Réédition bienvenue

William Byrd, Cantionaes Sacrae (1575, 1589, 1591)

Par Yvan Beuvard | lun 09 Octobre 2017 | Imprimer

Réédition bienvenue pour qui veut se familiariser à l’œuvre de Byrd, ces enregistrements, respectivement de 1996, 1983 et 1983, n’ont pas pris trop de rides. Ce n’est pas une intégrale, tant s’en faut, mais une riche sélection opérée dans chacun des monumentaux recueils.

Chant du cygne de l’église catholique anglaise, chef d’œuvre de la polyphonie latine post-tridentine, au même titre que l’œuvre de Palestrina, Lassus et Victoria, les Cantiones sacrae de Byrd sont d’une très riche écriture, dans le droit fil de l’héritage des Tudor. L’ensemble dirigé par Edward Higginbottom, spécialisé dans les grandes polyphonies élisabéthaines, a le mérite de restituer avec probité et enthousiasme, voire dévotion, des extraits significatifs de ces trois recueils de madrigaux spirituels ou motets. Il adopte des dynamiques remarquables, particulièrement pour un ensemble si riche. Si les intonations laissent ponctuellement à désirer, les couleurs sont bien restituées, particulièrement dans les pièces les plus sombres (Miserere mihi Domine, Vide Domine afflictionem, Miserere mei Deus). Malgré l’insertion de deux fantaisies pour orgue dans le premier CD (extraites de My Lady Newells Booke), la monotonie engendrée par la succession des pièces à 5 ou 6 parties est rapidement manifeste. Jamais Byrd n’aurait imaginé que ses recueils puissent donner lieu à une exécution où les pièces étaient enchaînées. Il y a donc lieu d’écouter chaque motet séparément. L’illustration musicale en est fouillée, avec de fréquents figuralismes. Les paroles latines figurent dans la brochure d’accompagnement, traduites en anglais. Celle-ci, malgré sa concision, est fort bien documentée. Tout juste peut-on regretter que le minutage – modeste – de chaque CD n’ait pas été mis à profit pour enrichir le programme.

Le recueil de 1575 – auquel Tallis participa à égalité – est dédié à la reine Elisabeth. Cinq des motets sont communs à l’enregistrement du Deller Consort de 1980, dont la réalisation, à un chanteur par partie, autorise davantage de raffinement, et une tension dramatique plus vive. Les recueils de 1589 et 1591 (« Cantiones sacrae I ») constituent un acte de dévotion à la foi catholique, maintenant réprouvée. Quatorze motets du premier volume, autant du second, sont enregistrés ici, soit à peu près la moitié de la totalité. Richard Marlow, avec le Cambridge Trinity College, avec une approche et une prise de son renouvelées, mêle des pièces des deux recueils dans son enregistrement de 2007 (Chandos). A ceux qui voudront aller au-delà, au spécialiste et au fervent, nous ne saurions trop recommander l’intégrale monumentale achevée en 2012 par The Cardinall’s Musick (Hyperion), dont la lecture est évidemment plus proche des critères actuels.

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