Frisson… d’horreur.

Un frisson français

Par Sylvain Fort | mer 07 Janvier 2009 | Imprimer
Susan Graham fait partie des chanteuses que l’on aime bien. Moins pour ses qualités vocales intrinsèques, somme toutes assez indifférentes voire passe-partout n’était l’habileté de la musicienne et son engagement dramatique, que pour sa personnalité sympathique, son air de santé, sa constance, et – pourquoi ne pas l’avouer ? – sa francophilie un peu balourde qui nous donne le sentiment, du haut de notre civilisation indéfiniment décadente, de pouvoir intéresser encore un peu des peuplades étrangères pourtant couvertes de dons du ciel autrement passionnants que nos mélodies ringardes et nos musiciens pompiers.
 
Aussi aborde-t-on le présent récital avec beaucoup de bienveillance, et même, secrètement, l’espoir que cette interprète saura enfin moderniser les rengaines salonnardes de notre national répertoire et donner à tout ce fatras un coup de plumeau salutaire.
 
Hé bien, comme coup de plumeau, on en a pour son argent. Je dirais même qu’on assiste à un coup d’aspirateur de quatrième génération : une fois passé à ce nettoyage, il ne reste plus de poussière, et à vrai dire, plus rien du tout.
 
Depuis des décennies, on rêve que les chanteurs et chanteuses mettent un terme à leurs manières et à leurs préciosités dans le répertoire mélodique français. On rêve de version franches, naturelles, au débotté, à la hussarde, au pas de l’oie ! Mais à chaque tentative en ce sens, on est un peu déçu. Susan Graham fait partie de ces artistes appliquant à la mélodie la tonicité vocale des grandes voix d’opéra. Ses Bizet sont gaillards, son Chabrier tonitrue, Poulenc plastronne, Ravel claironne, Saint-Saëns trompette, Duparc croone, Satie gueule. Et tout est à côté, défiguré, raté, malvenu, mal dit, mal compris, mal chanté, mal fait.
 
Tout cela donne envie de se ruer sur Camille Maurane, Charles Panzéra, Gérard Souzay et surtout, dans la catégorie outsider, Maggie Teyte, ou sur Suzanne Danco, Hugues Cuénod, et même Crespin ! Et même de revenir, pour faire pièce à Malcolm Martineau, au testament irremplaçable d’Irène Aïtoff avec le formidable Franck Leguérinel.
 
Préciosité ? Maniérismes ? Poses et mines ? Mais oui ! Et alors ? Cette musique est faite pour cela. Elle est faite de cela. Elle sollicite les postures les plus composées et les sentiments les plus controuvés, les émotions les plus factices – mais entendre Susan Graham dans ce répertoire, c’est comprendre à quel point nous avons aussi besoin, - parfois, souvent, - de délaisser les terres humides du naturel en art pour les féeries les plus improbables et les serres brûlantes de l’artifice assumé.
 
 
Sylvain Fort

 

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