À 72 ans, Gregory Kunde n’a manifestement aucune intention de prendre le dernier train. Et si celui pour Busan est devenu, depuis le célèbre film coréen de zombies de Yeon Sang-ho, synonyme de voyage particulièrement mouvementé, le ténor américain en a vu d’autres.
À peine sorti de son Canio vénitien (Pagliacci au Teatro Malibran), le voici donc en route pour la Corée afin de retrouver un autre rôle qui exige à peu près tout d’une voix : Otello.
Les 10 et 11 octobre, il incarnera le Maure de Verdi au Busan Concert Hall, dans une version de concert placée sous la direction de Myung-Whun Chung. À ses côtés, Željko Lučić prêtera ses noirceurs à Iago, tandis que la soprano coréenne Son Ji-hye sera Desdemona.
Le rendez-vous n’est pas anodin : produit par Classic Busan, cet évènement s’inscrit dans la montée en puissance des ambitions lyriques de la ville, à moins d’un an de l’ouverture du nouveau Busan Opera House, annoncée pour septembre 2027.
Mais difficile de ne pas avoir les yeux tournés vers Kunde. Longtemps grand spécialiste de Rossini et du bel canto, le ténor américain a accompli l’une des métamorphoses vocales les plus étonnantes de ces dernières décennies, jusqu’à faire d’Otello de Verdi, qu’il chante depuis 2012, l’un de ses rôles de prédilection.
Gregory Kunde continue donc d’affronter quelques-uns des rôles les plus éprouvants du répertoire comme si de rien n’était. Dernier train pour Busan ? L’impressionnant vétéran est encore loin du terminus.

