Mahler réduit à ses principes élémentaires

Récital Mahler

Par Nicolas Derny | mar 31 Juillet 2012 | Imprimer
 
Elles ont pris, sur le marché du disque actuel, des allures de « cache misère ». Et pourtant, les transcriptions pour orchestre de chambre des partitions de Gustav Mahler opérées par Arnold Schoenberg et ses acolytes sont, à l’époque de leur réalisation, un moyen de faire jouer les chefs-d’œuvre en question là où l’orchestre symphonique ne peut s’installer : les concerts de l’éphémère Verein für musikalische Privataufführungen [Société d’exécutions musicales privées (1918-1921)]. Des six partitions mahlériennes qui y furent jouées (pour un total de dix-neuf exécutions), certaines ont été mieux défendues que d’autres au disque. C’est notamment le cas de la Symphonie n°4 dans la version d’Erwin Stein magnifiquement gravée par l’Ensemble Oxalys et Laure Delcampe (Fuga Libera). Peut-on classer la présente interprétation de Sara Mingardo des Lieder eines fahrenden Gesellen (et autres Kindertotenlieder réduits par Rainer Riehn en 1987, dans un autre contexte mais dans le même esprit) dans la catégorie des « indispensables » ? Oui, mais…
Oui, car Mingardo est de la trempe des grandes, dans la lignée de la Ferrier des Kindertotenlieder. Sa voix ne déborde certes pas de couleurs mais se révèle d’une profondeur abyssale. Oui, car l’Italienne possède un incroyable don de conteuse, de narratrice. Prononçant plutôt bien (à quelques phonèmes près) cet allemand qui n’est pas le sien, elle raconte certains passages comme si elle les avait véritablement vécues (a-t-on jamais « dit » la deuxième strophe de Ich habe’ein glühend Messer de cette manière ?). Oui, car la réduction de l’orchestre des Kindertotenlieder par Riehn permet de « toucher » les dissonances les plus expressives du doigt (grâce, également, à l’excellente prestation des bois). Mais se passer de la phalange symphonique est moins évident dans les Lieder eines fahrenden Gesellen (Wenn mein Schatz Hochzeit macht !) et ne permet peut-être pas de rendre la tourmente [Braus], le tumulte [Saus] ou l’épouvante [Graus] évoqués par le texte du dernier Chant des enfants morts. La réduction par Schoenberg de Das Lied von der Erde est plus immédiatement efficace que celle-ci.
En complément, l’unique œuvre de musique de chambre de Mahler, un Quartettsatz de jeunesse, ne trouve pas ici sa version la plus engagée et la Berceuse élégiaque de Busoni réduite par Stein (dont la création de l’original était au programme du dernier concert donné par Mahler –  New York) n’est pas la pièce la plus passionnante du compositeur de Doktor Faust. N’empêche, les Kindertotenlieder de « référence » (dans cette configuration) et les merveilles expressives que l’on trouvera dans l’autre cycle rendent ce disque plus qu’intéressant.
 
 
 
 
 

 

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