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4 mai 1976 : crash à la Maison Blanche (mais pas à cause de la salle de bal…)

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Zapping
4 mai 2026
Il y a 50 ans, Bernstein et le scénariste Lerner échouent à célébrer le bicentenaire de la Déclaration d’indépendance. La faute à qui ?…

Démocrate revendiqué, éternel défenseur des droits civiques qui a même reçu les Black Panthers chez lui, adversaire farouche de la guerre au Vietnam et ennemi juré du président Nixon, on se demande aujourd’hui ce que pourrait bien penser Leonard Bernstein de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Peut-être qu’à l’approche des 250 ans de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis, il aurait écrit une nouvelle cantate ou une comédie musicale dédiée, avec pour cadre, qui sait, une grand salle de bal ou un terrain de golf accompagnée d’une musique qu’on imagine grotesque et grinçante…

En 1976, c’est aussi dans le cadre des célébrations du bicentenaire de cette même Déclaration d’indépendance que Lenny se joint au scénariste et parolier Alan Jay Lerner, son quasi contemporain, pour écrire un nouveau Musical pour Broadway. Tout comme le compositeur, Lerner n’en est pas à son coup d’essai : le scénariste d’Un Américain à Paris, c’est lui ; tout comme My Fair Lady (avec son habituel binôme Frederick Loewe) ou encore Gigi. Il a déjà trois Oscars, deux Golden Globes et deux Tommy Awards à son actif. C’est la première (et dernière…) fois que Bernstein et lui collaborent.

L’argument est « simple » : retracer l’histoire des 100 premières années des résidents de la Maison Blanche : les présidents et leurs épouses et les générations successives d’une famille de domestiques (au départ des esclaves). L’idée était née en 1972 et les deux hommes ambitionnaient de réaliser la comédie musicale de la décennie sur fond de célébrations nationales.

Lerner et Bernstein en 1976 (Foto: Marty Lederhandler / AP)

Une première version est présentée en avant-première en février 1976, à Philadelphie. C’est une première douche froide : déjà, on critique un scenario confus et incohérent, mais aussi un ton d’ensemble très cynique, convenant peu au cadre des célébrations. Bernstein et Lerner reprennent leur travail, font de nombreuses coupures et ajustements. Cette nouvelle version est créée voici 50 ans ce 4 mai au Mark Hellinger Theater (aujourd’hui Times Square Church) à New York. Le désastre est encore plus grand qu’en février, pour les mêmes raisons : un scenario surchargé et illisible, trop satirique et déséquilibré. La musique est mieux reçue, mais les nombreuses coupes concédées par Bernstein, voire sans son autorisation, sont critiquées, tout comme les choix artistiques des interprètes, qui ont été renouvelés entre février et mai, mais sans être plus crédibles pour autant. Time parle de la pièce comme d’un « dindon » (un four total), tandis que le Washington Star résume l’ambiance en écrivant : « Si vous preniez les différentes parties de 1600, Pennsylvania Avenue, les mettiez dans un saladier et les mélangiez, cela ne clarifierait pas les choses ». S’il trouve la musique de Bernstein « brillante et inventive », le critique Clive Barnes, dans le New York Times démolit à son tour le livret, « prétentieux, mal structuré et moralisateur ». Seul le « Duet for one (The First Lady on the land) » reçoit les compliments de la presse et du public, dans l’interprétation de Patricia Routledge, qui joue le rôle des Premières dames.

Patricia Routledge en 1966
Photo : Trinity Mirror/Mirrorpix/Alamy

Après une poignée de représentations, l’œuvre est retirée de l’affiche. Fruit de nombreuses tensions avec Lerner, mais aussi avec les artistes, Bernstein, furieux du tripatouillage de son œuvre, désavoue même la partition, qu’il retire aussi de son catalogue. Elle ne reviendra qu’après sa mort, sous la forme d’une cantate, The White House Cantata.

Fait rare, aucun enregistrement complet n’a été réalisé de la première avec les interprètes de la création. Mais il nous reste tout de même cette captation du fameux Duet for one, par l’actrice de théâtre britannique Patricia Routledge, performance que d’aucuns considèrent à elle seule comme l’une des meilleures de toute l’histoire des comédies musicales et qui provoqua une longue standing ovation. Ce sera bien la seule.

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