Au théâtre ce soir

Adriana Lecouvreur

Par Christophe Rizoud | ven 17 Août 2012 | Imprimer
 
Difficile de croire que cette Adriana Lecouvreur proposée par le label américain Opera d'Oro fut donnée en version de concert tant elle est imprégnée de théâtre. C’est pourtant, Salle Pleyel et non à l’Opéra Garnier, que le 7 avril 1975, Montserrat Caballe et Placido Domingo interprétèrent à Paris l’opéra le plus célèbre de Francesco Cilea (et non Cileo comme l’affirme par deux fois le maigre livret d’accompagnement de ce double CD). La publication de la soirée, dans des conditions sonores tout à fait convenables pour un live, n’est pas récente (mars 1999) mais elle mérite toujours le détour en des temps où les sopranos capables de rendre justice à une telle partition ne sont pas légion.

Montserrat Caballe appartient-elle à cette espèce rare ? Certains lui reprocheront d’en faire trop. Evidemment, l’écriture offre un terrain de jeu fabuleux à une artiste réputée pour sa technique et son souffle. Sa conception du rôle-titre ne sort pas d’une certaine convention - il ne faut tout de même pas demander à Caballe l’impossible - mais pourquoi bouder son plaisir face à la palette d’effets sublimes dont la soprano habille son interprétation. Quelques excès (le monologue du 3e acte), des vulgarités mêmes (le « Ma quella donna », le « Costei me lo ruba » du dernier duo qui auraient mieux leur place sur le marché de Trouville que sur une scène d’opéra) mais sans doute est-ce le prix à payer pour que cette Adrienne ne souffre pas de carence dramatique, pour qu’elle sache chanter, jouer, vivre et mourir conformément à la partition. Et quel chant ! « Io son l’umile ancilla » et « Poveri fiori », les deux airs les plus fameux de l’opéra, sont constellés de nuances. Et quelle mort ! « Non mia fronte » est enflé, telle une voile, d’inflexions sonores et mieux encore, « Ecco la luce » se consume dans le murmure, comme privé de respiration. Placido Domingo a du mal à suivre la cadence, lui dont l’aigu fut toujours le talon d’Achille. Si Maurizio n’est pas Rodolfo, il lui faut tout de même briller et l’on sent parfois le ténor à la frontière de ses possibilités. Mais l’engagement est comme toujours au rendez-vous et le sentiment d’urgence que dégage ce chant musclé porte sa part de responsabilité dans la réussite dramatique de l’ensemble.
 
Le drame, on le doit aussi à la direction de Gianfranco Masini, prématurément décédé à l’âge de 55 ans, en 1993, alors qu’il venait à peine d’être nommé directeur artistique de l’Opéra de Montpellier. Le chef d’orchestre ne se contente pas d’imprimer un élan absolutoire à un ouvrage dont on a souvent moqué les insuffisances musicales, il s’emploie aussi à gommer les facilités d’écriture pour mieux en surligner les raffinements. A ce brelan d’as – soprano, ténor, direction musicale – ajoutons des comprimari qui sans être inoubliables tiennent leur partie (même si le Michonnet d’Attilio d’Orazzi est un peu impersonnel dans un rôle qui demande un chanteur doublé d’un acteur et si Janet Coster n’est pas la plus distinguée des Princesse de Bouillon). L’on comprend alors l’enthousiasme qui secoue le public à l’issue des dernières mesures de l’opéra, enthousiasme que l'on aurait mauvaise grâce de ne pas partager.
 
 
 
 
 

 

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