Le retour réussi des Pêcheurs de perles à New York

Par Christian Peter | dim 17 Janvier 2016 | Imprimer

Le retour des Pêcheurs de perles sur la scène du Metropolitan Opera, retransmis hier, samedi 16 janvier, dans les salles de cinéma Gaumont, fait figure d’événement. En effet, l’œuvre n’y avait plus été donnée depuis les représentations de 1916 avec Caruso dans le rôle de Nadir. Le nouveau spectacle mis en scène par Penny Woolcock et coproduit par l’English National Opera transpose l’action dans un village du Sri Lanka. Le décor représente un ensemble de maisons en bois sur pilotis, éclairées la nuit par de petits lampions multicolores. La mer est omniprésente grâce à des projections sur un écran. Calme au début de l’action, notamment pendant le duo d’amour, elle se déchaîne en vagues gigantesques durant l’orage qui conclut l’acte deux. Au début du trois, la demeure de Zurga est une pièce immense où s’entassent pêle-mêle des meubles de bureau rouillés, des étagères remplies de dossiers, une vieille télévision cathodique et un ordinateur qui indiquent que l’action se situe de nos jours. Les choristes portent des costumes traditionnels qui se déclinent en teintes chaudes, ocre, orange, rouge brun, tout comme celui, plus luxueux, de Leila. Moins heureux sont ceux des protagonistes masculins, notamment celui de Nadir, chemise mauve et bermuda vert à carreaux noirs. La direction d’acteurs tout à fait conventionnelle, n’en demeure pas moins efficace.

Nicolas Testé est un Nourabad autoritaire à souhait servi par un timbre de bronze. Mariusz Kwiecien a paru fatigué au premier acte. D’après les réseaux sociaux, il souffrirait d’allergies. De fait, sa voix semblait mate et son chant précautionneux. Il se rattrape fort heureusement par la suite. Son air du trois « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge », chanté avec un legato impeccable et une émotion contenue est précédé par un récitatif extrêmement dramatique. Dans le duo qui suit avec Leila, il laisse éclater sa fureur avec beaucoup de conviction. Notons que nous entendons ici le dénouement de la partition originale de 1863 sans les modifications ajoutées après la mort de Bizet. Donc Zurga ne meurt pas condamné par Nourabad mais reste seul en scène après le départ des deux amants tandis que derrière lui le village s’embrase.

Matthew Polenzani campe un Nadir au style extrêmement raffiné. Sa romance « Je crois entendre encore » chantée en voix mixte, sur le souffle, comme pour accentuer l’aspect onirique du tableau suggéré par les vagues bleues qui entourent le chanteur, est un pur moment de bonheur. La beauté de son timbre et l’élégance de son phrasé font oublier que l’acteur est parfois un peu gauche.

Enfin Leila trouve en Diana Damrau une interprète de haut vol. La cantatrice allemande possède les moyens exacts que réclame le rôle. De plus la pureté de la voix et les pianissimi exquis dont elle parsème son chant sont tout à fait admirables. Dommage que, contrairement à ses partenaires masculins, son français ne soit pas très intelligible.

Au pupitre Gianandrea Noseda propose une direction extrêmement théâtrale et contrastée qui contribue à la réussite globale de ce spectacle.               

 

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