De la jérémiade considérée comme un des beaux-arts

Notturno

Par Laurent Bury | lun 21 Mars 2016 | Imprimer

En 1996, Christophe Rousset avait enregistré les superbes Lamentations du mercredi saint composées en 1750 par Jommelli, avec Véronique Gens et Gérard Lesne. Vingt ans après, grâce à une avalanche de publications discographiques, le genre est bien connu, avec sa subdivision en lectiones introduites par les lettres de l’alphabet hébreu, elles-mêmes chantées, et sa conclusion systématique, « Jerusalem convertere ad Dominum Deum tuum ». On dispose maintenant d’enregistrements des Lamentations pour la semaine sainte de Tomás Luis de Victoria, de Carissimi, Palestrina, Kapsberger et autres. Et bien sûr, le genre qui portait en France le nom de « Leçons de ténèbres », chantées le mercredi, jeudi et vendredi saint, avait été révélé dès l’après-guerre, le premier enregistrement de celles de Couperin remontant à 1955.

En 2016, quelle approche proposer de cette musique sacrée ? Pour son premier disque, les sept instrumentistes de l’ensemble L’escadron volant de la Reine, auxquels s’adjoint la soprano Eugénie Lefebvre, ont composé un programme où Alessandro Scarlatti se taille la part du lion, rejoint par Caresana, d’une vingtaine d’années antérieur, et par son contemporain Veneziano. Le tri effectué par la postérité apparaît quand même justifié, car malgré l’intérêt des pages de ces compositeurs moins renommés, les pièces qui retiennent le plus l’attention sont bien celles de Scarlatti père.

On apprécie l’élégance et le jeu délié de L’Escadron volant de la Reine, ensemble fondé en janvier 2012. Chez la soprano Eugénie Lefebvre, on remarque d’emblée une grande hauteur de ton qui n’a heureusement rien d’incompatible avec le théâtre. On est séduit, justement, par le dramatisme de cette voix et par une articulation soignée : rien de placide dans cette interprétation qui évite la tentation du beau son gratuit, à laquelle il n’est que trop aisé de succomber lorsque l’on chante une langue morte. Capable de sombrer sa voix comme de l’alléger dans les passages virtuoses, Eugénie Lefebvre puise à chaque instant dans ses ressources expressives pour animer cette musique, en particulier le Scarlatti, admirablement varié dans ses affects.

 

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