Forum Opéra

Callas au Met : l’ovation à minuit

Partager sur :
Brève
29 octobre 2026

Les fourrures sont de sortie, les billets à 35 dollars se revendent plus de 200 au marché noir, et les ragots vont bon train. Nous sommes le 29 octobre 1956 : le Metropolitan Opera de New York ouvre sa saison avec Norma et accueille enfin Maria Callas. Née de parents immigrés grecs dans la ville trente-deux ans plus tôt, la soprano y revient en regina assoluta de la Scala. Time lui consacre sa couverture, et les gazettes multiplient les portraits glamour. Mais dans la salle, les fidèles de Renata Tebaldi et de Zinka Milanov n’ont aucune intention de déposer les armes. Ils guettent la moindre faiblesse.

Rudolf Bing, l’omnipotent directeur de la maison, a vu grand : Mario Del Monaco en Pollione, Fedora Barbieri en Adalgisa, Cesare Siepi en Oroveso, Fausto Cleva au pupitre. La recette atteint un record de 75 510 dollars. Dans Variety, Robert J. Landry note avec délectation que les fauteuils s’arrachent plus âprement que ceux de My Fair Lady. Sur scène, pourtant, ce sont Del Monaco, au métal insolent, et Barbieri qui déclenchent les premiers bravos. Du côté des places debout, quelques spectateurs raillent la nouvelle venue, sa voix et la fortune de son mari, Giovanni Battista Meneghini, de vingt-sept ans son aîné. Aux saluts, Callas s’efface devant Barbieri, et Landry s’étonne de tant de sportivité chez une artiste réputée volcanique. Cendrillon à rebours : c’est à minuit, l’heure où le charme se rompt, que la Divina obtient enfin son ovation.

Place aux critiques les plus en vue du moment. Dans The New Yorker, Winthrop Sargeant décrit un accueil d’abord réservé. Il admire le magnétisme de Callas, la précision de ses vocalises, la maîtrise de « Casta diva », mais déplore un timbre parfois âpre et des aigus criards. Son verdict n’en est que plus piquant : depuis Rosa Ponselle, il n’a guère entendu au Met de Norma aussi convaincante.

Irving Kolodin, dans la Saturday Review, se montre plus enthousiaste. Il compare cette voix si particulière à une clarinette, brillante en haut, voilée dans le grave. Oui, les premières notes de l’invocation à la déesse sont acides ; non, la beauté du son ne suffit pas à expliquer le phénomène. Là où ses partenaires semblent parfois quêter l’applaudissement, Callas construit un personnage d’un mot, d’une inflexion, d’un geste. Kolodin ne regrette qu’une chose : la direction trop accommodante de Cleva, peu faite pour soutenir une telle tragédienne.

Les journaux de 1956 ne racontent donc pas le triomphe sans partage que la légende a retenu, mais une soirée de clans, de ferveur et de perplexité. New York ne savait pas encore si Callas était la plus grande soprano du monde. Elle venait de lui donner de quoi se disputer pendant soixante-dix ans.

PS : Pour trancher la querelle, notre Discothèque idéale a déjà choisi sa Norma : celle du 7 décembre 1955 à la Scala, sous la direction d’Antonino Votto, que Jean-Jacques Groleau tient pour un miracle inégalé.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

[themoneytizer id="121707-28"]