Oratorio proibito

Oratorio

Par Yvan Beuvard | lun 06 Août 2018 | Imprimer

L’intérêt de cet Oratorio, outre la réalisation qu’en offrent les interprètes, réside dans les inédits qui constituent la moitié du programme. Guillaume Saintaigne, qui avait eu le privilège d’ écouter Blandine Staskiewicz, accompagnée par Thibault Noally, à la tête de ses Accents intitulait à juste titre son compte rendu « opera proibita – volume 2 ? », en référence à l’enregistrement de Cecilia Bartoli. Au programme, cinq compositeurs italiens de la Contre-Réforme le doyen étant Giovanni Battista Bononcini ayant illustré brillamment l’opera-seria comme l’oratorio, et qui rayonnèrent dans toute l’Europe des Lumières. Seuls les sujets religieux et l’absence de mise en scène séparent les genres. La musique est de même nature, écrite pour les grands castrats du temps. Fameux musiciens, virtuoses pour la plupart (Bononcini, Caldara, A.Scarlatti), ces compositeurs vont accorder à l’orchestre, et aux instruments une attention nouvelle.

L’enregistrement s’ouvre sur un air inédit de Caldara où la fureur explose, servi par des moyens peu communs. De sa Maddalena ai piedi di Cristo, la mélodie émouvante ponctuée par les sanglots de l’orchestre fait contraste. Ordonnés avec art, les airs suivants renouvellent l’intérêt en permanence. Nous découvrons ainsi Gasparini, son art très théâtral, à travers deux airs d’Atalia, un des sommets de cet enregistrement, où la voix est admirable, dans toute son étendue comme dans la variété de ses expressions.  Retour à Porpora pour « Vanne o Sol d’eterna luce » (de Il trionfo delle Divina Giustizia, révélé à Beaune en 2015) dont la conduite et le soutien sont remarquables : les entrelacs de la voix et des cordes  nous ravissent, par leur naturel. La participation de la trompette (« Ecco già l’orrendo tromba ») imposée par la nature de l’air de Porpora,  y donne tout l’éclat attendu, valorisant les interventions vocales, contrastant avec les battements d’ailes des anges, traduits par des tremblements virtuoses. Le hautbois concertant de « Miro che il fiumicello » (Caldara) est délicieux en s’unissant à la voix. Le jeu des cordes, au parfum vivaldien, où ripieno et concertino s’opposent, contribue à faire de cet air une vraie découverte. Chaque pièce appellerait un commentaire tant le miracle se renouvelle, servi par des interprètes proprement inspirés.

Blandine Staskiewicz est familière de ce répertoire exigeant. Tout en étant claire et fraîche, la voix, ample et large, peut s’assombrir, se faire véhémente comme exprimer la passion ou la plainte. Le soutien en est admirable et elle se joue des multiples traits virtuoses avec un naturel confondant. Thibault Noally s’est spécialisé dans la musique de cette période, qu’il illustre avec talent. Avec son ensemble Les Accents, il accompagnait récemment Vivica Genaux à Gaveau, chez Alessandro Scarlatti particulièrement. L’orchestre est vif, parfaitement réglé, et prend toutes les expressions attendues, avec, toujours, cette beauté du son, un continuo, souple, coloré discrètement par l’orgue, et des solistes remarquables.

Après Max Emanuel Cencic qui nous entraînait, il y a peu, à retrouver Porpora, voici une nouvelle contribution,  plus que séduisante, à la redécouverte de ce continent oublié de notre patrimoine musical.

La plaquette – bilingue, français et anglais comporte une notice particulièrement intéressante, d'Olivier Rouvière, qui explicite l’essor de l’oratorio durant la Contre-Réforme, les raisons de son succès, pour détailler chaque extrait de ce récital. Les textes originaux sont traduits. Une belle réalisation.

 

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