Oh, l'aguicheuse !

Verdi Arias

Par Clément Taillia | lun 16 Septembre 2013 | Imprimer
 
Anna Netrebko ne serait pas tout à fait Anna Netrebko sans La Traviata, étrennée à Saint-Pétersbourg et à Vienne, accomplie à Salzbourg en 2005, confirmée, depuis, un peu partout dans le monde. Mais jusqu’alors, sa fantastique carrière s’est généralement passée des héroïnes verdiennes. Sont-ce les célébrations du bicentenaire qui l’ont incitée à rectifier le tir ? Quelques semaines après une première Giovanna d’Arco, à Salzbourg, en version de concert, et quelques mois avant ses débuts en Leonora (Le Trouvère, à Berlin, avant Salzbourg, encore) et en Lady Macbeth (à Munich), sort ce disque, entièrement consacré au maître de Busseto.
N’étaient tous ces rôles en préparation, on croirait à un récital de circonstance. Heureusement pour l’auditeur, les affinités de Netrebko avec Verdi, que l’on devinait fortes, s’avèrent évidentes : la voix, désormais bien corsée, les nuances ambrées du timbre, le galbe généreux de la ligne musicale, l’incroyable homogénéité de ce formidable instrument, tout cela, pour ce répertoire, est du cousu main. Mais ce répertoire, qu’il est vaste ! Y piocher quelques extraits épars, quel risque… Pour finir sur les nombreuses plages de ce disque qui nous ont conquis, commençons par évoquer celles, plus rares, qui nous ont laissé dubitatif. Les extraits de Giovanna d’Arco et des Vespri Siciliani n’ont rien de déshonorant, mais est-ce là que notre chanteuse peut développer tous ses talents ? « O fatidica foresta » pas plus que « Arrigo ! Ah, parli a un core » ne semblent la passionner outre mesure (et, du coup, nous non plus), quand « Mercè, dilette amiche » dénude violemment ce qui parfois faiblit, dans cette voix sans faiblesse : le trille et l’aigu.
En vérité, le principal défaut de ces extraits est de ne pas être tout à fait au niveau de leurs grands cousins. Car dans les trois airs de Macbeth, Anna Netrebko est souveraine, opulente et profuse, beauté de glace, fascinante ; car les extraits du Trouvère montrent déjà la radieuse féminité dont elle saura bientôt revêtir sa Leonora ; car le redoutable « Tu che le vanità », elle le maîtrise formidablement, au point que ses hésitations face au rôle d’Elisabeth de Valois semblent bien pusillanimes. Que demander de plus ? Rien ou presque : un soupçon d’ardeur et d’urgence, du désespoir ici, de la férocité là, des frissonnements et des larmes qui dessinent des figures, qui esquissent des personnages. Que les indescriptibles beautés de cette voix nous racontent autre chose qu’un plaisir de chanter si communicatif qu’on en oublie presque qu’à ces airs correspondent des héroïnes, et que ces héroïnes, somme toute, sont tragiques.
Le tragique dans des disques d’extraits : rares sont les chanteurs qui parviennent à le trouver. Amoureusement soutenue par la loyauté un peu uniforme de Gianandrea Noseda, ravivant, le temps de quelques mesures, la flamme du splendide couple d’opéra qu’elle forma jadis avec Rolando Villazon, Netrebko ne nous déçoit pas, elle aiguise notre impatience : sur scène, vite, et dans tous les Verdi qui lui conviendront !
 

 

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