Des plus enlevés

Die Entführung aus dem Serail

Par Clément Taillia | mer 22 Juin 2016 | Imprimer

L’été dernier, la production de l’Enlèvement au Sérail présentée au Festival d’Aix-en-Provence avait vu Martin Kusej susciter la vive désapprobation du public, de la critique et de notre confrère Laurent Bury. Quelques semaines plus tard, la même équipe musicale, à quelques modifications près, recueillait au Théâtre des Champs-Elysées des ovations auxquelles Yannick Boussaert s’était joint avec enthousiasme. A en croire ces réactions contrastées, il faut se réjouir d’avoir, pour témoignage de ces représentations, un CD plutôt qu’un DVD.

Capté lors du concert parisien, le coffret publié par Alpha s’impose tout simplement comme une des meilleures versions d’une œuvre dont la discographie a récemment été marquée par un nouveau jalon, celui posé pour la Deutsche Grammophon par Yannick Nézet-Séguin et sa distribution de grand luxe. Comparons, pourtant, ce qui est comparable : Jane Archibald, Konstanze virulente et virtuose, n’est pas Diana Damrau – question de fruité, de couleurs, de rondeur ; l’Osmin de Mischa Schelomianski a bien les notes, mais pas tout à fait l’aisance ni la profondeur de Franz-Josef Selig ; Rachele Gilmore est une Blonde plus timorée qu’Anna Prohaska. Le Belmonte sensible de Norman Reinhardt et le Pedrillo presque trop chic de David Portillo sont à l’avenant d’une distribution dont il serait déloyal de comparer les individualités aux plus grands mozartiens de l’histoire, mais qui, en tant qu’équipe, rafle résolument la mise.

Cela, on le doit à Jérémie Rhorer : imposant à son Cercle de l’Harmonie des tempi d’une vivacité presque sauvage (le postlude de « Marten aller Artern » donne des fourmis dans les jambes), il autorise pourtant à la musique de larges respirations, se permet un luxe de détails et de textures qui forment autant de décors à part entière. Des frémissements de l’ouverture aux martèlements du chœur final (et l’Ensemble Aedes de Mathieu Romano martèle avec beaucoup de grâce), les rythmes heurtés et les couleurs corsées propres aux relectures « baroques » ne sont ici l’instrument d’aucune distanciation. Au contraire, c’est une forme de premier degré rafraichissant, une joie communicatrice qui émerge de la première mesure et se développe sans heurt jusqu’à la fin : un coup de maître ! 

 

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