris (Philharmonie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MANTOVANI, Voyage d&#8217;automne &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mantovani-voyage-dautomne-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Nov 2024 06:04:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est sur un terrain glissant qu’a choisi de s’aventurer Bruno Mantovani pour son troisième opus opératique, Voyage d’automne, opéra en trois actes qui vient d&#8217;être créé au théâtre du Capitole de Toulouse. Christophe Ghristi, le directeur artistique, déjà auteur du livret du deuxième opéra de Mantovani, Akhmatova, avait passé commande de cette pièce qui traite &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est sur un terrain glissant qu’a choisi de s’aventurer Bruno Mantovani pour son troisième opus opératique, <em>Voyage d’automne</em>, opéra en trois actes qui vient d&rsquo;être créé au théâtre du Capitole de Toulouse. Christophe Ghristi, le directeur artistique, déjà auteur du livret du deuxième opéra de Mantovani, <em>Akhmatova</em>, avait passé commande de cette pièce qui traite d’un épisode peu glorieux de l’histoire de France, reprise par Pascal Dufay dans son <em>Voyage d’automne</em>, paru au début de ce siècle. Dorian Astor, dramaturge au Capitole, a été chargé de composer le livret à partir de cet ouvrage, sous-titré <em>Octobre 1941, des écrivains français en Allemagne</em>, ce qui dit assez bien ce dont il s’agit.<br />
Au mois d&rsquo;octobre 1941, sur l&rsquo;invitation de Joseph Goebbels, des écrivains français de premier plan partent à la découverte de l&rsquo;Allemagne d&rsquo;Adolf Hitler. On les conduit à Weimar pour construire une Europe de la Culture ; ils voyageront, en train, seront reçus avec tous les honneurs et en échange devront faire la propagande à leur retour à Paris. Parmi eux, des fascistes convaincus comme Drieu La Rochelle, Brasillach ou Ramon Fernandez, mais aussi de grands stylistes « apolitiques » tels Jacques Chardonne et Marcel Jouhandeau. Ce voyage d&rsquo;automne démonte les ressorts d&rsquo;une manipulation. Il éclaire l&rsquo;incroyable défaillance qui a pu conduire de subtils romanciers jusque dans le bureau de Hitler. Dorian Astor tire de l&rsquo;ouvrage de Dufay un livret d&rsquo;une grande densité, où les dialogues sont parfaitement ciselés, tout en nuance (l&rsquo;homosexualité de Jouhandeau) et font mouche-&nbsp; et où la progression dramatique culmine avec la grande scène de la Songeuse au III.<br />
En dehors de ce qui s’apparente à une succession de huis clos (les trois actes sont divisés en douze tableaux) exclusivement masculins, trois scènes isolées sont inspirées d’un poème de Getrud Kolmar, poétesse juive allemande assassinée à Auschwitz en 1943, et dont « La Songeuse », unique personnage féminin de l’œuvre, est une sorte de mise en abîme de la comédie bourgeoise et décadente où s’affairent écrivains français et officiers allemands. Cette femme, respiration poétique, lyrique, est la seule à s’élever (dans sa grande scène du III, elle est du reste perchée sur des échasses !), elle est la seule à décrypter, à lire ce qui se passe et à nous le dire dans un langage métaphorique &nbsp;qui contraste et matifie le restant de l’ouvrage. Mantovani lui confie un monologue qui reprend l’intégralité du poème de Kolmar « Die Sinnende » (« La Songeuse ») qui donne donc son nom au personnage et qui commence par ces vers :<br />
«&nbsp;Quand je serai morte, mon nom planera / Un petit moment au-dessus du monde. /Quand je serai morte, je pourrais encore exister /Quelque part contre des clôtures derrière le champ.&nbsp;».</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/17112024-_MIR5428-Migliorato-NR-1294x600.jpg" alt="" width="694" height="322">
© Mirco Magliocca</pre>
<p>Il s’agit là, dramatiquement et musicalement d’un des sommets de la pièce. C’est <strong>Gabrielle Philiponet</strong> qui campe cette Songeuse et qui porte ce rôle avec une force indescriptible. Elle happe notre regard dès sa première apparition avant que la voix, parfaitement placée, jamais mise en difficulté, y compris par la langue allemande, ne s’empare de nous. Ses trois apparitions (la première est muette, la deuxième est limitée à la première strophe du poème, qu’elle reprendra intégralement dans la grande scène du III) nous montrent une femme tout de blanc vêtue, comme planant au-dessus de ce qu’on devine être le champ des ruines de notre humanité.<br />
Pour cette scène qui transporte l’auditeur, Mantovani compose une musique d’une force incommensurable avec un simple accompagnement de cordes graves et de quelques vents, tout en chromatismes, eux-mêmes parcourus de glissandi électrisants.<br />
Toute la pièce ne peut pas être de la même densité musicale, et cette première écoute nous dit combien il faudra la réentendre pour en discerner davantage les subtilités. Dans l’ensemble l’écriture vocale de ce <em>Voyage d’automne</em> est dans le prolongement de celle d’<em>Akhmatova</em> mais peut-être avec un plus grand naturel dans la prosodie. Le compositeur a accordé une grande importance à l’intelligibilité du texte et c’est le plus souvent l’orchestre qui porte le lyrisme. Mantovani dit avoir eu beaucoup de difficultés à trouver le début dont il a écrit vingt-deux versions différentes. « C’est l’idée de poème symphonique qui a débloqué les choses. L’orchestre est le personnage principal de cet opéra : il est le vecteur du sens de la couleur, il a sa propre autonomie. » De fait, les dialogues sont souvent limités à du parlé-chanté avec un lyrisme limité – si l’on excepte une bonne partie du troisième acte avec un quintette quasi <em>a cappella</em> et un monologue de Drieu poignant, porté par <strong>Yann Beuron</strong>, décidément à l’aise dans tous les répertoires.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/17112024-_MIR5014-Migliorato-NR-crop-1294x600.jpg" alt="" width="688" height="319">
© Mirco Magliocca</pre>
<p>Pour le reste du plateau vocal, <strong>Pierre-Yves Pruvot</strong> est un Jouhandeau torturé à souhait et qui lutte en permanence avec sa conscience et ses sentiments. Le baryton renferme bien la noirceur du personnage. <strong>Stephan Genz</strong>, en officier nazi Heller est un peu en retrait dans la projection mais tient un personnage non moins ambivalent. Pas sûr qu’<strong>Emiliano Gonzalez Toro</strong> soit parfaitement à l’aise dans le rôle de Ramon Fernandez&nbsp;; nous ne lui avons pas trouvé son rayonnement habituel. <strong>Vincent Le Texier</strong> est, on le sait, une valeur sûre et totalement investi dans le rôle de ce Chardonne sans scrupule. <strong>Jean-Christophe Lanièce</strong> (Brasillach) et <strong>Enguerrand De Hys</strong> (Hans Baumann) tout aussi remarquables. Enfin une mention particulière au contre-ténor <strong>William Shelton</strong> (annoncé souffrant) et qui donne du rôle du nazi Wolfgang Göbst une version aussi inattendue qu’effroyable et pour tout dire subjuguante.<br />
La mise en scène est assurée par <strong>Marie Lambert-Le Bihan</strong>, qui a récemment proposé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-liege/">un <em>Dialogue</em> <em>des Carmélites</em> à Liège</a> et en ces mêmes lieux une <em>Clemenza</em>. Elle a choisi de s’éloigner de la reconstitution historique, de s’affranchir du poids de certains symboles qui visuellement ne sont pas nécessaires sur le plateau. De fait, on ne voit pas de signe nazi&nbsp;; pas besoin de croix gammée pour faire comprendre ce qui se joue. L’univers épuré conçu par <strong>Emanuele Sinisi</strong>, un plan incliné circulaire des plus classiques pour seul décor, des fauteuils pour figurer le voyage en train, un riche travail de lumières (signées <strong>Yaron Abulafia</strong>) –&nbsp; et notamment cette scène hypnotique au III où l’exécution de prisonniers juifs est rendu par les seuls spots aveuglants. La direction d’acteurs au cordeau qui invite à un voyage intense et poétique à travers l’Histoire et les questions éternelles du Bien et du Mal qu’elle pose à chacun d’entre nous, en nos âmes et consciences.<br />
Après <em>L’autre côté</em> en 2006 à l’Opéra du Rhin et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/un-ouvrage-intrigant-mais-fascinant/"><em>Akhmatova</em> à l’ONP en 2011</a> de Bruno Mantovani, c’est encore <strong>Pascal Rophé</strong> qui est dans la fosse d’orchestre pour cette première de <em>Voyage d’automne</em>. Parfaitement au fait du langage musical du compositeur, il dirige musiciens, choristes (appliqués mais à l’allemand perfectible) et chanteurs avec une précision d’orfèvre. Il rend notamment toute la tension, parfois à la limite du supportable, engendrée par la musique, en contre-points de situations ou de dialogues que seul le spectacle scénique peut montrer aujourd’hui.<br />
Rare privilège enfin de voir saluer au baisser de rideau le compositeur et le librettiste d’un opéra qui aura marqué les esprits et qui entre par la grande porte dans le répertoire du XXIe siècle.</p>
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		<title>DEBUSSY, Pelléas et Mélisande &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jul 2024 09:17:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La reprise au Festival d’Aix-en-Provence du Pelléas et Mélisande applaudi, y compris dans ces colonnes, en 2016, est moins convaincante que l’original et la vision que nous propose à nouveau Katie Mitchell aujourd’hui semble avoir pris quelques rides. Elle le dit elle-même : « la perspective féministe que j’ai choisie [en 2016]  pour cette production &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La reprise au Festival d’Aix-en-Provence du <em>Pelléas et Mélisande</em> applaudi, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/pelleas-et-melisande-aix-en-provence-reussir-limpossible/">y compris dans ces colonnes</a>, en 2016, est moins convaincante que l’original et la vision que nous propose à nouveau <strong>Katie Mitchell</strong> aujourd’hui semble avoir pris quelques rides. Elle le dit elle-même : « la perspective féministe que j’ai choisie [en 2016]  pour cette production était alors sans précédent : je suis presque certaine que personne n’avait pensé à mettre en scène cet opéra du point de vue de la femme – soi-disant dangereuse et mystérieuse – qui en est pourtant au centre ».<br />
Certes, mais tant de choses se sont passées depuis, les scandales à caractère sexuel révélés, y compris dans l’univers culturel, se sont multipliés, le mouvement <em>#</em><em>Me too</em> a surgi. Tout cela conjugué fait que le trait utilisé alors par la metteuse en scène britannique, et resservi aujourd’hui, nous semble maintenant par trop grossier. Attention, la démonstration reste brillante, violente, les moyens utilisés, nous le verrons, relèvent d’une mécanique parfaitement huilée, mais les efforts dispensés pour affirmer la démonstration sont au final contre-productifs et finissent par desservir la cause défendue. Katie Mitchell revendique, dans les notes d’intention, une vision « pas seulement esthétique, mais aussi politique. Pour moi, mettre en scène un opéra sous un angle féministe est un acte politique. Je m’attaque ainsi à la misogynie au sein de l’œuvre, et j’interroge la misogynie dans la société au sens large, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des maisons d’opéra. » D’où cette idée-force qui relève d’une inspiration réfléchie, de narrer le récit selon la vision de Mélisande. Dont acte. Du reste l’artifice est classique et parfaitement défendable : toute l’action sera comprise comme le rêve que fait une Mélisande qui, de retour dans sa chambre d’hôtel, au soir d’une fête ou de son propre mariage, se précipite dans sa salle de bain pour réaliser un  test de grossesse. Sur ces entrefaits, elle s’endort et l’action peut commencer. Et quelle action !<br />
On retrouve alors tous les artifices dont raffole Katie Mitchell et qu’elle avait magnifiquement fait valoir ici-même dans une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/alcina-aix-en-provence-ruggiero-fais-moi-mal/">Alcina</a> qui reste dans les mémoires (2015). Une scène sur deux niveaux, des volumes imbriqués, des cloisons ouvrant et fermant en permanence de nouveaux volumes, des personnages passe-murailles qui changent d’univers en traversant les murs, des acteurs se mouvant soudainement au ralenti ; bref on reconnaît la pâte Mitchell qui sait être si convaincante. Alors qu’est ce qui pèche ici ? Deux choses essentiellement.<br />
Tout d’abord, nous l’indiquions, la démonstration féministe est lourde, très lourde et tourne à la condamnation d’une obsession lubrique dont tous seraient atteints. Aucun des personnages n’est épargné (sauf peut-être Geneviève) et surtout pas Mélisande (elle-même dédoublée !). Tout est alors prétexte à enlever sa culotte, descendre la braguette, déboutonner la chemise ou se perdre dans des contorsions lascives qui finissent par lasser. On en arrive à en perdre le fil et ne plus discerner le pourquoi du comment.<br />
Et aussi et surtout : <em>Pelléas et Mélisande</em> se prête-t-il à ce genre de démonstration ? C’est un opéra à part, au charme unique et inimitable ; celui-ci tient à la poésie de Maeterlinck, au permanent clair-obscur, aux frémissements de la musique, aux innombrables non-dits des personnages qui leur permettent de préserver leur part de mystère. Briser cela c’est perdre la magie de l’œuvre et la transformer en vulgaire épisode de série B. <em>Pelléas</em> ne se laisse pas confisquer par quelque slogan, aussi louable soit-il. La poésie qui lui est consubstantielle n’y survit pas. La scène d’adieu entre Pelléas et Mélisande faisant l’amour frénétiquement au fond d’une piscine vidée de son eau est la parfaite illustration d’un contre-sens manifeste doublé d&rsquo;un mauvais goût abyssal. Pour qui est sensible à la magie de l’univers debussyste, cette scène est à tout le moins outrancière pour ne pas dire incompréhensible.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Pelleas-et-Melisande_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Jean-Louis-Fernandez_19-1294x600.jpg" alt="" width="749" height="347" />
© Jean-Louis Fernandez</pre>
<p>Une fois dit cela, convenons que le manifeste féministe de Katie Mitchell est magnifiquement porté par un plateau vocal de premier plan dans lequel seul subsiste de la version de 2016 le Golaud de <strong>Laurent Naouri</strong> (qui a du reste enrichi la vision de la metteuse en scène) toujours aussi impérial. La voix ne prend pas de ride, elle s’affirme superbement quand nécessaire et distille des nuances touchantes. Le Pelléas du britannique <strong>Huw Montague Rendall</strong> est un jeune homme placide et sans relief. La voix en revanche est formidable de précision, de qualité de diction et d’expressivité. A aucun moment on ne décèle le non-francophone et c’est une performance. <strong>Vincent Le Texier</strong> campe un majestueux Arkel qui se dévoile en grand-père lubrique. Le vibrato prend de la place dans les <em>forte</em>, sans excès toutefois. <strong>Emma Fekete</strong> démontre qu’Yniold est en réalité une fille (!), objet de tant de convoitises. Elle est tourmentée, désemparée, assaillie de doutes à se voir ainsi désirée. Formidable <strong>Lucile Richardot</strong> en Geneviève qui tente par tous les moyens de se tenir à l’écart de ce lupanar. Chaleur et force dans son mezzo envoutant. <strong>Chiara Skerath</strong> enfin qui a dû <a href="https://www.forumopera.com/breve/chiara-skerath-sera-melisande-a-aix-cet-ete/">remplacer au dernier moment Julia Bullock</a> pour le rôle-titre. Choix on ne peut plus judicieux puisque la Suissesse a dans la voix toute l’autorité pour porter le message de Katie Mitchell. Elle n’est pas la douce brebis blessée, à la merci du premier venu. Elle est bien plus cette femme qui reste maîtresse de sa destinée et la choisit, fût-ce au prix de maintes blessures. <strong>Susanna Mälkki</strong> n’imprime que le minimum de chaleur à l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, lui aussi co-constructeur d’une froide démonstration militante.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-aix-en-provence/">DEBUSSY, Pelléas et Mélisande &#8211; Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#8217;Hoffmann &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Dec 2023 06:50:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De la mise en scène de Robert Carsen, si aboutie que l’on ne compte plus les reprises depuis sa création en 2000 ; du prélude situé dans le foyer du Palais Garnier, des actes d’Olympia sur le plateau, d’Antonia dans la fosse et de Giuletta dans la salle ; de la correspondance entre Don Giovanni &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>De la mise en scène de <strong>Robert Carsen</strong>, si aboutie que l’on ne compte plus les reprises depuis sa création en 2000 ; du prélude situé dans le foyer du Palais Garnier, des actes d’Olympia sur le plateau, d’Antonia dans la fosse et de Giuletta dans la salle ; de la correspondance entre Don Giovanni et Hoffmann ; du dessin d’une carte du tendre allant du fantasme (Olympia) à la fascination (Giulietta), nous ne parlerons pas. Une grève inexpliquée a réduit à quia la dimension scénique de la première représentation des <em>Contes d’Hoffmann</em> cette saison.</p>
<p>Restent les accessoires, les lumières, les costumes et le mouvement. C’est assez pour éviter à la frustration de prendre le pas sur le plaisir. Reste surtout une équipe de chanteurs parmi les meilleurs dans leur catégorie qui, faisant comme si de rien n’était, sauvent la soirée. <strong>Benjamin Bernheim</strong> en tête. Son Hoffmann lumineux réitère l’exploit de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-bastille/">Roméo sur cette même scène il y a quelques mois</a>, en dépit d’airs souvent écourtés – condition nécessaire à la fraîcheur avec laquelle le ténor assume jusqu’à la dernière note une partition dont la longueur est une épreuve. L’exaltation héroïque, le lyrisme éperdu, l’ardeur juvénile, la langueur amoureuse : aucun des visages du poète n’est omis dans une interprétation sanglée par une diction irréprochable, où l’éclat alterne avec la demi-teinte, où le tracé infaillible de la ligne, la franchise de l’émission, la noble beauté du timbre, les multiples composantes d’un chant exemplaire dessinent d’Hoffmann un des portraits les plus accomplis qu’il nous a été donné d’applaudir.</p>
<pre><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22636-Emilie_Brouchon___Opera_national_de_Paris-Les-Contes-d-Hoffmann-23-24-Emilie-Brouchon-OnP-15-1600px-1294x600.jpg" />Benjamin Bernheim (Hoffmann) © Emilie Brouchon / Opéra national de Paris</pre>
<p>A l’aide de la charrette dont les grévistes ne l’ont pas spoliée, <strong>Pretty Yende</strong> se taille un franc succès en poupée lubrique. Hérissée de suraigus, Olympia compense par l’étoffe de la colorature une intonation souvent approximative. Dans un français chewingué, <strong>Christian Van Horn</strong> charbonne Lindorf, grogne Coppelius, ouvre les voyelles, parle certaines phrases au lieu de les chanter afin d’inutilement renforcer leur pouvoir expressif, mais cisèle le diamant de Dapertutto jusqu’au sol dièse et réussit un Miracle inquiétant, mieux articulé, mieux tenu, peut-être parce qu’en face de lui <strong>Rachel Willis-S</strong><strong>ørensens</strong> est un de ces sopranos incendiaires capables d’éperonner leur partenaire et de faire grimper de plusieurs degrés la température d’une salle. Voilà une Antonia au médium solide qui après avoir fait assaut de puissance et dardé des aigus fulgurants se consume en un trille délicat. Même si moins avantagée par la partition, l’acte de Venise étant le moins achevé de l’œuvre, <strong>Antoinette Dennefeld</strong> ne laisse pas un seul instant douter de la séduction maléfique exercée par Giulietta sur son aréopage de prétendants. Du glamour, du maintien portés par un mezzo-soprano clair à la projection affirmée. Il n’en faut pas davantage pour égarer le cœur d’Hoffmann dans le duo, cingler le septuor et éclipser dans la barcarole la voix d’<strong>Angela Brower </strong>– Nicklause difficile à comprendre, et à entendre dans les registres inférieurs, malgré une musicalité toute mozartienne.</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22623-Emilie_Brouchon___Opera_national_de_Paris-Les-Contes-d-Hoffmann-23-24-Emilie-Brouchon-OnP-1-1600px-1294x600.jpg" />Angela Brower (Nicklause) © Emilie Brouchon / Opéra national de Paris</pre>
<p>S’il est un opéra dont les multiples seconds rôles gagnent à être confiés à des chanteurs français, ce sont assurément <em>Les Contes d’Hoffman</em>. D’une voix toujours saisissante, <strong>Sylvie Brunet</strong> en mère d’Antonia, <strong>Vincent Le Texier</strong> en Luther puis Crespel, <strong>Christophe Mortagne</strong> en Spalanzani le confirment tandis qu’une pointe d’accent italien affaiblit les quatre valets de <strong>Leonardo Cortellazzi</strong>.</p>
<p>Soixante-quatorzième représentation dans cette mise en scène. Une simple formalité pour le chœur et l&rsquo;orchestre, l’un et l’autre irréprochables. <strong>Eu Sun Kim</strong> fait ce soir ses débuts à l’Opéra national de Paris. L’actuelle directrice musicale de l’Opéra de San Francisco, rompue aux salles immenses, se joue de l’acoustique hasardeuse de Bastille. Sa lecture de l’ultime chef d’œuvre d’Offenbach, plus opéra qu’opéra-comique inévitablement, s’avère un modèle d’équilibre entre fosse et plateau, entre rigueur et fantaisie, entre l’attention portée au détail perceptible à travers là un frémissement, ici un ricanement, et la dynamique d’ensemble. L’enthousiasme du public, bien que clairsemé car découragé par les conditions scéniques, apparaît de bon augure pour la suite des représentations.</p>
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		<title>SAINT-SAENS, Henry VIII &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-henry-viii-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 May 2023 06:06:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Prévu avant la parenthèse du Covid pour figurer dans la saison 2021, celle qui devait marquer le centenaire de la mort du compositeur, cette production de Henry VIII de Camille Saint-Saëns fait aussi écho, par le thème historique abordé, à l’une des récente production de la Monnaie, Bastarda, spectacle hybride qui se présentait sous la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Prévu avant la parenthèse du Covid pour figurer dans la saison 2021, celle qui devait marquer le centenaire de la mort du compositeur, cette production de <em>Henry VIII</em> de Camille Saint-Saëns fait aussi écho, par le thème historique abordé, à l’une des récente production de la Monnaie, <em>Bastarda</em>, spectacle hybride qui se présentait sous la forme d’un <em>digest</em> des quatre opéras Tudors de Donizetti.</p>
<p>Hasard du calendrier, la première a lieu cinq jours après le couronnement à Westminster du roi Charles III et de son épouse Camilla, qui nous a montré que la Cour d’Angleterre n’en n’a pas encore tout à fait fini, ni avec la question des liens entre la religion et l’état, ni avec celle du divorce.</p>
<p>Au travers du récit historique, la répudiation de la Reine Catherine d’Aragon et l’avènement de la jeune Anne Boleyn qui entraînent la rupture entre Rome et l’église d’Angleterre, l’œuvre traite de sujets plus universels et plus en phase avec les préoccupations du public de la Troisième République à ses débuts : l’arbitraire, la séparation des pouvoirs entre le politique et le religieux, personnifiée par la lutte entre le Roi et les représentants du pape, la laïcité, les abus d’un régime autocratique, mais aussi des sujets plus intimes, comme le divorce, sujet qui touchait le compositeur de près, la fragile position des femmes soumises aux caprices des hommes.</p>
<p>Saint-Saëns fait revivre, fort tard et pour tout dire au crépuscule de cette forme, le grand opéra à la française, codifié à la fois dans ses structures – avec une forte présence des chœurs et des ballets &#8211; et dans les sujets qu’il aborde. L’œuvre, après avoir connu un grand succès dans la foulée de sa création, est tombée dans un long purgatoire (ainsi d’ailleurs que bien d’autres opéras de Saint-Saëns). Aucune représentation à Bruxelles depuis 1953, une production au Festival Radio France à Montpellier en 1989, deux enregistrements en tout et pour tout (et pas bien fameux…), on peut donc bien parler ici d’une redécouverte.</p>
<p>La partition est intéressante à plus d’un titre : quittant la structure à numéro avec son alternance de récitatifs et d’airs, Saint-Saëns tente habilement un continuum musical, faisant commencer la plupart des récits <em>a capella</em>, l’orchestre enchaînant, entrant discrètement dans le sillage du chanteur pour développer ensuite un accompagnement fort fourni, et donc très sonore. L’écriture orchestrale est puissante, parfois académique, peu lyrique, ce qui est tout de même un paradoxe pour un opéra. On manque singulièrement de mélodie qui marque, de celles qui vous restent en tête et qu’on peut emmener chez soi en sortant de la représentation. La prosodie, quant à elle, met magnifiquement le texte en lumière – c’est une des particularités de l’opéra français. Des références thématiques aux madrigalistes anglais (en particulier le début du quatrième acte), quelques similitudes avec le <em>Don Carlos d</em>e Verdi (l’air d’Henry VIII « Qui donc commande quand il aime » rappelle furieusement « Elle ne m’aime pas » de Philippe II, – on notera aussi les similitudes entre le légat du Pape et le Grand Inquisiteur) n’enlèvent rien au caractère très personnel de la musique de Saint-Saëns, guère novatrice certes, mais parfaitement maîtrisée.</p>
<p>Le livret quant à lui, présente quelques faiblesses : à nos oreilles du XXIe siècle, la langue paraît ampoulée et la versification très datée, ce qui freine un peu l’émotion.  Les nombreux épisodes de tension et les moments de détente qui les séparent ne constituent pas une trame bien structurée qui permettrait de construire une grande arche dramatique d’un bout à l’autre de l’œuvre. La conséquence est qu’on s’ennuie un peu des longueurs de la partition, même si la mise en scène s’emploie très activement à occuper l’œil lorsque l’oreille musarde.</p>
<p>C’est <strong>Olivier Py</strong>, qu’on ne présente plus, qui est ici à la manœuvre, très à son affaire comme on sait dès lors qu’il s’agit de faire revivre les grandes machines du passé ; ses mises en scène des <em>Huguenots</em> ou du <em>Prophète</em> de Meyerbeer, celle de la <em>Juive</em> de Halévy ou du <em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas l’ont familiarisé avec les ressorts de ces grandes œuvres académiques, dont il excelle à révéler les faces cachées, les éléments troubles, en projetant sur des personnages généralement convenus et souvent avec beaucoup de succès, ses propres fantasmes – ou ceux de notre époque – dans un esprit très libre et un rien provocateur, sans aller jusqu’à la subversion. Les décors entièrement noirs, où alternent le mat et le brillant, constitués d’éléments d’architecture mobiles, le goût du faste et des effets spectaculaires, les éclairages très contrastés, l’érotisation des corps, les mouvements de masse des chœurs ou du corps de ballet sont autant de signatures de son théâtre qu’on retrouve d’une pièce à l’autre depuis plus de dix ans et sans beaucoup d’évolution. C’est du théâtre très efficace, qui réussit à créer des moments inoubliables (citons à titre d’exemple l’exécution du pauvre Buckingham, l’apparition du Roi sur son cheval, le ballet des damnés sortis d’un tableau monumental ou le synode des évêques) et qui cherche à meubler par d’innombrables détails les scènes plus faibles du livret. Les changements de décor se font le plus souvent à vue, le metteur en scène réussissant à créer au sein d’un décor monumental de plus petits espaces qu’il réserve aux scènes intimes.</p>
<p>Heureux compromis entre la période du livret, la Renaissance anglaise, et celle de la composition de l’opéra, la fin du XIXe siècle à Paris, les décors grandioses dans le style <em>Tudor revival</em> contribuent d’emblée à l’ampleur du propos. Les costumes évoquent pour la plupart la fin du XIXe : redingote et gibus pour les messieurs, robes à tournure pour les dames ; quelques costumes de cour Renaissance, absolument somptueux, pour le Roi dans ses représentations officielles et pour la Reine, austère espagnole restée dans son siècle. L’esthétique globale du spectacle où les couleurs sont rares mais éclatantes, où dominent le noir, le rouge et l’or, accentue la dimension théâtrale – très réussie – au détriment des scènes d’intimité qui génèrent peu d’émotion.</p>
<p>A trois reprises, la grande peinture du Tintoret vient renforcer le décor sous la forme de gigantesques toiles de scène, étrange contraste entre les fastes sensuels du baroque vénitien et l’austérité anglaise.</p>
<p>On le voit, beaucoup de moyens ont été mis en œuvre, qui créent un visuel impressionnant, générant des situations théâtrales grandioses, mais finalement assez peu d’émotion au plan musical.</p>
<p>La distribution vocale est assez inégale, dominée par la prestation magistrale de <strong>Lionel Lhote</strong> dans le rôle-titre. Voix souveraine malgré un assez large vibrato, présence scénique exceptionnelle, il s’impose à chaque instant et trouve ici un emploi qui lui sied parfaitement. Cet excellent baryton belge, remarqué déjà en 2004 lors de sa participation au Concours Reine Elisabeth de chant, a atteint la pleine maturité vocale qui lui permet d’aborder aujourd&rsquo;hui les grands rôles, et il est bien heureux qu’il trouve dans son propre pays des opportunités à la hauteur de ses moyens. Autre très bon baryton belge, <strong>Werner van Mechelen </strong>qui incarne le duc de Norfolk est lui aussi tout à fait bien distribué. <strong>Ed Lyon</strong> a la lourde tâche de défendre le rôle de Don Gomez de Féria, le cocu de l’affaire : la voix est agréable sans avoir toujours le volume requis et la diction française est excellente. <strong>Enguerrand de Hys</strong>, l’autre ténor de la distribution, satisfait pleinement dans le plus petit rôle du Comte de Surrey. Pas très en forme, un peu décevant en raison d’une instabilité vocale, <strong>Vincent Le Texier</strong> manque d’impact dans le rôle du Cardinal Campeggio, l’envoyé du Pape, de même que <strong>Jérôme Varnier</strong> dans l’emploi somme toute assez similaire de Cranmer – l’archevêque de Cantorbéry, comme on disait alors en France. Du côté des dames, <strong>Marie-Adeline Henry</strong> avec un timbre émouvant et de très belles couleurs dans le médium – un peu de dureté dans l’aigu cependant – donne chair et vie au beau personnage de la Reine à qui Saint-Saëns réserve sa musique la plus intime. C’est à <strong>Nora Gubisch</strong> qu’on a confié le rôle d’Anne de Boleyn, tout juste âgée de 15 ans au moment où commence l’opéra, celle par qui le scandale arrive. Rien, ni dans sa voix qui a perdu beaucoup de sa souplesse, ni dans les couleurs assez pauvres, ni même dans l’impact dramatique du rôle, n’évoque vraiment l’ingénuité feinte ou les séductions du personnage qui fit perdre la raison au Roi et fit basculer l’Angleterre toute entière dans l’excommunication.</p>
<p>Les chœurs, fort sollicités – diction parfaite, sont particulièrement actifs, visibles, brillants, pour le plus grand bonheur du spectateur. L’équilibre entre le plateau et la fosse est souvent difficile à trouver, tant l’orchestration est plantureuse. Les tentatives du chef <strong>Alain Altinoglu</strong> de faire briller son orchestre – elles sont multiples dans la partition – se heurtent au risque de couvrir les chanteurs, ce qui arrive hélas à maintes reprises. Le relief qu’il tente d’insuffler à la partition parait souvent artificiel ; l’œuvre est sans doute trop longue pour qu’on puisse construire une progression dramatique qui donnerait une cohérence à l’ensemble, une tension qui unirait les quatre actes dans une même direction, de l’arrivée de Don Gomes à la cour jusqu’à la mort de la Reine. C’est cette relative absence de cohésion globale, engendrant trop peu de moments de grande émotion musicale, due sans doute autant à la structure de la partition qu’à l’interprétation du chef, qui laisse le spectateur un peu sur sa faim, l’expérience musicale n’étant pas tout à fait à la hauteur de l’expérience théâtrale. Peut-être qu’une deuxième écoute ou une plus grande familiarité avec la partition, permettrait de nuancer cette impression générale.</p>


<h2 class="wp-block-heading"></h2>
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		<title>DONIZETTI, La Favorite &#8211; Bordeaux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-favorite-bordeaux-un-royaume-pour-pene-pati/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Déconstruire un opéra est un mal parfois nécessaire pour éperonner une œuvre empesée par les conventions de son époque. À Bordeaux après Bergame en début de saison, Valentina Carrasco aborde par le versant moraliste La Favorite dans sa version française originale et intégrale – ballet inclus. A la rigueur religieuse incarnée par Fernand s’oppose la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Déconstruire un opéra est un mal parfois nécessaire pour éperonner une œuvre empesée par les conventions de son époque. À Bordeaux après <a href="https://www.forumopera.com/la-favorite-bergame-un-parti-pris-discutable">Bergame</a> en début de saison, <strong>Valentina Carrasco</strong> aborde par le versant moraliste <em>La Favorite</em> dans sa version française originale et intégrale – ballet inclus.</p>
<p>A la rigueur religieuse incarnée par Fernand s’oppose la liberté de mœurs supposée prévaloir au XIVe siècle dans une Espagne sous influence maure. Léonor devient reine d’un harem constitué des anciennes favorites, d’un âge situé autour de la septentaine dans un souci d’inclusion. « Dans notre société, les plus de 70 ans disparaissent de la sphère publique », explique la metteuse en scène, « Il s’agit d’une discrimination envers nous-mêmes, envers ce que chacun d’entre nous, au mieux, est ou sera un jour ». Indépendamment du discours dans l’air du temps, le parti pris confère une légitimité dramatique au ballet, transmuté en « performance théâtrale » (les anciennes favorites se préparent en attendant la visite du roi). D’une durée de plus de vingt minutes au centre d’un opéra d’une longueur déjà respectable, le numéro semblerait sinon accessoire. Les figurantes, recrutées <em>in loco</em>, font souffler un vent de fraîcheur sympathique sur le plateau. Mais l’absence de danseurs, justifiée à Bergame, déconcerte à Bordeaux, un des rares opéras de France à être doté d’une compagnie de ballet.</p>
<p>La mise en scène se caractérise par sa lisibilité dans des costumes et décors qui ont le mérite de la cohérence. Leur esthétisme est laissé à l’appréciation de chacun (à Bergame, notre confrère Maurice Salles les avaient jugés « peu séduisants » ; nous serions moins sévère).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large" title="© Eric Bouloumié" src="/sites/default/files/styles/large/public/fav2.jpg?itok=5-gkInsi" alt="" width="468" height="312" /><br />
© Eric Bouloumié</p>
<p>Comme souvent les soirs de première, la représentation veut un surcroît de temps pour prendre ses marques. <strong>Paolo Olmi</strong> dirige un Orchestre National Bordeaux Aquitaine plus à son avantage dans les virevoltes du ballet qu’auparavant dans un prélude aux audaces symphoniques exprimées à coup de boutoir. Idem pour le chœur. Aux attaques hésitantes des premières interventions succèdent des ensembles d’une architecture irréprochable. Sans brutalité ni excès de lyrisme, la direction musicale assure le périlleux équilibre des volumes, les dimensions modestes de la salle imposant de mesurer les décibels.</p>
<p>L’emploi de chanteurs français dans les seconds rôles est un atout dont ne pouvait se prévaloir Bergame, même si <strong>Sebastien Droy</strong> est un Gaspard trop débonnaire et <strong>Marie Lombard</strong>, premier prix jeune espoir du concours de l’Opéra Grand Avignon, une Inès trop frêle. De Balthazar, <strong>Vincent Le Texier</strong> possède la maturité bienveillante du père supérieur, au détriment de l’imprécateur pris en défaut de puissance dans le finale du troisième acte.</p>
<p>Déjà Léonor à Bergame, appelée à Bordeaux en remplacement de Varduhi Abrahamyan, <strong>Annalisa Stroppa</strong> prête au rôle une voix claire aux reflets métalliques, idéale dans l’éclat mais moins adaptée à la sensualité sulfureuse de la favorite du roi. Si la prononciation du français semble en progrès, l’insuffisance du grave se ressent à plusieurs reprises, notamment dans la cabalette de son unique air « Ô mon Fernand », sans cependant entamer la crédibilité de la composition. La sincérité finit par emporter l’adhésion.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large" title="© Eric Bouloumié" src="/sites/default/files/styles/large/public/fav5.jpg?itok=yuYOzDR7" alt="" width="468" height="312" /><br />
© Eric Bouloumié</p>
<p><strong>Florian Sempey</strong> empoigne Alphonse XI avec sa franchise coutumière. Son baryton héroïque, souple et long, a tôt fait de régler son compte au roi d’Espagne, dût la complexité du personnage passer à la trappe d’un chant trop affirmé. Seul le duo avec Léonor au deuxième acte appréhendé à mi-voix laisse entrevoir le visage sentimental du souverain en proie à des sentiments ambivalents.</p>
<p>En Fernand, <strong>Pene Pati</strong> trouve au contraire matière à faire assaut de nuances. L’ingénuité amoureuse sied au ténor samoan. Son interprétation du jeune novice soulève le même enthousiasme que <a href="https://www.forumopera.com/romeo-et-juliette-paris-opera-comique-pene-pati-embrase-lopera-comique">Roméo la saison dernière à l’Opéra Comique</a>, en dépit d’une justesse parfois approximative et d’une impression de fragilité, paradoxale au regard de cette voix colossale. Même justesse scénique, même naturel, même qualité de diction française, mêmes aigus en forme d’uppercut, même rayonnement d’un timbre solaire, et mêmes demi-teintes délectables avec quelques effets mémorables, tel ce <em>diminuendo </em>dans la romance « Ange si pur » pour lequel nous serions prêt à céder la moitié de notre royaume, si l’on était roi.</p>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-saint-etienne-figaro-croque-la-pomme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-saint-etienne-figaro-croque-la-pomme/</guid>

					<description><![CDATA[<p>En ces temps incertains, quel meilleur remède aux inquiétudes et aux peurs – fondées comme artificielles – que les Noces de Figaro ? La salle est comble, et, dès que l’éclairage décline, les spectateurs applaudissent le décor. Pour cette nouvelle production, la mise en scène actualise l’ouvrage, avec intelligence. Dès avant la première note, le public &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En ces temps incertains, quel meilleur remède aux inquiétudes et aux peurs – fondées comme artificielles – que <em>les Noces de Figaro</em> ? La salle est comble, et, dès que l’éclairage décline, les spectateurs applaudissent le décor. Pour cette nouvelle production, la mise en scène actualise l’ouvrage, avec intelligence. Dès avant la première note, le public découvre ainsi une structure monumentale, sur deux niveaux, celui du bas étant principalement occupé par la future chambre de Figaro et de Suzanne, en cours de rénovation. Au premier, auquel on accède par un escalier droit, latéral, le salon de la Comtesse, et une salle de bain attenante, que l’on devine derrière un moucharabieh. Ce dernier descendra ensuite pour occulter le rez-de chaussée. L’ensemble du décor pivotera durant l’entracte : une belle salle de réception, dont le pignon végétalisé sera entouré de pommiers en pots, au dernier acte. Les éclairages appropriés mettent en valeur les différentes scènes et les protagonistes, ménageant de beaux tableaux. Les costumes, contemporains, sont bien dessinés, malgré leur relative banalité, en dehors des tenues de la Comtesse et  de Marcelline.</p>
<p>Le propos de <strong>Laurent Delvert</strong>, mettre en avant les « germes prérévolutionnaires, féministes », ne conduit à aucune outrance : le livret est suffisamment explicite, heureusement… La direction d’acteurs, soignée, demeure cependant conventionnelle, et c’est le tempérament et l’expérience dramatique de chacun qui semblent donner ce supplément d’âme attendu. Le parti pris d’animer les scènes par des mouvements des personnages muets, anticipant leur apparition, ou confortant leur caractère, est bienvenu, quitte à distraire parfois des airs et ensembles. L’idée de consommer des pommes, ou de les cueillir, est originale, pertinente, et accompagne l’action : le clin d’œil final, chargé d’humour, donne tout son sens à la comédie. En effet, durant le grand ensemble, dans des ouvertures ménagées au haut du mur végétalisé, apparaissent les bustes dénudés d’Adam et d’Eve, le premier offrant la pomme à la seconde…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/2_c_eric_viou.jpg?itok=imxihK0U" title="Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) et Suzanne (Norma Naoun) © Eric Viou" width="468" /><br />
	Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) et Suzanne (Norma Nahoun) © Eric Viou</p>
<p>L’ouverture confirme les qualités de l’orchestre et de son chef, <strong>Giuseppe Grazioli</strong> : animée, claire, nuancée, toujours ça avance, anticipant le rythme de l’ouvrage. Mais, s’il cisèle les phrases, assemblant les timbres jusqu’à la fusion (la belle cavatine de Barberine, <strong>Paola Leoci</strong>), bien des numéros demeurent inaboutis, entre fièvre et brouillard, privés de précision, de clarté incisive, de lumière. L’esprit, l’humour, le caractère bouffe semblent estompés. Ainsi, l’exquise légèreté de la marche prénuptiale est-elle ici simplement prosaïque. La disposition des musiciens en fosse, l’importance des cordes, le fait que c&rsquo;était la première, ont certainement joué en leur défaveur. A noter la conduite des ensembles, dont l’équilibre, la précision, le soutien et les phrasés sont remarquables. Notons la contribution réjouissante du pianoforte de <strong>Florent Caroubi</strong>, qui inscrit les récitatifs secco dans une vie où la fantaisie le dispute à l’animation. Puisse son jeu inspirer l’orchestre !</p>
<p>Toutes les voix, bien qu’inégales, sont saines et franches. Si l’engagement de chacun est assuré, on attendait davantage de contrastes, une palette expressive plus large, du bouffe au pathétique. Plusieurs mettront quelque temps à développer la plénitude de leurs moyens. Ce n’est pas le cas de <strong>Norma Nahoun</strong>, qui domine la distribution, nous valant une Suzanne d&rsquo;exception. Son chant comme son jeu dramatique emportent l’adhésion. Son ultime air (<em>Deh vieni</em>) est un régal, aux graves colorés comme aux aigus lumineux. Aussi comédienne que musicienne, c&rsquo;est un plaisir constant que de l&rsquo;écouter. Jamais ne démérite son Figaro – <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> – malgré un <em>Se vuol ballare</em> dépourvu de tonicité et de projection. L’abattage viendra ensuite. Le <em>Non più andrai</em> est desservi par un accompagnement que l’on attendait plus vigoureux, martial. Les récitatifs, bien articulés, souples, n’appellent que des éloges, comme son <em>Aprite</em>, au dernier acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc4012_c_opera_de_saint-etienne_-_cyrille_cauvet.jpg?itok=Gly8p5sZ" title="La Comtesse (Charlotte Despaux) en son salon © Opéra de Saint-Etienne, Cyrille Cauvet" width="468" /><br />
	La Comtesse (Charlotte Despaux) en son salon © Opéra de Saint-Etienne, Cyrille Cauvet</p>
<p>La Comtesse, <strong>Charlotte Despaux</strong>, nous paraît bien quelconque dans son <em>Porgi amor</em>, l’émotion n’est pas là, ni la noblesse. Malgré une certaine instabilité, la voix est riche, soutenue, c’est beau, mais on n’y croit pas. Au fil des scènes, elle gagnera en assurance. Le <em>Dove sono </em>sera davantage maîtrisé, malgré un orchestre terne. <strong>Alessio Arduini</strong>, qui chante le Comte, ne manque ni d’élégance, ni de séduction. L’autorité vocale incertaine du début s’oublie tant la présence scénique et le jeu sont convaincants. Aux derniers actes, en pleine possession de ses moyens, vocaux comme dramatiques, ses récitatifs et sa participation aux ensembles seront remarquables. Le Chérubin d’<strong>Eléonore Gagey</strong>, grande asperge poussée trop vite, est savoureux. La souplesse de la conduite, la légèreté, la fraîcheur passionnée sont servies avec de belles couleurs, et ce dès le <em>Non so più</em>. Son duo avec la Comtesse, <em>Presto aprite</em>, est splendide. Bravo ! <strong>Vincent Le Texier</strong> surprend par ses premières interventions. Pourquoi simuler un vieillissement prématuré de Bartolo dans <em>La vendetta</em>, frisant le chevrotement, dépourvu d’insinuation ? Heureusement, notre baryton-basse retrouvera vite son émission, toujours servie par un jeu consommé. La Marcelline de <strong>Marie Lenormand</strong> paraît un peu en retrait dans son duetto avec Suzanne, mais nous vaudra un bel aria (<em>Il capro e la capretta</em>). <strong>Ronan Nédélec</strong> (Antonio), bien que privé d’air, est une des meilleures voix de la soirée, solide, expressive et conduite avec art. Basilio (<strong>Carl Ghazarossian</strong>), Don Curzio (<strong>Antonio Mandrillo</strong>) sont honorablement défendus. Les ensembles, particulièrement le septuor du II et le riche finale du IV, produits d’une mécanique théâtrale bien huilée, sont équilibrés, précis, animés, mais statiques. Le chœur se montre exemplaire à chacune de ses interventions. Ses deux paysannes solistes en remontreraient à beaucoup.</p>
<p>Le public avait le plus souvent retenu ses applaudissements après les airs les plus connus : ses longues ovations lors des saluts attestent son bonheur. La réussite est appréciée et nous ne doutons pas qu’à la faveur des soirées à venir, les quelques réserves disparaissent. *</p>
<p>* Dernière représentation le jeudi 10 novembre à 20h</p>
<p> </p>
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		<title>DEBUSSY, Pelléas et Mélisande — Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/pelleas-et-melisande-montpellier-un-etrange-pelleas-dune-rare-emotion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Mar 2022 19:01:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme pour les ouvrages lyriques les plus donnés, il faut oublier les réalisations marquantes de ces dernières années (Warlikowski, Mitchell, Kosky, Tcherniavov etc.) lorsqu’on assiste à une production nouvelle. Oubliée aussi, l’espace d’une soirée, l’effroyable tragédie que vit l’Ukraine. La mise en scène que signe Benjamin Lazar a choisi de situer l’action dans les années &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme pour les ouvrages lyriques les plus donnés, il faut oublier les réalisations marquantes de ces dernières années (Warlikowski, Mitchell, Kosky, Tcherniavov etc.) lorsqu’on assiste à une production nouvelle. Oubliée aussi, l’espace d’une soirée, l’effroyable tragédie que vit l’Ukraine. La mise en scène que signe <strong>Benjamin Lazar</strong> a choisi de situer l’action dans les années 1970, au sein d’une famille aristocratique décadente. On peine à comprendre cette option. Le symbolisme de Maeterlinck, son refus du réalisme, du naturalisme sont aux antipodes du drame bourgeois. Visuellement, on est plus proche du roman-photo des années soixante (« Nous deux ») que de l’atmosphère si étrange, onirique qu’appelle le drame. Le propos est pour le moins réducteur, l’intemporalité délibérée de Maeterlinck-Debussy constituant une dimension essentielle de l’ouvrage. Outre les difficultés à justifier le « roi » Arkel, l’épée de Golaud dans ce contexte, l’ambiguïté qu’appelle le texte de Maeterlinck en souffre. Le décor unique d’<strong>Adeline Caron</strong> se réduit à une futaie obscure, dont on ne sort jamais. Du déjà vu, dont l’efficacité est cependant bienvenue pour illustrer le propos. A la faveur d’éclairages subtils, pertinents, participant aux climats renouvelés des situations, que signe <strong>Mael Iger</strong>, cette forêt accueille la fontaine, les souterrains, comme l’intérieur du château où Mélisande expire. Le balayage de la salle par les faisceaux éblouissants des torches électriques puissantes dont usent les protagonistes dérange, agace, effet gratuit de la mise en scène sans doute, déjà déploré en d’autres lieux. Quant aux costumes d’<strong>Alain Blanchot</strong>, scrupuleusement datés, prosaïques, triviaux, on les imagine empruntés à une friperie. La fidélité de leur coupe, de leurs textures et de leurs coloris à la mode du temps est indéniable. Mais en quoi ce rétrécissement du champ temporel enrichit-il le propos ? On pouvait faire l’économie du turban et du lourd collier de Geneviève, de la jupe portefeuille de Mélisande, du bonnet rouge d’Yniold, du pull-over sans manches de Pelléas… comme du landau de petite fille de Mélisande. Le parti pris de datation s’illustre aussi par l’anecdote : les gouttes oculaires d’Arkel lui sont administrées par Geneviève, avant que Mélisande s’en charge. Pour un duo des amoureux, une escarpolette ( ! ), sur laquelle Yniold s’amusera, puis juché sur Golaud, espionnera. Deux ou trois occasions de sourire… Heureusement, nous oublierons cette version lyrique de « Au théâtre ce soir », datée, tant le chant, l’orchestre et le jeu dramatique seront achevés. D’autant que l’on rencontre très rarement une direction d’acteurs aussi raffinée, superbe et appropriée, dont le moindre détail participe à l’intelligence du propos. Ainsi, la gestique, quasi chorégraphique, des mains de Pelléas et de Mélisande est-elle d’une force inaccoutumée. Ainsi, la présence fréquente et discrète d’Yniold déambulant en arrière-plan, bienvenue, porteuse de sens.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="253" src="/sites/default/files/styles/large/public/18._pelleas_et_melisande_oonm.jpg?itok=uBvancx6" title="La mort de Mélisande (Judith Chemla) © Marc Ginot" width="468" /><br />
	La mort de Mélisande (Judith Chemla) © Marc Ginot</p>
<p>La distribution vaut déjà par l’adéquation physique aux personnages. Pelléas est jeune, bien assorti à la frêle Mélisande. Golaud s&rsquo;impose par sa stature, et Arkel domine son petit monde. Yniold et Geneviève sont toujours justes. <strong>Marc Mauillon</strong> est un Pelléas au timbre clair, très personnel, dont la diction, le phrasé sont exemplaires. Si quelques maniérismes altèrent ponctuellement la crédibilité du propos, la composition est achevée et nous change des barytons dont l’aisance dans le registre aigu est moindre. Le jeu est d’une vérité peu commune : à peine sorti de l’adolescence, frémissant de désir, vulnérable, cet attachant Pelléas n’appelle que des éloges. La voix chantée de <strong>Judith Chemla</strong> est une découverte. Surprenante, fragile comme puissante, elle accrédite l’étrangeté singulière de Mélisande. Comédienne d’exception, ayant déjà incarné l’héroïne de Maeterlinck au théâtre, notre chanteuse nous vaut une Mélisande inhabituelle, fraîche, gracile, sensuelle, rongée par une souffrance indicible, toujours juste. Bien sûr « mes longs cheveux descendent… » surprend par son caractère hors norme, dérangeant, naturel, fruste, mais le jeu est si juste que l’on s’y prend. L’émotion ne nous quittera plus jusqu’à sa lente agonie, lumineuse. On ne présente plus <strong>Vincent Le Texier</strong>. Il campe un Arkel d’anthologie, tant par la qualité de son chant que par sa présence. Tout sauf naïf, larmoyant et manipulateur, il va progressivement sortir de sa torpeur pour devenir un des personnages les plus émouvants, spécialement au dernier acte. La voix, admirable, sait se faire impérieuse comme aimante, caressante, toujours intelligible, magnifique de projection. <strong>Allen Boxer</strong> nous vaut un superbe Golaud, particulièrement attachant. L’émission est large, sombre à souhait, tranchante, inquiétante, douloureuse, intense jusqu’à la violence extrême. L’articulation se double d’un beau legato, assorti d’une projection idéale. Un grand chanteur, auquel la maturité rayonnante promet une belle carrière.  L’Yniold de <strong>Julie Mathevet</strong> est remarquable, voix fraiche, enfantine, souple et intelligible. Sa longue intervention à la fin du 3<sup>ème</sup> acte est bouleversante de vérité. Geneviève est <strong>Elodie Méchain</strong>, beau contralto à l’expression juste. Discrète, compatissante, résignée, enfermée dans les deuils, son chant et son jeu sont convaincants. <strong>Laurent Serou</strong>, médecin, puis berger, ne dépare pas cette belle distribution, pour brèves que soient ses interventions.</p>
<p><strong>Kirill Karabits</strong>, s’il est un grand chef, n’a pas la réputation d’être debussyste. Pour autant, la marque qu’il imprime à l’orchestre est magistrale. Dès le prélude, les cordes chantent et les bois colorent. L’Orchestre national Montpellier Occitanie revêt ses plus beaux atours pour nous offrir une très large palette expressive. Si chacun est sensible à la beauté des interludes, la fresque que déroule l’orchestre est toujours admirable. La direction, souple et précise, analytique, inspirée, élégante, excelle à dispenser la tendresse comme elle sait embraser l’orchestre. L’attention constante aux voix, comme aux équilibres, porte les plus beaux fruits. Jamais les influences de la musique russe n’ont été si perceptibles. L’expressionisme du quatrième acte, sa progression nous prennent à la gorge. Pour autant, la lisibilité du discours, la recherche de transparence, la fluidité caressante ne sont pas moins ravissantes. C’est l’excellence qui nous transporte.</p>
<p>Une magnifique soirée, déconcertante à certains endroits, mais dont la réussite est incontestable, fertile en émotions.</p>
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		<title>DUKAS, Ariane et Barbe-Bleue — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-barbe-bleue-nancy-ariane-et-le-pantheon-des-femmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jan 2022 04:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mikaël Serre n’y va pas par quatre chemins dans l’interview reproduite dans le programme de salle : le temps du confinement et la crise sanitaire donnent un écho actuel et vibrant au seul opéra de Paul Dukas. « Ariane parle de ça : de notre consentement à nous laisser enfermer, du prix auquel nous sommes prêts à abdiquer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Mikaël Serre</strong> n’y va pas par quatre chemins dans l’interview reproduite dans le programme de salle : le temps du confinement et la crise sanitaire donnent un écho actuel et vibrant au seul opéra de Paul Dukas. « <em>Ariane</em> parle de ça : de notre consentement à nous laisser enfermer, du prix auquel nous sommes prêts à abdiquer notre liberté, de notre servitude volontaire et de notre capacité à aimer nos geôliers. ». Voici donc le livret de Maeterlinck sorti des éthers intemporels de sa poétique, matérialisé dans une maison d’architecte à la californienne, perdue dans une pinède tout aussi West Coast. Les paysans, hostiles, sont grimés en suiveur du Joker dans les dernières adaptations de la licence Batman chez DC Comics. La vidéo est mobilisée de manière prépondérante : à la fois comme toile animée de scène, récitante de l’action hors scène (l’arrivée en voiture d’Ariane et de Nourrice, la révolte des paysans et la capture de Barbe-bleue), et enfin commentatrice. C’est là que le Mikaël Serre trouve l’axe le plus fort. Chacune des femmes enfermées va devenir une égérie féminine, une incarnation d’un élan libertaire (Marianne et son bonnet phrygien) ou une héroïne vengeresse (Beatrix Kiddo du tarantinesque film <em>Kill Bill</em>). Dans un studio vidéo à fond vert, elles se fantasment en chantre de la liberté et de la condition féminine. Encore réduites à l’impuissance, leurs silhouettes costumées se sur-impriment sur des images de guerre, de barbarie masculines et de capture d&rsquo;écran des messages féministes qu’on voit fleurir dans nos espaces urbains masculinistes (« céder n’est pas consentir »). L’arrivée d’Ariane, super-héroïne dans un complet lamé argenté, change la donne. La liberté les attend au point que le metteur en scène tord quelque peu la fin. Sous le slogan tagué par Beatrix Kiddo « la révolution ne se fait pas en un jour », les filles d’Orlamonde restent auprès de Barbe-Bleue, non atteintes d’un syndrome de Stockholm mais pour se venger par la torture. Libres elles sont, mais encore prisonnières d’une loi du talion immémoriale. La révolution aura besoin d’autres journées. Seule Ariane peut suivre le fils qui est le sien et voguer vers d’autres exploits libérateurs. Cette lecture actuelle fonctionne dans son ensemble et possède l’avantage certain de ne pas se limiter à « ouvrir des portes ». La direction d’acteur accompagne la proposition de manière efficace, même si finalement, Ariane et Nourrice se retrouvent réduites à une déambulation souvent passive.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ariane_et_barbe-bleuecjean-louis_fernandez_23.jpg?itok=tRPJpGNE" title="© Jean-Louis Fernandez" width="468" /><br />
	© Jean-Louis Fernandez<br />
	 </p>
<p>Cela est largement compensé par l’engagement intense de l’ensemble du plateau vocal. Les premières interventions des paysans, disposés au premier balcon, se perdent pour certaines dans l’orchestre déchainé. Leur retour au troisième acte confirmera que ces rôles ont été distribués avec autant de soin que les principaux.<strong> Vincent Le Texier</strong> ne fait qu’une bouchée des trois répliques de Barbe-Bleue et magnétise l’espace scénique quand il est présent. <strong>Anaïk Morel </strong>imprime toute la crainte et les jubilations de la Nourrice grâce à son mezzo clair et sonore. Les filles d’Orlamonde se distinguent toutes sans mal. Les trois sopranos possèdent un grain de voix différent : la lumière pour<strong> Clara Guillon</strong> (Ygraine), le fruit pour<strong> Samantha Louis-Jean</strong> (Mélisande) et la chair pour <strong>Tamara Bounazou</strong> (Bellangère). La première est volontiers facétieuse, la deuxième attendrissante et la dernière craintive. <strong>Nine d’Urso</strong> (Alladine) est quant à elle une excellente actrice dans ce rôle muet. <strong>Héloïse Mas</strong> leur vole cependant la vedette, non parce qu’elle est la plus bavarde de toute, mais bien parce que la voix est torrentielle et conduite avec style. Elle rivalise avec les moyens conséquents de <strong>Catherine Hunold </strong>qui signe une nouvelle prise de rôle parfaite. Sa ligne de chant, racée, se déploie avec une aisance confondante sur toute la tessiture sollicitée. On ne mentionne plus les réserves de puissance dont elle dispose et dont elle fait un usage parcimonieux toujours au service de l’interprétation. Enfin la diction française est parfaite : pas une liaison ne vient à manquer à ses déclamations. Le texte s’en trouve porté avec une justesse confondante.</p>
<p>Enfin,<strong> Jean-Marie Zeitouni</strong> tient bon la barre et maintient la cohésion de l’orchestre dans toutes les stations de cet opéra étrange, parfois au dépens des couleurs et des ambiances. Son geste penche bien davantage du côté de Wagner, de <em>Parsifal</em> et de ses chromatismes que du versant debussyste et des impressions en clair-obscur. Cette lecture germanisante, légitime même si l’on peut lui préférer son opposé français, rejoint dans nos imaginaires folkloriques la lecture « super-héroïque » de Mikaël Serre.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-barbe-bleue-nancy-ariane-et-le-pantheon-des-femmes/">DUKAS, Ariane et Barbe-Bleue — Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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