<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Samuel RAMEY - Artiste - Forum Opéra</title>
	<atom:link href="https://www.forumopera.com/artiste/ramey-samuel/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/ramey-samuel/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 07 Jul 2026 14:55:44 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.1</generator>

<image>
	<url>https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cropped-Favicon-32x32.png</url>
	<title>Samuel RAMEY - Artiste - Forum Opéra</title>
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/ramey-samuel/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 06:13:16 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=204430</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;exceptionnel coffret consacré aux récitals de Joan Sutherland et au non moins grandiose coffret consacré aux intégrales lyriques de 1959 à 1970, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la Stupenda avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988. Le coffret s&#8217;ouvre avec un &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/"> <span class="screen-reader-text">Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/">Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;exceptionnel coffret consacré aux récitals de <strong>Joan Sutherland</strong> et au non moins grandiose coffret consacré <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/">aux intégrales lyriques de 1959 à 1970</a>, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la <em>Stupenda</em> avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988.</p>
<p>Le coffret s&rsquo;ouvre avec un enregistrement de <em>Rigoletto</em> figurant parmi les meilleurs de la riche discographie de l&rsquo;ouvrage. Évitant les dérives véristes stylistiquement hors de propos (mais parfois bien excitantes il faut le reconnaitre), <strong>Richard Bonynge</strong> restitue à l&rsquo;ouvrage sa filiation belcantiste grâce à une distribution idéale de musicalité. Le chef australien restaure également les parties habituellement coupées à l&rsquo;époque (et qui le sont encore souvent aujourd&rsquo;hui) : cabalette du Duc à l&rsquo;acte II, reprises, cadences, etc. Ce parti ne se fait pourtant pas au détriment du caractère dramatique de l&rsquo;ouvrage, et cette version reste très théâtrale. <strong>Sherrill Milnes</strong> offre un Rigoletto magnifiquement abouti, moins plébéien que beaucoup de ses collègues, son chant ne se départissant jamais d&rsquo;une certaine noblesse. Son bouffon est d&rsquo;abord un homme blessé dont l&rsquo;amoralité a pour origine ces blessures même. L&rsquo;interprétation est d&rsquo;une passionnante complexité : à titre d&rsquo;illustration, on peut ainsi l&rsquo;entendre passer en un instant de l&rsquo;autorité (<strong>« </strong>Padre ti sono, e basti » / « Je suis ton père, cela suffit ») au doute (« Me forse al mondo temono, etc. » / « Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent »). Un vrai travail d&rsquo;orfèvre mais qui ne tombe jamais dans un maniérisme extérieur. Cerise sur le gâteau, le baryton dispose d&rsquo;un aigu impressionnant culminant au si naturel sur sa <strong>« </strong>Maledizione! » finale. Séducteur et jouisseur, <strong>Luciano</strong> <strong>Pavarotti</strong> est un Duc irrésistible de beauté de timbre et de <em>morbidezza</em>. Avec Alfredo Kraus, plus aristocratique, et Carlo Bergonzi plus varié de couleurs, le <em>tenorissimo</em> complète la trinité des meilleurs interprètes du rôle. Dans la tranquillité du studio, le chanteur peut donner ici le contre ré de sa cabalette, note qu&rsquo;il évitait généralement à la scène. Joan Sutherland offre une Gilda pleine de nostalgie, de tristesse, de compassion ( son « Oh quanto dolor! » est à fondre). Démonstration de beau chant, son « Caro nome » pourrait être plus habité. Au dernier acte le soprano australien démontre en revanche de remarquables capacités dramatiques et il faut reconnaitre que le contre-ut interpolé juste avant que Gilda ne soit poignardée fait froid dans le dos. Le reste de la distribution est remarquable en particulier le Sparafucile de <strong>Marti Talvela</strong>. On notera aussi la présence <strong>Kiri Te Kanawa </strong>dans le court rôle de la Contessa di Ceprano, ce qui donne une idée de la richesse du casting.</p>
<p>Le second enregistrement de <em>Lucia di Lammermoor</em> de Sutherland est un autre incontournable de toute discothèque qui se respecte. Richard Bonynge restaure à nouveau la quasi-totalité des coupures traditionnelles, notamment les reprises et les codas (mais généralement sans variation, à l&rsquo;exception de celles du rôle-titre), les tonalités originelles, et la scène de Wolfcrag (déjà restituée dans la première version). Au risque de se répéter, on réaffirmera que Joan Sutherland est une Lucia inégalée, capable de restituer toutes la finesse des émotions de l&rsquo;héroïne par l&rsquo;art du chant, tout en y apportant urgence et dramatisme. Avec le soprano australien, les pyrotechnies vocales ne sont jamais gratuites mais au service de l&rsquo;expression du personnage. Comme dans <em>Rigoletto</em>, Luciano Pavarotti n&rsquo;a guère de rivaux (si ce n&rsquo;est les deux chanteurs déjà cités) : le ténor italien est ici proche de la perfection, avec une probité stylistique qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas toujours plus tard dans sa carrière. C’est dans les rôles où l’on ne les attend pas que se révèle le génie des grands artistes : Sherrill Milnes est ainsi un Enrico exceptionnel, dramatique sans effets véristes (il semble trembler vraiment quand il dit <strong>« </strong>Io fremo! »). Son aisance dans l&rsquo;aigu lui permet d&rsquo;être le partenaire idéale de Joan Sutherland pour leur duo du deuxième acte, restitué à sa tonalité aiguë originale, avec la naturel et mi naturel conclusifs. <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> est un Raimondo de luxe, stylistiquement irréprochable, au timbre magnifique et au chant expressif, toujours dans le respect des règles belcantistes. Les <em>comprimari</em> sont excellents.</p>
<p>En 1971, quand Richard Bonynge s&rsquo;attaque à l&rsquo;enregistrement des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, ni l&rsquo;éphémère et contestée version de Fritz Oeser (1976), ni celle de Michael Kaye (1987-1992) et encore moins celle de Jean-Christophe Keck (2010) ne sont connues. Le chef d&rsquo;orchestre australien est toutefois conscient des approximations de la version Choudens traditionnelle et va proposer la sienne, dans une optique de retour à la forme de l&rsquo;opéra-comique, c&rsquo;est-à-dire en supprimant les récitatifs apocryphes (on trouvera ici un excellent comparatif des différentes versions <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">sous la plume de notre collègue Christian Peter</a>). Sa version n&rsquo;est toutefois pas musicologiquement scrupuleuse : par exemple, le septuor avec chœur composé par Raoul Gunsbourg et orchestré par André Bloch pour la reprise de Monte-Carlo en 1904 est ainsi conservé, mais transformé en quatuor et déplacé de l&rsquo;acte de Venise à l&rsquo;épilogue pour renforcer le rôle de Stella. Grâce aux moyens phénoménaux de son épouse, Bonynge bénéficie d&rsquo;un interprète unique pour les quatre rôles féminins, à vue de nez sans compromis sur les tonalités par rapport aux traditions de l’époque. Cette unicité d&rsquo;interprète est d&rsquo;ailleurs conforme au projet initial d&rsquo;Offenbach. <strong>Plácido Domingo</strong> est un poète bien chantant, un peu générique d&rsquo;interprétation mais attachant, avec de ci de là quelques raffinements musicaux inhabituels comme l&rsquo;utilisation du registre mixte pour les passages plus élégiaques. <strong>Gabriel Bacquier </strong>s&rsquo;en donne à cœur joie dans les quatre rôles maléfiques où son sens du théâtre fait merveille. Il campe des personnages tour à tour inquiétants ou sardoniques, voire drôle (le pseudo accent juif utilisé dans les dialogues de Coppélius aurait toutefois du mal à passer de nos jours). Le baryton chante ici les versions traditionnelles de <strong>« </strong>J&rsquo;ai des yeux » et, dans la tonalité aiguë, le <strong>« </strong>Scintille diamant » ajouté par Gunsbourg, conclu par un fa dièse. <strong>Huguette Tourangeau</strong> n&rsquo;a pas grand-chose à chanter dans cette version mais offre une honorable <strong>« </strong>Poupée aux yeux d&rsquo;émail ». Joan Sutherland offre une diction et une prononciation française acceptable, avec des <strong>« </strong>r » assez roulés, un peu passé de mode aujourd&rsquo;hui. On aura connu des poupées aux variations plus délirantes (Natalie Dessay pour ne pas la citer) mais l&rsquo;incarnation du soprano australien reste réjouissante. L&rsquo;acte de Giulietta ne lui cause aucun problème en dépit de sa tessiture plus grave, et le quatuor de l&rsquo;épilogue est spectaculaire, couronné par un mi bémol du soprano. L&rsquo;incarnation d&rsquo;Antonia est superlative, pleine d&rsquo;émotion et de sensibilité. À l&rsquo;instar de sa Marguerite de <em>Faust, </em>chaque phrase mériterait d&rsquo;être citée pour la finesse de sa coloration. Dans les quatre valets, <strong>Hugues Cuénod</strong> est impeccable de drôlerie sans outrance. Sans être un artiste lyrique, <strong>Jacques Charon</strong> chante correctement mais son style contraste exagérément avec celui des trois rôles principaux : on est ici davantage dans le registre de l&rsquo;opérette que de l&rsquo;opéra. Il en va de même de sa composition un peu outrée, façon Michel Serrault dans <em>La cage aux folles</em>. La baguette de Richard Bonynge est ici plus à l&rsquo;aise dans le romantisme que dans la jovialité, avec quelques lourdeurs occasionnelles. Si l&rsquo;Orchestre de la radio Suisse Romande n&rsquo;appelle pas de réserves particulières, les différents chœurs réunis manquent un peu de corps, surtout côté ténors.</p>
<p>Si elle n&rsquo;avait pas rencontré Richard Bonynge, il est probable que Joan Sutherland se serait orientée vers un répertoire totalement différent, ses moyens lui permettant de servir sans problème les compositeurs véristes ou Wagner, comme en témoignent <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=_N13nhxM_-Q">ses premiers témoignages sonores</a>. Elle a d&rsquo;ailleurs enregistré un récital Wagner en 1979. Une démonstration éclatante en est faite avec cette version de <em>Turandot</em>, qui constitue l&rsquo;une des références de la discographie du dernier chef d&rsquo;œuvre de Puccini. Dès son air d&rsquo;entrée, Sutherland offre un personnage plus complexe que celui habituellement interprété par les interprètes classiques. Les premiers mots, « In questa regia », sont chantés comme un triste souvenir qui revient à la mémoire, avant que le discours de Turandot ne prenne une tournure plus vindicative. Le soprano australien alterne ainsi les moments d&rsquo;abandon et ceux de froideur. Une incarnation absolument indispensable qui renouvelait l&rsquo;interprétation impressionnante mais un brin monolithique de ses devancières. Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait imaginer, Luciano Pavarotti a peu chanté le rôle de Calaf sur scène : une série de représentations à San Francisco en 1977 et une autre au Met en 1997 et c&rsquo;est tout. Entre les coupes du monde, concerts des trois ténors et inauguration de supérettes dans la zone industrielle de Modène, personne sur la planète n&rsquo;a en revanche pu échapper à son « Nessun dorma », souvent transposé du reste. Le tenorissimo chante ici Calaf en ténor lyrique et on pourra lui préférer des formats plus héroïques, à la Franco Corelli par exemple. C&rsquo;est essentiellement affaire de goût : le Calaf de Pavarotti est absolument parfait. On serait déjà aux anges avec les deux interprètes précités : avec la sublime Liu de <strong>Montserrat Caballé</strong>, on côtoie encore plus l&rsquo;Olympe. Beauté du timbre, finesse des intentions, colorations subtiles, le soprano catalan est absolument divin. Le reste de la distribution est du même métal.<strong> Nicolai Ghiaurov</strong> est un Timur souverain. <strong>Peter Pears</strong> est luxe en Altoum, le ténor tirant le maximum de sa courte intervention avec une subtile théâtralité. L&rsquo;ensemble des autres rôles sont impeccablement tenus. <strong>Zubin Mehta</strong> assume le grand spectacle, avec quelques trouvailles ponctuelles mais sans jamais perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. C&rsquo;est une direction opulente mais toujours énergique, conservant un excellent équilibre entre les forces orchestrales et le plateau vocal.</p>
<p>Si vous ne connaissez pas encore la seconde version d’<em>I Puritani</em> de Joan Sutherland, avec cette fois Luciano Pavarotti, laissez tomber immédiatement votre lecture et précipitez-vous sur cet enregistrement (le plus simple étant de faire l’acquisition du présent coffret). Les deux tourtereaux sont à leur zénith et cette intégrale est jusqu’ici indépassée, tant dans le registre de l&rsquo;émotion que dans la pyrotechnie vocale (tout serait à citer). Bien sûr, les puristes (et moi-même) y trouveront toujours quelque chose à redire, histoire de faire leur intéressant : en pure voix de tête, le contre-fa de Pavarotti dans « Credeasi misera » n&rsquo;est guère impressionnant ; hormis Sutherland, les autres interprètes ne font pas ou peu de variations ; les roulades de <strong>Piero Cappuccilli</strong> sont un peu précautionneuses et on le sent restreindre sa projection pour les exécuter, etc. Toutefois, si le baryton italien n’est pas, sur le papier, le spécialiste du belcanto requis, il sait parfaitement exprimer les sentiments de son personnage, même les plus délicats, par le jeu sur la coloration, sa capacité à alléger ou au contraire par l’amplitude de son souffle. Nicolaï Ghiaurov est un Giorgio de luxe (une fois de plus) et son duo avec Cappuccilli, « Suoni la tromba », est sans doute le plus électrisant de toute la discographie. Enfin, Richard Bonynge, qui rouvre une fois de plus la plupart des coupures, introduit l&rsquo;excitante cabalette finale aux origines compliquées (1).</p>
<p>Les enregistrements de <em>Maria Stuarda</em> ne courent pas les rues et celui-ci se situe aisément dans les sommets de la discographie. Joan Sutherland incarne le rôle-titre avec poésie et abandon et il n&rsquo;y a guère que les enregistrements sur le vif de Montserrat Caballé qui puissent venir la concurrencer, ainsi que le studio de Beverly Sills (mais les partenaires qu&rsquo;on y entend sont rarement du même niveau). « O nube! che lieve per l&rsquo;aria ti aggiri » est ainsi monument de beau chant et la cabalette qui suit « Nella pace del mesto riposo » montre que le soprano peut aussi exceller dans un registre plus véhément, contrastant avec le précédent. On admirera également la finesse des variations des reprises, excitantes mais sans être excessivement démonstratives. Enfin, Sutherland sait faire preuve du dramatisme nécessaire, en particulier dans sa scène d&rsquo;affrontement avec Elisabetta, « Figlia impura di Bolena » avec un « Vil bastarda  » qui fait froid dans le dos. La prière « Deh! Tu di un&rsquo;umile preghiera il suono » et la cabalette finale sont des sommets de l&rsquo;enregistrement, traditionnels sujets de débats passionnés entre les amateurs qui leur préfèrent la version de Montserrat Caballé et ceux qui vénèrent celle de Beverly Sills ! Luciano Pavarotti offre à nouveau une leçon de bel canto romantique. Tout y est : coloration, phrasé, gestion du souffle, nuances, urgence, suraigu aisé, le tout servi par un timbre d&rsquo;une beauté confondante, d&rsquo;autant que le rôle favorise ses plus belles notes. Huguette Tourangeau est une Elisabetta moins bien dotée vocalement, pas toujours suffisamment incisive pour son personnage (notamment dans la scène. Il est notoire que certains auditeurs ont une aversion certaine pour ses graves parfois trop poitrinés mais nous les trouvons quant à nous très efficaces. Ces réserves faites, le mezzo-soprano québécois tire son épingle du jeu d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est plus à l&rsquo;aise dans les passages moins vindicatifs (« Vana è la tua preghiera » par exemple). <strong>Roger Soyer</strong> interprète Talbot avec intelligence et un chant bien coloré. Dans les rôles secondaires, on citera en Cecil <strong>James Morris</strong> : futur Wotan d&rsquo;exception. La direction de Richard Bonynge pourrait sans doute être un peu plus incisive et théâtrale mais reste élégante et raffinée.</p>
<p>Heureuses années 70 où il se trouvait un éditeur majeur pour enregistrer une rareté telle que l&rsquo;<em>Esclarmonde</em> de Jules Massenet (et quelques autres comme on le verra par la suite), et surtout des amateurs pour faire l&rsquo;acquisition du coffret. L&rsquo;ouvrage restant peu connu, il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;en résumer le livret. Acte I : Esclarmonde (Joan Sutherland), impératrice de Byzance (et sorcière), aime Roland (Giacomo Aragall), comte de Blois, mais croit que leur union est impossible. Sur le conseil de sa sœur Parséis (Huguette Tourangeau), elle utilise la magie pour le transporter chaque nuit sur une île enchantée, tout en cachant sa véritable identité derrière un voile. Elle lui remet une épée magique pour combattre les Sarrasins. Acte II : Roland remporte la victoire à Blois. Le roi de France Cléomer (Robert Lloyd) lui offre la main de sa fille, mais il refuse. Les moines et l&rsquo;Évêque de Blois (Louis Quilico), mis finalement au courant des escapades nocturnes, pratiquent un exorcisme sur Esclarmonde et lui arrachent son voile. La jeune femme, se considérant trahie, reproche à Roland son infidélité et s&rsquo;enfuit. L&rsquo;épée magique se brise. Acte III : Son père Phorcas (Clifford Grant) exige d&rsquo;Esclarmonde qu&rsquo;elle renonce à Roland sous la menace de lui retirer ses pouvoirs magiques et de faire tuer le jeune homme. Elle se soumet et demande à Roland de l’oublier. Acte IV : un tournoi est organisé pour offrir sa main. Le vainqueur, vêtu de noir, se nomme « Désespoir » et refuse la main de la jeune femme. Celle-ci reconnaît la voix : il s&rsquo;agit de Roland. Lorsque son voile est levé, ils tombent dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre et sont acclamés comme impératrice et consort. Jules Massenet a un peu abordé tous les styles. <em>Esclarmonde </em>est à la limite du grand opéra, très éloignée des <em>Werther, Manon </em>ou du pauvre <em>Don Quichotte</em> qui sont l&rsquo;ordinaire invariable des programmations routinières. On serait ici davantage dans la veine du <em>Cid</em>, ouvrage tout aussi injustement dédaigné. Joan Sutherland est une sorcière souveraine, mais aucune magie ne suffirait à rendre intelligible sa diction sacrifiée sur l&rsquo;autel de la beauté vocale ! Son « Esprit de l&rsquo;air ! Esprit de l&rsquo;onde ! » vaut toutefois à lui seul l&rsquo;achat d&rsquo;une chaîne stéréo destinée à assourdir tout le voisinage. On appréciera à l&rsquo;inverse l&rsquo;intelligibilité du texte chez Huguette Tourangeau, Parséis finement nuancée. <strong>Giacomo Aragall </strong>est un Roland au timbre coloré, au phrasé impeccable et au français très correct. Pour l&rsquo;anecdote, rappelons qu&rsquo;à l&rsquo;époque, le ténor catalan italianisait son vrai prénom, Jaime, parce qu&rsquo;il sonnait en italien comme le cri de désespoir de Mario dans Tosca : « Ahimé! ». <strong>Louis Quilico </strong>est un Évêque de Blois plein d&rsquo;autorité, alliant la solidité des voix américaines à l&rsquo;idiomatisme d&rsquo;un québécois d&rsquo;origine. <strong>Robert Lloyd </strong>est un Clémoer un peu trop nasal. <strong>Ryland Davies </strong>est un Énéas (le fiancé de Parséis) irréprochable. Richard Bonynge se révèle une fois de plus parfaitement à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opéra romantique français.</p>
<p>L&rsquo;<em>Oracolo</em> est un ouvrage encore plus tard (et, à notre connaissance, le seul qui commence par le chant d&rsquo;un coq). Créé en 1905, l&rsquo;action se déroule à San Francisco, dans une fumerie d&rsquo;opium de Chinatown : elle est particulièrement ramassée puisqu&rsquo;en moins d&rsquo;une heure nous aurons droit à un kidnapping et deux meurtres. L&rsquo;intrigue vaut son pesant de riz collant. L’action se déroule le matin du Nouvel An chinois. Cim-Fen (Tito Gobbi), patron d’une fumerie d’opium, feint d’aimer Hua-Quî (Huguette Tourangeau) gouvernante de Hu-Tsin (Clifford Grant) afin de pénétrer dans la maison du riche marchand et de kidnapper son fils Hu-Ci. Parallèlement, Uin-San-Lui (Ryland Davies), fils du vieux savant Uin-Scî (Richard Van Allan), aime Ah-Joe (Joan Sutherland), la nièce de Hu-Tsin. Un oracle annonce un destin tragique pour l’enfant qui est effectivement enlevé par Cim-Fen. Il s&rsquo;introduit auprès du père éploré et lui promet de retrouver l&rsquo;enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Pas du tout d&rsquo;accord avec le deal, l&rsquo;amoureux dit qu&rsquo;il peut lui aussi sauver l’enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Mal lui en prend : il est rapidement assassiné par Cim-Fen. Ah-Joe sombre dans la folie (nous y voilà !). Uin-Scî jure de venger son fils (entracte). Attiré par des cris sous une trappe, Uin-Scî j retrouve l&rsquo;enfant kidnappé qu&rsquo;il rend à son père. Rencontrant Cim-Fen ivre, Uin-Scî l&rsquo;étrangle. D&rsquo;origine italienne, Franco Leoni a fait l&rsquo;essentiel de sa carrière en Grande-Bretagne. <em>L&rsquo;Oracolo</em> a été créé à Covent Garden (1905) puis repris au Metropolitan (1915) couplé avec <em>I</em> <em>Pagliacci</em>. En 1937 à San Francisco, la représentation de l&rsquo;ouvrage par une troupe itinérante fut l&rsquo;objet de protestations de la communauté chinoise : l&rsquo;ouvrage dut être précédé d&rsquo;un discours explicatif précisant qu&rsquo;il n&rsquo;était que de pur fiction et sans rapport passé ou actuel avec le vrai Chinatown (plus ça change, plus c&rsquo;est la même chose). Il faut reconnaitre qu&rsquo;il y a aussi un peu de quoi, non pas en raison de l&rsquo;intrigue mais de part la façon dont la foule des asiatiques est dépeinte, glapissante plutôt que chantante, scandant des « Wu-fèt, tan-hae, fu-lu, sam-ciau» caricaturaux, charabia qui ne veut rien dire du tout (nous avons vérifié). La musique est agréable sans être mémorable, avec des influences de Puccini bien sûr, mais aussi de Debussy. En fin de carrière, <strong>Tito Gobbi</strong> apparait bien fatigué avec un haut médium tiré (il va sur ses 62 ans) et a recours à des effets caricaturaux. Joan Sutherland n&rsquo;a que peu de chose à chanter (la scène de folie n&rsquo;en est pas vraiment une). <strong>Clifford Grant</strong> est bon interprète mais l&rsquo;émission est un peu trop nasale. Ryland Davies a une voix un peu légère mais le chant est élégant. Dans un répertoire où on ne l&rsquo;attendait pas, Richard Bonynge surprend par une direction idéalement dramatique. Le CD est complété avec la musique de scène composée par Leoni pour la pièce de James Bernard Fagan, <em>The Prayer and the Sword</em>, composition plutôt agréable.</p>
<p>Retour aux enregistrements de référence avec <em>Il Trovatore, </em>version à classer parmi les meilleures de la discographie. Richard Bonynge revient ici aux origines belcantistes de l&rsquo;ouvrage que la tradition a par la suite confié à des voix plus dramatiques. L&rsquo;œuvre s&rsquo;y prête et on pourra préférer Franco Corelli ou Leontyne Price dans cette optique. Les coupures sont restaurées codas, reprises avec variations, virtuose cabalette de Leonora à l&rsquo;acte III, interventions de la basse dans le chœur d&rsquo;entrée de l&rsquo;acte III. Surtout, les chanteurs respectent les difficultés de la partition telle qu&rsquo;elle a été écrite par Verdi. Le rare ballet (écrit pour la version de Paris) est également restitué (précisons que les premiers reports en CD ne le contenaient pas). Les amateurs de contre-notes seront également ravis. Le Manrico de Luciano Pavarotti est superbe de beau chant. Joan Sutherland est une Leonora atypique mais passionnante. Il en va de même de la frémissante Azucena de <strong>Marilyn Horne</strong>. <strong>Ingvar Wixell</strong> n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur du trio de tête mais on ne va pas chipoter. Enfin, Nicolaï Ghiaurov complète magnifiquement la distribution. La direction est réjouissante. Ajoutons que ces splendeurs musicales sont complétées pas un engagement dramatique intense. Inutile de s&rsquo;attarder : à écouter ou réécouter impérativement.</p>
<p><em>Lucrezia Borgia</em> est l&rsquo;un des très grands rôles de Joan Sutherland et, accessoirement, un opéra que l&rsquo;on ne donne pas assez souvent. Le rôle sied bien à la chanteuse à ce stade de sa carrière et, hors « pirates »,  on peut guère lui trouver que deux rivales : Montserrat Caballé (chez RCA mais surtout dans certains enregistrements sur le vif) et&#8230; Joan Sutherland elle-même captée en vidéo trois années plus tard au Covent Garden, avec Alfredo Kraus à ses côtés (1980). Le soprano australien sait là encore rendre les différents sentiments de cette héroïne complexe, à la fois empoisonneuse, mère et séductrice involontaire de son propre fils. Sa scène finale « Era desso il figlio mio » la voit sans égale. Giacomo Aragall offre un Gennaro élégant et nuancé, malheureusement sans les libéralités d&rsquo;Alfredo Kraus dans le registre aigu (Sutherland doit se sentir bien seule avec son contre-ut dièse à la fin du prologue ou son contre-ut à la fin du duo de l&rsquo;acte I). Le ténor catalan chante toutefois avec vaillance la scène alternative « Partir degg&rsquo;io&#8230; T&rsquo;amo qual dama un angelo » judicieusement rétablie par Bonynge. Marilyn Horne est un Orsini magnifique dont chaque intervention se déguste avec une gourmandise coupable. Ingvar Wixell chevrote un peu en Alfonso mais fait preuve d&rsquo;une belle autorité. Peu rompu aux exercices belcantistes, il ne fait pas de variations dans les reprises mais rajoute un beau sol dièse en fin de cabalette. La direction de Richard Bonynge est idéale. Le chef australien fait un peu son marché dans les différentes versions de l&rsquo;ouvrage : pas de cabalette après l&rsquo;air d&rsquo;entrée (celle-ci fut écrite pour Giulia Grisi pour la création parisienne en 1840 et venait remplacer le second couplet de l&rsquo;air d&rsquo;entrée), l&rsquo;air de Gennaro mentionné plus haut (composé cette fois pour Nicola Ivanoff qui créa en 1838 une version acceptée par la censure sous le titre improbable d&rsquo;<em>Eustorgia da Romano</em> !), rondo final avec reprise (le <em>da capo</em> était initialement non prévu par Donizetti car anti-musical), et autres adaptations à la marge.</p>
<p>Les extraits en anglais de <em>Die lustige Witwe</em> (<em>The Merry Widow</em>) sont fort sympathiques à condition de savoir faire abstraction de la langue anglaise. Les arrangement de Richard Bonynge font d&rsquo;ailleurs davantage penser à de la comédie musicale qu&rsquo;à de l&rsquo;opérette. Joan Sutherland semble beaucoup s&rsquo;amuser et son enthousiasme est communicatif, démontrant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petite musique pour une grande chanteuse. <strong>Werner Krenn</strong> est un Danilo aux moyens plutôt limité mais sympathique. On peut en dire autant du Camille de<strong> John Brecknock</strong>. <strong>Graeme Ewer</strong> en Njegus restitue l&rsquo;esprit de l&rsquo;opérette. L&rsquo;immense <strong>Regina Resnik</strong> fait une apparition remarquable en troisième grisette, Zo-zo ( « Et moi ! »). La direction de Richard Bonynge est pleine d&rsquo;entrain.</p>
<p>Au chapitre de l&rsquo;opérette, on regrettera et on s&rsquo;étonnera que la version en anglais de<em> Die Fledermaus</em> avec les troupes de l&rsquo;Australian Opera (Anson Austin, Robert Gard, Monique Brynnel, Heather Begg, Anne-Maree McDonald, Graeme Ewer), captée sur le vif en 1982, ne soit pas incluse dans ce coffret censément intégral, alors qu&rsquo;elle fut disponible chez l&rsquo;éditeur en 33 tours, puis CD et même en VHS. Le fait est d&rsquo;autant plus étonnant que l&rsquo;enregistrement est mentionné à plusieurs reprises dans le livret qui accompagne le coffret.</p>
<p><em>Suor Angelica</em> est une surprenante réussite dans une approche modérément vériste (comme version de référence, on choisira Renata Scotto). Mais même avec une interprétation dénuée de débordements dramatiques, la chanteuse australienne sait nous émouvoir, n&rsquo;hésitant pas, une fois n&rsquo;est pas coutume, devant certains <em>parlando</em> ou des graves poitrinés. Globalement, sa Suor Angelica est pleine de retenue : c&rsquo;est un choix qui s&rsquo;accorde du reste avec les origines aristocratiques de l&rsquo;héroïne. Sa scène avec <strong>Christa Ludwig</strong>, celle-ci d&rsquo;une froideur hautaine, sans histrionisme, est une vraie réussite, les deux artistes se complétant parfaitement. Le « Senza mamma » est chanté sans excès mais avec d&rsquo;ultimes notes bouleversantes et le finale prend aux tripes. Le reste de la distribution réunit le gratin du chant britannique des années 70. La direction de Richard Bonynge est tour à tour délicate et dramatique. Une version atypique à connaitre si l&rsquo;on apprécie ce splendide ouvrage. L&rsquo;enregistrement est complété par un étonnant et splendide « Vissi d&rsquo;arte » extrait de <em>Tosca</em>, où la chanteuse témoigne d&rsquo;une incroyable aisance, avec une homogénéité unique sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et une interprétation d&rsquo;une délicate sensibilité.</p>
<p><em>Le Roi de Lahore </em>de Jules Massenet est une autre curiosité bienvenue de cette compilation. L&rsquo;ouvrage est déjà le quinzième du compositeur mais force est de reconnaitre que les quatorze opéras précédents n&rsquo;ont pas laissé beaucoup de traces, à part éventuellement <em>Don César de Bazan</em> ou <em>L&rsquo;Adorable Bel-Boul</em> connus de quelques spécialistes du compositeur stéphanois. La plupart sont mêmes inachevés, inédits ou perdus. Massenet s&rsquo;attaque ici au grand opéra et l&rsquo;intrigue est encore plus étonnante que celle d&rsquo;<em>Esclarmonde</em>. Acte I : Scindia (Sherrill Milnes), ministre du roi Alim (Luis Lima), est amoureux de Sita (Joan Sutherland), prêtresse du temple, et qui est aussi sa nièce. Il demande au grand prêtre Timour (James Morris) de la relever de ses vœux, affirmant qu&rsquo;elle a déjà un amant secret. Sita avoue son amour à Scindia mais refuse de dévoiler l&rsquo;identité du jeune homme qu&rsquo;elle aime. Les prêtres exigent qu&rsquo;elle chante la prière du soir pour attirer celui-ci qui n&rsquo;est autre que le roi (et fils de Timour). Alim est condamné à expier sa faute en prenant la tête de l&rsquo;armée contre l&rsquo;envahisseur musulman. Scindia pense déjà à comploter contre lui. Acte II : Sita attend le retour d&rsquo;Alim du combat, mais l&rsquo;armée a été vaincue Scindia s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;envahisseur pour prendre la place du roi. Alim meurt dans les bras de Sita (on coupe l&rsquo;alim). Scindia usurpe le trône et emmène Sita prisonnière. Acte III (au paradis !) : Alim pleurniche auprès du dieu Indra : Sita lui manque. Indra accepte de renvoyer Alim sur terre, mais sous les habits d&rsquo;un individu quelconque et méconnaissable. Il vivra aussi longtemps que Sita, et les deux amants mourront au même moment. Acte IV :  Sita se lamente. Alim arrive à Lahore mais personne ne le reconnait. Timour voit en lui un visionnaire inspiré. Acte V : Sita a fui le mariage forcé avec Scindia. Les deux amants se retrouvent enfin. Scindia survient et les menace. Sita se poignarde. Les deux amants sont réunis au paradis. Musicalement, on réitérera les observations faites au sujet d&rsquo;<em>Esclarmonde.</em> La partition manque sans doute de tubes immédiatement mémorables. On trouve en 78 tours un grand nombre de versions de l&rsquo;air de Scindia « Promesse de mon avenir », mais la pièce à disparu du répertoire des barytons. La musique est toutefois riche et opulente, d&rsquo;un exotisme séduisant, avec de nombreuses scènes impressionnantes, notamment au niveau du traitement des chœurs. <strong>Sherrill Milnes</strong> est un Scindia expressif, aux accents dramatiques variés, toujours bien chantant, au français bien articulé. L&rsquo;intelligence du texte et la justesse de l&rsquo;expression sont d&rsquo;autant plus remarquables qu&rsquo;il semble que le baryton américain n&rsquo;avait jamais chanté le rôle auparavant. <strong>Joan Sutherland </strong>fait des efforts d&rsquo;articulation, mais sa prononciation n&rsquo;est pas toujours très claire, du moins à la première écoute. On retrouve ses qualités habituelles dans l&rsquo;opéra français, mélange de finesse poétique et de dramatisme incisif. Le registre suraigu est peu sollicité mais Joan Sutherland ajoute quand même un spectaculaire contre ré à la fin de l&rsquo;acte II.  <strong>Luis Lima</strong> est un Alim au français impeccable (le meilleur de toute la distribution), bien chantant, auquel ne manque qu&rsquo;un timbre moins blanc et un soupçon d&rsquo;héroïsme. <strong>James Morris</strong> est un Timour impressionnant quoiqu&rsquo;un peu nasal. <strong>Huguette Tourangeau</strong> voit rétablie sa longue sérénade « Repose, ô belle amoureuse », coupée à l&rsquo;Opéra, qui lui. permet d&rsquo;exprimer une belle musicalité. Nicolaï Ghiaurov n&rsquo;apparait qu&rsquo;au Paradis, avec une impressionnante scène, « Qu&rsquo;il soit lui ! qu&rsquo;il ne soit plus lui ! ». L&rsquo;enregistrement arrive toutefois un peu tard dans sa carrière. La direction de Richard Bonynge est bien dans le style, mais il lui manque un orchestre plus incisif dans les scènes les plus animées.</p>
<p>En 1979, pour ce nouvel enregistrement de <em>La Traviata</em>, la voix de Joan Sutherland s&rsquo;est épaissie. Cette seconde Violetta n&rsquo;a pas la voix d&rsquo;une pure jeune fille (était-ce d&rsquo;ailleurs le cas ?) mais la maturité a apporté une nouvelle dimension à cette interprétation, notamment pour le duo avec Germont. La version reste néanmoins essentiellement un écrin pour les voix. Le « Sempre libera » est confondant de virtuosité, avec des variations inédites proprement stupéfiantes (une dizaine de contre-ut et un ut dièse piqués avant le mi bémol final). « Addio del passato » reste en revanche un peu trop extérieur. Luciano Pavarotti campe un Alfredo au timbre solaire, bien chantant mais sans raffinements excessifs. On a un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;écoute chanter. <strong>Matteo Manuguerra</strong> est le seul à vraiment faire du théâtre. Certes le timbre est un peu ingrat, mais le baryton français d&rsquo;origine italienne nuance avec intelligence, variant par exemple les couleurs dans les deux couplets de son « Di Provenza » ce que même des belcantistes renommés comme Renato Bruson ne font pas, même sous la baguette de Riccardo Muti ! L&rsquo;orchestre de Bonynge est ample et somptueux. Au global, une version pour les oreilles plutôt que pour le cœur, mais qui s&rsquo;écoute de toute façon avec plaisir, davantage pour ses splendeurs vocales que pour l&rsquo;émotion qui s&rsquo;en dégage.</p>
<p>On fera la même analyse pour la seconde version de <em>La Sonnambula</em>. Avec une voix devenue plus lourde, Joan Sutherland y est moins idoine que dans la première version tout en restant une belcantiste incomparable, colorant chaque intervention avec une extrême intelligence. Les variations des reprises sont audacieuses et parfaitement exécutées et les suraigus jubilatoires, mais l&rsquo;innocente jeune fille n&rsquo;est pas vraiment là. Luciano Pavarotti est ici moins séduisant que dans <em>I Puritani</em>. Ses accents manquent un peu de subtilités. Certains sons, artificiellement enflés, donnent un peu l&rsquo;impression que le tenorissimo se caricature lui-même. Les suraigus sont moins spectaculaires. S&rsquo;il y a bien les nombreux contre-ut du « Prendi: l&rsquo;anel ti dono », ils manquent de <em>squillo</em>, et d&rsquo;autres contre-notes plus ou moins traditionnelles sont esquivées (pas de contre-ré dans « Ah! perché non poco odiarti » <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/FQC9FbpKp_k?t=43">comme ici</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/mrz7kAusC88?t=186">encore ici</a>). Reste un timbre magnifique, un beau phrasé, une vraie coloration. Nicolaï Ghiaurov est un Rodolfo magnifique, d&rsquo;une grande finesse musicale. Les autres rôles sont très corrects. La version a l&rsquo;extrême avantage de restaurer beaucoup de pages habituellement coupées (reprises, points d&rsquo;orgue, codas&#8230;). La baguette de Bonynge est un peu moins vive que d&rsquo;habitude. Orchestre et chœurs sonnent un peu lourd : plus longue d&rsquo;environ 25 minutes que les versions traditionnelles, cette <em>Sonnambula</em> doit être goûtée en plusieurs fois pour éviter l&rsquo;indigestion.</p>
<p>Si la version du <em>Beggar’s Opera</em> de Richard Bonynge a le mérite d&rsquo;avoir contribué à la redécouverte de l&rsquo;ouvrage, elle n&rsquo;est pas sans défaut. Il s&rsquo;agit déjà d&rsquo;une version plus proche du XIXᵉ siècle que du XVIIIᵉ, avec une instrumentalisation concoctée par Richard Bonynge (incluant piano et saxophone !) dans un style plus proche de Broadway (ou plutôt West End) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous/">que de celui des Arts Florissants</a>. L&rsquo;ouverture est vive et plaisante, presque trop opulente. Les différents numéros sont bien animés, tantôt chantés par des acteurs-chanteurs (<strong>Angela Lansbury</strong> par exemple), tantôt par des voix lyriques (<strong>Kiri Te Kanawa</strong>, somptueuse) et encadrés par des dialogues parlés avec une sorte d&rsquo;accent cockney. Toutefois, si, individuellement, les artistes sont irréprochables, on ne peut pas dire que la sauce prenne vraiment. Joan Sutherland a relativement peu à chanter. Une curiosité.</p>
<p><em>I Masnadieri</em> fait partie des opéras mal aimé de Verdi, pour des raisons assez peu compréhensibles : sans atteindre les chefs d&rsquo;œuvre de la maturité du compositeur, l&rsquo;ouvrage offre son comptant de mélodies, de moments dramatiques et de scènes excitantes. Avant cet enregistrement de 1983, la discographie officielle est relativement faible, à peu près uniquement constitué de la version de Lamberto Gardelli dont la battue lymphatique a du mal à susciter l&rsquo;intérêt malgré une belle distribution. <strong>Franco Bonisolli</strong> est ici un Carlo athlétique, aux suraigus généreux, toujours bien chantant avec un authentique phrasé verdien, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/les-fous-chantants-9-le-plus-fou-de-tous/">qui fait mentir sa légende noire</a>. Joan Sutherland est ici dans une forme exceptionnelle dans un rôle qui correspond pleinement à l&rsquo;évolution de sa voix. Déprimé ? Rien de tel que d&rsquo;écouter son « Carlo vive ? » pour vous remonter le moral ! Rappelons que le rôle avait été créé à Londres par Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em> étant une interprète renommée de <em>La</em> <em>Sonnambula. </em>Matteo Manuguerra est peut-être enregistré un peu tard mais son métier et ses moyens lui permet de camper un Francesco ardent, avec un vrai impact dramatique et un suraigu impérial. <strong>Samuel Ramey</strong> vient compléter la distribution avec un Massimiliano incisif et noir d&rsquo;un impact exceptionnel. La direction très théâtrale de Richard Bonynge bénéficie d&rsquo;un orchestre du Welsh National Opera rompu à la scène et apporte l&rsquo;élan indispensable aux premiers ouvrages verdiens. Indispensable.</p>
<p><em>Hamlet</em> est une autre résurrection majeure, première version studio moderne de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Ambroise Thomas et référence d&rsquo;un ouvrage longtemps injustement négligé. Sherrill Milnes est un Hamlet exceptionnel, d&rsquo;une immense intelligence dramatique et d&rsquo;un art du chant absolument unique dont l&rsquo;incarnation est absolument incontournable. Joan Sutherland est une Ophélie pleine de poésie nostalgique, à la virtuosité impeccable mais surtout authentiquement émouvante. <strong>Gösta Winbergh</strong> est un Laërte de luxe, au style et au français parfait. <strong>James Morris</strong> est un Claudius noir et royal de prestance. <strong>Barbara Conrad</strong> est d&rsquo;un beau dramatisme, mais au prix d&rsquo;un style un peu débraillé. Si le mezzo américain ne s&rsquo;économise guère, le rôle est un peu à la limite de ses moyens. Le ballet qui précède la scène de folie d&rsquo;Ophélie est ici restitué. Richard Bonynge sait alterner la mélancolie des scènes les plus sombres et l&rsquo;énergie nécessaire pour éviter une ambiance excessivement neurasthénique.</p>
<p>Joan Sutherland  avait enregistré une première <em>Norma</em> légendaire en 1964 (publiée en 1965). L&rsquo;intérêt d&rsquo;une seconde version 20 ans plus tard soulevait l&rsquo;interrogation, et beaucoup considérait que le soprano risquait gros en se confrontant à son propre souvenir. La présence de Montserrat Caballé, exceptionnelle Norma elle aussi dans les années 60-70, mais en Adalgisa cette fois laissait tout aussi perplexe alors que la chanteuse avait depuis longtemps opté pour un répertoire plus dramatique. Et le miracle vint. Les deux chanteuses sont plutôt en état de grâce et offrent ici une version passionnante, très différente de la première. Les voix des deux chanteuses s&rsquo;accordent idéalement et le soprano catalan retrouve même ses notes filées légendaires. Par ailleurs, après avoir enregistré <em>Norma</em> dans sa tonalité aiguë, Sutherland chante ici la tonalité traditionnelle : c&rsquo;est ici une Norma plutôt mère que jeune fille. Les deux versions se complètent donc. Luciano Pavarotti est un Pollione plus lyrique que baryténor mais on s&rsquo;en moque car il est divin. Samuel Ramey est tout simplement le meilleur Oroveso de la discographie. Rappelons que ni Caballé, ni Pavarotti, ni Ramey n&rsquo;avaient (sauf erreur de notre part) jamais chanté ces rôles auparavant. La prise de son est superlative. Forte d&rsquo;une longue expérience de l&rsquo;ouvrage, la direction de Richard Bonynge est idéalement théâtrale.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement de <em>Rodelinda</em> arrive un peu tard dans la carrière de Joan Sutherland : non pas tant que les années aient passé sur sa voix, que parce que le style de Richard Bonynge est désormais démodé face à la révolution du chant baroque qui s&rsquo;est, entre temps opérée. L&rsquo;esthétique est ici celle du belcanto romantique (on est quelque part entre Rossini et Bellini) et non celle du belcanto au sens historique du terme (Haendel et Cie). L&rsquo;ouvrage est chantée comme une tragédie en musique, un peu hiératique, avec beaucoup d&rsquo;ampleur. Joan Sutherland est incroyable de facilité technique, jamais en défaut devant les difficultés de la partition, toute emprunte d&rsquo;une douce nostalgie pleine de poésie. Dramatiquement marmoréenne, elle est avant tout reine, plutôt que femme passionnée. <strong>Alicia Nafé</strong> est un Bertarido dramatiquement à l&rsquo;unisson, au chant soigné, à la vocalise aisée, plus dans la réserve de la noblesse que dans l&rsquo;engagement dramatique. Le jeune <strong>Curtis Rayam</strong> offre également en Grimoaldo un chant aisé d&rsquo;une belle noblesse, avec un timbre agréable. <strong>Isobel Buchanan</strong> est une Eduige bien chantante, au timbre personnel, moiré. Huguette Tourangeau sait trouver quelques beaux accents tragiques mais le mezzo canadien n&rsquo;est pas dans son répertoire et ses moyens sont diminués, avec des vocalises appliquées et des reprises de souffle intempestives. Samuel Ramey est absolument exceptionnel tant vocalement que dramatiquement, méchant inquiétant mais jamais caricatural, miracle de beau chant et contrepoids théâtral de ses partenaires. La direction de Richard Bonynge est cohérente avec le parti choisi, et l&rsquo;enregistrement s&rsquo;écoute avec plaisir malgré une certaine uniformité stylistique (Ramey excepté). Toutefois, le style interprétatif est désormais très éloigné de l&rsquo;évolution moderne de l&rsquo;interprétation de ce répertoire.</p>
<p>Pour son <em>Anna Bolena</em>, Joan Sutherland, dont on notera ici une diction très claire, offre l&rsquo;habituel festival belcantiste allié à une interprétation dramatiquement convaincante. À l&rsquo;occasion, l&rsquo;émission semble toutefois un peu sur la réserve : on la connaitra plus investie et nettement plus excitante à l&rsquo;occasion de ses représentations d&rsquo;adieux à Londres l&rsquo;année suivante, en 1988. Samuel Ramey est musicalement sublime et dramatiquement odieux, d&rsquo;une noirceur idéale : on n&rsquo;a clairement jamais chanté le rôle aussi bien. Souffle, suraigu, trilles, vocalises : ténor essentiellement lyrique, <strong>Jerry Hadley</strong> est un peu gêné aux entournures dans un rôle où il aurait fallu un Rockwell Blake. <strong>Suzanne Mentzer</strong> est une Giovanna vibrante et sensible. <strong>Bernadette Manca Di Nissa</strong> est un Smeton au timbre profond et riche. L&rsquo;orchestre manque un peu d&rsquo;allant. La version proposée rétablit les pages habituellement coupées.</p>
<p>Enregistré en 1987, cet <em>Ernani</em> est longtemps resté dans les tiroirs. On n&rsquo;en sait pas vraiment la raison : quand on l&rsquo;interrogeait sur le sujet, Joan Sutherland prenait une mine circonspecte et répondait : « En tout cas, ce n&rsquo;est pas moi qui m&rsquo;y oppose ». Elle ajoutait parfois « Demandez à Luciano ». Selon d&rsquo;autres sources, le titre n&rsquo;aurait pas été assez vendeur (pourtant, avec une telle affiche&#8230;). On s&rsquo;attendait donc à une catastrophe quand l&rsquo;enregistrement fut enfin publié en 1998, soit plus de 10 ans après les séances d&rsquo;enregistrements. Ce fut une divine surprise. Luciano Pavarotti brille ici dans tout son éclat, campant un Ernani ardent et magnifiquement chantant. Il le chante en authentique belcantiste, avec lyrisme et poésie, probablement plus près du style du créateur du rôle, Carlo Guasco, dont la voix était qualifiée de plus douce que robuste : il avait entre autres créé les parties ténors d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata</em> (le rôle d&rsquo;Oronte, également chanté par Pavarotti) et Attila. En ce sens, le tenorissimo est très éloigné de l&rsquo;ardeur martiale décomplexée (mais vraisemblablement hors style) d&rsquo;un Mario Del Monaco ou d&rsquo;un Franco Corelli, titulaires néanmoins particulièrement excitants du rôle. Ses efforts sont d&rsquo;autant plus méritoires que le chanteur avait abandonné progressivement le belcanto romantique pour des ouvrages plus dramatiques. Joan Sutherland est sans doute la seule interprète enregistrée à rendre pleinement justice aux difficultés de la partition : celle-ci réclame une technique vocale parfaite, et bien des interprètes trop <em>spinto</em> sont obligées de la simplifier. Le rôle avait été créé par Sophie Löwe, qui chanta <em>Nabucco, Lucrezia Borgia, Linda di Chamounix, I Lombardi, Attila</em> et dont Verdi voulait pour la création de <em>Macbeth</em>.   <strong>Leo Nucci</strong> est également très fidèle au modèle du créateur de Carlo qui s&rsquo;illustra essentiellement dans le belcanto romantique :<em> Il Barbiere di Siviglia, Roberto Devereux, Beatrice di Tenda, Parisina, Lucia di Lammermoor</em>, etc. La voix du baryton italien mêle ici autorité et noblesse de la ligne. <strong>Paata Burchuladze</strong> est également très proche de l&rsquo;interprète original qui chantait les rôles de basse dans <em>Attila, Nabucco, Macbeth</em>, <em>La Favorite</em>, etc. et qui déploie un timbre d&rsquo;une splendide noirceur. Le quatuor offre ainsi un éventail de timbres caractérisés et se complétant idéalement, allié à une technique vocale assurée et à un bel engagement dramatique. En ce qui concerne les voix masculines, il ne manque que quelques variations dans les reprises, mais on sait qu&rsquo;elles sont souvent problématiques chez Verdi. Sous la baguette énergique de Richard Bonynge, cet <em>Ernani</em> est particulièrement roboratif et, cerise sur le gâteau, sans doute le plus proche des intentions du compositeur.</p>
<p>Ultime enregistrement d&rsquo;intégrale par Joan Sutherland, <em>Adriana</em> <em>Lecouvreur</em> connut quelques soucis. Luciano Pavarotti était sans doute plus intéressé par les méga-concerts que par un opéra où il n&rsquo;a pas le premier rôle : il arriva non préparé aux sessions d&rsquo;enregistrements et on dût finir par rompre son engagement après neuf prises insatisfaisantes d&rsquo;un même duo. Quelques années plus tôt, José Carreras aurait pu interpréter le rôle de Maurizio mais la leucémie l&rsquo;écarta à l&rsquo;époque des scènes et des studios. Finalement, c&rsquo;est un <strong>Carlo Bergonzi</strong> de 65 ans qui vint sauver l&rsquo;enregistrement. En dépit de ses ressources techniques, le ténor italien ne peut masquer l&rsquo;usure de ses moyens, en particulier un aigu exagérément tendu et une tendance à placer la voix dans le nez quand ça ne veut pas passer autrement. Il y a le métier, un phrasé unique, une belle musicalité et, de la part d&rsquo;un interprète assez monolithique en scène, un sympathique engagement dramatique, mais c&rsquo;est incontestablement trop tard. On n&rsquo;attendait pas vraiment Joan Sutherland dans ce rôle quoiqu&rsquo;elle l&rsquo;ait chanté à la scène. Son interprétation est musicalement impeccable (un « Io son l&rsquo;utile ancella » d&rsquo;entrée évanescent même sans pianissimo final) et dramatiquement irréprochable, notamment sa scène finale de l&rsquo;acte III où l&rsquo;on sent monter la fureur initialement contenue. Le « Poveri fori » du dernier acte est très émouvant. Globalement une interprétation de grande qualité, certes pas au niveau de celles de Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais digne d&rsquo;être prise en considération. <strong>Cleopatra Ciurca</strong> est une Princesse de Bouillon correcte, un peu tendue dans l&rsquo;aigu toutefois, et on a connu de interprètes plus inquiétantes. Leo Nucci est le meilleur Michonnet de la discographie, personnage noble et plein d&rsquo;humanité. <strong>Michel Sénéchal</strong> est époustouflant en Abbé (que ne l&rsquo;a-t-on fait davantage enregistrer ces rôles de caractère !). <strong>Francesco Ellero d&rsquo;Artegna</strong> se voit restituer un court arioso au début de l&rsquo;acte III, avant l&rsquo;arrivée d&rsquo;Adriana. La scène ne dure que 2 minutes mais elle permet de comprendre le déroulement ultérieur puisque, devant son épouse et l&rsquo;Abbé, le Prince y rappelle ses talents de chimiste amateur et la découverte d&rsquo;un poison, lequel sera utilisé par la Princesse pour tuer Adriana à l&rsquo;acte suivant. Pourquoi cette coupure traditionnelle ? Rappelons qu&rsquo;Eugène Scribe, auteur du drame qui inspira l&rsquo;opéra de Cilea, était le chantre de la <em>pièce bien faite</em> : quelle que soit la complexité de l&rsquo;ouvrage, aucunes péripéties ne devaient rester inexpliquées au final. Merci encore Richard Bonynge.</p>
<p>Comme après l&rsquo;écoute des précédents coffrets, on reste sonné devant tant de merveilles. Et même si on pourrait ergoter sur certains témoignages tardifs, une chose reste sure : même à leur crépuscule, les dieux restent des dieux. Rappelons enfin qu&rsquo;on célèbrera le centenaire de la <em>Stupenda</em> le 7 novembre 2026.</p>
<ol>
<li>
<pre>La musicologie de ce répertoire progresse à coup de redécouvertes de documents oubliés ou négligés. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les représentations d’<em>I Puritani</em> se terminent assez abruptement : l’air d’Arturo « Credeasi misera » est suivi d’un chœur auquel se joignent les deux principaux protagonistes. Cependant, des éditions du livret comportent un duo final, ce dont on déduit qu’il a été coupé peu de temps avant la création de l’ouvrage. Alors que Bellini prépare la première au Théâtre italien de Paris, il travaille également sur son adaptation pour Naples : l’ouvrage doit être créé au San Carlo par Maria Malibran. Cette dernière étant mezzo, les tonalités sont descendues pour être adaptées à sa tessiture. Cette version comporte de nombreuses autres modifications. En particulier, le dernier air d’Arturo (« Credeasi misera ») est adapté pour... Elvira ! Il est suivi d’une cabalette virtuose « Ah sento o mio bell'angelo » dont le texte est quasi identique à celui du duo final coupé à Paris. On peut logiquement en conclure que la musique en devait être la même avant la coupure parisienne. Suite au décès prématuré du compositeur, et à celui non moins dramatique de la cantatrice un an plus tard, cette version ne sera jamais donnée au XIXe siècle. Elle subsiste toutefois dans les archives (dans une version forcément inachevée vue les circonstances). Richard Bonynge aurait redécouvert cette partition à Catane et aurait eu l'idée de compléter la version parisienne traditionnelle avec cette polonaise finale, moyennant une tonalité réhaussée pour rester cohérent avec la musique qui précède. À l'occasion des représentations de Palerme en 1961, sous la direction de Tulio Serafin, Joan Sutherland a pu créer cette polonaise, avec le succès que l'on imagine. En toute rigueur musicologique, la partition de la cabalette napolitaine aurait dû servir à recréer le duo coupé mais, soit que Bonynge n’ait pas eu connaissance du livret avant coupures, soit que le ténor ne fut pas à la hauteur, soit plus probablement qu’il eut voulu réserver un ultime moment de bravoure à son épouse, la cabalette réhaussée fut donc chantée par Elvira seule. Elle a été interprétée ainsi par les plus grandes Elvira, outre Joan Sutherland : Beverly Sills, Edita Gruberova (la première fois sous la direction de Bonynge), June Anderson ou encore Jessica Pratt. Mariella Devia ne semble l’avoir chanté qu’à Catane en 1989 (on vous laissez deviner qui dirigeait...). On a pu entendre le duo enfin restitué <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://vk.com/video371470145_456239391?t=2h47m45s">à l’occasion des représentations bolognaises de 2009</a> (avec Juan Diego Flórez et Nino Machaidze sous la baguette de Michele Mariotti). Pour découvrir la version Malibran, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=JqOLiqE7s8A">il faudra se contenter des représentations de 1986 au Teatro Petruzzelli de Bari</a>, assez mal défendues par une Katia Ricciarelli en fin de carrière (et qui n’a jamais été mezzo), aux côtés de Chris Merritt.</pre>
</li>
</ol>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/">Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La boîte à pépites : Samuel Ramey se sent pousser des L</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-samuel-ramey-se-sent-pousser-des-l/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Aug 2022 17:30:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-samuel-ramey-se-sent-pousser-des-l/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Parmi les trésors de Sesame Street, la série télévisée éducative américaine pour enfants qui donna naissance au Muppet Show au milieu des années 1970, figure cet épisode où Samuel Ramey – la plus grande basse rossinienne du 20e siècle mais pas seulement – fait valoir les mérites de la lettre « L », en même temps que la longueur de son &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-samuel-ramey-se-sent-pousser-des-l/"> <span class="screen-reader-text">La boîte à pépites : Samuel Ramey se sent pousser des L</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-samuel-ramey-se-sent-pousser-des-l/">La boîte à pépites : Samuel Ramey se sent pousser des L</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Parmi les trésors de<em style="font-size: 14px;"> Sesame Street</em>, la série télévisée éducative américaine pour enfants qui donna naissance au <em style="font-size: 14px;">Muppet Show</em> au milieu des années 1970, figure cet épisode où <strong style="font-size: 14px;">Samuel Ramey</strong> – la plus grande basse rossinienne du 20e siècle mais pas seulement – fait valoir les mérites de la lettre « L », en même temps que la longueur de son ambitus, sur l&rsquo;air du Toréador de <em style="font-size: 14px;">Carmen</em>. Et cela suffit pour nous mettre de bonne humeur !</p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/85ezTttDh0I" title="YouTube video player" width="560"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/la-boite-a-pepites-samuel-ramey-se-sent-pousser-des-l/">La boîte à pépites : Samuel Ramey se sent pousser des L</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Finale des auditions du Met en streaming</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/finale-des-auditions-du-met-en-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 May 2021 09:30:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/breve/finale-des-auditions-du-met-en-streaming/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les auditions du Met (plus exactement Metropolitan Opera National Council Auditions) sont une ancienne tradition new-yorkaise, aujourd&#8217;hui dans sa 67e saison. Chaque année, l&#8217;institution organise des auditions à travers tout le pays : cette saison, ce ne sont pas moins de 1.200 candidatures qui se sont manifestées, la moitié ayant été retenues pour les 31 auditions &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/finale-des-auditions-du-met-en-streaming/"> <span class="screen-reader-text">Finale des auditions du Met en streaming</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/finale-des-auditions-du-met-en-streaming/">Finale des auditions du Met en streaming</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les auditions du Met (plus exactement Metropolitan Opera National Council Auditions) sont une ancienne tradition new-yorkaise, aujourd&rsquo;hui dans sa 67<sup>e</sup> saison. Chaque année, l&rsquo;institution organise des auditions à travers tout le pays : cette saison, ce ne sont pas moins de 1.200 candidatures qui se sont manifestées, la moitié ayant été retenues pour les 31 auditions régionales. 141 chanteurs ont été sélectionnés par la suite pour participer aux 10 concours régionaux qui ont eux-mêmes fait émerger 23 demi finalistes. Ceux-ci se sont produit devant un plus large public le 9 mai et les 10 finalistes se produiront à nouveau en concert le 16 mai. Le prix est plutôt bien doté (20 000 dollars par gagnant) et assure une exposition assez unique pour les professionnels du lyrique. La pression est forte et avait inspiré à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/FyMszwMVCVQ">Susan Froemke son film <em>The Audition</em>, réalisé lors de l&rsquo;édition 2007 du concours</a>. Compte tenu des circonstances sanitaires, la finale est proposé en streaming avec inscription préalable sur le lien concerts.kiswe.com/metopera. Rappelons quelques lauréats remarquables : Grace Bumbry, Louis Quilico, Teresa Stratas, Jessye Norman, Frederica von Stade, Shirley Verrett, June Anderson, Samuel Ramey, Kathleen Battle, Cheryl Studer, Carol Vaness, Renée Fleming, Susan Graham, Thomas Hampson, Ben Heppner, Deborah Voigt, Sondra Radvanovsky et, dans les années 2000, Lawrence Brownlee, Michael Fabiano, Angela Meade, Lisette Oropesa ou Nadine Sierra. Pour les curieux, le Met propose <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.metopera.org/about/auditions/national-council-auditions/about-the-national-council/">un petit film retraçant la compétition depuis ses origines,</a> initialement en partenariat avec les radios (Martina Arroyo fut ainsi découverte via ce média). Les 10 finalistes comptent 7 chanteurs américains et 3 artistes coréens : les sopranos Hyoyoung Kim, Brittany Olivia Logan, Murrella Parton, Raven McMillon et  Erica Petrocelli, les mezzos  Emily Treigle et  Emily Sierra, un baryton-basse, Jongwon Han, un baryton Timothy Murray, et un ténor, Duke Kim. Souhaitons aux lauréats des carrières aussi riches que celles de leurs ainés.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/finale-des-auditions-du-met-en-streaming/">Finale des auditions du Met en streaming</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Fous d&#8217;opéra : La Dame aux autographes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/</link>
					<comments>https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 May 2021 06:29:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/</guid>

					<description><![CDATA[<p>  Ⓒ Julie Glassberg / The New York Times   Décédée le 27 mars 2021, Lois Kirschenbaum était certainement l&#8217;une des figures les plus familières du Metropolitan Opera, avec l&#8217;incontournable Helen Quinn ordonnatrice des files d&#8217;attente des places debout. Plus discrète que cette dernière, Lois Kirschenbaum était en revanche bien mieux connue des artistes qu&#8217;elle visitait en coulisse &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/"> <span class="screen-reader-text">Fous d&#8217;opéra : La Dame aux autographes</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/">Fous d&rsquo;opéra : La Dame aux autographes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>           <br />
<img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" height="430" src="/sites/default/files/00kirschenbaum-facebookjumbo-750x430.jpg" width="750" /><br />
Ⓒ Julie Glassberg / The New York Times<br />
 </p>
<p class="legende" dir="ltr">Décédée le 27 mars 2021, Lois Kirschenbaum était certainement l&rsquo;une des figures les plus familières du Metropolitan Opera, avec l&rsquo;incontournable <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/actu/les-fous-dopera-pavane-pour-un-fan-defunt">Helen Quinn</a> ordonnatrice des files d&rsquo;attente des places debout. Plus discrète que cette dernière, Lois Kirschenbaum était en revanche bien mieux connue des artistes qu&rsquo;elle visitait en coulisse chaque soir, obsédée par une quête inépuisable de dédicaces de ses chanteurs et danseurs préférés.</p>
<p>Passionnée au-delà du raisonnable, Lois ne manquait quasiment jamais une soirée d&rsquo;opéra ou de ballet au Met, ce qui ne l&#8217;empêchait d&rsquo;ailleurs pas de fréquenter également le NYCO voisin (elle y vit tous les rôles de Beverly Sills, sauf un, à son grand regret). Ses moyens financiers étaient toutefois très limités pour ce rythme de 300 représentations annuelles. Elle achetait généralement une place sans visibilité, par exemple dans les loges du dernier balcon, où l&rsquo;on peut amener une partition pour suivre la musique mais d&rsquo;où on ne voit pratiquement rien, ce qui ne la gênait pas tant que ça car elle était quasiment aveugle. A l&rsquo;entracte, Lois tentait parfois de se replacer au Family Circle. De temps à autre, un ouvreur la laissait entrer discrètement dans le théâtre, quand elle n&rsquo;avait pas réussi à trouver une place dans son budget. Parfois, la chance s&rsquo;en mêlait : en 1980, elle gagne dans une tombola une entrée pour le gala d&rsquo;adieux de Beverly Sills. A la fin du spectacle le soprano américain l&rsquo;étreint en lui lançant : «  C&rsquo;était écrit ! ». </p>
<p>Lois Kirschenbaum est née le 21 novembre 1932 à New York, fille unique d&rsquo;Abraham et Gertrude Kirschenbaum (le père est opticien, ce qui ne manque pas de sel). Elle passe son enfance à Brooklyn, dans le quartier de Flatbush et y fait ses études, jusqu&rsquo;au lycée. Au début des années 50, ses parents déménagent à Manhattan, dans l&rsquo;appartement à loyer modéré qu&rsquo;elle occupera jusqu&rsquo;à sa mort. Jusqu&rsquo;à sa retraite en 2004, elle travaillera pour l&rsquo;organisation humanitaire <em>International Rescue Committee</em> (fondée en 1933 par Albert Einstein) où elle sera une modeste standardiste. Lois voit son premier opéra, <em style="font-size: 14.000000953674316px;">Pagliacci</em>, au début des années 50, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/actu/fous-dopera-les-fous-chantants-premiere-partie">au petit Amato Opera</a>. Sa folie nait un peu plus tard. A l&rsquo;époque, Lois est une grande fan des Brooklyn Dodgers. Mais, en 1958, l&rsquo;équipe locale de baseball part pour Los Angeles pour ne plus revenir. La passion de  Lois se rabat alors sur l&rsquo;opéra, après avoir entendu par hasard un enregistrement de Renata Tebaldi chez un disquaire (pour les jeunes générations : cherchez le mot dans un vieux dictionnaire). Comme la quasi totalité du public, elle est d&rsquo;abord une grande fan du soprano, qui règne quasiment sans partage sur l&rsquo;institution, pour le répertoire italien du moins. C&rsquo;était une époque où l&rsquo;on ne se creusait pas la tête en se demandant comment rendre l&rsquo;opéra populaire.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><img decoding="async" alt="" height="524" src="/sites/default/files/8734514.jpg" width="661" /><br />
Renata Tebaldi suivie par Lois Kirschenbaum </p>
<p> </p>
<p>Mais la folie particulière de Lois n&rsquo;était pas cette fréquentation effrénée du Metropolitan Opera. Sa grande affaire, c&rsquo;est quand le rideau tombait et qu&rsquo;elle se précipitait vers les loges. On disait qu&rsquo;elle entendait les artistes dans la salle, mais qu&rsquo;elle ne les voyait pour de bon que dans les coulisses. Les spectateurs qui venaient saluer un chanteur ou solliciter une dédicace après le spectacle, ne pouvaient manquer de remarquer ce personnage aux lunettes aux verres épais, parlant haut avec une emphase toute brooklynoise, et qui attendait comme eux devant la sortie des artistes, souvent vétue d&rsquo;un imper gris. Quand la porte s&rsquo;ouvrait, Lois, toute fine qu&rsquo;elle fut, bousculait tout le monde sur son passage, aidée de son large cabas, pour être la première à féliciter ses chanteurs préférés (quasiment tous). Elle sortait de son sac des dizaines de photos, des programmes (voire des supports plus fantaisistes) qu&rsquo;elle leur faisait signer. Je l&rsquo;ai ainsi vue faire dédicacer par Samuel Ramey (qu&rsquo;elle adorait et qui le lui rendait bien) une publicité pour les chaussures Mephisto. Lois était un peu rude avec les autres membres du public, très tranchée dans ses avis. Mais elle était tout miel avec les artistes, détaillant leur performance du jour et la comparant avec celles d&rsquo;autres soirées. Ses jugements étaient précis et écoutés (quoique pour le ballet, j&rsquo;ai des doutes) : pour un jeune artiste qui faisait ses débuts, être félicité par Lois était de bon augure (elle fut l&rsquo;une des toutes premières admiratrices de Samuel Ramey, dès son premier Don Basilio au NYCO en 1973 : la basse américaine s&rsquo;en est toujours souvenu). Régine Crespin l&rsquo;avait qualifiée de « Sweetest Girl in New York ». De fait, elle était généralement très bien accueillie par les artistes, en particulier par Plácido Domingo, découvert lui aussi au NYCO. Certains plaisantaient en disant qu&rsquo;ils ne chantaient à New York que pour le plaisir de discuter avec elle après le spectacle. Elle fut donc grandement meurtrie d&rsquo;être bannie un certain temps des coulisses, sans qu&rsquo;aucune raison précise n&rsquo;ait été avancée par la direction du Met (peut-être que certains chanteurs n&rsquo;avaient pas apprécié sa sincérité). Il faut dire aussi que, pendant des années et bien mieux qu&rsquo;Internet, elle compilait les informations recueillies de la bouche même des interprètes et reconstituait les saisons à venir, qu&rsquo;elle distribuait ensuite autour d&rsquo;elle à l&rsquo;entracte tout en mangeant ses propres sandwiches (il y a deux choses que les théâtres détestent : qu&rsquo;on amène sa collation plutôt que de consommer au bar, et qu&rsquo;on annonce à l&rsquo;avance des spectacles gardés jalousement secrets). Si on ne l&rsquo;apercevait pas devant le théâtre, on pouvait parier qu&rsquo;elle avait été mise au courant d&rsquo;un remplacement de dernière minute par son contact le plus sûr dans les murs : la standardiste du Met ! Il arrivait aussi parfois à Lois d&rsquo;oublier ses programmes à l&rsquo;intérieur du théâtre, et de s&rsquo;en apercevoir une fois dehors (elle fit des pieds et des mains un soir pour récupérer des trésors signés par Joan Sutherland qu&rsquo;elle avait laissés dans la loge de celle-ci).</p>
<p> </p>
<p><img decoding="async" alt="" height="371" src="/sites/default/files/lk_1.jpg" title="Avec le réalisateur Kiearn Walsh ©  Kieran Walsh" width="661" /><br />
Avec le réalisateur Kieran Walsh Ⓒ Kieran Walsh</p>
<p> </p>
<p>Au fil des années, Lois accumule une collection considérable de signatures : alors qu&rsquo;on lui posait la question devant moi, elle en avait avoué plus de 100.000 (je ne me souviens plus de la date mais nous étions encore au XX<sup>e</sup> siècle). Pour ahurissant qu&rsquo;il soit, le chiffre est tout à fait crédible  : 10 signatures par spectacles pendant 50 ans, et pour 200 spectacles par an : c&rsquo;est même un minimum (d&rsquo;ailleurs on parle plutôt aujourd&rsquo;hui de 200.000 programmes ou photos). Vu le peu de soin avec lequel elle sortait et rangeait ses photos dans son cabas, dont elle avait toujours un peu de mal à trouver l&rsquo;ouverture, on peut se faire du souci sur l&rsquo;état de cette collection, probablement entassée dans son modeste appartement de l&rsquo;East Village. Quant à vouloir l&rsquo;exposer, n&rsquo;y songeons même pas : à raison de 9 photos par m<sup>2</sup> sur une hauteur de 2,20 m, il faudrait y consacrer une surface d&rsquo;accrochage de plus de 10 km de long&#8230; Une bonne blague aurait été d&rsquo;avoir désigné le Met comme légataire universel, mais il semblerait que la collection ait été léguée à la New York Public Library for the Performing Arts (il n&rsquo;est pas sûr que celle-ci accepte cet encombrant héritage). Quant à les mettre en vente sur eBay, même par paquets de 100 chaque semaine, cela prendrait près de 40 ans : encore faudrait-il trouver assez d&rsquo;acheteurs (et n&rsquo;imaginons même pas l&rsquo;effondrement des cours des autographes induit par une telle manne).  </p>
<p>En 1969, <em>Opera News</em> lui consacre un article. En 1975, son personnage apparait dans le roman <em>Mawrdew Czgowchwz</em> de James McCourt. On peut la voir <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/tqU5p9G7Wgk?t=459">dans ce document sur Luciano Pavarotti, en 1976</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://nyti.ms/2vH28H0">ici, à 79 ans</a>. Sa figure est évoquée par <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/actu/nous-sommes-tous-folles-vous-savez">Wayne Koestenbaum</a>. En 2007, une soirée est organisée à l&rsquo;occasion de son 75<sup>e</sup> anniversaire, à laquelle participent Marilyn Horne, Renée Fleming et James Levine qui lui remettent une bague et une partition dédicacée de <em>La Bohème</em>. Le réalisateur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://vimeo.com/73350501">Kieran Walsh lui consacre un documentaire</a>, <em>Quiet Diva</em>, projeté en 2013 mais introuvable depuis. On peut y trouver notamment les témoignages de Mignon Dunn, Shirley Verrett (pour qui le réalisateur fit le déplacement jusqu&rsquo;au Michigan où elle résidait),  Deborah Voigt, Frank Lopardo, Frederica von Stade, et bien sûr, Samuel Ramey.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="970" src="/sites/default/files/lois-kirchenbaum.jpg" width="1000" /><br />
Avec le soprano Jane Marsch en 2015 Ⓒ Metropolitan Opera Guild</p>
<p>Sur la fin de ses jours, Lois Kirschenbaum ne pouvait plus se déplacer qu&rsquo;en chaise roulante et avait petit à petit renoncé à fréquenter le Met, tout en continuant à suivre ses retransmissions radio hebdomadaires et les exploits des <em>Yankees</em>, successeurs des <em>Dodgers</em>. Elle décède le 27 mars 2021 des suites d&rsquo;une pneumonie et d&rsquo;une défaillance rénale. Elle avait 88 ans. On ne lui connaissait aucune autre famille que celle des artistes qu&rsquo;elle aimait plus que tout au monde.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/">Fous d&rsquo;opéra : La Dame aux autographes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.forumopera.com/fous-dopera-la-dame-aux-autographes/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Quelques cabalettes pour se remonter le moral</title>
		<link>https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/</link>
					<comments>https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Aug 2020 16:41:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il était déjà bien dans les 18 heures, voire 18h10 bien tassées. Je venais de souffler mon unique bougie. Tandis que je quittais ma robe de chambre pour enfiler ma chemise de nuit en flanelle, sous le regard énamouré de mon Sacré de Birmanie stratégiquement blotti sur la bouillotte, au moment précis de l&#8217;exposition de &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/"> <span class="screen-reader-text">Quelques cabalettes pour se remonter le moral</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/">Quelques cabalettes pour se remonter le moral</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il était déjà bien dans les 18 heures, voire 18h10 bien tassées. Je venais de souffler mon unique bougie. Tandis que je quittais ma robe de chambre pour enfiler ma chemise de nuit en flanelle, sous le regard énamouré de mon Sacré de Birmanie stratégiquement blotti sur la bouillotte, au moment précis de l&rsquo;exposition de mon anatomie la plus intime, l&rsquo;appareil téléphonique retentit dans la nuit profonde et dans l&rsquo;entrée. Intrigué par un tel appel à une heure si tardive, je décrochais et reconnus immédiatement l a voix mélodieuse et outre-quiévrainoise de mon vénéré directeur de la publication, Camille De Rijck (prononcer «  de Raïk<em style="font-size: 14.000000953674316px"> </em> »). «  <em>Professeur !  </em> » commença-t-il, m&rsquo;interpellant par une discrète flatterie. «  <em>Savez-vous, une foué, nous rédiger une petite chronique en nous proposant chaque semaine de découvrir quatre ou cinq cabalettes ?</em>   ». Comme à son ordinaire, il avait ce ton de commandement impérieux adouci par un timbre d&rsquo;un velours quasi hypnotique auquel on ne pouvait résister. A la fois flatté et confus, je m&#8217;empressais d&rsquo;accepter (aurais-je pu faire autrement ?). Tout tremblant, je répondis : «  <em>Quelle charmante idée. En ce moment j&rsquo;ai pas trop la broue dans le toupet et j&rsquo;vais pas rester assis sur mon steak. Moi, j&rsquo;suis pas le genre à lâcher la patate et je niaise jamais avec la puck. Et puis, ça prend pas non plus la tête à Papineau </em> ». Je réalisais soudain avec horreur que je m&rsquo;exprimais en québécois. Heureusement, mon interlocuteur avait depuis longtemps raccroché le combiné, appelé par ses lourdes responsabilités au sein de la Caisse de Retraite de la Société Rodentophile Anderlechtoise. Revenu dans ma chambre, je commençais à mesurer l&rsquo;ampleur de la mission que je venais d&rsquo;accepter. Folie ! Et d&rsquo;abord, qu&rsquo;était-ce donc qu&rsquo;une cabalette ? Rallumant ma bougie, je commençais par de longues heures d&rsquo;études : parchemins d&rsquo;Alexandrie, Enfer de la Bibilothèque Vaticane, Manuel des Castors Juniors, Minitel… Quelque heures plus tard, je recevais un nouveau message, écrit cette fois. Simplement :  «  <em>Et</em> <em>ces cabalettes</em>  ». L&rsquo;absence de ponctuation, de formule de politesse, traduisaient une impatience qui me fit frémir. César l&rsquo;a écrit :  «  <em>De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves </em> ».  Pris de panique comme un énarque devant une pandémie enflant entre deux tours d&rsquo;élection, je jetais donc fiévreusement quatre extraits musicaux en oubliant toutes prétentions didactiques : soprano, ténor, basse, baryton… Ca ferait bien l&rsquo;affaire et ça aurait l&rsquo;air réfléchi. On veillerait à être plus rigoureux la semaine suivante. Je me servais un bol de lait chaud. Depuis longtemps, le chat dormait, loin de la bouillotte refroidie. (à suivre)</p>
<p><strong>Soprano</strong></p>
<p>Le belcanto romantique regorge de cabalettes et <em>I Puritani</em> en compte plusieurs. En avant goût de la rentrée lyrique parisienne, écoutons <strong>Jessica Pratt </strong>qui chantera le rôle en concert au Théâtre des Champs-Elysées la saison prochaine <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/i-puritani-marseille-et-rugir-de-plaisir">après avoir triomphé il y a quelques mois à Marseille</a>. La situation dramatique est assez facile à résumer. L&rsquo;héroïne bellinienne, la pauvre Elvira, est devenue folle car elle pense que son futur époux l&rsquo;a quittée pour une autre, le jour même de son mariage. Elle se lamente (air) puis se réjouit car elle croit, dans sa folie, que son amant lui est revenu (cabalette).</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=W9xsIk7Mm5A">https://www.youtube.com/watch?v=W9xsIk7Mm5A</a></p>
<p><strong>Mezzo</strong></p>
<p>C&rsquo;est dans les vieux chaudrons qu&rsquo;on fait les meilleures soupes. A 61 ans, <strong>Shirley Verrett</strong> faisait ses adieux à la scène à Madrid dans <em>La Favorita</em>, retrouvant pour l&rsquo;occasion un vieux complice avec qui elle avait triomphé dans le même rôle près de vingt ans plus tôt : Alfredo Kraus (64 ans&#8230;). Pas de reprise avec variations dans cet extrait (nous reviendrons une autre fois sur ce sujet), mais la cabalette est tout de même superbement ornée (d&rsquo;ailleurs, tout l&rsquo;opéra est interprété dans ce style). Léonor, la maîtresse du roi Alphonse XI, est platoniquement amoureuse de Fernand, qui le lui rend bien. Fernand est bien entendu totalement ignorant de cette délicate situation. Jaloux, le roi accède à la demande de Fernand qui lui réclame la main de Léonor. Au désespoir, Léonor décide de tout avouer à son soupirant (air), dans une lettre qui n&rsquo;arrivera jamais (ce qui fait tout le sel de la suite). Puis, exaltée, elle annonce sa mort prochaine (cabalette).</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/ToUigvRR2ZQ?t=4587">https://youtu.be/ToUigvRR2ZQ?t=4587</a></p>
<p><strong>Basse</strong></p>
<p>A la sortie du confinement, beaucoup d&rsquo;entre nous se précipiteront chez le coiffeur, qui pour faire rectifier une coupe mulet, qui pour se faire tailler les rouflaquettes. D&rsquo;autres prendront le chemin de la salle de sport. Le moment est donc tout indiqué pour écouter <strong>Samuel Ramey</strong> interpréter Attila. Le chef des Huns (pous faire la guerre aux autres) se réveille d&rsquo;un cauchemar dans lequel un vieillard l&rsquo;a attrappé par les cheveux pour l&#8217;empêcher d&rsquo;attaquer Rome (air). Il chasse vite ces noires pensées et appelle ses troupes à la bataille (cabalette). Ne manquez pas le bis qui suit. Cerise sur le gâteau, les résultats des matches en cours sont affichés en direct sur l&rsquo;écran (je ne vous dévoile pas les scores).</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/QgfIRLahaiA?t=3682">https://youtu.be/QgfIRLahaiA?t=3682</a></p>
<p><strong>Baryton</strong></p>
<p>Sans doute parce qu&rsquo;il ne supportait plus les libertés prises par certains chanteurs, Verdi n&rsquo;a prévu qu&rsquo;un couplet à la cabalette de Nabucco. S&rsquo;il est donc privé de la possibilité d&rsquo;offrir des variations, <strong>Sherrill</strong> <strong>Milnes</strong> se rattrappe avec un suraigu final époustouflant. La situation est la suivante. Fait prisonnier par sa propre fille (adoptive), le roi Nabuchodonosor se repent du sort fait aux Juifs et implore leur Dieu (air). Ses fidèles viennent le libérer. Il leur promet la victoire (cabalette).</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/tdgrvpgioyY?t=300">https://youtu.be/tdgrvpgioyY?t=300</a></p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/">Quelques cabalettes pour se remonter le moral</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.forumopera.com/quelques-cabalettes-pour-se-remonter-le-moral/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>150 nuances de Rossini</title>
		<link>https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/</link>
					<comments>https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Nov 2018 10:27:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Trop souvent réduit à son Barbier de Séville, certes génial, mais impuissant à traduire toutes les facettes d’un génie multiple, Gioachino Rossini est disparu il y aura 150 ans tout rond le 13 novembre. Il faudrait un ouvrage de plusieurs centaines de pages (qui en français reste à écrire) pour raconter celui que l’on appelle &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/"> <span class="screen-reader-text">150 nuances de Rossini</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/">150 nuances de Rossini</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Trop souvent réduit à son <em>Barbier de Séville</em>, certes génial, mais impuissant à traduire toutes les facettes d’un génie multiple, Gioachino Rossini est disparu il y aura 150 ans tout rond le 13 novembre. Il faudrait un ouvrage de plusieurs centaines de pages (qui en français reste à écrire) pour raconter celui que l’on appelle le Cygne de Pesaro contre son gré (le « Cynge » corrigeait-il) : sa vie, son œuvre, ses interprètes – obligatoirement formés à l’exercice si spécifique de son chant –, son esprit… A défaut, pour que le compte soit bon, voici 150 (15 fois 10) points qui veulent aider à mieux connaître un compositeur injustement minimisé aujourd’hui, en France particulièrement. Une précision avant de passer à table – métaphore imposée par la gourmandise légendaire de Rossini –, cette liste ne saurait (et ne pourrait) être exhaustive. Il y a inévitablement des trous dans le gruyère, certains involontaires, d’autres non. Bon appétit !</strong></p>
<hr />
<p>Rossini en&#8230;</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini1.jpg?itok=EDAq07gt" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>I &#8211; …10 dates</strong></p>
<p> 1. <strong>1792</strong> : naissance à Pesaro un 29 février – ça ne s’invente pas –  de Gioachino Antonio Rossini, fils d’Anna Guidarini, elle-même fille d’un boulanger, et de Giuseppe Rossini, inspecteur de boucherie, trompette de la ville (<em>tubatore</em>) et fervent partisan de la Révolution française.</p>
<p> 2. <strong>1804</strong> : installation à Boulogne et poursuite de la formation musicale de Gioachino au Liceo musicale. On le surnomme <em>Il Tedeschino</em> (« Le petit Allemand ») en raison de son goût pour une orchestration foisonnante.</p>
<p> 3. <strong>1810</strong> : création avec succès à Venise de <em>La Cambiale di Matrimonio</em>, première d’une série de farces comiques appelées à développer la notoriété de Rossini.</p>
<p> 4. <strong>1813</strong> : création de <em>Tancredi</em>, considéré comme son premier <em>opera seria</em>, suivi quelques mois plus tard de <em>L’italiana in Algeri</em>. Rossini devient le compositeur le plus en vue de l’Italie.</p>
<p> 5. <strong>1815</strong> : l’impresario <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/actu/domenico-barbaja-le-garcon-de-cafe-devenu-le-napoleon-des-impresarios"><u>Dominico Barbaja</u></a> invite Rossini à Naples. Là il rencontre celle qui deviendra sa muse puis son épouse, Isabella Colbran. S’ensuit une période d’une fécondité exceptionnelle dominée par la composition des neuf opéras dits napolitains : <em>Elisabetta Regina d’Inghilterra </em>(1815), <em>Otello </em>(1816), <em>Armida</em> (1817) <em>Ricciardo e Zoraide</em> (1818), <em>Mosè in Egitto</em> (1818), <em>Ermione</em> (1819), <em>La Donna del lago </em>(1819), <em>Maometto II</em> (1820), <em>Zelmira</em> (1822)</p>
<p> 6. <strong>1816 </strong>: création du <em>Barbiere di Siviglia</em> à Rome. Après une première houleuse, l’œuvre connaît un succès triomphal qui ne s’est jamais démenti depuis, au point de faire de l’ombre à ses autres opéras. </p>
<p> 7. <strong>1824</strong> : départ à Paris. Rossini devient directeur de la musique et de la scène du Théâtre-Italien. Une forme de consécration internationale dans une ville alors considérée comme le phare du monde lyrique. </p>
<p> 8. <strong>1829</strong> : création de <em>Guillaume Tell</em>, dernier opéra composé par Rossini. On s’interroge encore sur les raisons de ce retrait de la scène alors que le compositeur était au sommet de sa gloire et qu’il lui restait près de 40 ans à vivre.</p>
<p> 9. <strong>1868</strong> : mort à Passy et inhumation au Père-Lachaise. Sa dépouille sera transférée à Florence à Santa Croce (le Panthéon italien) en 1887.</p>
<p>10. <strong>1980</strong> : création du Rossini Opera Festival (ROF), fer de lance de la « Rossini renaissance » amorcée peu d’années auparavant alors que la musique du compositeur italien n’était pratiquement plus jouée faute d’interprètes capables d’en maîtriser les difficultés et les subtilités </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini2.jpg?itok=EDZscE9i" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>II &#8211; …10 villes</strong></p>
<p> 1. <strong>Pesaro</strong> : l’alpha et l’oméga des villes rossiniennes. C’est là que tout commence en 1792 avec la naissance du petit Gioachino Antonio ; c’est là que l’aventure se poursuit aujourd’hui avec chaque été depuis 1980 une académie de chant et un festival entièrement consacrés à la musique de celui que l’on surnomme de fait « Le Cygne de Pesaro »</p>
<p> 2. <strong>Bologne</strong> : la rouge, la grasse comme aiment à la qualifier les italiens. Rossini usa ses fonds de culotte sur les bancs de son liceo musicale avant d’y retourner vivre 26 Strada Maggiore dans un palais dont il aurait dessiné les plans et sur lequel il fit inscrire « <em>Ce n’est pas la maison qui fait le maître mais le maître qui fait la maison</em> ».</p>
<p> 3. <strong>Venise</strong> : la ville des premiers succès de Rossini. Le San Moise offre un format idéal et populaire aux farces en un acte dans lesquels le compositeur excelle. La mèche allumée au début des années 1810, se transforme en bouquet final en 1823 avec la création à La Fenice de <em>Semiramide</em>, crépuscule flamboyant de l’opéra <em>seria</em>.</p>
<p> 4. <strong>Milan</strong> : Etape lyrique déjà incontournable, Rossini s’y taille une large tranche de succès dès 1812 avec <em>La pietra del paragone</em>. Il y retournera à plusieurs reprises sans forcément renouveler l’exploit, exception faite de <em>La gazza ladra</em> en 1817.</p>
<p> 5. <strong>Naples</strong> : au début du 19e siècle, lieu de rencontre des meilleurs musiciens de la péninsule. Rossini y trouve toutes les conditions artistiques requises pour donner libre cours à son exceptionnelle créativité.</p>
<p> 6. <strong>Rome</strong> : Autre haut lieu de création rossinienne dont <em>Il Barbiere di Siviglia </em>en 1816 et, plus intéressants selon nous, ces autres chefs d’œuvres que sont <em>La Cenerentola</em> (1817) et <em>Matilde di Shabran</em> (1821).</p>
<p> 7. <strong>Vienne</strong> : capitale de l’Empire d’Autriche dont Rossini dans sa conquête de l’Europe musicale s’empare en un seul festival organisé par son imprésario napolitain Dominico Barbaja au Kärntnertortheater en 1822, non sans susciter certaines jalousies.</p>
<p> 8. <strong>Londres</strong> : Lieu de villégiature de Rossini en 1824. Le compositeur dirige au King’s Theater pour la dernière fois Isabella Colbran dans <em>Zelmira</em>, donne des leçons de piano et, fêté de tous, chante en duo avec le roi Georges IV.</p>
<p> 9. <strong>Paris</strong> : Dernière citadelle sur le chemin de la gloire, conquise en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Après avoir composé un ouvrage pour célébrer le sacre de Charles X – <em>Il viaggio à Reims</em> – et adapté en français plusieurs de ses œuvres italiennes, Rossini ajoute à son catalogue un ultime opéra en 1829 – <em>Guillaume Tell</em> – et décide de prendre à 37 ans une retraite restée énigmatique. Il meurt dans sa villa de Passy, située à l’emplacement aujourd’hui du 2 avenue Ingres près du jardin du Ranelagh.</p>
<p>10. <strong>Bad Wildbad</strong> : station thermale allemande devenu en 1989 festival rossinien au motif que Rossini y séjourna en 1856 et que ce séjour le stimula suffisamment pour qu’il se remette à composer, notamment son dernier chef d’œuvre la <em>Petite messe solennelle</em>. Bonne alternative au ROF. </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini3.jpg?itok=ROeIRcZf" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>III &#8211; …10 femmes et hommes célèbres </strong></p>
<p> 1.<strong> Shakespeare</strong> (1564-1616) : un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains anglais. Rossini mit en musique une adaptation de son <em>Otello</em> après avoir envisagé un instant <em>Hamlet</em>.  </p>
<p> 2.<strong> Charles X</strong> (1757-1836) : dernier roi de France dont le couronnement à Reims en 1825 servit de prétexte au dernier opéra <em>buffa</em> en italien de Rossini, <em>Il viaggio a Reims</em>, partition perdue puis reconstituée et triomphalement recréée en 1984 à Pesaro</p>
<p> 3. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/actu/domenico-barbaja-le-garcon-de-cafe-devenu-le-napoleon-des-impresarios"><u>Domenico Barbaja</u></a></strong> (1777-1841) : impresario italien doué d’un flair de limier et d’un sens affûté des affaires. Rossini lui doit son engagement napolitain, une partie de sa fortune et sa rencontre avec Isabella Colbran, qui quitta Barbaja dont elle était la maîtresse pour l’épouser. </p>
<p> 4.<strong> Stendhal</strong> (1783-1842) : le fan le plus célèbre de Rossini, au point d’écrire une biographie du compositeur de son vivant – <em>Vie de Rossini</em> – considérée comme un de ses meilleurs livres.</p>
<p> 5.<strong> Castil-Blaze</strong> (1784-1857) : musicographe, critique musical, compositeur et éditeur, ami et admirateur de Rossini dont il adapta <em>Il barbiere di Siviglia</em> en français et en l’honneur duquel il organisa en 1823 une soirée à Paris restée dans les annales. </p>
<p> 6.<strong> Olympe Pélissier</strong> (1799-1878) : modèle du peintre Horace Vernet et maîtresse d’Honoré de Balzac avant de devenir en 1846 la seconde femme de Gioachino Rossini et l’usufruitière de son héritage légué à la commune de Pesaro.</p>
<p> 7.<strong> Tullio Serafin</strong> (1878-1968) : chef d’orchestre italien et un des pionniers de la « Rossini renaissance ». Découvreur de grands chanteurs, dont Maria Callas pour laquelle il monte une Armida désormais légendaire au Mai Musical florentin, le dernier opéra qu’il dirige à Rome en 1962 est <em>Otello </em>– de Rossini bien sûr. .</p>
<p> 8.<strong> Vittorio Gui</strong> (1885-1975) : autre chef d’orchestre italien et autre pionnier de la « Rossini Renaissance ». Il a légué une telle quantité de documents à la fondation Rossini de Pesaro qu’un fonds porte son nom.</p>
<p> 9.<strong> Alberto Zedda</strong> (1928-2017) : chef d’orchestre italien. Fondateur en 1980 puis directeur du Rossini Opera Festival. On lui doit en collaboration avec Philip Gossett la révision et l’édition critique complète des opéras de Rossini. Ses enregistrements se posent aussi souvent en référence.</p>
<p>10.<strong> Philip Gosset</strong> (1941-2017) : musicologue et historien américain dont l&rsquo;essentiel de la carrière a été consacré aux recherches destinées à la préparation de l&rsquo;édition critique intégrale des opéras de Rossini – et de Verdi, ce qui a suscité de la part du <em>Newsday</em> ce commentaire : « <em>certains panégyristes prétendent que la soprano Maria Callas a fait autant pour l&rsquo;opéra italien qu&rsquo;Arturo Toscanini ou Verdi. Le musicologue Philip Gossett a sans doute fait autant pour l&rsquo;opéra italien que n&rsquo;importe lequel de ces génies</em> »</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini4.jpg?itok=D3gMcGKK" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>IV &#8211; …10 ténors</strong></p>
<p> 1.<strong> Manuel Garcia</strong> (Espagne, 1775-1832) : baryton et ténor, chanteur et compositeur, créateur du rôle d’Almaviva dans <em>Il barbiere di Siviglia</em> et cause involontaire de la chute de l’opéra le soir de la première, père de Maria Malibran et de Pauline Viardot, professeur et auteur via son fils d’une méthode de chant appelée à faire référence</p>
<p> 2.<strong> Andrea Nozzari </strong>(Italie, 1776-1832) : <em>bariténore</em>, créateur d’Otello, Rodrigo dans <em>La donna del lago</em> et de quelques autres, élève de Giacomo David à Bergame avant de devenir vingt ans après à Naples le partenaire attitré de son fils Giovanni. Capable du cantabile le plus suave comme du canto <em>fiorito di forza</em> le plus héroïque, Nozzari dotait chacun de ses rôles d’une complexité psychologique, appréciable compte tenu de la simplicité de certains livrets.</p>
<p> 3.<strong> Giovanni David</strong> (Italie, 1790-1864) : <em>contraltino</em>, créateur de Rodrigo dans Otello, Uberto dans <em>La donna del lago</em> et de quelques autres. Adepte du chant fleuri et à cet effet, doué d’une étendue et d’une souplesse hors du commun, mais cependant expressid, David fonctionnait généralement en binôme avec Nozzari dans les opéras napolitains de Rossini.</p>
<p> 4.<strong> Adolphe Nourrit </strong>(France, 1802-1839) : un des plus grands ténors de l’Opéra  de Paris, créateur du Comte Ory et d’Arnold dans <em>Guillaume Tell</em>. Technique solide, musicalité naturelle et acteur né : toutes les fées s’étaient penchées sur son berceau de chanteur ce qui ne l’empêcha pas de se défenestrer pour une question de contre-ut.</p>
<p> 5.<strong> Ernesto Palacio</strong> (Pérou, 1946) : un des pionniers de la « Rossini renaissance » dont la voix légère et souple a su s’adapter bon an mal an aux contraintes du chant rossinien. Il fut dans une 2<sup>e</sup> partie de carrière professeur de chant et imprésario, notamment de Daniela Barcellona et Juan Diego Flórez, avant de devenir surintendant du ROF en 2017.</p>
<p> 6.<strong> Rockwell Blake</strong> (USA, 1951) : pas le plus beau timbre du monde mais une technique inégalée doublée d’un ambitus vertigineux et d’une réserve de souffle à décorner des bœufs. Incontournable dans les rôles de <em>contraltino</em> écrits à l’intention de Giovanni David, ses dernières apparitions scéniques remontent à 2005.</p>
<p> 7.<strong> Chris Merritt</strong> (USA, 1952) : l’équivalent de Rockwell Blake dans le registre de <em>baritenore</em>. Là encore, une étendue phénoménale, une agilité à toute épreuve, au détriment parfois de la justesse, et une émission féroce, bienvenues pour s’approprier l’ensemble des rôles conçus initialement à la mesure gigantesque d’Andrea Nozzari.</p>
<p> 8. <strong>Gregory Kunde</strong> (USA, 1954) : ténor pluriel et, en ce qui concerne le chant rossinien, <em>contraltino</em> dans un premier temps – émission haute, suraigu imparable, facilité à ornementer –, reconverti avec la même pertinence en <em>baritenore</em> dans le courant des années 2000. Désormais, aux portes de la légende, ne serait-ce que par sa pluralité, sa présence scénique, son intelligence belcantiste et son extraordinaire longévité.</p>
<p> 9.<strong> Juan-Diego Flórez</strong> (Pérou, 1973) : un des fleurons du chant rossinien, <em>contraltino</em> type dont la renommée, établie sur la combinaison idéale d’un timbre suave, d’une musicalité rare et d’aigus percutants, va au-delà des frontières belcantistes. Malgré des incursions – plus ou moins concluantes – dans d’autres répertoires, sa fidélité au ROF depuis plus de 20 ans mérite une place d’honneur dans notre sélection.</p>
<p>10.<strong> Michael Spyres</strong> (USA, 1979) : phénomène vocal comme il n’en existe qu’un par siècle. Réincarnation du <em>baritenore</em> et dans un autre genre du ténor romantique, la combinaison idéale de Nozzari et Nourrit en quelque sorte.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini5.jpg?itok=Q0EyNgmJ" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>V &#8211; …10 sopranos</strong></p>
<p> 1.<strong> Isabella Colbran </strong>(Espagne, 1785-1845) : l’égérie, la muse, la maîtresse, l’épouse, la soprano à la tessiture énigmatique pour laquelle Rossini composa un grand nombre de rôles dont Semiramide – son chant du cygne. A la fin de sa vie, alors qu’ils étaient officiellement séparés depuis 1837, le compositeur, à qui l’on demandait quelle avait été selon lui la plus grande cantatrice, répondait sans l’ombre d’une hésitation : « Isabella Colbran ».</p>
<p> 2. <strong>Giuditta Pasta</strong> (Italie, 1797-1865) : la première diva romantique dont la voix ambiguë se prêtait idéalement aux rôles écrits pour Isabella Colbran. Tout en inspirant Donizetti (Anna Bolena) et Bellini (Beatrice di Tenda, Amina dans <em>La Sonnambula</em>, Norma, ), elle continua de porter haut le flambeau de l’opéra rossinien.</p>
<p> 3<strong> Maria Callas</strong> (USA, 1923-1977) : Rosina (<em>Il barbiere di Siviglia</em>), Fiorilla (<em>Il turco in italia</em>) et surtout Armida en 1952 à Florence : En trois rôles, Maria Callas montrait qu’elle avait tout compris alors même que le chant rossinien était un langage disparu depuis plusieurs décennies. Réincarnation de Giuditta Pasta ? Génie, tout simplement.</p>
<p> 4.<strong> Anita Cerquetti</strong> (Italie, 1931-2014) : encore une météorite à une époque où il était trop tôt pour parler de « Rossini renaissance ». Mathilde dans <em>Guillaume Tell </em>et surtout Anaide en 1956 à Rome dans <em>Mosé</em>, transfuge apocryphe de <em>Moise et Pharaon</em>, furent hissées à des sommets inégalés par cette voix altière de grand soprano dont la grandeur dramatique n’excluait pas l’agilité.</p>
<p> 5.<strong> Montserrat Caballe</strong> (Espagne, 1933-2018) : sacrée reine du bel canto d’un coup d’un seul après avoir remplacé avec succès en 1965 à New York Marylin Horne dans <em>Lucrezia Borgia</em>, Montserrat Caballe eut à cœur de prêter sa voix d’or et ses légendaires pianissimi aux héroïnes rossiniennes, parmi lesquelles en premier lieu Ermione à Pesaro et Semiramide à Aix-en-Provence.</p>
<p> 6.<strong> Mariella Devia</strong> (Italie 1948) : dernière des belcantistes, si l’on en croit la <em>vox populi</em>, la voix de Mariella Devia, d’essence légère, la prédisposait moins à Rossini qu’à Donizetti et Bellini. Elle n’en reste pas moins une Adélaide di Borgogna, une Fiorilla du <em>Turco in italia</em>, une Adèle du <em>Comte Ory</em> de référence ou, dans un répertoire moins couru – celui des cantates profanes –, une exceptionnelle Didone.</p>
<p> 7.<strong> June Anderson</strong> (USA, 1952) : Paris se souvient de son interprétation d’Isabelle dans <em>Robert le Diable</em> sur la scène du Palais Garnier en 1985 mais June Anderson fut aussi le porte-drapeau rossinien de sa génération. La noblesse de la ligne, la souplesse de la vocalise et l’aisance dans le suraigu ont immortalisé ses interprétations de Semiramide, d’Elena (La donna del lago) ou encore d’Armida.</p>
<p> 8.<strong> Annick Massis</strong> (France, 1958) : <em>la Francesa</em> de la sélection et, de par sa nationalité, son agilité et sa science du chant, une Folleville du <em>Viaggio a Reims</em> et une Adèle du Comte Ory inévitables, entre autres grands rôles rossiniens parmi lesquels on compte aussi Mathilde de <em>Guillaume Tell</em>, Rosina du <em>Barbier de Séville</em> dans sa version colorature et Amenaide dans <em>Tancredi</em>. On lui doit aussi d’avoir été la première à remettre la rare Matilde di Shabran sur le podium, à Pesaro puis au disque.</p>
<p> 9.<strong> Cecilia Gasdia</strong> (Italie, 1960) : rossinienne au disque d’abord où, en l’absence de compétition, il lui revint de résoudre tant bien que mal l’énigme Colbran – une des pierres d’achoppement du chant rossinien. Elle dirige à présent les Arènes de Vérone.</p>
<p>10.<strong> Olga Peretyatko</strong> (Russie, 1980) : remarquée par Alberto Zedda lors de son passage à l’Accademia Rossiniana en 2006, elle est invitée dès l’année suivante à chanter Desdemona dans <em>Otello</em>, un rôle « Colbran » étranger à sa vocalité naturelle mais défendu avec tant de fraîcheur qu’elle finit par avoir son rond de serviette à Pesaro. Depuis les soubresauts de la vie l’ont conduit sur d’autres chemins mais Rossini reste sa clef de voute.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini6.jpg?itok=LsHLJyey" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>VI &#8211; …10 mezzo-sopranos et contraltos</strong></p>
<p> 1.<strong> Maria Marcolini </strong>(Italie, 1780-1855) : première muse de Rossini et première Italienne à Alger mais aussi créatrice d’Ernestina dans <em>L’Equivoquo stravagante</em> et de Ciro dans <em>Ciro in Babilonia</em>, des rôles dont la virtuosité en dit long sur les capacités de cette authentique voix de contralto, réputée aussi pour ses talents de comédienne.</p>
<p> 2.<strong> Rosmunda Pisaroni </strong>(Italie, 1793-1872) : élève de célèbres castrats dont elle perpétua le style, Rossini, qui lui avait conseillé d’abandonner la tessiture de soprano pour celle de contralto, ne lui confia dans un premier temps que des rôles secondaires (Zomira dans <em>Ricciardo e Zoraide</em>, Andromaca dans <em>Ermione</em>) avant de concevoir à son intention Malcom dans <em>La donna del lago</em>. L’ampleur et la puissance exceptionnelle de son registre grave lui valurent un succès retentissant en Arsace dans <em>Semiramide</em> à Paris, en dépit d’un visage défiguré par la petite vérole.</p>
<p> 3. <strong>Maria Malibran</strong> (France, 1808-1836) : l’archétype de la diva, fille et élève de Manuel Garcia qui lui transmit une technique imparable, dotée d’une voix de mezzo d’une étendue prodigieuse, du sol grave au contre-mi, elle fut une interprète acclamée de Desdemona mais aussi d’Otello, entre autres opéras de Rossini qui pourtant lui préférait sa sœur cadette, Pauline Viardot.</p>
<p> 4. <strong>Giulietta Simionato</strong> (Italie, 1910-2010) : une des plus grandes cantatrices italiennes après-guerre, internationalement renommée dans les rôles de mezzo verdiens. Elle participa aux balbutiements de la « Rossini Renaissance » en chantant Isabella de <em>L&rsquo;italiana in Algeri</em>, Rosina dans <em>Il barbiere di Siviglia</em> et Cenerentola.</p>
<p> 5.<strong> Marylin Horne</strong> (USA, 1934) : figure de proue de la « Rossini Renaissance », sa rencontre avec Joan Sutherland lui ouvre les portes du répertoire rossinien dans lequel elle s’ébat avec une virtuosité confondante. Si son interprétation d’Arsace dans <em>Semiramide</em>, de Malcom dans <em>La donna del lago</em> ou d’Isabella dans <em>L’italiana in Algeri</em> font référence, Tancredi demeure son rôle fétiche. </p>
<p> 6.<strong> Lucia Valentini Terrani</strong> (Italie, 1946-1998) : après avoir triomphé au Concours International des voix Rossiniennes organisé par la RAI en 1972, Lucia Valentini Terrani ajoute un par un à son répertoire tous les grands rôles de mezzo-soprano des opéras de Rossini. En 1982, elle fait ses débuts à Pesaro avec <em>Tancrède</em>, participe en 1984 à la re-création mondiale d’<em>Il viaggio a Reims </em>et l’année suivant à celle de <em>Maometto II</em>.</p>
<p> 7.<strong> Ewa Podles </strong>(Pologne, 1952) : contralto revendiqué avec, de son propre aveu, un registre grave de poitrine qui sonne comme celui d’un baryton alors que le registre aigu, en voix de tête, est celui d’un soprano. Le pouvoir expressif de sa voix, sa capacité à ornementer et un ambitus de trois octaves caractérisent cette force de la nature rossinienne applaudie avec fureur en Ciro à Pesaro en 2012 et en 2015. </p>
<p>8.<strong> Cecilia Bartoli</strong> (Italie, 1966) : s’il n’est pas certain que la voix de Cecilia Bartoli soit d’abord rossinienne, son goût de l’ornementation et sa technique lui ont autorisé de fréquentes incursions dans les opéras de Rossini, y compris dans le répertoire « Colbran » – Desdemona (<em>Otello</em>). L’intégrale de ses enregistrements rossiniens, réuni en un coffret à l’occasion du 150<sup>e</sup> anniversaire de la mort du compositeur, rassemble tout de même 15 CD et 6 DVD .</p>
<p> 9.<strong> Daniela Barcellona</strong> (Italie, 1969) : c’est après avoir interprété le rôle-titre de Tancredi à Pesaro en 1999 que la carrière de Daniela Barcellona prend une envergure internationale. Elle est aujourd’hui invité sur toutes les scènes internationales dès qu’il s’agit de chanter un des grands travestis de Rossini.</p>
<p>10.<strong> Karine Deshayes</strong> (France, 1972) : née pour chanter Rossini dès sa victoire au concours Voix nouvelles en 2002 qu’elle conquiert haut la main avec le rondo de <em>La Cenerentola</em>, Karine Deshayes a depuis usé d’une tessiture ambiguë entre mezzo-soprano et soprano pour se frotter aux impossibles rôles « Colbran » – Armida, Semiramide – dont elle est aujourd’hui une des interprètes les plus plausibles.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini7.jpg?itok=n7TypFHW" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>VII &#8211; …10 barytons et basses</strong></p>
<p> 1. <strong>Filippo Galli </strong>(Italie, 1783-1853) : ténor de second plan avant de se reconvertir en basse et de rencontrer en 1812 Rossini qui écrit à son intention pratiquement tous ses grands rôles de basse à commencer par Mustafa dans <em>L’Italiana in Algeri</em> et Assur dans Semiramide.</p>
<p> 2.<strong> Nicola Rossi-Lemeni</strong> (Italie, 1920-1991) : un des principaux chanteurs italiens de l’après-guerre, que le mariage avec la fille de Tullio Serafin installe en basse rossinienne par défaut : Mustafa dans <em>L&rsquo;italiana in Algeri</em>, Selim dans <em>Il turco in Italia</em> et également Mosé aux côtés d’Anita Cerquetti à Rome en 1956.</p>
<p> 3.<strong> Enzo Dara</strong> (Italie, 1938-2017) : celui qui sut redonner aux rôles de basse bouffe leurs lettres de noblesse, par une <em>vis comica</em> doublée d’une maîtrise absolue du <em>canto sillabato</em>, cette manière vertigineuse de débiter les notes à la vitesse d’une mitraillette sans reprendre son souffle.</p>
<p> 4.<strong> Samuel Ramey</strong> (USA, 1942) : la quadrature du cercle résolue : beauté du timbre, puissance, ambitus et agilité. Avec Samuel Ramey, la « Rossini renaissance » redécouvrait la voix de basse. Il a été depuis imité, jamais égalé.</p>
<p> 5.<strong> Alessandro Corbelli</strong> (Italie, 1952) : Après avoir papillonné autour du grand répertoire pour baryton, Alessandro Corbelli a fait des rôles bouffes rossiniens sa spécialité. Son goût pour la comédie doublé d’une excellente technique vocale l’a propulsé sur le devant de la scène dans les années 1980. En Bartolo dans <em>Il barbiere di Siviglia</em> comme en Magnifico dans <em>La Cenerentola</em> à l’Opéra de Paris à la fin du mois, il ne l’a depuis jamais quitté.</p>
<p> 6. <strong>Michele Pertusi</strong> (Italie, 1965) : Lauréat du concours voix verdienne, sa facilité dans les coloratures le pousse à étendre son répertoire aux opéras rossiniens jusqu’à faire partie des coutumiers de Pesaro. Selim, Alidoro, Mustafa, Assur, le duc Ordow, Maometto II : il a chanté tous les rôles de Filippo Galli ou presque.</p>
<p> 7.<strong> Lorenzo Regazzo</strong> (Italie, 1969) : De l’opéra bouffe au début de sa carrière – <em>L&rsquo;inganno felice</em> à Pesaro en 2014 – aux grands rôles sérieux, Lorenzo Regazzo a exploré toutes les contrées rossiniennes réservées à la voix de basse avant d’ajouter à son arc la corde de metteur en scène, d’opéras de Rossini tant qu’à faire.</p>
<p> 8. <strong>Paolo Bordogna</strong> (Italie, 1972) : Sur les conseils d’Ernesto Palacio, Paolo Bordogna renonce à devenir baryton brillant pour se spécialiser dans les rôles comiques. Sa technique et ses dons de comédien le rendent rapidement incontournable dans ce répertoire au point que Decca qui lui offre en 2015 un récital discographique sur mesure, le premier pour baryton-bouffe sous ce label depuis cinquante ans.</p>
<p> 9.<strong> Mirco Palazzi</strong> (Italie, 1978) : Comment échapper à Rossini quand on a étudié au conservatoire de Pesaro et que l’on a pour modèle Samuel Ramey ? Avec le sérieux qui le caractérise, Mirco Palazzi s’emploie à marcher sur les traces de son aîné. Depuis 2015, Assur dans <em>Semiramide</em> fait partie de son répertoire. On attend la suite avec impatience.</p>
<p>10.<strong> Florian Sempey</strong> (France, 1988) : Figaro et Dandini de sa génération, coqueluche de Pesaro en 2014, Florian Sempey nage dans Rossini comme un poisson dans l’eau avec pour seule limite à ses ambitions rossiniennes le peu de rôles dévolu dans ce répertoire à une authentique voix de baryton. Guillaume Tell, un jour peut-être…</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini8.jpg?itok=NPPaiTtD" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>VIII &#8211; …10 compositeurs</strong></p>
<p> 1.<strong> W.A Mozart</strong> (1756-1791) : le maître, dont le jeune Rossini copiera des pages et des pages dans la bibliothèque du Palazzo Malerbi à Bologne, avant de prendre pour modèles son traitement de l’orchestre et son approche affranchie de l’opéra.</p>
<p> 2.<strong> L. van Beethoven</strong> (1770-1827) : en 1822, d’après la légende, Rossini rencontre à Vienne Beethoven qui lui aurait glissé : « <em>Surtout, mon cher, faites beaucoup de </em>Barbier ». Une manière pour le compositeur allemand de faire comprendre, l’air de rien, à son confrère italien qu’il restait un amuseur envers et contre son immense succès. <em>Ah, perfido !</em></p>
<p> 3.<strong> G. Meyerbeer</strong> (1791-1864) : imitateur du style de Rossini avant d’en détourner les codes vocaux au profit du Grand Opéra français, genre avec lequel il connaîtra un succès retentissant.</p>
<p> 4.<strong> G. Donizetti</strong> (1797-1848) : élève comme Rossini du père Mattei Bologne, il serait resté dans l’ombre si le succès d’<em>Anna Bolena </em>en 1830 n’était venu l’aider à se poser en successeur de son illustre aîné, notamment dans le genre <em>buffa</em>.</p>
<p> 5.<strong> V. Bellini</strong> (1801-1835) : protégé par Rossini lors de son arrivée à Paris, il réussit sur les fondations posées par ce dernier à ériger une œuvre originale, hélas abrégeé par une disparition prématurée.</p>
<p> 6.<strong> H. Berlioz</strong> (1803-1899) : auteur de <em>Mémoires </em>fameuses dans lesquelles il pourfend Rossini avec tant d’ardeur que sa vindicte en devient suspecte. Il faut dire, pour sa défense, que la Rossinimania en Europe et plus encore à Paris avait alors de quoi agacer celui qui ramait pour imposer sa musique.</p>
<p> 7.<strong> R. Schumann</strong> (1810-1856) : le succès exceptionnel de Rossini lui valut de nombreuses jalousies, comme souvent mauvaises conseillères. Ainsi Robert Schuman s’amusait à commenter la visite du compositeur italien à Beethoven en 1822 d’une phrase voulue spirituelle dont nul ne sort grandi, son auteur moins que les autres : « <em>Le papillon vola sur le chemin de l’aigle, mais celui-ci se rangea, pour ne pas l’écraser d’un battement d’aile</em> »</p>
<p> 8.<strong> R. Wagner</strong> (1813-1883) : un jour, alors que Rossini au piano ne parvenait à tirer que des sons cacophoniques d’une page de Wagner; un de ses élèves s&rsquo;approcha et lui dit : « <em>Maestro, vous tenez la partition à l&rsquo;envers !</em> », ce à quoi Rossini répondit : « <em>J&rsquo;ai essayé en la mettant dans l&rsquo;autre sens : c&rsquo;était pire !</em> »</p>
<p> 9.<strong> G. Verdi</strong> (1813-1901) : la plus œdipienne des filiations de l’histoire de la musique dans le sens où il fallut à Verdi tuer le père pour régner en maître absolu sur l’opéra italien. D’innombrables coups de poignards lacérèrent l’héritage jusqu’à l’émergence d’une nouvelle forme de théâtre lyrique, moins abstraite. En supplantant celui de Rossini, <em>Otello</em> porta l’estocade.</p>
<p>10.<strong> J. Offenbach</strong> (1819-1881) : premier héritier de Rossini par la verve rythmique et le sens du rire en musique. Il pastichera le trio de <em>Guillaume Tell</em> dans sa <em>Belle Hélène</em>. Plutôt que le petit Mozart, c’est le petit Rossini des Champs-Elysées qu’il aurait fallu le surnommer.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini9.jpg?itok=DdcRsx1k" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>IX &#8211; …10 livres</strong></p>
<p> 1.<strong> Stendhal, <em>Vie de Rossini</em>,</strong> 1824 : au-delà des nombreuses anecdotes, quelques considérations essentielles notamment sur la révolution opérée par Rossini dans le chant</p>
<p> 2. <strong>Damien Colas, <em>Rossini, l’opéra de lumière</em></strong>, Gallimard, 1992 : plaisant à feuilleter car illustré mais succinct</p>
<p> 3. <strong>Thierry Beauvert et Peter Knaup, Rossini : <em>Les Péchés de gourmandise</em></strong>, Plume, 1997 : la recette du Tournedos Rossini et autres plaisirs de la table</p>
<p> 4. <strong>Patrick Barbier, </strong><em><strong>A l’opéra au temps de Rossini et de Balza</strong>c</em>, Hachette 2003 :  la comédie humaine en pratique dans un de ses lieux de prédilection</p>
<p> 5. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/livre/callas-ou-les-mysteres-de-naples"><u>Paul-André Demierre, <em>Les opéras napolitains de Rossini</em></u></a></strong>, Editions Papillon, 2010 : recyclage de textes à vocation universitaire, pour les aspects musicaux et vocaux des œuvres étudiées.</p>
<p> 6. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/livre/une-diva-au-temps-de-rossini"><u>François Bronner, <em>La Schiassetti</em></u></a></strong>, éditions Hermann, 2011 : deux années du séjour parisien d’une cantatrice aujourd’hui oubliée comme prétexte pour côtoyer Rossini.</p>
<p>7. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/livre/rencontre-au-sommet"><u>Edmond Michotte, <em>La visite de Wagner à Rossini</em></u></a></strong>, Actes Sud, 2011 : le récit savoureux de la visite que Wagner fit à Rossini en mars 1860 consigné mot par mot ou fabulé ?</p>
<p> 8. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/liste-cd-dvd-livres/support/livre-31/compositeur/rossini-gioachino-25"><u>Jean et Jean-Philippe Thiellay, <em>Rossini</em></u></a></strong>, Actes Sud, 2012 : l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur Rossini et les clés pour mieux comprendre son art. La référence en français, s’il en faut une.</p>
<p> 9. <strong>Jean Tulard, <em>Rossini sous Napoléon</em></strong>, Editions SPM 2016 : une autre interprétation du silence qui suivit le triomphe de <em>Guillaume Tell</em>.</p>
<p>10. <strong><em>L’Avant-Scène Opéra</em></strong> à travers une petite douzaine de numéros consacrés aux opéras de Rossini est comme toujours une mine inépuisable d’informations.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini10.jpg?itok=0vVAASWF" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>X &#8211; …10 récitals</strong></p>
<p> 1. <strong>Rockwell Blake, <em>Rossini for tenor</em></strong> (John McCarthy, Maximiano Valdes, Renata Records, 1988 et 1989) : les plus grands airs pour <em>contraltino </em>rossinien sans aucune erreur de syntaxe, ni omission d’un seule note.</p>
<p> 2. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/franco-fagioli-rossini-a-pesaro-presto"><u>Franco Fagioli, <em>Rossini</em></u></a> </strong>(George Petrou, Deutsche Grammophon, 2016) : apocryphe, insensé (Rossini n’a jamais écrit pour contre-ténor et très peu pour castrat) mais assumé, abouti et finalement attachant.</p>
<p> 3. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/critiques/florez-rossini.htm"><u>Juan Diego Flórez, <em>Rossini arias</em></u></a></strong> (Riccardo Chailly, Decca, 2002) : toute la séduction du timbre du jeune Flórez dans le répertoire le mieux adapté à sa vocalité.</p>
<p> 4. <strong>Marylin Horne, <em>Rossini Arie alternative e Giovanna d’Arco</em></strong> (Alberto Zedda, RCA, 1983) : le contralto rossinien casqué et panaché à l’assaut d’airs rarement enregistrés avec en prime <em>la cantate Giovanna d’Arco </em></p>
<p> 5. <strong>Vesselina Kasarova, <em>Rossini arias and duet</em> </strong>(Arthur Fagen, RCA, 1999) : avec le concours de Juan Diego Florez, une proposition de réponse à l’énigme « Colbran ».</p>
<p> 6. <strong>Jennifer Larmore, <em>Amore per Rossini</em></strong> (Giuliano Carella, Teldec, 1998) : une voix chaude et flexible au service d’un melting-pot d’airs pour contralto ou mezzo-soprano colorature  </p>
<p> 7. <strong>Nelly Miricioiu, <em>Rossini Gala</em></strong> (David Parry, Opera Rara, 2000) : la diva du label Opera Rara entourée de nombreux partenaires insuffle à quelques grandes scènes rossiniennes la flamme indispensable à ce répertoire.</p>
<p> 8. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/rossini-le-pere-la-fille-et-le-saint-esprit"><u>Olga Peretyatko, <em>Rossini!</em></u></a></strong> (Alberto Zedda, Sony, 2015) : Zedda, Peretyatko, Rossini : Le père, la fille et le Saint-Esprit ensemble réunis dans la joie de chanter .</p>
<p> 9. <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/critiques/podles-rossini.htm"><u>Ewa Podleś, <em>Rossini Gala</em></u></a></strong> (Wojciech Michniewski, Dux, 2001) : un des rares récitals de cette « force de la nature » rossinienne, honteusement négligée par le disque.</p>
<p> 9. <strong>Samuel Ramey, <em>Alle Voci della gloria</em></strong> (Gabriele Ferro, 1991, Teldec) : à notre connaissance, la seule anthologie d’airs pour basse rossinienne, malheureusement introuvable aujourd’hui.</p>
<p>10. <strong>Marine Rebeka, <em>Amor Fatale</em></strong> (BR Klassik, 2017) : une sélection de scènes originales interprétées avec ce feu glacé propre à cette soprano lettone souvent comparée à June Anderson.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini11.jpg?itok=tnGt4gfs" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>XI &#8211; …10 intégrales</strong></p>
<p>  1.<strong><em> Ermione</em></strong> (C. Gasdia, C. Merritt, E. Palacio – C. Scimone – Erato, 1986) : un des neuf opéras napolitains – le plus audacieux peut-être – dans la meilleure des versions au catalogue.</p>
<p> 2. <strong><em>La Cenerentola</em></strong> (C. Bartoli, W. Matteuzzi, E. Dara – R. Chailly – Decca, 1993) : un enregistrement en état de grâce pour tout un tas de raisons dont la première est l’adéquation équilibrée de la distribution.</p>
<p> 3. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/guillaume-tell-en-version-originale"><u>Guillaume Tell (</u></a></em></strong>M. Spyres, J. Howarth, A. Foster-Williams – A. Fogliani, Naxos 2015) : en direct de Bad Wildbad, une interprétation méritante dont le premier des mérites est de proposer en français la version intégrale d’une partition monumentale.</p>
<p> 4.<em> <strong>La donna del lago</strong></em> (R. Blake, C. Merritt, J. Anderson, M. Dupuy – R. Muti, 2002) : le fleuron de la légende rossinienne dans l’opéra le plus romantique de Rossini.</p>
<p> 5. <strong><em>Le Comte Ory</em></strong> (J.D. Flórez, S. Bonfadelli, M.A. Todorovich – J. López-Cobos, 2004) : Un concentré de bonne humeur dans un français plus qu’acceptable.</p>
<p> 6. <strong><em>Matilde di Shabran</em></strong> (A. Massis, J.D. Florez – R. Frizza – Decca, 2006) : Découverte miraculeuse d’un ouvrage qui, comme tous les opéras rossiniens, exige des interprètes au-dessus de la mêlée. Ils sont ici réunis.</p>
<p> 7. <strong><em>Semiramide</em> </strong>(I. Tamar, G. Kunde, M. Pertusi – A. Zedda – Fonit Cetra 2005) : Aucun des meilleurs solistes possibles dans cet opéra crépusculaire – Gregory Kunde excepté – mais une fois encore le tout est plus que la somme des parties.</p>
<p>.8. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/stabat-mater-rossini-alberto-zedda-inutiles-regrets"><u>Stabat Mater</u></a></em></strong> (A. Bonitatibus, A. Esposito – A. Zedda, Dynamic, 2017) : un opéra en habits sacerdotaux, si complexe qu’il n’existe pas d’interprétation de référence. Seul Alberto Zedda parvient à obtenir cet impossible compromis entre or et encens avec une lecture culminant dans une double fugue finale apocalyptique où passe le souffle de Dieu.</p>
<p> 9. <strong><em>Tancredi </em></strong>(E. Podles, S. Jo, P. Spagnoli – A. Zedda – Naxos, 1995) : Un des rares témoignages studio de l’art de la Podles dans un de ses rôles fétiches.</p>
<p>10. <strong><em>Il viaggio a Reims</em></strong> (K. Ricciarelli, L. Valentini Terrani, L. Cuberli – C. Abbado – Deutsche Grammophon, 1984) : la version historique de l’exhumation en 1984 d’un ouvrage que l’on n’avait plus joué depuis 1825 !</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini12.jpg?itok=8VJABiiB" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>XII &#8211; …10 DVD</strong></p>
<p>  1.<em> <strong><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/good-morning-purple-rose"><u>Ciro in Babilonia</u></a></strong></em> (E. Podles, M. Spyres, J. Pratt &#8211; D. Livermore, W. Crutchfield – Pesaro, 2012 – Opus Arte) : pour les débuts scéniques d’Ewa Podles et de Michael Spyres à Pesaro, bingo ! La représentation à la manière du cinéma muet des années 20 d’un des premiers opéra seria de Rossini, Intelligente, esthétique, ajoutée à une interprétation musicale de haute volée rend ce DVD indispensable.</p>
<p> 2. <strong><em>Il Signor Bruschino</em></strong> (A. Corbelli, A. Felle, A. Rinaldi &#8211; Schwetzingen, &#8211; M. Hampe, G. Gelmetti &#8211; 1989 – EuroArts) : la dernière des farces composées par le jeune Rossini représentée dans le cadre rococo de Schwetzingen et stimulée par l’irrésistible entrain d’Alessandro Corbelli.</p>
<p>3.<strong> <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/le-comte-est-bon"><u>Le Comte Ory</u></a></em></strong> (J.D. Florez, D. Damrau, J. DiDonato &#8211; B. Sher, M. Benini -New York, 2011 – Virgin) : un plateau de stars dans une mise en scène d’une lisibilité immédiate pour le plus fripon des opéras de Rossini.</p>
<p> 4. <strong><em>Il barbiere di Siviglia</em> </strong>(J. DiDonato, J.D. Florez, P. Spagnoli &#8211; P. Caurier et M. Leiser, A. Pappano- Londres, 2009 – Virgin) : le fameux <em>Barbier </em>que Joyce DiDonato, après une chute malencontreuse, dût chanter en chaise roulante sans que ce handicap n’entame en rien la bonne humeur de la représentation. Au contraire</p>
<p> 5. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/critiques/italiana_ponnelle_levine.html"><u>L’Italiana in Algeri</u></a></em></strong> (M. Horne, P. Montarsolo, D. Ahlsted &#8211; J.P. Ponnelle, J. Levine &#8211; New York, 1993 – Deutsche Grammophon) : une des dernières Isabella de Marylin Horne. Inévitablement historique.</p>
<p> 6. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/chateau-de-la-subversion"><u>Matilde di Shabran</u></a></em></strong> (O. Peretyatko, J.D. Florez – M. Martone, M. Mariotti -Pesaro, 2012 – Decca) : l’opéra le plus wagnérien de Rossini – par sa longueur – porte chance à Pesaro autant qu’à Juan Diego Florez, inégalé dans le rôle où il fut découvert, en 1996, dans la ville de Rossini déjà.</p>
<p> 7. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/faute-de-mieux"><u>Mosè in Egitto</u></a></em></strong> (R. Zanellato, S. Ganassi, D. Korchak &#8211; G. Vick, R. Abbado &#8211; Pesaro, 2011 – Opus Arte) : l’inutile actualisation israélo-palestinienne dans une captation vidéo faiblarde ne saurait masquer les atouts de cette version d’un opéra rarement représenté de Rossini, à commencer par l’engagement jusqu’au-boutiste de Sonia Ganassi.</p>
<p> 8. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/otello-rossini-hisse-a-la-hauteur-de-verdi"><u>Otello</u></a></em></strong> (C. Bartoli, J. Osborn, J. Camarena &#8211; P. Caurier et M. Leiser, M. Tang &#8211; Zurich, 2012 – Decca) : ni la plus séduisante des Desdemone -mais peut-être la plus émouvante -, ni le plus grand des Otello mais une version recommandable par l’équilibre des parties prenantes.</p>
<p> 9. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/critiques/semiramide_dvd.htm"><u>Semiramide</u></a></em> </strong>(J. Anderson, M. Horne, S. Ramey &#8211; J. Copley, J. Conlon – New York, 1990 – Arthaus) : la dernière page de l’opéra seria fantasmée par Rossini tutoie les cimes dans cette interprétation dominée par quelques-uns des plus grands noms du chant rossinien.</p>
<p>10. <strong><em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/enfin-michieletto-vint"><u>Sigismondo</u></a></em> </strong>(O. Peretyatko, D. Barcellona, &#8211; D. Michieletto, M. Mariotti &#8211; Pesaro, 2010 – Arthaus) : En transposant cet opéra méconnu dans les limbes psychiatriques d’une Pologne Mitteleuropa, Damiano Michieletto fait mouche. Daniela Barcellona en épigone de Louis II rongé par ses démons et Olga Peretyatko en clone de Sissi, dirigée amoureusement par son futur(ex)mari, offrent un aperçu des innombrables ressources de l’opéra rossinien lorsqu’il est justement interprété.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini13.jpg?itok=GR9c6vk1" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>XIII &#8211; …10 extraits You Tube</strong></p>
<p>1. <strong>June Anderson, 1988 : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=u2tQw8a3qpM"><u>« D’amore dolce impero »</u></a></strong>,<em> Armida</em> (Armida) : Si des huées sont audibles au début de cet extrait proposé dans des conditions visuelles impossibles (sans doute filmé sur l’écran de TV), elles ne sont pas destinées au ornementations délirantes de June Anderson mais à la mise en scène de Jean-Claude Fall (dont heureusement on ne voit pas grand-chose)</p>
<p> 2. <strong>Cecilia Bartoli, 1995, « <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=o6hKiM1zT2Y"><u>Nacqui all’affano… </u></a></strong>», <em>La Cenerentola </em>(Angelina) : Tchetchilia avant qu’elle ne devienne la Bartoli, d’une fraîcheur et d’une exactitude redoutable dans ce rondo qu’elle agrémente de multiples effets, le trille n’étant pas le moindre.</p>
<p> 3. <strong>Rockwell Blake, 1996, « <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=9oPxUrJ9w3M"><u>D&rsquo;ogni più sacro impegno</u></a> »</strong>, <em>L’occasione fa il ladro</em> (Alberto) : la plus sensationnelles des <em>messe di voce</em>, à la fin de l’air sur le mot « liberta » ou comment mettre la virtuosité belcantiste au service du drame (en l’occurrence de la comédie).</p>
<p> 4. <strong>Mariella Devia, 1992 : « <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=p3ZAuFMXFaQ"><u>Giusto Dio che umile adoro </u></a>»</strong>, <em>Tancredi</em> (Amenaide) : l’art de Mariella Devia ne semble pas connaître de limite dans cet air qui comme souvent chez Rossini exige autant de sentiment que de virtuosité.</p>
<p> 5. <strong>Juan Diego Florez, 2005 : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=5Ynl4Yg4fXw"><u>« Cessa di piu resistere »</u></a></strong>, <em>Il barbiere di Siviglia </em>(Almaviva) : la voix claironnante de celui qui, par son succès, a contribué à mieux faire connaître la musique de Rossini, et puis le rose lui va si bien.</p>
<p> 6. <strong>Marylin Horne, 1986 : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=vADKc0zLxek"><u>« Non Temer D&rsquo;un Basso Affetto »</u></a></strong>, <em>Maometto II</em> (Calbo) : Le <em>canto di sbalzo</em> dans tous ses états.</p>
<p> 7. <strong>Chris Merritt, 1989 : « <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=plqG6GyidVM"><u>Che vidi amici </u></a>»</strong>, <em>Zelmira</em> (Antenore) : Des ténèbres floutés d’une captation approximative, émerge sur le fil du rasoir la voix de Chris Merrit. Qui osera lui reprocher de nous donner le frisson ?  </p>
<p> 8. <strong>Ewa Podlès, 1994 : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=A8063Gr7gPE"><u>« Ah! quel giorno ognor rammento »</u></a></strong>, <em>Semiramide </em>(Arsace) : bien malin qui reconnaîtra Ewa Podles sous sa moustache et son plumet tant la qualité de l’image est déplorable, la voix en revanche est reconnaissable entre toutes, entre baryton et soprano, longue, agile, volcanique, électrisante.</p>
<p> 9. <strong>Samuel Ramey, 1984 : « <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=5-6M0CV37UM"><u>Invan strappar dal core </u></a>»</strong>, <em>Il viaggio a Reims</em> (Lord Sydney) : la basse colorature en action dans un de ces airs qui exigent tout – timbre, puissance souplesse, expression – et plus encore.</p>
<p>10. <strong>Michael Spyres,2016 :  <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=8Kt3LU4vrxg"><u>« Balena il man del figlio »</u></a></strong>, <em>Ermione</em>, 1819 (Oreste) : tous les effets belcantistes convoqués (et surmontés) pour camper un Pirro terrible et terriblement impressionnant</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini14.jpg?itok=j6ICLTdn" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>XIV &#8211; …10 termes techniques</strong></p>
<p> 1. <strong>Bel canto</strong> : école de chant liée à l’opéra <em>seria</em> et à une technique basée sur la virtuosité, la liberté de l’ornementation, la nuance et la beauté du son. Partant de cette définition, <em>Semiramide</em> serait le dernier ouvrage belcantiste.</p>
<p> 2. <strong>Cadence</strong> : passage virtuose vers la fin d’une aria indiqué généralement par un point d’orgue.</p>
<p> 3. <strong>Colorature</strong> : ornement d’une grande virtuosité et, par extension, voix capable d’exécuter ces ornements (soprano colorature)</p>
<p> 4. <strong>Concertato</strong> : numéro d’ensemble où interviennent souvent graduellement solistes et chœur</p>
<p> 5. <strong>Crescendo</strong> : procédé musical, dont Rossini usa à l’excès, constituant à augmenter progressivement le son.</p>
<p> 6. <strong>Messa di voce</strong> : son filé ; commencé<em> piano</em>, enflé puis éventuellement diminué jusqu’au <em>piano </em>initial</p>
<p> 7. <strong>Pertichini (aria con)</strong> : air avec courtes interventions d’autres solistes (exemple : « Ah ! si, per voi già sento », l’air d’entrée d’Otello)</p>
<p> 8. <strong>Sorbetto (aria di)</strong> : air destiné à un personnage secondaire, souvent écrit par un assistant du compositeur, qui laissait au public le loisir de s’absenter quelques instants pour déguster un sorbet ou autres gourmandises glacées (exemple : l’air de Berta dans <em>Il barbiere di Siviglia</em>)</p>
<p> 9. <strong>Sbalzo (canto di)</strong> : chant avec fréquents sauts de registre (exemple : « Non temer d&rsquo; un basso affetto », l’air de Calbo dans Maometto II)</p>
<p>10. <strong>Trille</strong> : ornement consistant en un battement plus ou moins rapide de la note principale avec la note supérieure</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/rossini15.jpg?itok=sjum44bW" style="width: 100px;height: 108px;margin-right: 10px;margin-left: 10px;float: left" title="MASQUER" /><strong>XV &#8211; …10 citations</strong></p>
<p> 1.<strong> H. de Balzac</strong> à propos de Rossini : « <em>sa musique donne de l&rsquo;espérance aux cœurs les plus endormis</em> »</p>
<p> 2. <strong>H. Berlioz</strong> (dans ses <em>Mémoires</em>) : «  <em>Ne concevant rien de plus magnifiquement beau et vrai que les œuvres de ces grands maîtres (ndlr : Gluck et Spontini), le cynisme mélodique, le mépris de l’expression et des convenances dramatiques, la reproduction continuelle d’une formule de cadence, l’éternel et puéril crescendo, et la brutale grosse caisse de Rossini, m’exaspéraient au point de m’empêcher de reconnaître jusque dans son chef-d’œuvre </em>(le Barbier),<em> si finement instrumenté d’ailleurs, les étincelantes qualités de son génie.</em> »</p>
<p> 3. <strong>P. Chasles</strong>, à propos du roman de Balzac, <em>La peau de Chagrin</em> : « <em>Si la société telle qu’elle est vous ennuie tant soit peu, et qu’il vous agrée de la voir pincée, fouettée, marquée en grande pompe, sur un bel échafaud, au milieu de tout le fracas d’un orchestre rossinien, d’un tintamarre et d’un charivari incroyable, et la décoration la plus assourdissante, lisez </em>La Peau de chagrin<em>&#8230;</em> »</p>
<p> 4. <strong>G. Hegel</strong> en 1824 dans une lettre à son épouse : « <em>La musique de Rossini ne fait sens que si elle est chantée</em> »</p>
<p> 5.<strong> G. Rossini</strong> : « <em>Comme l&rsquo;opéra serait merveilleux s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas les chanteurs !</em> »</p>
<p> 6. <strong>G. Rossini </strong>en 1825 au restaurant La Maison Dorée (citation apocryphe, <em>se non è vero, è ben trovato</em>). : « — <em>Garçon, préparez-moi un médaillon de bœuf, surmonté d&rsquo;une escalope de foie gras poêlé le tout sur une tranche de pain, et préparez-le devant moi, que je vous observe.<br />
	— Mais Monsieur Rossini… c&rsquo;est impensable…<br />
	— Alors tournez-moi le dos !</em> »</p>
<p> 7. <strong>Stendhal</strong>, à propos de <em>Tancredi</em>, le premier opéra <em>seria</em> de Rossini : « <em>Avant Rossini, il y avait bien souvent de la langueur et de la lenteur dans les opere </em>serie<em> ; les morceaux admirables étaient clairsemés, souvent ils se trouvaient séparés par quinze ou vingt minutes de récitatif et d’ennui ; Rossini venait de porter dans ce genre de composition le feu, la vivacité, la perfection de l’opéra </em>buffa »</p>
<p> 8. <strong>Stendhal</strong> : « <em>Le premier caractère de la musique de Rossini est une rapidité qui éloigne de l’âme toutes les émotions sombres si puissamment évoquées des profondeurs de notre âme par les notes lentes de Mozart. J’y vois ensuite une fraîcheur qui, à chaque mesure, fait sourire de plaisir. Aussi toutes les partitions semblent-elles lourdes et ennuyeuses auprès de celles de Rossini</em> »</p>
<p> 9. <strong>R. Wagner</strong>, d’après Edmond Michotte dans <em>La Visite de Wagner à Rossini</em> : « <em>Comme Mozart, il (ndlr : Rossini) possédait au plus haut degré le don de l’invention mélodique. Il était en outre merveilleusement secondé par son instinct de la scène et de l’expression dramatique. Que n’eut-il pas produit s’il avait reçu une éducation musicale forte et complète ? Surtout si, moins Italien et moins sceptique, il avait senti en lui la religion de son art ?</em> »</p>
<p>10. <strong>A Zedda</strong>, interviewé en juin 1988 dans le magazine <em>Opéra International</em> « <em>on peut entendre la mort de Mimi passivement (ndlr :  dans La Bohème de Puccini). Tandis que si l’on reste à la superficie de Rossini, il n’apporte rien. Il demande un public intelligent, moins attaché à la logique et plus accessible au fantastique </em>»</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/">150 nuances de Rossini</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.forumopera.com/150-nuances-de-rossini/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Il Barbiere di Siviglia</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-barbiere-di-siviglia-cherchez-lintrus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Aug 2018 05:17:56 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-barbiere-di-siviglia-cherchez-lintrus/</guid>

					<description><![CDATA[<p>A sa sortie en 1982, ce présent enregistrement fit figure d&#8217;événement : il s&#8217;agissait d&#8217;un des tous premiers CD (édité à l&#8217;époque par CBS) et le premier du Barbiere dans ce format,  de surcroît basé sur l&#8217;édition critique de la Fondazione Rossini di Pesaro. La réalisation n&#8217;est pas tout à fait à la hauteur des &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-barbiere-di-siviglia-cherchez-lintrus/"> <span class="screen-reader-text">Il Barbiere di Siviglia</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-barbiere-di-siviglia-cherchez-lintrus/">Il Barbiere di Siviglia</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A sa sortie en 1982, ce présent enregistrement fit figure d&rsquo;événement : il s&rsquo;agissait d&rsquo;un des tous premiers CD (édité à l&rsquo;époque par CBS) et le premier du <em>Barbiere</em> dans ce format,  de surcroît basé sur l&rsquo;édition critique de la Fondazione Rossini di Pesaro. La réalisation n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur des ambitions. <strong>Leo Nucci</strong> est un Figaro de facture classique, bien vocalisant mais la voix manque un peu d&rsquo;ampleur, ce qui rend son chant par moment un peu agressif. Avec le baryton italien, plein d&rsquo;abattage, on est davantage au théâtre que dans une démonstration de belcanto. Nucci n&rsquo;offre par ailleurs pas le si naturel de son air, à l&rsquo;identique de ce qui se pratique courramment. <strong>Marilyn Horne</strong> en revanche est une Rosina qui concilie à merveille les deux exigences du rôle. Sur le plan vocal, le mezzo américain est tout à fait exceptionnel, possédant à merveille toute la grammaire belcantiste : vocalises, trilles, variations dans les reprises. C&rsquo;est un vrai festival. La chanteuse sait surtout colorer à merveille (si on ne sait pas de quoi il s&rsquo;agit, voici une bonne occasion de le découvrir), allégeant ou assombrissant son timbre, accentuant intelligemment chaque mot. Théâtralement, Horne sait rendre compte de toutes les émotions du personnage. Bref : cette Rosina est tout bonnement une des meilleures de tous les temps.  On en dira autant du Bartolo d&rsquo;<strong>Enzo Dara</strong>, qui reste à mourir de rire même sans les grimaces qu&rsquo;il se permettait à la scène. L&rsquo;aigu est un peu court, mais la déclamation est un régal et la science du <em>canto sillabico</em> quasi unique (quand le chanteur doit chanter un maximum de mots en un minimum de temps pour produire un effet comique). <strong>Samuel Ramey </strong>n&rsquo;est ici inférieur qu&rsquo;à lui même : le timbre est somptueux, l&rsquo;aigu éclatant mais la basse américaine manque de la <em>vis comica</em> dont elle faisait preuve à la scène. Autre déception, le chanteur n&rsquo;a pas été autorisé à exécuter des variations dans son air : une décision étrange dans le contexte de cet enregistrement. Il en va de même pour <strong>Raquel</strong> <strong>Pierotti</strong>, privée d&rsquo;ornements dans la reprise de l&rsquo;air de Berta qui, du coup, se révèle sans grand intérêt. Le Conte Almaviva de <strong>Paolo Barbacini</strong> est l&rsquo;un des plus douloureux de la discographie, petite voix nasale, peinant dans le haut médium, esquivant quelques suraigus, et vocalisant avec difficulté. Le « Cessa di più resistere <em>»</em>, souvent coupé à l&rsquo;époque, est une double épreuve : pour le ténor, mais surtout pour l&rsquo;auditeur. Inutile de préciser que les responsables de l&rsquo;édition critique durent s&rsquo;arracher les cheveux de la tête ! Un choix artistique incompréhensible. Parmi les petits rôles, on notera le Fiorello de <strong>Simone Alaimo </strong>(oncle de Nicola Alaimo), promis à une brillante carrière, mais ici plutôt méconnaissable (à sa décharge, on a l&rsquo;impression que certains chanteurs sont captés par les micros comme s&rsquo;ils étaient placés derrière les rôles principaux). A la tête des choeurs et de l&rsquo;orchestre de la Scala, un brin négligents, <strong>Riccardo Chailly </strong>(que nous avons la faiblesse de trouver bien surfait dans ce répertoire) remue la baguette sans vision particulière de l&rsquo;oeuvre. En témoigne une <em>temporale</em> symphonique totalement indigente. Fort heureusement, le rythme est heureusement soutenu par des interprètes survoltés.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-barbiere-di-siviglia-cherchez-lintrus/">Il Barbiere di Siviglia</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Boris Godounov</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/boris-godounov-salade-russe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Apr 2018 05:54:59 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/boris-godounov-salade-russe/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Claudio Abbado s’attaque à Boris Godounov à la fin des années 70. Il a alors 46 ans. Chef principal de la Scala depuis une dizaine d’années, il y a triomphé dans les grands opéras verdiens : Macbeth, Simon Boccanegra, Un ballo in maschera, Aida, Don Carlo pour lequel il revient à la version en cinq actes. Il dirige également les &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/boris-godounov-salade-russe/"> <span class="screen-reader-text">Boris Godounov</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/boris-godounov-salade-russe/">Boris Godounov</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Claudio Abbado</strong> s’attaque à <em>Boris Godounov </em>à la fin des années 70. Il a alors 46 ans. Chef principal de la Scala depuis une dizaine d’années, il y a triomphé dans les grands opéras verdiens : <em>Macbeth</em>, <em>Simon</em> <em>Boccanegra</em>, <em>Un ballo in maschera</em>, <em>Aida, </em><em>Don</em> <em>Carlo </em>pour lequel il revient à la version en cinq actes. Il dirige également les italiens Donizetti, Bellini ou Rossini, et aussi Mozart. Dans le courant des années 70, son répertoire s’internationalise davantage et sa <em>Carmen</em> au Festival d’Edimbourg (qui servira de support à un enregistrement studio ultérieur devenu une référence) est unanimement saluée. En 1979, il ouvre la nouvelle saison du Teatro alla Scala avec une production de <em>Boris</em> <em>Godounov</em>, donné en langue originale russe. A l’exception d’un Fidelio dirigé par Karl Böhm en 1974, tous les opéras inaugurant la saison étaient italiens, ou chantés dans cette langue.  Il défendra régulièrement le chef d’œuvre de Moussorgski, à Londres, Berlin, Vienne, au Festival de Pâques de Salzbourg (avec la Philharmonie de Berlin, en 1994) ainsi qu’à celui d’été (avec la Philharmonie de Vienne, en 1998), dans son orchestration originale, et dans  la seconde version de l’ouvrage (avec l’acte « polonais » de 1874). Le présent enregistrement, capté en 1993, réutilise des pages de la version de 1869 : la scène complète de Pimène, d&rsquo;une part, et celle de Saint-Basile avec l&rsquo;intervention de l&rsquo;Innocent qui refuse de prier « ​pour le Tsar Hérode ». Placées à cet endroit, les répliques de l&rsquo;Innocent ont plus de force car elles annoncent la catastrophe finale. Afin d&rsquo;éviter un doublon, l&rsquo;intervention de l&rsquo;Innocent dans la toute dernière scène de la Forêt de Kromy est simplifiée par rapport à la version de 1874. S&rsquo;il n&rsquo;est pas de Moussorgski, le montage a le mérite de combiner l&rsquo;intégralité de la musique de la seconde version avec la force dramatique de la première.</p>
<p>
	La lecture d&rsquo;Abbado est d&rsquo;une grande noirceur : le chef italien dessine un arc dramatique profondément fataliste, où les efforts humains pour échapper au destin sont vains, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de celui du Tsar ou de celui du peuple. Pas de sauvagerie dans cette direction, mais une chape de plomb oppressante posée sur un monde immuable : l&rsquo;orchestration originale de Moussorsgski est ici dépourvue de la brutalité à laquelle on l&rsquo;associe parfois. La Philharmonie de Berlin était le partenaire idéal pour incarner un tel rouleau compresseur : l&rsquo;orchestre, absolument somptueux, est comme un fauve rugissant sourdement, dompté par la baguette du maître. Si l&rsquo;on devait émettre quelques réserves, ce serait pour regretter qu&rsquo;en de rares occasion la Philharmonie puisse sonner comme une formation de solistes qui sembleraient s&rsquo;écouter jouer, mais c&rsquo;est aussi la rançon de cette lecture très analytique. On pourra lui préférer, notamment dans l&rsquo;acte polonais, la souplesse de la Philharmonie de Vienne. Résolument novatrice, la conception d&rsquo;Abbado ne séduira peut-être pas immédiatement certains amateurs (surtout ceux trop habitués aux versions russes), mais son écoute et sa réécoute en démontre sa grande justesse et une profonde cohérence.</p>
<p>
	La distribution vocale n&rsquo;atteint pas les mêmes sommets et manque d&rsquo;homogénéité, mélangeant interprètes slaves et chanteurs non russophones. Dans les années 90, <strong>Anatoli Kotscherga</strong> campa le rôle-titre sur toutes les scènes du monde, sans doute parce que, faute de grives, il fallait se contenter de merles. L&rsquo;incarnation est en effet assez générique, plutôt plébéienne (un comble &#8230;), avec un spectre un peu limité de sentiments exprimés : il nous est difficile de ressentir de l&#8217;empathie pour le personnage.  La voix est puissante et la partition ne lui pose aucun problème, mais le chant est un peu hétérogène : un aigu est superbe, l&rsquo;autre est un peu tendu ; parfois le timbre est impérial et magnifique, à un autre moment, la voix sonne un peu rauque. Rien de rédhibitoire, mais à tout prendre, on aurait préféré entendre <strong>Samuel Ramey </strong>en Boris, quitte à rompre avec la litanie des grands slaves, de Nicolaï Ghiaurov à Chaliapine, en passant par Boris Christoff. La basse américaine campe en tous cas ici un Pimène somptueux, intériorisé, là encore très différent des interprétations habituelles. Le timbre est magnifique, la technique irréprochable, avec un chant d&rsquo;une magnifique musicalité et d&rsquo;une homogénéité de registres parfaite. A la scène, la voix lyrique de <strong>Sergei Larin</strong> manquait un peu de largeur dans le médium et d&rsquo;aplomb dans l&rsquo;aigu. Superbement capté jusque dans ses moindres murmures, le ténor letton est ici d&rsquo;une intelligence rare  et il ne manque que cet aigu trompettant nécessaire pour assumer le côté bravache de Dimitri à l&rsquo;acte « polonais ». <strong>Philip Langridge </strong>est idéalement mielleux dans le rôle de Chouisky. Le jeune <strong>Albert</strong> <strong>Shagidullin</strong> se montre encore un peu vert en Andrei Chtchelkalov. <strong>Marjana Lipovšek</strong><strong> </strong>est une Marina somptueuse, radiante, mais qui tombe parfois dans des effets dramatiques un peu chargés. L&rsquo;aubergiste d&rsquo;<strong>Elena Zaremba</strong>, le Varlaam de  <strong>Gleb Nikolsky </strong>et le Missaïl d&rsquo;<strong>Helmut Wildhabe </strong>forment un trio musicalement sans reproche et dramatiquement parfaitement rodé. <strong>Liliana Nikiteanu</strong> campe un Fiodor bien chantant mais dont le timbre trop riche n&rsquo;évoque pas vraiment un jeune garçon. L&rsquo;Innocent d&rsquo;<strong>Alexander Fedin </strong>est également musicalement très bon, mais n&rsquo;atteint pas les sommets d&rsquo;émotion <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/actu/michel-senechal-1927-2018-limmortelle-grenouille">qu&rsquo;ont pu offrir d&rsquo;autres interprètes</a>. Comme on le sait, les choeurs jouent dans cet ouvrage un rôle considérable, tant dramatiquement que musicalement. Les formations réunies de Bratislava et de Berlin sont d&rsquo;une belle musicalité mais insuffisamment percutantes, avec des ténors qui couvrent trop les sons au lieu de laisser éclater les aigus. Dramatiquement, l&rsquo;ensemble reste également un peu trop sage. Soulignons enfin la prise de son de Michael Haas  absolument remarquable, qui restitue le relief d&rsquo;une bande son de film, avec les conséquences de ce type d&rsquo;approche. Par exemple, pour accentuer le caractère insidieux du personnage, l&rsquo;excellent Rangoni de <strong>Sergei Leiferkus</strong>, semble chanter dans le lointain, sur le côté :  il vaut mieux alors disposer d&rsquo;un bon casque ou une excellente chaîne stéréo pour en goûter tout l&rsquo;effet !</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/boris-godounov-salade-russe/">Boris Godounov</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dix histoires d&#8217;opéra drôles (et vraies)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/</link>
					<comments>https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Aug 2017 03:31:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Luciano Pavarotti dont le tabouret s&#8217;effondre sous le poids, Montserrat Caballe dans Tosca qui sort dignement de la scène au lieu de sauter du haut du château Saint-Ange… L’opéra fourmille d’anecdotes désopilantes que les amateurs d’art lyrique aiment inlassablement se raconter le soir à la veillée. En voici dix, garanties authentiques, pour combattre la morosité &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/"> <span class="screen-reader-text">Dix histoires d&#8217;opéra drôles (et vraies)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/">Dix histoires d&rsquo;opéra drôles (et vraies)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Luciano Pavarotti dont le tabouret s&rsquo;effondre sous le poids, Montserrat Caballe dans <em>Tosca</em> qui sort dignement de la scène au lieu de sauter du haut du château Saint-Ange… L’opéra fourmille d’anecdotes désopilantes que les amateurs d’art lyrique aiment inlassablement se raconter le soir à la veillée. En voici dix, garanties authentiques, pour combattre la morosité des fins de vacances.</strong></p>
<hr />
<ol>
<li><strong>Les trous de mémoire de Monterrat Caballe</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd1.jpg?itok=6laBy1r4" style="width: 150px; height: 150px; float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="MASQUER" /><strong>Montserrat Caballé</strong> était connue pour ne jamais apprendre ses rôles. Au San Carlo de Naples, <strong>Jean-Philippe Lafont </strong>en Assur retrouvait Montserrat  en Sémiramide. Dans le fameux duo, chaque fois qu’il tentait de se rapprocher d’elle, elle disparaissait sans raison et montait jusqu’au fond de la scène. Elle ne le regardait même plus, semblant très absorbée par le décor néo-antique. Le baryton se décida à la suivre et se rendit compte que derrière chaque colonne du décor se tenait un sbire qui lui montrait la partition ! Lafont aurait du se douter de quelque chose puisque chantant avec elle <em>Demofoonte</em> à Rome, quelques mois auparavant, il n’avait pas manqué de la féliciter : <em>« Vraiment, Montserrat, tes pianissimi sont magnifiques. Comment fais-tu ? ».  </em>Elle lui avait répliqué :<em> « Mon chéri, hi, hi, hi, si je chante plus fort, je n’entends plus le souffleur !  » </em> [Roselyne Bachelot]<em> </em></p>
<ol start="2">
<li><strong>Petites phrases assassines entre divas</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd2.jpg?itok=tpcIavju" style="width: 150px; height: 150px; float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="MASQUER" />Les divas ne sont pas tendres entre elles, c’est bien connu, Sans remonter au crêpage de chignon entre la Cuzzoni et la Bordoni à Londres au 18<sup>e</sup> siècle, <strong>Christa Ludwig</strong> dans ses mémoires (<em>Ma voix et moi</em>, Éditions Les Belles Lettres) en apporte une nouvelle preuve. Au début des années soixante, peu de temps avant son retrait des scènes, la soprano <strong>Zinka Milanov</strong> voyait d’un mauvais œil la jeune <strong>Renata Tebaldi</strong> empiéter sur ses plates-bandes. Lorsqu’elle apprit que sa cadette s’était cassé la jambe dans <em>Tosca</em> en sautant du haut du château Saint-Ange, elle constata simplement : « <em>J’ai toujours su qu’elle ne pouvait pas chanter Tosca !</em> ». [Christophe Rizoud]</p>
<ol start="3">
<li><strong>Une longue minute de silence</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd3.jpg?itok=0IsuHPgF" style="width: 150px; height: 150px; margin-left: 10px; margin-right: 10px; float: left;" title="MASQUER" />C’était à Garnier, en 1975. Sous Lieberman, un « festival » permanent d’opéra permettait d’entendre les plus grandes voix du monde. Ce soir, dans <em>La Force du destin</em>, Arroyo, Domingo, Talvela, Bacquier, et, dans le rôle de Preziosilla, <strong>Fiorenza Cossotto</strong>. <strong>Julius Rudel </strong>dirige à une vitesse un peu inhabituelle, et la scène des bohémiens du deuxième acte arrive peut-être plus rapidement qu’à l’habitude. Tout se déroule à la perfection, et rien ne laisse présager un incident rarissime : soudain le chef reste les bras en l’air, tout s’arrête dans un ensemble parfait, pas un choriste ne laisse échapper une note de plus, les spectateurs médusés retiennent leur souffle, le chef croise les bras, pas de Preziosilla ! Que se passe-t-il ? Grève surprise ? Indisposition de la cantatrice ? Accident en coulisse ? C’est long une minute de silence dans ces conditions… La Cossotto entre enfin en scène, un titi du poulailler crie : « et ta montre ? », elle réplique en faisant un geste exprimant qu’elle n’y était pour rien, lance son « Viva la Guerra » a capella, et tout le monde suit, la représentation reprend son cours comme si de rien n’était&#8230; [Jean-Marcel Humbert]</p>
<ol start="4">
<li><strong>Une <em>Bohème </em>comme sur des roulettes</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd4.jpg?itok=VbxeuVKn" style="width: 150px; height: 150px; float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="MASQUER" />A Garnier, les proportions du plateau sont impressionnantes. Non moins impressionnant, <strong>Luciano Pavarotti</strong> y chante le rôle de Rodolfo dans <em>La Bohème</em>. A la fin de l’opéra, lorsque Mimi meurt sur son lit, il doit traverser le plateau pour venir enlacer celle qu’il aime alors qu’elle exhale son dernier souffle. L’expérience a dû être d’autant plus éprouvante pour la soprano phtisique que, non contente de voir charger sur elle un ténor aussi imposant que Big Luciano, les accessoiristes avaient trouvé plus commode d’équiper le lit de roulettes, lequel ne manqua pas d’accompagner le couple dans la coulisse avant même que l’orchestre n’ait sonné le dernier accord. Ce fut un final expéditif ! [Guillaume Saintagne]</p>
<ol start="5">
<li><strong>Le meurtrier aux abonnés absents</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd5.jpg?itok=4h0PFo_z" style="width: 150px; height: 150px; float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="MASQUER" /><strong>Franck Ferrari</strong>, dont l&rsquo;absence marque encore nos scènes, était un séducteur&#8230; au point parfois d&rsquo;en oublier son métier ! Un soir d&rsquo;avril 2012, une représentation de <em>Cavalleria Rusticana</em> à l&rsquo;Opéra Bastille. La brièveté de ce drame en un acte ne semble pas pouvoir tolérer l&rsquo;invraisemblance théâtrale. Et pourtant ! Alors que Turridu (alias <strong>Marcello Giordani</strong>) attendait sans broncher son meurtrier Alfio (Franck Ferrari), celui-ci oublia tout simplement d&rsquo;entrer sur scène, tout occupé qu&rsquo;il était à conter fleurette en coulisses. Marcello Giordani, ce grand acteur, resta assis sur sa chaise en feignant une demie crise cardiaque, tandis que retentissait le cri « Hanno ammazzato Turriddu ! ». Voilà un final qui tombe un peu à plat. [Maximilien Hondermarck]</p>
<ol start="6">
<li><strong>Un Rodolfo peut en cacher un autre</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd6b.jpg?itok=CHxpW1Qm" style="width: 150px; height: 150px; float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="MASQUER" />Tout ça ne serait jamais arrivé si <strong>Jaime Aragall </strong>ne s’était pas laissé pousser la barbe ! A la représentation de<em> La Bohème</em> du 11 juillet 1986, au Palais Garnier, un homme âgé était heureux : debout à l’avant-scène, il hurlait son bonheur aux saluts. Dans sa voix devenue rauque, on sentait poindre des larmes. « <em>Bravo Luciano ! </em>» cria-t-il jusqu’à complète extinction des lumières. Personne ne songea à le détromper : Pavarotti avait certes chanté Rodolfo sur cette même scène, mais c&rsquo;était quelques semaines auparavant. Hilare, le ténor espagnol lui lançait néanmoins des baisers dans le plus pur style du <em>tenorissimo</em>, ce qui le mettait au comble de l’extase. Sans doute aujourd’hui disparu, le vieil homme sera mort en emportant le souvenir merveilleux de cette soirée où Pavarotti chanta pour lui seul. [Jean Michel Pennetier]</p>
<ol start="7">
<li>
<p><strong>Les problèmes gastriques de Deborah Voigt</strong></p>
</li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd7.jpg?itok=7hKBdEsa" style="width: 150px; height: 150px; margin-left: 10px; margin-right: 10px; float: left;" title="MASQUER" />Si<strong> Deborah Voigt</strong> tient sa place aux côtés de Maria Callas parmi les chanteuses ayant réussi à perdre un maximum de poids en un minimum de temps, tous ses problèmes ne se sont pas envolés  avec le demi-quintal dont elle s’est délestée. En mars 2008, amincie et au faîte de sa gloire sur les scènes américaines, la soprano chante Isolde sur la scène du Met, à New-York. Le premier acte passe. Le second commence, mais Voigt ne se sent pas très bien quand commence son long duo avec Tristan, ce soir chanté par un Gary Lehman remplaçant Ben Heppner, lui-même souffrant. Les premières répliques sont à peine échangées qu’Isolde quitte la scène précipitamment et se réfugie en coulisses, anticipant quelque peu sur la fin tragiquement prématurée de son idylle. L’orchestre s’arrête, le rideau tombe rapidement et quelques minutes d’incompréhension s’installent, bientôt dissipée par une explication remarquablement franche des causes de l’incident : Deborah Voigt, annonce-t-on devant le rideau, souffre de problèmes gastriques ! Ainsi éclairé, le public peut se replonger dans les mystères métaphysiques de « O sink hernieder, Nacht der Liebe » grâce à Janice Baird, appelée en renfort et qui portera la représentation à son terme. Tout est bien qui finit bien donc et, comme le ridicule ne tue pas, Deborah Voigt, dûment rétablie par une cure de riz blanc, reviendra en pleine forme lors de la représentation suivante ! [Clément Taillia]</p>
<ol start="8">
<li><strong>Perfides louanges</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/lott-1.png?itok=k_09RcXy" style="width: 150px; height: 150px; margin-left: 10px; margin-right: 10px; float: left;" title="MASQUER" />Dame <strong>Felicity Lott</strong> rappelle dans son livre de souvenirs écrit avec Olivier Bellamy (<a href="https://www.forumopera.com/livre/felicity-lott-il-nous-faut-de-lamour-fatalite-fatalite" target="_blank" rel="noopener">Il nous faut de l&rsquo;amour</a>) que les compliments recèlent parfois bien des perfidies (volontaires ou non). Elle raconte ainsi qu&rsquo;à l&rsquo;issue d&rsquo;une représentation de <em>la Flûte Enchantée</em> dans laquelle elle chantait Pamina, une spectatrice enthousiaste (qui se trouvait être la femme du directeur de la Royal Academy), vient la féliciter, lui affirmant « c&rsquo;était merveilleux ». Felicity Lott, flattée, la remercie, quand la même charmante personne lui répond : « Pas vous, la Reine de la Nuit! ».  [Antoine Brunetto]</p>
<ol start="9">
<li><strong>Quand le public est bon enfant</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/ganassi.jpg?itok=KPdZoNwK" style="width: 150px; height: 150px; float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="MASQUER" />Dans une production du <em>Barbiere di Siviglia </em>de Rossini au Metropolitan Opera, la mise en scène prévoyait chez Bartolo la présence d’un violon dans son étui. Au deuxième acte, pendant la leçon de musique qu’Almaviva donne à Rosina, l’apparition inopportune de Basilio sensé être malade suscite la coalition de Figaro et des amoureux pour le pousser à se retirer, par tous les moyens. Et c’est ainsi que l’instrument de musique dans son étui devenait un projectile dont<strong> Sonia Ganassi </strong>se servait contre Basilio. Mauvaise communication auprès d’un interprète venu à la rescousse et qui n’avait pas participé aux répétitions ? Maladresse de la lanceuse ? Maladresse du receveur ? L’étui prit son vol…et frappa <strong>Samuel Ramey</strong> entre les deux yeux ! Le spectacle doit continuer, mais comment garder son sérieux devant l’air ébahi de la victime et le franc amusement des partenaires ? Heureusement la situation avait amusé le public, qui comprit le trouble de Rosina et se mit à applaudir à tout rompre…ce qui lui permit de reprendre le contrôle et la représentation se poursuivit dans la bonne humeur.</p>
<p>C’est à Toulouse, toujours dans le même titre, que la même interprète fut dans l’incapacité de poursuivre la scène où Figaro révèle à Rosine qu’elle est la bien-aimée de « son cousin », ce qui ne fait que confirmer ce qu’elle espérait et supposait. Elle doit dire : « Je suis donc…Tu ne me trompes pas ? Je suis donc la bienheureuse…etc ». Et comme bien souvent des partenaires malicieux profitent de ces situations sémantiques pour glisser un commentaire, le sien lui souffla, après le premier « je suis », une obscénité telle qu’elle fut dans l’incapacité de continuer, partagée entre le fou-rire et la colère. Et comme à New-York, le public la sauva en lui permettant, par des applaudissements, de reprendre le contrôle.</p>
<p>Dans le même genre, à Marseille, le grand prêtre Oroe avait manifestement grand peine à garder son sérieux dans une scène dramatique où il affrontait Assur. Intrigué, nous avons cherché à comprendre : en fait ce dernier, tournant à demi le dos au public, susurrait des obscénités à son partenaire…Mêmes causes, mêmes effets ! [Maurice Salles]</p>
<ol start="10">
<li><strong>Les petits coins de Bayreuth</strong></li>
</ol>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/hd10.jpg?itok=T9hWVUbZ" style="width: 150px; height: 150px; margin-left: 10px; margin-right: 10px; float: left;" title="MASQUER" />Plusieurs histoires authentiques liées aux débuts du <em>Neues Bayreuth</em> se rattachent à la personnalité haute en couleurs du chef <strong>Hans Knappertsbusch</strong>. Celui-ci avait été, dans l&rsquo;immédiat après-guerre, été recruté par les frères Wagner pour être le garant d&rsquo;une forme de continuité avec la tradition et représenter « l&rsquo;école allemande » de direction d&rsquo;orchestre sur la colline sacrée. Pour la réouverture, à l&rsquo;été 1951, il devait ainsi diriger le premier des deux <em>Rings</em>, les six représentations de <em>Parsifal</em>, et la moitié des représentations des <em>Maîtres chanteurs de Nurenberg</em>. Mais à côté de la tradition, le cahier des charges prévoyait qu&rsquo;une large place soit laissée à la modernité, condition <em>sine qua non</em> de la réouverture. Ce furent, bien sûr, les mises en scène révolutionnaires de Wieland Wagner. Ce fut aussi la décision d&rsquo;inviter Herbert von Karajan à diriger à Bayreuth, en lui confiant le second <em>Ring</em> et l&rsquo;autre moitié des représentations des <em>Maîtres chanteurs</em>.</p>
<p>Comme on pouvait s&rsquo;y attendre, les tensions ne tardèrent pas à apparaître entre les deux chefs que tout opposait, dans leurs personnalités comme dans leurs méthodes de travail: le « vieux Kna » (63 ans), qui fonctionnait à l&rsquo;inspiration (i.e. sans beaucoup répéter&#8230;), et travaillait à l&rsquo;ancienne, ne supportait pas le jeune Karajan, de 20 ans son cadet, figure montante de la scène musicale, ambitieux et arriviste, travailleur acharné et chantre de la modernité. Parmi ses (nombreuses) prétentions, Karajan avait ainsi exigé de bénéficier au sein du <em>Festspielhaus</em>, de toilettes privatives, contrairement aux usages ancestraux du lieu. Les frères Wagner étaient à ce point désireux de s&rsquo;attacher ses services qu&rsquo;ils firent droit à sa demande : dans le couloir réservé aux chefs, un écriteau fut ainsi apposé sur la porte d&rsquo;une des toilettes. Il portait, en majuscules d&rsquo;imprimerie, la mention suivante : «<em>Toilettes réservées au maestro von Karajan</em> ». Hans Knappertsbusch fut, on s&rsquo;en doute, particulièrement outré lorsqu&rsquo;il découvrit la chose. Plutôt que d&rsquo;en faire un esclandre, et parce qu&rsquo;il savait être facétieux, il rajouta donc à la main sur l&rsquo;écriteau, la mention suivante « <em>et aux autres trous du cul</em> », mettant ainsi définitivement les rieurs de son côté.</p>
<p>Indépendamment de tout jugement artistique, on se contentera de relever, en guise d&rsquo;épilogue que la personnalité de Kna était définitivement plus compatible avec l&rsquo;esprit des lieux que celle de son collègue. Herbert von Karajan claqua ainsi la porte du Festival dès l&rsquo;été 1952, tandis que Hans Knappertsbusch y célébra office jusqu&rsquo;en 1964, année de sa mort. [Julien Marion]</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/">Dix histoires d&rsquo;opéra drôles (et vraies)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.forumopera.com/dix-histoires-dopera-droles-et-vraies/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La donna del Lago</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-donna-del-lago-coup-dessai-coup-de-maitre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2017 06:35:55 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-donna-del-lago-coup-dessai-coup-de-maitre/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Créé en 1980, le Rossini Opera Festival est devenu aujourd&#8217;hui une institution incontournable. Durant ses toutes premières années, son volontarisme se heurte à la difficulté de trouver des chanteurs, en particulier des ténors, rompus au style de l&#8217;opera seria. En 1983, la reprise de La donna del Lago offre au festival l&#8217;occasion de présenter une &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-donna-del-lago-coup-dessai-coup-de-maitre/"> <span class="screen-reader-text">La donna del Lago</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-donna-del-lago-coup-dessai-coup-de-maitre/">La donna del Lago</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé en 1980, le Rossini Opera Festival est devenu aujourd&rsquo;hui une institution incontournable. Durant ses toutes premières années, son volontarisme se heurte à la difficulté de trouver des chanteurs, en particulier des ténors, rompus au style de l&rsquo;<em>opera seria</em>. En 1983, la reprise de <em>La donna del Lago</em> offre au festival l&rsquo;occasion de présenter une distribution totalement adéquate, heureusement enregistrée en studio dans le fil des représentations. Une fois n&rsquo;est pas coutume, nous ne commencerons pas par les chanteurs, mais par saluer le talent du pianiste <strong>Maurizio Pollini</strong> qui dirige ici le Chœur Philharmonique de Prague et le Chamber Orchestra of Europe avec une fougue et un allant proprement enivrants : une leçon pour les nombreux tâcherons qui officient habituellement dans ce répertoire, et même pour certaines gloires de la fosse. La proximité des représentations aidant, on croirait assister à une représentation sur le vif tant l&rsquo;électricité est palpable tout au long de l&rsquo;ouvrage. Malheureusement, si l&rsquo;orchestre est somptueux, les choses se gâtent un peu avec les voix. Pollini est plutôt un ayattolah du respect de la partition écrite, ignorant que, traditionnellement, les reprises devaient permettre aux exécutants d&rsquo;offrir des variations par rapport au thème de base, que celles-ci soient de la main de Rossini ou dues à l&rsquo;imagination de l&rsquo;artiste. On reste donc souvent sur sa faim face à cette intégrité mal venue. <strong>Katia Ricciarelli</strong> n&rsquo;a que 37 ans, mais son déclin vocal a déjà commencé, le soprano ayant abordé trop tôt les rôles de <em>spinto</em> qui ne correspondent pas à ses moyens. Avec cette Elena, la chanteuse vénitienne offre les beautés d&rsquo;un timbre riche et personnel, une réelle agilité vocale, mais aussi quelques problèmes de respiration se manifestant par des effets de soufflet bizarroïdes. L&rsquo;excellente <strong>Lucia Valentini- Terrani</strong> déploie également un matériau magnifique. Les vocalises sont réalisées avec une facilité déconcertante, mais on sent la chanteuse légèrement sur la réserve, moins exubérante qu&rsquo;à la scène. <strong>Dalmacio Gonzalez</strong> est un Umberto très satisfaisant, d&rsquo;une grande musicalité, triomphant d&rsquo;une tessiture aiguë meurtière. <strong>Dano Raffanti </strong>n&rsquo;est pas le baryténor attendu, mais la voix, plus large que celle de son confrère, contraste bien avec celle de ce dernier, et son timbre est de toute beauté. L&rsquo;un et l&rsquo;autre auront des successeurs autrement grandioses, mais ils sont ici impeccables et souvent enthousiasmants, vocalisant remarquablement et offrant tous les nombreux aigus de la partition, à défaut d&rsquo;en ajouter d&rsquo;autres ! Dans le court rôle de Duglas, <strong>Samuel Ramey </strong>est proprement époustouflant : une leçon de chant inégalée. Au global, un enregistrement à redécouvrir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-donna-del-lago-coup-dessai-coup-de-maitre/">La donna del Lago</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
