La Tombelle, perseverare non diabolicum

Par Laurent Bury | mer 20 Novembre 2019 | Imprimer

Au printemps 2017, le Palazzetto Bru Zane avait admis Fernand de La Tombelle (1854-1928) dans sa série d’enregistrements de mélodies de compositeurs français négligés. Venant entre Saint-Saëns en 2016 et Gounod en 2018, le baron avait un peu pâti de ce voisinage prestigieux. Le Centre de musique romantique française lui offre une revanche éclatante en l’accueillant dans une autre série, « Portraits », panthéon ouvert à ceux que la postérité a dédaignés, qui abritait déjà les deux Théodore (Gouvy et Dubois), Marie Jaëll et Félicien David.

Cette fois, c’est sur trois disques que se donnent à entendre les compositions de La Tombelle. Le premier est consacré à la musique pour orchestre, le deuxième à la musique de chambre et à la musique chorale, le dernier aux mélodies et à encore un peu de musique de chambre. Autrement dit, il y a de quoi persuader les amateurs de voix d’y jeter une oreille. Côté mélodies, aucun doublon avec le disque de 2017. Si l’on retrouve le fidèle Jeff Cohen au piano, c’est cette fois un ténor et non plus un baryton qui hante ces pages, en l’occurrence Yann Beuron, à qui le PBZ avait confié une partie de son disque de mélodies de Saint-Saëns avec orchestre. Des textes empruntés à Lamartine ou Hugo, d’abord, puis un cycle sur des poèmes directement écrits par La Tombelle lui-même, qui donnent à l’interprète l’occasion de déployer un chant plus ardent que le genre ne l’autorise en général. Relativement peu représenté dans ce Portrait, le volet religieux de l’œuvre de La Tombelle n’est pourtant pas tout à fait absent, puisque sur les cinq chœurs figurant à la fin du deuxième disque, trois sont d’inspiration sacrée. Côté profane, si « Le Furet » est une amusante reprise du thème d’une comptine célèbre, « Au fil de l’eau » est une partition beaucoup plus développée (plus de huit minutes), avec volutes envoutantes, bouche fermée ou sur des voyelles, s’enroulant autour du texte. Côté chrétien, « La Voix de l’orgue », de longueur sensiblement égale, est un hommage à l’instrument d’église par excellence, sur un texte du compositeur. Le Chœur de la Radio flamande dirigé par Hervé Niquet y manifeste une fois de plus les qualités qui font tout le prix de ses interventions dans les recréations d’opéra oubliés menées par le Palazzetto.

Fernand de La Tombelle, Musique de chambre, chorale et symphonique, Yann Beuron, Jef Coen, Brussels Philharmonic, Flemish Radio Choir, direction musicale : Hervé Niquet, 3 CD Palazzetto Bru Zane BZ 1038, 66'20 + 69'23 + 64'02

 

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