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	<title>Gabriel FAURÉ - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Gabriel FAURÉ - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>Gala ODB Opéra – Paris</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, le site francophone d&#8217;échanges entre les passionnés d&#8217;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&#8217;artistes hors de la sphère opératique. Comme en 2023 et 2024, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, <a href="https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php">le site francophone d&rsquo;échanges</a> entre les passionnés d&rsquo;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&rsquo;artistes hors de la sphère opératique. Comme en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">2023</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris/">2024</a>, l&rsquo;après-midi est un véritable marathon lyrique avec un peu plus de quatre heures de concert. <strong>Erminie Blondel</strong> ouvre le bal musical. La jeune soprano fait partie de ces artistes dont la carrière commence à s&rsquo;épanouir, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-la-nonne-sanglante-saint-etienne/">province</a> comme à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/duvernoy-la-tempete-paris-temple-du-luxembourg/">Paris</a>. Elle déploie un timbre fruité et une voix ample et bien projetée, homogène sur toute la tessiture, dans un air des <em>Pêcheurs de perles</em> impeccable de musicalité et qui donne envie de l&rsquo;entendre dans le rôle complet. <strong>Blerta Zeghu</strong> s&rsquo;attaque avec un réel tempérament dramatique à la difficile scène finale de <em>Roberto Devereux </em>puis interprètera avec une belle sensibilité deux mélodies de Tosti, où son beau timbre un peu sombre fait merveille. Originaire de Moscou, <strong>Serafima</strong> <strong>Liberman</strong> offre un timbre capiteux, une belle largeur de voix et une bonne projection. Elle chante en interprète habitée l&rsquo;air de <em>Iolanta</em> et une rare mélodie de Mili Balakirev sur un poème de Pouchkine (texte également mis en musique par Rachmaninov). Artiste confirmée, <strong>Pauline Courtin</strong> chante avec une grande sensibilité l&rsquo;<em>Adieu de l&rsquo;hôtesse arabe</em> de Georges Bizet et triomphe sans faiblir de la virtuosité de l&rsquo;air des bijoux de <em>Faust </em>dans lequel elle déploie une voix ample et bien homogène. <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/choses-vues-et-chantees/">On rappellera son récent enregistrement consacré à Victor Hugo</a>. <strong>Adam Barro</strong> chante l&rsquo;air de Bartolo des <em>Nozze di Figaro</em> avec la rondeur d&rsquo;un vieux routier italien et une belle maîtrise du <em>canto</em> <em>silábico</em>. D&rsquo;origine arménienne, le baryton nous fait également découvrir un ample arioso extrait de <em>Davit Bek</em>, ouvrage populaire en Arménie mais inconnu en France. D&rsquo;origine portoricaine, <strong>Clara Luz Iranzo</strong> connait déjà un début de carrière internationale (Grèce, États-Unis). Sa <em>Thaïs</em> est chantée avec une voix exceptionnellement corsée dans ce rôle (pour préciser, on est plus proche de Caballé que de Sills ou Fleming). Pour ces mêmes raison, son premier air de Lucia, couronné par un puissant contre ré émis sans effort, est particulièrement impressionnant. La prononciation est impeccable et la caractérisation dramatique très sensible et variée. Appréciée lors de la précédente édition, <strong>Victoria Lingock</strong> est en progrès constant, avec un timbre rare à mi-chemin entre ceux de Jessye Norman et de Grace Bumbry et son air de Dalila ne manque pas de donner le frisson ainsi que son impérieux « Acerba voluttà » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em>. Les deux artistes se lancent ensuite avec énergie dans le premier duo de <em>Norma</em>. Le timbre d&rsquo;Iranzo est assez grave mais celui de Lingock l&rsquo;est encore plus, de fait les deux voix sont bien appariées offrant une coloration inédite pour un résultat captivant. <strong>Momo Jang</strong> chante avec musicalité et émotion la scène de folie d&rsquo;<em>I Puritani</em>, mais c&rsquo;est surtout dans son épatant « Martern aller Arten » de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> qu&rsquo;elle achève de nous convaincre, avec des coloratures impeccables et surtout un ambitus idéal (dans cet air impitoyable, combien de sopranos à l&rsquo;aise dans l&rsquo;aigu se trouvent à nu dans le grave, et inversement). <strong>Christophe Poncet de Solages</strong> chante le premier air du Duc de Rigoletto, « Questa o quella », avec une aisance pleine de charme, et offrira le tube de <em>Das Land des Lächelns </em>(<em>Le Pays du</em> <em>sourire</em> dans sa version française) dans une interprétation gorgée de soleil qui attire la sympathie. <strong>Marion Charlo</strong> triomphe avec aisance des vocalises de sa « Céleste providence », extraite du <em>Comte Ory</em>, se jouant des nombreux conte-ut piqués qui émaillent son air, avec une délicieuse voix de colorature à la française. <strong>Hugo Tranchant</strong> à le type de voix idéalement haut perchée pour incarner Beppe et se révèle plein d&rsquo;abattage dans le rondo de<em> La</em> <em>Grande Duchesse de Gérolstein</em>. <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, qui avait chanté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-anne-lise-polchlopek-paris-cortot/">en récital la veille Salle Cortot</a>, nous fait la grâce de deux morceaux de style et de tonalité très opposés, qui lui permettent de démontrer la versatilité de son talent, la triste <em>Première lettre</em> de Chaminade, d&rsquo;une émotion à fleur de peau, et la pétulante « Tarántula », extraite de la zarzuela L<em>a Tempranica</em> d&rsquo;un bel abattage. <strong>Jean Bélanger</strong> est un Banco puis un Sarastro encore un peu verts mais les moyens sont là. <strong>Runji Li</strong> est encore très jeune mais séduit, dans la mélodie <em>Nina</em> (longtemps attribuée à Pergolese) par un timbre de ténor chaud et coloré. <strong>Aurélien Vicentini</strong> fait ses débuts public de contre-ténor avec le célèbre « Lascia ch&rsquo;io pianga » de <em>Rinaldo</em> de Haendel. Dans « E lucevan le stelle », <strong>Ismaël Billy</strong> a des petits airs de Juan Diego Flórez, avec un timbre plus corsé. <strong>May Chedid</strong> avait été une découverte lors de la première édition, chantant de manière un peu improvisée une mélodie libanaise <em>a</em> <em>cappella</em>. Elle nous offre cette fois deux belles mélodies, de Fauré et Tosti, chantée avec musicalité et où l&rsquo;on sent le développement harmonieux de la voix. Également présente au premier gala, <strong>Claire</strong> <strong>de</strong> <strong>Monteil</strong> a depuis vu sa carrière se déployer (<a href="https://www.forumopera.com/breve/vrais-debut-de-claire-de-monteil-a-la-scala/">on se rappelle de ses débuts inattendus à la Scala</a>). La voix s&rsquo;est élargie, gagnant aussi en puissance sans rien perdre en aigu. Elle nous offre une splendide interprétation de l&rsquo;air d&rsquo;entrée de Leonora dans<em> Il trovatore</em> (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">un ouvrage qu&rsquo;elle a chanté à travers l&rsquo;Italie l&rsquo;année dernière</a>). Elle démontre une nouvelle fois ses affinités avec la musique de Kurt Weill avec la glaçante chanson « Je ne t&rsquo;aime pas ». Dans le redoutable « Si ritrovarla io giuro » de <em>La Cenerentola</em>, <strong>Mali Zivcovic</strong> offre une impressionnante cascade de suraigus (plusieurs contre-ut et un contre-ré) et une belle aisance dans la vocalisation. Par contraste, son <em>Werther</em>, trop central à ce stade mais dont il a assurément le physique, le met moins en valeur. En Anna Bolena et en Micaela, <strong>Fanny Utiger</strong> offre un timbre chaud et une remarquable aisance dans l&rsquo;aigu et de beaux graves sans efforts, alliés à une belle incarnation dramatique. <strong>Raluca Vallois</strong> sait nous faire sourire avec une <em>Belle Hélène</em> à la voix charnue et puissante, et à l&rsquo;aigu généreux. La jeune <strong>Anaëlle Gregorutti</strong> se lance avec intrépidité dans l&rsquo;air de Farnace du <em>Mitridate</em> de Mozart, avec une voix corsée, à l&rsquo;aigu puissant, et conclut le programme avec la délicieuse <em>Heure</em> <em>exquise</em>, non dans la version de Reynaldo Hahn mais dans celle, tout aussi élégante et plus rare de Régine Poldowski.</p>
<p>Le programme intégrait également la lecture de trois beaux poèmes d&rsquo;<strong>Hanna Rees</strong>, moment de grâce trop fugitif. Ceux-ci sont  <a href="https://www.amazon.fr/Haïkus-à-française-Hanna-Rees/dp/2310014346/ref=sr_1_5?dib=eyJ2IjoiMSJ9.jKKCN5JZZmFXGMUcAtntS7sBUIYJFEiguSCbD9gp5V6lrFtfrJfQNNOkocCEqN4zsxy_Il5hmrNBo-l5jKMYGfF8l-PuZVyFfxej_1xvGUwktY-0jAqD-S7lqXVuRiuG.lY4fEg0VCmx0GOMsJWN0At8icONpKNijGwzAeT4Vnt4&amp;dib_tag=se&amp;qid=1759055463&amp;refinements=p_27%3AHanna+Rees&amp;s=books&amp;sr=1-5&amp;text=Hanna+Rees">extraits de ses <em>Haïkus à la française</em></a>, et dits par leur auteur. Le dernier d&rsquo;entre eux évoque avec force et sensibilité le choc éprouvé par Hanna Rees <a href="https://www.forumopera.com/regards-sur-beatrice-uria-monzon-elle-etait-solaire/">à l&rsquo;annonce de la mort de Béatrice Uria Monzon</a>.<strong> Isabelle Carrar</strong> a fait résonner l&rsquo;esprit du Quartier Latin avec trois belles chansons extraites des répertoire de Barbara et de Juliette Gréco (on pourra l&rsquo;entendre en récital à Senlis le 9 octobre prochain à la Maison Léo Delibes, <a href="https://villaduchatelet.com/concerts/">Villa du Châtelet</a>). Le soprano et professeur de chant <a href="https://www.linkedin.com/in/anne-julia-audray-471b6bb1/">Anne-Julia Audray</a> a présenté son recueil de sélections d&rsquo;airs (opéra, oratorio, mélodie, chanson ou comédie musicale), <em>Opera</em> <em>Singing</em>, pour jeunes et moins jeunes chanteurs. L&rsquo;idée est de permettre à des artistes de ne pas être obligés de voyager avec plusieurs partitions et de se concentrer sur celles susceptibles de les mettre en valeur. À titre d&rsquo;exemple, même les chanteurs enfants y trouveront des airs leur permettant de mieux briller lors de leurs auditions. Les morceaux sélectionnés comportent plusieurs versions chantées traduites. L&rsquo;après-midi était animée par Jérôme Pesqué, « patron » d&rsquo;<a href="https://odb-opera.com/">ODB-Opéra</a>, et par <strong>Stéphane Sénéchal</strong> qui a apporté quelques moments de décompression avec ses incarnations de Funny Truche (soprano influenceuse) et de la Stromboli (diva à la carrière plus brève que son bagout !). Et l&rsquo;on n&rsquo;oubliera pas de remercier et de féliciter les quatre pianistes qui se sont succédé pour accompagnés les artistes dans ce programme particulièrement éclectique (et comportant beaucoup de raretés), et sans lesquels ce concert n&rsquo;aurait pu avoir lieu : <strong>Maxime Neyret</strong>, <strong>Matteo Carminati</strong>, <strong>François Bettencourt</strong> et <strong>Arnaud</strong> <strong>Kérébel</strong>. Le spectacle était donné au profit de la <em>Ligue contre le cancer.</em></p>
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		<title>FAURÉ, Pénélope &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/faure-penelope-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous défendons suffisamment les raretés lyriques sur Forum Opéra pour ne pas avoir à louer à tout prix un projet de redécouverte. D’ailleurs, à Munich, en cette période du festival d’opéra (la 150e édition !), la rareté est presque une norme : la veille de la première de cette Pénélope, on pouvait assister à I &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Nous défendons suffisamment les raretés lyriques sur Forum Opéra pour ne pas avoir à louer à tout prix un projet de redécouverte. D’ailleurs, à Munich, en cette période du festival d’opéra (la 150e édition !), la rareté est presque une norme : la veille de la première de cette <em data-start="351" data-end="361">Pénélope</em>, on pouvait assister à <em data-start="383" data-end="397">I masnadieri</em> de Verdi, et le lendemain à <em data-start="424" data-end="445">Die Liebe der Danae</em> de Strauss (une partition extraordinaire au passage, et magnifiquement interprétée). À priori, tout ou presque semblait réuni pour faire de cette dernière création de la saison munichoise un événement : l&rsquo;entrée au répertoire de l&rsquo;Opéra d&rsquo;État de Munich de l&rsquo;unique opéra de Gabriel Fauré, les débuts très attendus d&rsquo;Andrea Breth dans l&rsquo;institution munichoise, la direction musicale de Susanna Mälkki, tout cela dans l’écrin du Prinzregententheater – salle fortement inspirée de celle du Festspielhaus de Bayreuth, où sont présentées les productions créées en juillet, comme le récent <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-munich/">Don Giovanni</a></em> de David Hermann et Vladimir Jurowski.</p>
<p>Hélas, le premier à décevoir, c&rsquo;est Gabriel Fauré. On sait que cette <em>Pénélope</em> est le fruit d&rsquo;une commande passée par la célèbre chanteuse Lucienne Bréval et que le compositeur mit près de cinq longues années à en venir à bout, avec un enthousiasme manifestement fluctuant.  De fait, le résultat n&rsquo;est pas des plus plaisants. Le livret de René Fauchois, inspiré de l&rsquo;<em>Odyssée</em> d&rsquo;Homère, est d&rsquo;une facture honnête et déroule des alexandrins charmant par leur étrangeté, mêlant le classicisme français à des archaïsmes homériques. Mais les personnages parlent beaucoup, sans qu&rsquo;il ne se passe grand chose : Télémaque est absent, Pénélope ne doute jamais, Ulysse est tout d&rsquo;un bloc ; bref, on devient vite indifférent à ce qui se passe. Le compositeur, qui est pourtant un des mélodistes les plus inspirés de cette époque, ne parvient pas à donner un relief dramatique concret aux paroles des personnages : leur verbe se déroule sans heurt, sans éclat, dans une sorte de demi-mesure constante. Fauré s&rsquo;inspire bien sûr de la forme wagnérienne <em>durchkomponiert</em>, et le sous-titre de l&rsquo;œuvre, « poème lyrique », correspond assez bien à cette partition qui n&rsquo;est pas vraiment une action dramatique. Les quelques rares moments de grâce sont à chercher du côté de l&rsquo;orchestre, qui sonne assez monochrome et lourd dans l&rsquo;ensemble, mais réserve des beautés ici et là à l&rsquo;auditeur attentif : la somptueuse ouverture qui expose les thèmes principaux, les belles atmosphères debussystes des scènes de tressage et de détressage du linceul ou encore l&rsquo;orage de l&rsquo;acte III. Finalement, <em>Pénélope</em> est une œuvre assez déconcertante, d&rsquo;une grande sophistication, où l&rsquo;on sent, par instants, la plume d&rsquo;un grand compositeur, mais qui suscite une impression générale de fadeur et d&rsquo;ennui. Peut-être la scène lyrique n&rsquo;était-elle pas l&rsquo;endroit où le génie de Fauré pouvait le mieux s&rsquo;exprimer&#8230;</p>
<p>Il faut dire cependant que la mise en scène d&rsquo;<strong>Andrea Breth</strong> ne fait rien pour rendre les choses plus palpitantes. La metteuse en scène allemande, qui avait signé une production de <em>Madame Butterfly</em> d&rsquo;un grand classicisme l&rsquo;année dernière au Festival d&rsquo;Aix-en-Provence, choisit ici une lecture anti-dramatique de l&rsquo;œuvre, onirique, impressionniste, à rebours de toute forme de littéralité dramatique. Sur le papier, c&rsquo;est une proposition qui pourrait donner lieu à une glose inspirée, puisqu&rsquo;on y perçoit tout de même une connaissance profonde de l&rsquo;œuvre, du mythe de Pénélope et de ses grands thèmes : l&rsquo;attente, le tissage, le passage du temps, la fidélité, le déguisement. Mais l&rsquo;expérience de spectateur est tout autre : ce qui se passe sous nos yeux est en grande partie illisible, monochrome, baignant dans une léthargie inextinguible. La représentation commence dans un musée de moulages antiques où se promènent un personnage en complet blanc et une vieille dame cataleptique sur un fauteuil roulant, poussé par un autre homme. Puis défilent à l&rsquo;avant-scène des modules successifs, figurant des salles du palais, dans lesquels sont présentées des images ou des actions symboliques : un tas de femmes allongées les unes sur les autres, les servantes exécutant lentement les mêmes actions de manière répétitive, Pénélope filant un linceul au milieu de fagots de paille, puis plus tard des cochons écorchés pendus à des crocs de boucher, un double de Pénélope allongé sur un lit d&rsquo;autopsie&#8230;</p>
<p>Cette scénographie glissante, apparemment très sobre mais d&rsquo;une grande virtuosité technique, est assurée par de nombreux techniciens dont il faut saluer l&rsquo;exploit, puisque tout se déroule sans accroc, à part quelques légers grincements audibles de temps en temps. Cependant, le contenu même de ces modules glissants devient vite abscons : on se perd dans la prolifération des symboles et la fragmentation des espaces et des temporalités. Il y a en effet au moins trois Ulysse (deux âgés, et un jeune qui se confond avec l&rsquo;interprète du berger) et deux Pénélope (dont une est apparemment morte, noyée dans un lavabo par les prétendants). Les chanteurs réalisent des actions qui n&rsquo;ont rien à voir avec le texte qu&rsquo;ils chantent ou bien se parlent d&rsquo;une pièce à l&rsquo;autre sans se voir. Andrea Breth cherche probablement à évoquer, par des images chargées de symboles, ce que la musique suggère, comme dans un exercice de libre association d&rsquo;idées. Mais on est loin de la puissance plastique d&rsquo;un Castellucci et on se retrouve face à un objet surchargé en pistes de lecture. Vous voulez une lecture symboliste de l&rsquo;œuvre ? Vous aurez des corbeaux empaillés, des gestes ralentis, des chanteurs figés dans des poses de statue. Une réflexion sur l&rsquo;attente ? Vous aurez l&rsquo;immobilisme comme principe scénique. Un regard féministe ? Vous aurez une dynamique genrée avec des femmes maltraitées par des prétendants prétentieux, rudes et exécrables. Sur ce dernier point, on déplorera combien il est pénible de voir sur scène des violences exercées contre les femmes de manière aussi gratuite, fut-ce pour dénoncer la domination masculine, et fut-ce pour réserver aux agresseurs le même sort que les bouchers réservent au porc. Pénélope et ses servantes sont au contraire des femmes qui s&rsquo;opposent vigoureusement à la domination que voudraient exercer sur elles les prétendants&#8230; Bref, à force de vouloir tout dire en surimpression, la proposition s’épuise et finit par nous perdre – au mieux, dans un ennui profond ; au pire, dans de douloureuses migraines.</p>
<p>Ce flottement général du sens, on le retrouve aussi chez les chanteurs, qui s&rsquo;expriment pour la plus grande majorité dans un français incompréhensible. La mezzo-soprano <strong>Victoria Karkacheva</strong> possède tout ce qu&rsquo;il faut pour mettre en valeur la vocalité du rôle de Pénélope : un timbre chaud et rond, quelque chose de souple et de moelleux dans la voix qui charme assurément – mais on ne comprend pas un traître mot de ce qu’elle chante. La prosodie de Fauré est parfois un peu torve, mais la technique d&rsquo;émission de la chanteuse, couverte, très ronde et en arrière, ne lui permet pas de mettre en valeur le texte de Fauchois et on reste irrémédiablement extérieur au personnage et à ses émotions. Qu&rsquo;elle ait été choisie pour interpréter Carmen à l&rsquo;Opéra Bastille la saison prochaine, alors qu&rsquo;elle ferait merveille dans d&rsquo;autres répertoires, reste un de ces mystères dont les directeurs de casting conservent jalousement le secret. <strong>Brandon Jovanovich</strong>, de son côté, a le mérite de veiller à mieux ciseler le texte, grâce à une voix plus claire, dont les reflets métalliques confèrent dans le même temps toute sa puissance guerrière au personnage d&rsquo;Ulysse. Son héros un peu perdu, vieillissant (plus que travesti en vieux mendiant), se baladant au milieu des statues et des personnages, un guide à la main pour déchiffrer ce qu&rsquo;il ne sait plus ou n&rsquo;a jamais su, est une des rares choses qui suscitent un peu d&rsquo;émotion dans ce spectacle.</p>
<p>Parmi la pléthore de seconds rôles, on retiendra la voix si singulière de <strong>Rinat Shaham</strong>, d&rsquo;une profondeur mystérieuse et qui correspond donc idéalement au rôle de la nourrice Euryclée, ou bien encore <strong>Martina Myskohlid</strong>, Alkandre de grande classe. Personne ne démérite, tout le monde chante bien, mais la prononciation du français est, au mieux, trop générique, au pire, énigmatique. On nous reprochera peut-être un brin de chauvinisme, mais c’est bien un artiste français qui apporte, enfin, un peu de clarté à l&rsquo;ensemble : <strong>Loïc Félix</strong>, irrésistible en Antinoüs, ardent et expressif. Avec lui, le chant épouse le verbe, le récitatif retrouve son relief dramatique, incisif, mordant, nuancé. Son madrigal du troisième acte est un moment de pur bonheur : timbre lumineux, projection éclatante, et une manière d’exprimer son amour avec une intensité bouleversante. Il incarnera le Remendado à Bastille la semaine prochaine et on a hâte de pouvoir l&rsquo;entendre à nouveau !</p>
<p>La direction orchestrale de <strong>Susanna Mälkki</strong> est peut-être ce qui déçoit le moins. On y retrouve les qualités habituelles de la cheffe : clarté dans l&rsquo;étagement des plans sonores, sens de l’équilibre, lecture cursive et rigoureusement tenue, toujours avec précision et fraîcheur. Mais aussi ses limites : une approche plus analytique que passionnée, un certain manque d’éclat. Cela dit, qui du compositeur ou de la cheffe faut-il incriminer ici ? Les cuivres couvrent parfois les voix, certains passages sonnent gris, mais c&rsquo;est écrit ainsi&#8230; Les instrumentistes du <strong>Bayerisches Staatsorchester</strong> impressionnent quoi qu&rsquo;il en soit toujours autant, par leur rigueur et leur engagement – et montrent d’ailleurs le lendemain combien leur talent s’épanouit davantage dans la somptuosité et la rutilance orchestrale de <em data-start="950" data-end="971">Die Liebe der Danae</em> de Strauss. Oui, à l&rsquo;écoute de cette <em data-start="997" data-end="1007">Pénélope</em>, on en vient à se demander s’il faut encore attendre quelque chose de l&rsquo;œuvre de Fauré&#8230; ou simplement choisir de l’oublier.</p>
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		<title>Dietrich Fischer-Dieskau, Complete Lieder &#038; Songs on Warner Classics</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/dietrich-fischer-dieskau-complete-lieder-songs-on-warner-classics/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Somptueux hommage à un géant En ces temps où la commercialisation des disques est de plus en plus difficile, face à la concurrence accrue de la diffusion on line, payante ou clandestine, une nouvelle mode est apparue il y a quelques années déjà, celle des coffrets pléthoriques, des intégrales exhaustives et des rééditions mémorielles. Cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4><strong>Somptueux hommage à un géant</strong></h4>
<p>En ces temps où la commercialisation des disques est de plus en plus difficile, face à la concurrence accrue de la diffusion on line, payante ou clandestine, une nouvelle mode est apparue il y a quelques années déjà, celle des coffrets pléthoriques, des intégrales exhaustives et des rééditions mémorielles. Cette tendance est soutenue par la baisse des coûts de production et la volonté de rentabiliser les énormes catalogues dont disposent les quelques labels survivants, accumulés au fil des fusions et acquisitions qui ont conduit à la concentration du secteur que nous connaissons aujourd’hui.</p>
<p>La très forte personnalité de DFD, son rayonnement immense et son impact déterminant dans le monde restreint du Lied, justifient évidemment, à l’heure du centenaire de sa naissance, un hommage que la firme américaine, détentrice du très riche catalogue d’EMI, a voulu somptueux et définitif. Ce sont donc tous les enregistrements dont elle disposait qui se trouvent ici rassemblés. La firme concurrente, Deutsche Gramophone, pour laquelle Fischer-Dieskau a aussi beaucoup enregistré – principalement dans les années ‘70, avait déjà publié un coffret de grande ampleur en octobre 2022 à l’occasion du dixième anniversaire de la mort du chanteur (107 CD incluant aussi les enregistrements réalisés pour Philipps, Polydor ou Decca) dont celui-ci est le parfait complément pour qui voudrait avoir les œuvres complètes (ou presque) du maître dans le domaine du Lied.</p>
<p>EMI avant son absorption par Warner avait aussi édité plusieurs coffrets commémoratifs, tous inclus dans la présente édition, et notamment les introuvables de DFD (6 CD publiés en 1995) et The Great EMI Recordings (11 CD publiés en 2010). Un artiste de cette envergure est aussi, visiblement, un excellent produit commercial Le Lied allemand occupe sans conteste une place majeure dans le répertoire de DFD, il s’y consacra depuis ses premières jusqu’à ses dernières années d’activité, il l’enseigna à de nombreux disciples et accumula dans ce genre une connaissance immense couvrant quasi tout le répertoire existant. C’est ce dont témoigne notre coffret qui reprend tout ce qu’il a enregistré dans ce domaine pour les labels aujourd’hui regroupés autour de Warner, principalement His Master Voice devenu ensuite EMI.</p>
<p>Il est difficile de faire une synthèse de ce qu’il contient tant le contenu est riche. Si la plupart de ces enregistrements étaient devenus indisponibles, aucun n’est totalement inédit, tous ont fait l’objet de parutions sous une forme ou sous une autre au fil du temps. On y trouve des enregistrements de concerts et des réalisations de studio, des prises de son de qualité diverses (dont une part non négligeable en mono), des compositeurs très variés mais avec une prédominance de Schubert, Brahms et Wolf, des œuvres incontournables et des découvertes étonnantes, des pianistes eux aussi divers mais relativement peu nombreux si on considère la variété du répertoire, et parmi lesquels Gerald Moore, compagnon au long cours et partenaire des plus magistrales réussites, domine largement.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5021732475459-Fischer-Dieskau-Complete-Lieder-79CD-3D-2_preview.jpg-1024x1024.webp" alt="" class="wp-image-189915"/></figure>


<h4><strong>Les compositeurs par ordre chronologique</strong></h4>
<p>Le coffret est plus ou moins structuré par compositeurs, et par ordre chronologique du répertoire abordé, de sorte qu’on commence par un disque consacré à Joseph Haydn et un autre à Mozart, puis 5 CD consacrés à Beethoven. Parmi ceux-ci on trouve de très anciens enregistrements avec <strong>Hertha Klust</strong> au piano, une étonnante figure du monde musical allemand de l’immédiat après-guerre, d’abord formée comme mezzo-soprano, mais qui en raison de problèmes d’audition se tourna vers le rôle de répétitrice à l’opéra à Berlin, et d’accompagnatrice pour toute une génération de chanteurs. On pourra ainsi comparer deux versions de <em>An die ferne Geliebte</em>, l’une avec <strong>Gerald Moore</strong> en mono en 1951, et l’autre avec <strong>Harmut Höll</strong> en 1982.</p>
<p>Viennent ensuite les balades de Loewe, puis 12 CD consacrés à Schubert, avec pas mal de doublons&nbsp;: Deux <em>Schöne Müllerin</em> avec Gerald Moore (1951 et 61), deux <em>Winterreisse</em> avec le même (1955 et 62), six récitals en mono, principalement avec Gerald Moore, échelonnés entre 1951 et 1965, et un superbe récital tardif (CD 21-1992) en live avec Hartmut Höll, sorte de quintessence de l’art du chanteur, un disque absolument superbe, réalisé en toute fin de carrière. Si la voix accuse un peu son âge, la tendresse du musicien pour son répertoire de prédilection, sa connaissance profonde des textes, la liberté de qui n’a définitivement plus rien à prouver et une parfaite entente avec son partenaire pianiste suscitent l’émotion de chaque instant. <em>Schöne welt, who bist du </em>dans <em>Die Götter Griechenlands </em>sonne comme l’appel déchirant d’un homme conscient du chemin parcouru. Quelle simplicité dans l’expression, quelle intensité poétique, quelle délicatesse dans le choix des couleurs, en un mot, quelle maîtrise&nbsp;!</p>
<p>Après Schubert, c’est le tour de Mendelssohn, avec <strong>Wolfgang Sawallisch</strong> au piano puis Schumann, auquel sont consacrés trois CD, dont le plus ancien avec Hertha Klust (CD 24 – 1951, 54 &amp;56) est confondant de sincérité, dès qu’on s’habitue à la prise de son très datée. Ces enregistrements les plus anciens sont aussi les plus émouvants : on y retrouve toute l’ardeur de la jeunesse, un engagement total et une étonnante maturité pour un jeune homme de pas même trente ans. Un disque entier est consacré à Peter Cornelius (1824-74), compositeur aujourd’hui bien oublié, et tout un récital aux contemporains de Schumann, dont Grjeg, la plupart à découvrir. Vient enfin Brahms, auquel pas moins de 9 CD sont consacrés. On y trouve notamment une <em>Schöne Maguelone</em> avec <strong>Sviatoslav Richter</strong> d’une rare intensité, un magnifique récital avec Gerald Moore (CD 29 &#8211; 1964), d’une chaleur, d’une précision, d’une évidence rares. La voix est ici d’une plénitude parfaite, avec des graves profonds à souhait, un enthousiasme, un lyrisme, un engagement, une ardeur qui suscitent l’admiration. Viennent ensuite quatre CD parcourant le répertoire brahmsien enregistrés en 1972 et 1973, en compagnie de Wolfgang Sawallisch ou Daniel Barenboim, (CD 30 à 33) absolument somptueux, et deux disques de <em>Volkslieder</em> avec <strong>Elisabeth Schwarzkopf</strong>, gentiment datés.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="300" height="168" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DFD-Richter.jpg" alt="" class="wp-image-190197"/></figure>


<h4><strong>Mahler, Wolf et Strauss</strong></h4>
<p>On passe ensuite à Mahler et aux Lieder avec orchestre, <em>Das Lied von den Eerde</em>, et les <em>Lieder eines Fahrenden Gesellen</em> avec l’orchestre Philharmonia dirigé par <strong>Wilhelm Furtwängler</strong>, d’une intensité et d’une clarté lumineuse, puis les <em>Knabes Wunderhorn</em> avec le concours de Schwarzkopf dirigés par <strong>George Szell</strong>.&nbsp; Assez curieusement positionnée, figure ici en complément de programme la <em>Bonne Chanson</em> de Gabriel Fauré avec Gerald Moore, extrêmement poétique, l’occasion de goûter l’admirable dicton française de notre héros.</p>
<p>Autre compositeur très largement représenté, Hugo Wolf (9 CD) fut sans doute avec Schubert et Brahms un des préférés de Fischer-Dieskau. Ses interprétations des Goethe Lieder (1960) ou des Mörike Lieder (1957) chaque fois avec Gerald Moore sont de toute beauté, dans une veine assez noire, pleine d’une nostalgie cruelle aux limites de l’expressionnisme et restent sans doute un exemple pour tous les chanteurs de Lieder aujourd’hui encore. Avec le même partenaire, on trouve ensuite 6 CD consacrés à Richard Strauss, 5 enregistrements de studio réalisés en 1968-69 avec Gerald Moore – concurrençant ceux qu’il enregistrera plus tard avec Sawallisch pour la firme concurrente –&nbsp;, et un récital de 1955. Là aussi, comme pour Wolf, l’approche stylistique est parfaitement convaincante, avec une grande liberté dans la veine humoristique, une parfaite réalisation des pages les plus lyriques, et pour seul regret l’absence d’enregistrement de ces Lieder avec orchestre.</p>
<h4><strong>Le Lied encore bien vivant au XXè siècle</strong></h4>
<p>La dernière partie du coffret est moins homogène&nbsp;: elle comprend des œuvres de la première moitié du XXè siècle (Arnold Schoenberg et Alban Berg – 1 CD chacun, avec une grande délicatesse de sentiment, Hans Pfitzner – 2 CD dont un avec orchestre &#8211; ou Othmar Schoeck par exemple) ou de la deuxième moitié, montrant aussi l’intérêt de Fischer-Dieskau pour les compositeurs de son temps (Hanns Eisler, Aribert Reimann, qui fut également son accompagnateur pour la musique contemporaine, Hermann Reutter, etc… ). On y trouve aussi des récitals présentant plusieurs compositeurs, dont une série de récitals enregistrés sur le vif au Festival de Salzbourg dans les années soixante avec Gerald Moore, l’occasion d’une autre <em>Schöne Maguelone</em>, mais aussi de voir comment Fischer-Dieskau construisait le programme de ses récitals, commençant par des œuvres fortes, ménageant des moments de tension et de détente en alternance, finissant ses premières parties par des pages plus virtuoses, plaçant les pages les plus intimes en milieu de deuxième partie par exemple.</p>
<p>Autre curiosité, deux disques d’hommage à Gerald Moore, réalisés à Londres avec le concours de <strong>Victoria de Los </strong><strong>Á</strong><strong>ngeles</strong> et d’Elisabeth Schwarzkopf, datant de 1967 ou un enregistrement live au Queen Elizabeth Hall de Londres avec <strong>Janet Baker</strong> et <strong>Daniel Barenboim</strong>, au style terriblement daté et qui permettent de mesurer à quel point Fischer-Dieskau résiste mieux que les autres à l’évolution de l’interprétation. D’autres incursions dans le répertoire français, Berlioz, Bizet, Chabrier, Chausson, Franck, Gounod, Saint-Saëns et même Hahn, d’Indy, Massenet, Milhaud, et Pierné, réunies en un CD intitulé mélodies de la belle époque, au charme désuet, sont placées tout à la fin du coffret.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietrich-fischer-dieskau-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190203"/></figure>


<h4><strong>Long et très délectable tête à tête avec un maître absolu</strong></h4>
<p>Ce qui frappe à l’écoute des différents enregistrements de cette somme colossale, répartis sur plus de quarante années de carrière (1951-1992), c’est la constance des qualités du chanteur, remarquables dès ses débuts – il n’a que 26 ans – avec relativement peu d’évolution au cours des ans. Bien sûr, la voix s’est un peu étoffée avec l’âge, les interprétations ont mûri, mais les qualités essentielles, le naturel, la diction parfaitement claire, la transparence des aigus, la sincérité, le lyrisme, la souplesse de la voix et le sens du texte sont perceptibles dès l’entame de sa carrière.</p>
<p>L’impression de dominer parfaitement son sujet, l’aisance technique déconcertante, un sens inné de la phrase, les respirations naturelles toujours placées au bon endroit, la richesse de la palette de couleurs, très large mais sans outrance, jamais démonstrative, un legato sans faille, voilà les principales qualités d’interprétation dont témoignent les enregistrements repris ici. Mais on y retrouve aussi les qualités de l’homme, son insatiable curiosité et son appétit à découvrir de nouveaux répertoires, une grande fidélité à ses partenaires de prédilection, un absolu respect du texte, et une grande générosité dans le partage de ses émotions, avec pudeur, avec modération, certes, mais sans faux-fuyant et sans maniérisme.</p>
<p>On parlera aussi volontiers des qualités de communication du chanteur, cet art de donner l’impression à chacun qu’il s’adresse directement à lui, personnellement, avec intensité, quels que soient son âge, sa connaissance du répertoire, ou son niveau de culture. Cette simplicité, cette authenticité sont probablement la clé de ses interprétations, l’élément qui fait qu’elles n’ont pas vieilli, qu’elles échappent à toute mode et qu’elles constituent sans doute à jamais le socle du Lied enregistré.</p>
<p>L’énorme quantité des enregistrements disponibles montre aussi l’immense travailleur que DFD fut tout au long de sa vie, cumulant ses très nombreux récitals, ses prestations à l’opéra, son rôle d’enseignant et la préparation de ses disques auxquels il apportait un très grand soin.</p>
<p>On peut sans doute aussi ajouter à cette longue liste de qualités une énorme volonté de bien faire, doublée d’une certaine modestie apparente qui aura pour conséquence, à peu près dans tous les répertoires, que certaines pages sont absentes, que certains Lieder qu’il jugeait plus faibles ou avec lesquels il se sentait moins d’affinité manquent au catalogue, à une époque où on était plus friand de qualité que soucieux d’offrir au public des intégrales complètes.</p>
<p>Qui aura passé plus de trois semaines d’écoute intensive avec délectation et sans aucune lassitude peut tout de même légitimement se poser la question de savoir à quel public ce type de coffret est destiné. Somme de documentation sonore à l’attention des spécialistes, des fans absolus – dont je suis – des jeunes chanteurs (ou pianistes) avides de références du passé, mais sans doute moins le grand public qui risque ici d’être saturé et de n’écouter que quelques pages majeures, toujours les mêmes, en laissant de côté les partitions moins courues ou les enregistrements les plus anciens. Mais pouvais-t-on rendre plus bel hommage à cet immense artiste que de tout publier, tout ce qui est disponible dans cette maison de disques et celles dont elle se trouve être, au fil des fusions et des rachats, l’ultime héritière ? Dans cet immense corpus, l’auditeur fera son choix !</p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/?post_type=breve&amp;p=189914"><strong>Remportez ce magnifique coffret Warner Classics de 79 CDs</strong></a></p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/?post_type=dossier&amp;p=189164"><strong>Retour vers le sommaire de notre dossier DFD 100</strong></a></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/dietrich-fischer-dieskau-complete-lieder-songs-on-warner-classics/">Dietrich Fischer-Dieskau, Complete Lieder &#038; Songs on Warner Classics</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Concert Pygmalion/Raphaël Pichon &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-pygmalion-raphael-pichon-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 May 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Celles et ceux qui ont eu la chance de voir, en 2018 ou 2022, Hamlet d’Ambroise Thomas à l’Opéra-Comique se souviennent du couple idéal et déchirant qu’y formaient Sabine Devieilhe et Stéphane Degout. Dans une série de concerts européens qui vient de s’achever hier soir à la Philharmonie de Paris, ils recréent la magie d’alors &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Celles et ceux qui ont eu la chance de voir, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre/">2018</a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique/">2022</a>, <em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas à l’Opéra-Comique se souviennent du couple idéal et déchirant qu’y formaient <strong>Sabine Devieilhe</strong> et <strong>Stéphane Degout</strong>. Dans une série de concerts européens qui vient de s’achever hier soir à la Philharmonie de Paris, ils recréent la magie d’alors sous la baguette de <strong>Raphaël Pichon</strong> dans un programme mêlant Thomas, Berlioz et Fauré. De morceaux épars, le chef crée ainsi un « requiem pour Ophélie », qui commence après la séparation des amants – on n’entendra donc pas, hélas, le superbe duo « Doute de la lumière » –, qui se veut voyage tragique dans les souvenirs d’Hamlet aboutissant à l’apaisement par le <em>Requiem</em> de Fauré.</p>
<p>S’ensuivent donc presque deux heures de musique, sans entracte, sans aucun applaudissement, dans une tension continue, soutenue par des coups de cloches lugubres, scandant le drame à intervalles réguliers. À la tête de l’ensemble <strong>Pygmalion</strong>, orchestre et chœur, Pichon est l’alchimiste de la soirée, dirigeant les trois compositeurs avec la même audace combinée à un recueillement quasi religieux. Avec les sonorités sobres, presque assourdies de son orchestre, il rapproche la « Méditation religieuse » de Berlioz d’un monologue de tragédie lyrique, servi en cela par un chœur à la diction impeccable et d’un seul homme, au son pur et droit. Les extraits d’<em>Hamlet</em> de Thomas, enchaînés d’une traite après ce premier morceau, semblent d’abord comme infusés par la musique de Berlioz, puis s’en affranchissent peu à peu, notamment dans les airs d’Ophélie, dont Pichon assume totalement les aspects les plus belcantistes et « Grand opéra ». Il alterne un lyrisme débordant, généreux, notamment dans les rappels du thème du duo d’amour dans « Sa main depuis hier », et un rappel perpétuel du drame, à travers les accents secs des cordes qui scandent « Être ou ne pas être » ou les stridences trillées des violons dans la scène de folie d’Ophélie. Dans ce contexte, le chœur « Voici la riante saison », qui introduit cette même scène, paraît une dissonance inconfortable, dont le tempo accéléré et le brillant un peu tapageur ne sont plus le fait des exigences formelles du « Grand opéra » mais bien une ironie assumée. Enchaînée sans transition à la mort d’Ophélie, merveilleusement soutenue par le déchirant chœur en bouche fermée, la « Marche funèbre pour la dernière scène d’<em>Hamlet </em>» de Berlioz, dont Pichon et son orchestre soulignent la solennité lugubre, évitant toute grandiloquence, vient parfaitement clore ce premier volet du concert. Le <em>Requiem</em> de Fauré qui s’ensuit est épuré, charnel, une vraie lutte entre horreur et acceptation de la mort. On ne sait qu’admirer de plus du solo de violon si délicat qu’il touche à la transparence du « Sanctus », du « Pie Jesu » éthéré à la ligne céleste d’une Sabine Devieilhe en état de grâce ou du « Libera me » frémissant entonné par un Stéphane Degout bouleversant d’humanité et repris par un chœur bouleversant.</p>
<p>Au service de la vision du chef, deux solistes exceptionnels donc, <strong>Sabine Devieilhe</strong> et <strong>Stéphane Degout</strong>, qui partagent le même art du mot, la même probité artistique respectueuse et attentive au moindre détail de chaque partition. Degout retrouve en Hamlet un personnage qu’il a incarné à de nombreuses reprises et auquel il confère une riche vie intérieure, dont on aperçoit les multiples facettes dans la palette de nuances expressives d’un « Être ou ne pas être » introspectif. Son air « Comme une pâle fleur », passage peut-être un peu faible et convenu de l’œuvre de Thomas, prend une dimension toute autre précédé par la « Méditation religieuse » de Berlioz, dont Degout emprunte la solennité songeuse avant de laisser libre cours à des éclats de voix plus romantiques, rappelant fortement son interprétation des <em>Nuits d’été</em>. L’invocation du Spectre qui est, dans l’opéra complet, l’une des meilleurs scènes de Degout, transformée ici en invocation au fantôme d’Ophélie et non de son père, n’est pas en reste. Gommant l’effroi respectueux de ses interprétations précédentes de cette scène, il lui confère des accents plus tendres qui vont droit à l’âme de l’auditeur. Face à lui, que dire encore de l’Ophélie de Sabine Devieilhe ? Tous les superlatifs ont déjà été utilisés pour décrire la délicatesse bouleversante de son héroïne éthérée. Bien sûr, la technique est renversante, le suraigu économisé avec bon goût, les aigus cristallins, le médium de plus en plus charnu, le registre grave un peu faible mais touchant de réel et de corps. Mais quelle grâce, quelle intelligence ! Les <em>piani</em> du bout des lèvres dont elle distille « Adieu, dit-il », l’articulation délicate et déchirante de chaque mot, sont un contraste magnifique avec la vocalise extravertie et le lyrisme éclatant de « Les serments ont des ailes ». Et dans la scène de la folie, quel art du contraste… Le parlé-chanté brusque et déchirant dans le récitatif, sur « Et vous, pourquoi vous parlez bas ? », le legato halluciné et transparent de « Pâle et blonde », les accents droits et étranges de sa danse triste, le débordement éclatant de l’envolée « Ah, mon cher époux » et enfin la délicatesse cristalline de la ligne dans la reprise de « Doute de la lumière », quel miracle ! Et l’on se prend, nécessairement, à rêver de la <em>Lucie de Lammermoor</em>, version française, qu’elle va être à l’Opéra-Comique dans un an…</p>
<p>Concert impeccable, plongée bouleversante dans la psyché du héros shakespearien, cette soirée se finit sur une <em>standing ovation</em> amplement méritée. Une soirée mémorable.</p>
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		<title>SCHUMANN/FAURÉ &#8211; Saṁsāra</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schumann-faure-sa%e1%b9%81sara/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Saṁsāra : concept présent dans plusieurs religions orientales (hindouisme, bouddhisme…) qui désigne le cycle des renaissances, des réincarnations qui se succèdent sans que l’individu atteigne l’éveil et puisse ainsi se détacher de la souffrance. C’est aussi le nom de cet album de Kate Lindsey et Éric Le Sage. Le programme est de fait construit autour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Saṁsāra : concept présent dans plusieurs religions orientales (hindouisme, bouddhisme…) qui désigne le cycle des renaissances, des réincarnations qui se succèdent sans que l’individu atteigne l’éveil et puisse ainsi se détacher de la souffrance. C’est aussi le nom de cet album de <strong>Kate Lindsey</strong> et <strong>Éric Le Sage</strong>. Le programme est de fait construit autour de deux grands cycles qui retracent des vies de personnages féminins, jusqu’à l’appel de la mort : <em>Frauenliebe und Leben</em>, de Schumann/von Chamisso, et <em>La Chanson</em> <em>d’Ève</em>, de Fauré/Van Lerberghe. Le rassemblement des deux œuvres est assez intéressant, notamment en confrontant les deux images très différentes que les auteurs se font de la femme au sens universel. On apprend également en lisant le livret que la conception de l’album a correspondu à un moment très particulier de la vie de la chanteuse : la disparition de son père en même temps que la naissance de sa fille. Cela suffit à justifier ce titre, les mélodies isolées choisies n’ayant que très peu à voir avec le concept précédemment évoqué. Cet enregistrement a heureusement bien d’autres atouts que sa présentation, à savoir un duo d’artistes prestigieux mais reconnus pour leur intégrité. Les amateurs d’opéra connaissent bien Kate Lindsey pour ses incarnations baroques et ses rôles en pantalon, tandis qu’Éric Le Sage est un chambriste incontournable, et a largement servi Schumann et Fauré au disque. De quoi déjà justifier l’écoute, d’autant plus que <em>La Chanson d’Ève</em> n’est pas l’œuvre la mieux connue de son compositeur. C’est d’ailleurs cette partie du programme qui nous convainc le plus, nous y reviendrons plus tard.</p>
<p>L’album s’ouvre avec « Der Nussbaum », extrait des <em>Myrthen</em> de Schumann, sur un texte de Mosen. S’il expose d’emblée certaines des qualités que l’on appréciera tout au long de l’album (la qualité des piani, la sensation de frémissement, le jeu sur les couleurs), c’est hélas celui qui nous paraît le moins abouti. Le duo est un peu bancal, le piano paraissant toujours en avance par rapport à la voix (notamment du fait de basses désynchronisées de la main droite), créant un léger effet d’agitation. Même si l’on sent Lindsey attentive au mot et au sens, son allemand est un peu lisse. On s’étonne surtout d’une grosse erreur avec un « nächstem » prononcé (et accentué) « nachstem ». C’est peu, mais c’est dommage pour une entrée en matière. Heureusement, on ne retrouve pas ce genre d’approximation par la suite, même si la partie germanique n’est pas celle que nous préférons.</p>
<h3>Vivre pour lui</h3>
<p>Avec les <em>Frauenliebe und Leben</em>, sur des textes de Chamisso, on comprend davantage le projet musical du duo, souvent très juste vis-à-vis de l’esprit du texte. On apprécie l’immense douceur dont tous les deux sont capables, aussi bien que les éclats de joie. Néanmoins, on continue par moments d’être dérangés par des problèmes de cohésion. Le piano semble ainsi avoir une approche très instrumentale du répertoire, pas forcément toujours accordée au rythme de la langue allemande, et se retrouve parfois comme freiné par certains mots que Kate Lindsey cherche à valoriser. C’est cependant une version originale, souvent émouvante et très investie.<br />
Le cycle commence avec la description d’un coup de foudre, « Seit ich ihn gesehen », ici interprété avec une simplicité assez touchante, grâce notamment à un tempo suffisamment allant. Le suivant, « Er, der Herrlichste von allen », probablement l’un des plus beaux du cycle, est aussi l’un des plus réussis de cette interprétation. Alors que les rythmes pointés peuvent parfois lui donner un caractère martial, il n’en est rien ici : l’esprit est noble, mais aussi profondément doux. Tout au plus peut-on trouver que les ornementations, assez élargies, s’y font un peu redondantes. « Ich kann’s nicht fassen » est enthousiasmant par la joie sautillante de son début, très adolescente, et par le temps accordé au texte. Grâce à cette liberté agogique, il n’en est que plus intelligible. Après un « Du Ring an meinem Finger » assez alangui, voici le moment du mariage avec « Helft mir, ihr Schwestern ». Contrairement à beaucoup de versions qui font le choix de faire de la marche nuptiale finale un élément presque comique et séparé, les artistes choisissent ici  de tout prendre avec le caractère solennel et la définition sonore de la fin. C’est très convaincant pour Éric Le Sage, d’autant plus que le rythme est impeccable, mais avec ce tempo il aurait fallu compenser avec un peu plus d’urgence de la part de Kate Lindsey, le lied manquant alors son effet à nos oreilles. « Süßer Freund », moment d’abandon et de sensualité du cycle, bénéficie de pianissimi impalpables et d’une belle écoute harmonique, dans une version remarquable une fois encore de douceur et de délicatesse, notamment avec le soin porté à des mots comme « gut » ou « geliebter ». La montée en puissance lors de l’étreinte est assez saisissante, grâce notamment au soutien du piano, qui crée une animation sans nervosité, quand bien même la transition avec la partie suivante est plus maladroite. Par rapport à d’autres enregistrements, l’évocation du berceau à la fin apparaît moins comme une révélation, le début étant déjà dans une nuance extrême, mais c’est un choix musical qui fonctionne. « An meinem Herzen », est très animé, extraverti, mais nous paraît manquer un peu de tendresse pour une mère qui s’adresse à son enfant, toute euphorique qu’elle puisse être. Le cycle se conclut avec un très beau « Nun hast du mir den ersten Schmerz getan », dont l’expressivité se construit par le jeu sur les consonnes, et l’appui bienvenu de certaines dissonances (« leer », « schleier »). Un postlude de piano un peu trop en avant à notre goût ne suffit pas à dissiper cette dernière bonne impression.</p>
<h3>Le Premier Matin du monde</h3>
<p><em>La Chanson d’Ève</em>, sur des textes de Charles van Lerberghe, est un cycle un peu moins donné, même s’il en existe plusieurs versions très intéressantes (Connolly/Martineau, Deshayes/Lucas, Bunel/Ristorcelli). Aussi peut-on d’abord le présenter brièvement. L’œuvre de Lerberghe, publiée en 1904, est un long poème symboliste, divisé en un prélude et 4 parties : Premières paroles, La Tentation, La Faute et Crépuscule. Là où les parties se rapprochent du déroulé biblique, le poète s’en détache en assumant un manque de continuité et de cohérence (« Ève a pêché ici, et a retrouvé son innocence là-bas », écrit-il en préface). Ainsi Ève n’apparait-elle pas maudite dans les dernières pages, mais toujours apaisée, lumineuse, et encline à l’émerveillement, même à l’approche de sa fin. Plutôt que d’adopter un point de vue moraliste comme cela a pu être fait sur le personnage, Lerberghe en donne sa vision subjective, rêvée : « l’Ève enfant de la nature, l’Ève symbole de toute la grâce féminine ».<br />
Cette idée est renforcée par la mise en musique de Fauré qui, pour ses dix mélodies, choisit 7 extraits des Premières Paroles, et aucun de La Faute. À la seule exception de la 9e mélodie, la douleur ou l’idée de culpabilité se trouvent donc évacuées, au profit d’une esthétique très sensorielle qui fait la part belle aux splendeurs du jardin d’Éden. L’un des écueils faciles dans cette musique est de tomber dans l’hédonisme, et de ne pas réussir à renouveler le discours (comme souvent avec le Fauré tardif). Ce n’est pas le cas de cette version, toujours riche de sens (et de mystère) tout en restant très séduisante plastiquement. Contrairement aux réserves qu’on pouvait avoir avec Schumann, le duo est ici complètement fusionnel, que ce soit en terme de couleurs ou de phrasés. Évacuons donc rapidement le seul élément qui peut nous poser problème : le français de Kate Lindsey est globalement compréhensible, grâce à la justesse des intentions, mais ses voyelles manquent régulièrement de définition (les nasales, comme souvent avec les chanteurs étrangers, mais aussi les [ɘ] qui se transforment parfois en [a]). Ce n’est pas dramatique, mais avec des textes aussi riches en images et symboles, l’auditeur peut parfois avoir besoin de se référer à un support écrit pour tout saisir.<br />
La première mélodie « Paradis », qui annonce le projet du cycle, fait immédiatement bonne impression. La naissance d’Ève, le « premier matin du monde » est évoqué d’abord avec une nudité qui rappelle le plain-chant, grâce aussi à la prise de son légèrement réverbérante. La conduite harmonique, le son de duo, sont très aboutis, mais on apprécie encore davantage la structuration du texte. La progression musicale suit complètement le sens du poème, loin d’une contemplation immobile, créant une superbe ouverture à ce qui va suivre. Ces qualités esthétiques et rhétoriques se retrouvent tout au long du cycle, que nous n’allons donc pas chercher à détailler. Si certains nous séduisent moins, en nous paraissant manquer de souplesse (« Dans un parfum de roses blanches »), on retient surtout de vraies réussites, comme « Eau vivante », exemplairement fluide, et surtout les deux derniers. Avec « Crépuscule », on retrouve ainsi dans un premier temps l’impression de néant originel que nous avait procurée le premier, avant de se diriger vers une violence, pas éclatante, mais déchirante, dans la dernière strophe. Enfin, « O mort, poussière d’étoiles », nous séduit totalement. Le duo y est complètement fusionnel, dans un tempo très juste, calme mais déterminé, toujours phrasé sur le long terme. Cette fin apaisée conclut en douceur une lecture sensible et juste.</p>
<h3><span style="color: #750202; font-size: 1.666667rem;">Florilège final</span></h3>
<p>Le geste aurait été plus signifiant pour nous de terminer le disque sur ces dernières notes, plutôt qu’avec les quelques mélodies rajoutées à la suite, sans trop de liant, même si l’on y entend quelques très belles choses. Plutôt qu’un « Lotosblume » un peu trop allant et concret à notre goût, on retient ainsi un très beau « Clair de lune ». On a beau avoir l’impression de connaître le poème de Verlaine et la musique de Fauré par cœur à force de l’entendre, la mélodie nous touche quand elle est interprétée avec cette justesse-là. Que ce soit par le chant du piano, le choix de tempo ou de phrasé, le duo confère à la musique une monotonie mélancolique tout à fait adéquate, avant la légère éclaircie de la dernière strophe. Une version humble et émouvante. Enfin, l’album se clôture avec un dernier extrait des Myrthen, « Du bist wie eine Blume », fidèle à toutes les qualités plastiques qu’on a pu trouver à l’album.</p>
<p><figure id="attachment_187180" aria-describedby="caption-attachment-187180" style="width: 785px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-187180" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_8859.jpeg" alt="" width="785" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-187180" class="wp-caption-text">©️Gianni Rizzotti</figcaption></figure></p>
<p>Si la partie germanique a pu nous frustrer au début du disque, notamment pour des problématiques de duo, ce n’est pas ce que l’on retient à l’issue de la dernière piste. On a surtout envie de recommander cet album pour ce qu’il comporte de délicatesse, de finesse d’interprétation poétique, et pour une version de <em>La Chanson d’Ève</em> aussi séduisante qu’intéressante. Non seulement ce sont deux artistes passionnants individuellement (les pianissimi de Kate Lindsey justifient à eux seuls l’écoute), mais leur collaboration aboutit ici à une proposition singulière, humble et touchante. A conseiller aux fans des artistes et de Fauré. Dommage que, comme souvent, l’aspect visuel de l’album mette l’accent sur une chanteuse star, plutôt que sur le duo, dans un répertoire purement chambriste…ce qui fait encore moins sens au vu de la notoriété de ce pianiste.</p>
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		<title>Récital Elsa Dreisig – Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-elsa-dreisig-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Feb 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, la Philharmonie de Paris accueillait autour d’Elsa Dreisig un récital de mélodies qui allait des premières compositions du maître, avec la Ballade de la reine morte d’aimer (1893), aux splendides Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé de 1913. Puis, au quatuor à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le cadre des célébrations du 150<sup>e</sup> anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, la Philharmonie de Paris accueillait autour d’Elsa Dreisig un récital de mélodies qui allait des premières compositions du maître, avec la<em> Ballade de la reine morte d’aimer</em> (1893), aux splendides <em>Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé</em> de 1913. Puis, au quatuor à cordes de Ravel succédait <em>La Bonne Chanson</em> de Gabriel Fauré, non sans humour, car l’ancien professeur de Ravel et dédicataire du quatuor avait désapprouvé les audaces de son élève. Le Studio de la Philharmonie était pour l’occasion bondé, signe sans doute de l’enthousiasme soulevé par la soprano française qui a marqué les esprits parisiens <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-bastille/">en Juliette l’année dernière</a>.</p>
<p>Grâce au <strong>collectif INTEGRAAL</strong> et à la politique d’inclusivité de la Philharmonie, la représentation est « chansignée » : deux artistes se relaient pour exprimer les paroles des mélodies par des gestes qui relèvent à la fois de la langue des signes et de la danse. Plus que de traduire, il s’agit de faire corps avec la musique, même dans les mesures non chantées, pour proposer de transcrire dans d’autres sensations les impressions sonores. Le résultat est assez hypnotisant : pour le spectateur valide qui ne connaît pas la langue des signes, la performance s’assimile à une danse tantôt mimétique, tantôt mystérieuse qui s’accorde bien avec la musique de Ravel. Le public est largement composé de personnes malentendantes, qui ont été, semble-t-il, comblées par l’expérience.</p>
<p>En plus du piano attentif et expressif de <strong>Célia Oneto Bensaid</strong>, le récital pouvait compter sur des <strong>musiciens de l’orchestre de Paris</strong>, qui ont accompagné les <em>Trois Poèmes de Stéphane</em> et <em>La Bonne Chanson</em>, et qui ont fait entendre le splendide quatuor de Ravel, dont se détachait particulièrement le violoncelle poétique de <strong>Manon Gillardot</strong>.</p>
<p>Côté chant, <strong>Elsa Dreisig</strong> a pour elle une voix fraîche, lumineuse, presque sans défauts : les registres sont parfaitement unis, la voix est libre jusque dans des aigus filés au vibrato irréprochable, les graves, un peu durs au début, finissent par résonner sans détonner alors même que ce répertoire semble mener la soprano à l’extrême de son ambitus. À cela s’ajoutent un legato et une gestion du souffle admirables, ainsi qu’une projection naturelle jamais forcée qui permet à Elsa Dreisig de se fondre dans l’ensemble instrumental sans se singulariser, surtout dans les <em>Trois Poèmes de Mallarmé</em>, où la soprano s&rsquo;intègre avec bonheur à la palette sonore de l&rsquo;ensemble instrumental. Tous les sons sont très beaux, toutes les phrases, toutes les notes sont là (jusqu’aux enthousiasmants « tralalilala » de <em>Tripatos</em>) et pourtant on regrette un petit quelque chose. La voix, qui affronte régulièrement et avec bonheur les sommets du répertoire lyrique, paraît un rien trop tubée, trop ronde pour ce répertoire. L’ensemble manque d’intimité et d’expressivité, au service des textes de Mallarmé ou de Verlaine. Peu aidée, il est vrai, par de régulières incursions dans le haut de la tessiture, la diction pourrait être plus soignée : certains vers nous échappent intégralement. De surcroît, sans doute pour éviter d’interférer avec le travail des artistes chansigneuses, Elsa Dreisig bouge peu et cet immobilisme semble avoir entravé en partie son interprétation.&nbsp;Le récital est trop court pour qu’on se lasse d’une voix aussi formidable, qu’on se pressera d’applaudir à nouveau dès que possible – en ayant oublié, sans doute, ce récital ravélien.</p>
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		<title>Ernste Gesänge, Récital Stéphane Degout et Alain Planès &#8211; Bruxelles (La Monnaie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ernste-gesange-recital-stephane-degout-et-alain-planes-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un magnifique programme centré sur les thèmes de la nostalgie et de la mort que Stéphane Degout et Alain Planès avaient réuni pour leur récital à la Monnaie mercredi soir, bien en phase avec les journées courtes, grises et pluvieuses, avec les ciels bas et la morosité générale de cette fin d’automne. Puisant chez &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un magnifique programme centré sur les thèmes de la nostalgie et de la mort que <strong>Stéphane Degout </strong>et <strong>Alain Planès</strong> avaient réuni pour leur récital à la Monnaie mercredi soir, bien en phase avec les journées courtes, grises et pluvieuses, avec les ciels bas et la morosité générale de cette fin d’automne. Puisant chez Fauré et Duparc pour les français, chez Schumann et Brahms pour les allemands, ils réussissent la gageure de présenter un programme quasi uniformément sombre sans lasser, créant une atmosphère très propice à la délectation morose.</p>
<p>La voix est somptueusement belle, mieux timbrée que jamais, en particulier dans le grave et le medium, avec une homogénéité idéale, des couleurs d’or et de bronze, mais aussi des allègements lumineux, tout cela parfaitement maitrisé&nbsp;et utilisé à bon escient en fonction des inflexions du texte et de la partition. La diction est elle aussi parfaite, dans les deux langues.</p>
<p>Mais en s’exposant après quatre jours d’intense session de <em>master classes</em> à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, Stéphane Degout n’a pas voulu prendre de risque. Il décide donc de chanter l’ensemble du récital avec partitions, ce qui, disons-le tout net, change considérablement le rapport qu’un chanteur entretient avec la salle. Si musicalement, la différence n’est pas bien grande, la façon de dire le texte, de le communiquer au public et de le charger en émotions, la communion entre l’artiste et ceux qui l’écoutent s’en trouvent altérées. Le spectateur perçoit une certaine insécurité chez l’artiste et c’est tout son confort d’écoute qui est remis en cause. Le programme, pourtant, comprend bien des œuvres qui sont familières au chanteur, qu’il chante magnifiquement et depuis longtemps, en particulier toute la partie française de la soirée. Parallèlement à cela, le travail avec Alain Planès semble lui aussi inabouti. Bien sûr, rompu à la discipline et familier du répertoire depuis des lustres, ce pianiste habile ne se laisse pas vraiment prendre en défaut. Mais l’élaboration d’une interprétation commune, la précision des détails propre à toute interprétation de musique de chambre semble avoir été faite trop rapidement, semble insuffisamment muri pour s’imposer au public.</p>
<p>Le récital commence par quelques mélodies de jeunesse de Fauré, dont on célèbre le centenaire de la mort. Le ton sombre et intense de la soirée est donné dès l’entame. Suivent les neuf <em>Lieder</em> de l’opus 24 de Schumann, son premier recueil, composé dans sa période la plus féconde autour de l’année 1840, d’une magnifique spontanéité d’inspiration, et pourtant bien complexe à mettre en place. Pris dans un tempo plus lent qu’à l’habitude, abordé avec circonspection, mais surtout chantés le nez dans la partition, ces pages somptueuses recèlent bien des pièges. A plusieurs reprises, pianiste et chanteur peinent à se rejoindre, en particulier dans <em>Mit Myrthen und Rosen</em> où la partie de piano, à contretemps de la mélodie, nécessite un long travail de mise en place.</p>
<p>Placé en fin de première partie, l’<em>Horizon Chimérique </em>de Fauré, est un des cycles préférés de Degout qui met si bien en avant les poèmes de Jean de la Ville de Mirmont. Ce jeune poète, décédé bien trop tôt à la guerre de 14, inspire à Gabriel Fauré déjà fort âgé une musique très élaborée, particulièrement soignée, délicat et émouvant hommage de la sagesse du grand âge à la fougue impétueuse de la jeunesse. Magnifiquement dominé par le chanteur, le cycle ne reçoit pas de la part du pianiste le soin et l’attention qu’il mériterait, de sorte que le sentiment d’intimité, si précieux dans cette musique-là, fait un peu défaut.</p>
<p>Après la pause, cinq mélodies d’Henri Duparc, pas nécessairement les plus souvent données, sont elles aussi parfaitement maîtrisées par le chanteur, culminant avec la magnifique <em>Chanson triste</em>, mais plusieurs petits accidents dans la partie de piano, il est vrai très fournie, viennent à nouveau perturber un peu la sérénité de l’auditeur. Gardant le plus sombre pour la fin, les deux musiciens termineront leur programme dans une ambiance de cathédrale avec les <em>Vier ernste Gesänge</em> de Brahms, où domine le sentiment religieux teinté d’intériorité.</p>
<p>Trois bis de Claude Debussy viendront clore la soirée, toujours dans la même veine sombre.</p>
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		<title>Récital Claire de Monteil et Aymeric Gracia – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-claire-de-monteil-et-aymeric-gracia-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entre deux représentations de Medea à Würzburg (la Médée de Cherubini y est donnée en version italienne), Claire de Monteil est venu proposer un récital, à Paris cette fois, à nouveau accompagnée par son ami et complice le pianiste et compositeur Aymeric Gracia. La jeune chanteuse propose ici un programme composé de pièces déjà entendues &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre deux représentations de <em>Medea</em> à Würzburg (la <em>Médée</em> de Cherubini y est donnée en version italienne), <strong>Claire de Monteil</strong> est venu proposer un récital, à Paris cette fois, à nouveau accompagnée par son ami et complice le pianiste et compositeur Aymeric Gracia. La jeune chanteuse propose ici un programme composé de pièces déjà entendues à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/concert-claire-de-monteil-et-aymeric-gracia-bagneux/">Bagneux</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">Paris</a>, avec quelques nouveautés. Le timbre est toujours aussi lumineux, avec un médium superbement corsé. On aura toutefois noté quelques discrets accrocs dans la ligne de chant : il faut dire que le soprano avait chanté Médée la veille et qu&rsquo;elle revenait le jour même d&rsquo;Allemagne, ce qui a du induire une fatigue légitime. L&rsquo;artiste est toujours aussi attachante et sait transmettre son art à son public avec naturel et simplicité.</p>
<p>Son « Casta diva » est toujours chanté avec la même délicatesse et la technique est bien en place avec notamment le respect des trilles. Les mélodies françaises marquent un progrès dans l&rsquo;articulation et les textes sont généralement très intelligibles. « Le Soir », de Charles Gounod, nous a paru particulièrement inspiré, ainsi que la délicieuse « Solitude » d&rsquo;Aymeric Gracia, extraite du cycle complet donné à Bagneux. Au chapitre des découvertes, on notera <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Tq7Jd-xu6Uc">« Je ne t&rsquo;aime pas »</a>, chanson de Kurt Weill écrite pour Lis Gauty au début des années 30, qui donne l&rsquo;occasion au soprano d&rsquo;offrir tout un éventail d&rsquo;émotions, et de puiser sur divers registres musicaux, voire même d&rsquo;utiliser avec dramatisme la voix parlée. Autre découverte : une étonnante mélodie de Cécile Chaminade, sur un poème de Rosemonde Gérard, « Ma première lettre », où le désabusement se substitue de manière atypique à la traditionnelle nostalgie. « Over the rainbow », affecté d&rsquo;un embarrassant trou de mémoire, nous a semblé superflu dans le programme (il en serait différemment pour un bis), s&rsquo;agissant d&rsquo;un morceau à ce point identifié à sa créatrice, Judy Garland, dont ce fut la signature tout au long de sa carrière. L&rsquo;anglais reste de plus perfectible comme le démontre son « I Could Have Danced All Night », extrait de <em>My Fair Lady</em>, interprétation sympathique au demeurant. Entre ces deux airs, l&rsquo;extrait débridé de La Grande-Duchesse de Gérolstein, « Ah ! Que j&rsquo;aime les militaires ! », contraste par un médium opulent. Le récital se termine avec quelques morceaux particulièrement enthousiasmants qui mettent justement en valeur le médium profond et sombre du soprano. Le « Vissi d&rsquo;arte » de <em>Tosca</em> est toujours impeccable de musicalité et dramatiquement juste, sans histrionisme. Nouveauté au programme, « Pleurez mes yeux », extrait du <em>Cid</em>, nous donne envie d&rsquo;entendre la chanteuse dans le rôle entier. Le « Youkali » est à nouveau parfait vocalement et dramatiquement émouvant. Le succès de la soirée doit beaucoup aux talents d&rsquo;<strong>Aymeric Gracia</strong>, partenaire davantage que simple accompagnateur, en symbiose totale avec sa récitaliste. Un arrangement de <em>Rêve de valse</em> nous aura également permis d&rsquo;apprécier sa virtuosité et sa musicalité.</p>
<p>A ce stade, la <em>vocalità</em> de Claire de Monteil interroge. On a vu le soprano tout à fait à l&rsquo;aise dans des rôles de <em>lirico</em> demandant de la virtuosité (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">voir sa Leonora du <em>Trovatore</em> à Lucques</a> par exemple) mais c&rsquo;est peut-être dans des emplois plus dramatiques que le côté sombre de sa voix offre le plus de séduction, sachant toutefois qu&rsquo;il ne faut pas se frotter trop précocement à des rôles trop lourds. Pour confirmer son répertoire idéal, il faudra attendre que le soprano s&rsquo;essaie d&rsquo;abord dans différentes directions, au récital du moins : réussir la cabalette du « Casta diva », c&rsquo;est une fenêtre vers les reines de Donizetti ; défendre les airs d&rsquo;Éboli ou d&rsquo;Élisabeth de <em>Don Carlo</em>(s), c&rsquo;est plutôt le répertoire de Falcon qui s&rsquo;ouvre. Certes, les plus grandes y sont parvenu (de Callas à Caballé) mais nous n&rsquo;en sommes pas encore là : c<em>hi va piano, va sano e va lontano</em>. Enfin, à un moment où on peut s&rsquo;interroger sur l&rsquo;avenir des récitals, on notera que celui-ci aura eu lieu devant une salle quasiment pleine, malgré une publicité minimale et un lieu peu connu, recevant un accueil chaleureux du public.</p>
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		<title>FAURÉ, Requiem (1888) et Pièces sacrées &#8211; Chœur de chambre de Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/faure-requiem-1888-et-pieces-sacrees-choeur-de-chambre-de-namur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=175497</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’illustration de couverture judicieusement choisie pour cet album en traduit parfaitement le climat : c’est un tableau d’Henry Lerolle, La répétition à la tribune, où l’on voit la chanteuse Marie Escudier, en tenue d’après-midi, chanter partition en main accompagnée à l’orgue, à la tribune de Saint-François Xavier, écoutée à l’arrière-plan par Ernest Chausson. La lumière &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’illustration de couverture judicieusement choisie pour cet album en traduit parfaitement le climat : c’est un tableau d’Henry Lerolle, <em>La répétition à la tribune</em>, où l’on voit la chanteuse Marie Escudier, en tenue d’après-midi, chanter partition en main accompagnée à l’orgue, à la tribune de Saint-François Xavier, écoutée à l’arrière-plan par Ernest Chausson. La lumière est dorée, tout respire la bienséance tranquille, un catholicisme immuable, une société solide et sûre d&rsquo;elle-même.</p>
<p>Le <strong>Chœur de chambre de Namur</strong> a choisi, pour commémorer le centenaire de la mort de Fauré, le 4 novembre 1924, d’enregistrer quelques-unes de ses nombreuses partitions sacrées, lui dont la piété semble avoir été fluette, bien qu’il ait grandi dans le milieu de l’École Niedermayer et passé moult heures de sa vie à l’orgue de la Madeleine.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="672" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/WLA_metmuseum_Henry_Lerolle_The_Organ_Rehearsal-1024x672.jpg" alt="" class="wp-image-175502"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Henry Lerolle : Répétition à la tribune © Metmuseum</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Hédonisme et ferveur</strong></h4>
<p>Judicieux aussi de commencer avec la magie si simple du <em>Cantique de Jean Racine</em>, œuvre d’un Fauré de vingt ans, tranquille travail de fin d’études à <em>l’École</em> Niedermayer qui lui vaudra un 1er prix de composition, et rayonne de ferveur dans la clarté de ses quatre voix, la lumière des sopranos se posant sur l’assise feutrée des basses. Grandi dans le culte de Josquin et de Palestrina, Fauré ajoute à ce savoir polyphonique une sensualité et une langueur qui lui seront propres. <br>Sous la direction de <strong>Thibaut Lenaerts</strong>, le Chœur de chambre de Namur suit à la lettre les indications de dynamique de Fauré, du pianissimo au forte. Mais ce respect de la lettre ne serait rien s’il ne s’alliait à une compréhension profonde de l’esprit de cette œuvre. Un harmonium et les cordes du <strong>Millenium Orchestra</strong> se fondent dans une douceur sereine qui semble annoncer celle de l’<em>Agnus Dei</em> du<em> Requiem</em>. Il y a là un hédonisme typiquement fauréen, un quiétisme en <em>ré</em> bémol majeur, de la pudeur mais une grande force intérieure en même temps.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="827" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gabriel-Faure-par-Henry-Farre-1024x827.jpg" alt="" class="wp-image-175510"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Henri Farré : « Portrait de Gabriel Fauré », 1906. Paris, musée Carnavalet</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Incertitudes impalpables</strong></h4>
<p>Peu connues, les pièces brèves qui émaillent cet album. Ainsi les deux motets pour voix solistes féminines opus 65. L’<em>Ave verum</em> composé pour deux voix, soprano et alto, est d’une limpidité exquise : commençant en <em>la</em> bémol, puis évoluant vers un <em>sol</em> bémol, puis un <em>fa</em> majeur que des altérations viennent infléchir à son tour, il est tout en incertitudes impalpables qui sont l’essence même de l’art de Fauré, et qu’on retrouve dans le <em>Tantum ergo</em> à trois voix, deux de sopranos et une d’alto, partant de <em>mi</em> majeur mais modulant sans cesse. Accompagnées d’un harmonium discret, ces deux pièces encadrent le duo pour deux voix masculines, ténor et baryton, <em>Maria Mater gratiae</em>, où ce sont les rythmes qui sont changeants, et que le Chœur de chambre de Namur enlève avec élégance.</p>
<p>Même recherche de lumière pour <em>En prière</em>, mélodie pour soprano et orgue, que les voix féminines du chœur chantent à l’unisson avec une impeccable homogénéité, sur des arpèges de harpe, faisant de cette page d’une mièvrerie aimablement sulpicienne une belle démonstration de maîtrise. Un <em>Madrigal</em> op. 35 particulièrement riche en glucides, sucre d’orge musical sur un texte d’Armand Silvestre offert en cadeau de mariage à son ami André Messager, vient compléter cette brochette de petites pièces. Quelque désuet soit ce pastiche à la Puvis de Chavannes, ses harmonies feront fondre les âmes sensibles (et ricaner les autres…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="643" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/067-villerville-villerville-eglise-1024x643.jpeg" alt="" class="wp-image-175499"/></figure>


<h4><strong>À l&rsquo;ombre des pommiers en fleurs</strong></h4>
<p>La <em>Messe des pêcheurs de Villerville</em> est une partition charmeuse et tendre que Fauré et Messager composèrent à l’été 1881 alors qu’ils villégiaturaient en Normandie chez leurs amis Clerc, à Villerville. On les imagine vêtus d’alpaga et le canotier de biais, la cigarette jaunissant leur moustache, et noircissant le papier à musique à l’ombre d’un pommier. Messager s’était chargé du <em>Kyrie</em> et d’un <em>O salutaris</em> touchant de sentimentalité. Elle fut créée un dimanche de septembre au profit de la Société d’entraide des pêcheurs de l’endroit, d’où son surnom.<br>Elle garde ici toute sa gentillesse campagnarde, accompagnée qu’elle est par l’harmonium discret de <strong>Pascale Dossogne</strong> et le violon obligé de <strong>Sue Ying Koang</strong>. En quoi elle diffère de la version enregistrée en 1988 par Philippe Herreweghe qui faisait intervenir, comme pour la reprise plus luxueuse de 1882, un quintette à cordes et un trio flûte-hautbois-clarinette. Ici on retrouve la fraîcheur de la version <em>princeps</em>, créée par treize voix féminines dont s’enchantait Fauré disant que « malgré la gaité des répétitions ou peut-être à cause de la gaité des répétitions, l’exécution a été excellente et cette maîtrise improvisée, aussi jolie à voir qu’agréable à entendre, m’a un peu reposé de ma sévère Madeleine. » En quoi il était à l’unisson de Marie Clerc, non moins ravie : « Nos amis artistes Messieurs Fauré et Messager avaient composé une messe que nous avons très bien chantée, soit dit sans modestie aucune. La quête a été de 560 francs, ce qui est gentil pour un petit trou comme Villerville ».</p>


<figure class="wp-block-image alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="403" height="580" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gabriel-Faure-a-l-orgue-de-la-Madeleine_0.jpg" alt="" class="wp-image-175583"/></figure>


<p>On aime ici tout particulièrement l’harmonium sautillant du <em>Gloria</em>, et les voix un peu pointues du chœur, précédant un <em>Qui tollis</em> onctueux (avec violon lacrymal), mais aussi le recueillement du bref <em>Sanctus</em> et les contrepoints modulants de l’orgue, puis la sincérité de l’<em>Agnus Dei</em>, à la tonalité assez insaisissable, sur les confins de la modalité.<br>À l’instar des amies de Mme Clerc, les chanteuses du Chœur de Namur pourront dire «&nbsp;sans modestie&nbsp;» avoir «&nbsp;très bien chanté&nbsp;» cette partition sans prétention, que Fauré devait bien aimer aussi, puisqu’il la reprit en 1907 sous le nom de <em>Messe basse</em> : il supprima les parties de Messager, composant un nouveau <em>Kyrie</em> et ne gardant du <em>Gloria</em> que le <em>Qui tollis</em> qu’il transforma en <em>Benedictus</em>. Assez rarement donnée, Michel Corboz en a laissé une belle version avec son ensemble de Lausanne en 1992.</p>
<h4><strong>Pour rien&#8230; pour le plaisir</strong></h4>
<p>Les versions enregistrées du <em>Requiem</em> sont innombrables. L’intérêt de celle-ci est d’en restituer la genèse. On sait que Fauré l’écrit d’abord sans intention particulière : « Mon Requiem a été composé pour rien&#8230; pour le plaisir, si j’ose dire ! » C’est sa première composition pour la Madeleine. De sa propre initiative, qui étonnera le curé : « – Voyons, Monsieur Fauré, nous n’avons pas besoin de toutes ces nouveautés ; le répertoire de la Madeleine est bien assez riche. » <br>Il commence à y penser en 1877 et y travaillera pendant une dizaine d’années, de loin en loin peut-on supposer. La première version – c’est son originalité –&nbsp;ne compte alors ni l’<em>Offertoire</em> (avec l’<em>Hostias</em>) ni le <em>Libera me</em> (pour baryton l’un et l’autre). Il les ajoutera en 1891, reprenant un <em>Libera me</em> écrit dès 1877, en même temps qu’il augmentera l’instrumentarium de deux bassons, deux cors , deux trompettes et trois trombones. Puis pour la version symphonique de 1900 il ajoutera un pupitre de violons et les bois par deux.<br>La version 1888 résonne pour la première fois dans l’immense Madeleine le 16 janvier à l’occasion des funérailles d’un architecte, Joseph Le Soufaché. La Madeleine respecte encore la règle romaine proscrivant les voix féminines. Les parties de soprano et d’alto sont donc chantées par la maîtrise de garçons, et c’est un jeune garçon, Louis Aubert, qui est le premier soliste du <em>Pie Jesu</em>. On se souvient d’ailleurs que Philippe Herreweghe enregistra une version 1893 reconstituée, avec les Petits Chanteurs de Saint-Louis.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="698" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gabriel_Faure_devant_son_piano_dans_son_appartement_boulevard_Malesherbes-1024x698.jpg" alt="" class="wp-image-175509"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Fauré chez lui, bd Malesherbes</sub></figcaption></figure>


<p>Ici, faute de garçons, on entend les huit sopranos et six altos du Chœur de chambre de Namur (avec six ténors et six basses), qui, avec deux pupitres d’altos, deux de violoncelles, une contrebasse, un orgue, une harpe et des timbales donnent une version certes proche de celle de la création, mais pas tout à fait historique…</p>
<h4><strong>Un Requiem décoiffant</strong></h4>
<p>Le retour aux sources, c’est une chose, intéressante en soi. Mais, finalement plus déconcertantes, il y a aussi les options de Thibaut Lenaerts. Entre autres, une rapidité des tempis qui va à l’encontre de la lenteur cérémonielle, parfois confite, à laquelle nos oreilles sont habituées, et qui serait par convention associée à l’idée de ferveur…</p>
<p>Plutôt que des alanguissements extatiques, ou considérés comme tels, Thibaut Lenaerts choisit de privilégier l’hédonisme sonore. Ainsi ce qui étonne d’abord, outre la prononciation à la française garantie d’époque (« Et lux perpetua » et non pas « Et loux perpetoua »…), c’est la puissance et la présence de l’orgue Cavaillé-Coll du monastère jésuite d’Heverlée, un huit-pieds de 1880, aux sous-basses terribles. <br>Et son accord initial fortissimo lance un <em>Introït</em> étonnamment vif pour un <em>Lento</em>, sur lequel surenchérira de vitesse le <em>Kyrie</em> (écouter les pizz de la contrebasse…). Très allant aussi le <em>Sanctus</em> sur de rapides arpèges de harpe, avec l’appui de l’orgue en fond, et surtout un violon solo dans le suraigu.</p>
<h4><strong>Alliances de timbres</strong></h4>
<p>Sur ce dernier point, Thibaut Lenaerts est fidèle à ce qu’on peut conjecturer de la création : un unique violon sur les confins supérieurs de sa tessiture. Même si la partition indique « violons » au pluriel, on s’est inspiré ici de l’exemple de la <em>Messe des pêcheurs</em>. Le résultat est spectaculaire du point de vue du son : des graves d’outre-tombe du grand orgue à l’extrême-aigu du violon, des voix féminines du <em>Sanctus</em> à l’énergique entrée des voix d’hommes dans l’<em>Hosanna</em>, la palette est d’une ampleur inouïe au sens propre du mot. Écouter à la fin de cet <em>Hosanna</em> le violon éclairant de sa lumière les derniers accords du Cavaillé-Coll.</p>


<figure class="wp-block-image alignright size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="440" height="579" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/09_une-lecture-a-la-societe-musicale-independante.jpg" alt="" class="wp-image-175508"/></figure>


<p>En revanche le <em>Pie Jesu</em> sera plus contemplatif, porté par la voix très séraphique de <strong>Caroline Weynants</strong>. Avant un <em>Agnus Dei</em> lui aussi étonnamment tonique (écouter les attaques des pupitres de cordes). La dynamique est assez corsée (les accords de l’orgue avant le retour du <em>Requiem</em> !) à l’amble de cette lecture très articulée, puissante, fruitée…<br>Et colorée. Après tout ce <em>Requiem</em> n’est-il pas contemporain du renouveau de la peinture d’église prôné par un Maurice Denis à la palette non moins audacieuse.</p>
<p>L’<em>In paradisum</em> lancé par les pimpants arpèges de l’orgue donnera l’image d’un paradis joyeux et aimable, ce qu’on peut espérer qu’il est. Transparence juvénile presque acidulée des voix féminines et retour du violon solo.</p>
<p>C’est très beau et ça palpite de vie. Peut-être un Francis Poulenc qui disait « haïr » ce Requiem l’aurait-il mieux aimé ainsi revigoré&#8230;</p>
<p>Au total, une version originale à double titre, servie par un Chœur de chambre de Namur virtuose, impressionnant de précision et de plénitude vocale. Et un album offrant un portrait sémillant du jeune Fauré « maître des charmes ».</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/faure-requiem-1888-et-pieces-sacrees-choeur-de-chambre-de-namur/">FAURÉ, Requiem (1888) et Pièces sacrées &#8211; Chœur de chambre de Namur</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>FAURE, Requiem &#8211; Evian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/faure-requiem-evian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jul 2024 22:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les Rencontres Musicales d&#8217;Évian commémorent cette année le centenaire de la disparition de Gabriel Fauré avec une très belle intégrale de sa musique de chambre en cinq matinées, complétée par son Requiem, donné dans le cadre enchanteur de la Grange au Lac. Ce théâtre tout de bois clair, à l&#8217;excellente acoustique, s&#8217;enorgueillit qui plus est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les Rencontres Musicales d&rsquo;Évian commémorent cette année le centenaire de la disparition de Gabriel Fauré avec une très belle intégrale de sa musique de chambre en cinq matinées, complétée par son <em>Requiem</em>, donné dans le cadre enchanteur de la Grange au Lac.</p>
<p>Ce théâtre tout de bois clair, à l&rsquo;excellente acoustique, s&rsquo;enorgueillit qui plus est d&rsquo;un sublime fond de scène composé de six grands lustres à pampilles devant un écran de troncs de bouleaux démultipliés par des miroirs dans un contraste entre baroque et brutalisme d&rsquo;une folle élégance. La scène en a été récemment agrandie pour accueillir des formations orchestrales plus conséquentes tandis que son architecte, Patrick Bouchain – à qui l&rsquo;on doit également le théâtre Zingaro – construit actuellement une seconde salle à la jauge plus réduite avec les mêmes préoccupations acoustiques, esthétiques et environnementales afin d&rsquo;accueillir dès fin 2025 musique de chambre, jazz et enregistrements.</p>
<p><strong>Renaud Capuçon</strong> est le directeur artistique du festival depuis l&rsquo;an passé et celui de <strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> depuis 2021. Il s&rsquo;est donc tout naturellement tourné vers cette formation – à un coup d&rsquo;archet de l&rsquo;autre côté du lac – pour cette superbe soirée dont le thème funèbre le dispute à l&rsquo;élan vital.</p>
<p>La première partie du concert met en lumière <em>Polyptyque</em> de Franck Martin, crée il y a cinquante et un ans, juste avant le décès du compositeur. L&rsquo;œuvre pourrait être décrite comme un concerto pour violon retraçant six moments clefs de la Passion du Christ, des Rameaux jusqu&rsquo;à la Résurrection. Renaud Capuçon dirige donc depuis son instrument, d&rsquo;une battue nerveuse et percutante, ajoutant le défi supplémentaire d&rsquo;un dialogue entre deux orchestres à cordes.<br />
Les différentes voix – le violon incarnant le Christ, l&rsquo;un des orchestres représentant les apôtres tandis que l&rsquo;autre personnifie la foule – se répondent dans une spatialisation très efficace et déjà s&rsquo;impose un somptueux travail de la pâte sonore qui nous accompagnera tout au long du concert dans un jeu de couleurs oscillant du tellurique au céleste. Chaque frottement, chaque dissonance est souligné sans lourdeur pour donner plus de chair à cette narration silencieuse avant une résolution océanique.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MJ5_1425-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MJ5_1425-1024x683.jpg." />                                                                                                                                                                                                                                                

© Matthieu Joffres</pre>
<p>Les mêmes qualités président à la seconde partie de la soirée, alors que l&rsquo;excellent<strong> Ensemble Vocal de Lausanne</strong> rejoint la formation orchestrale. Les trente-trois chanteurs proposent d&rsquo;abord une <em>Pavane</em> toute de délicatesse. La diction est limpide, chaque ligne musicale se cristallise de clarté sans jamais priver le son de la chair et du gras requis.</p>
<p>Après le charme de cet intermède à la grâce proustienne, le <em>Requiem</em> confirme toutes les qualités déjà entrevues avec, quatre pupitres aussi justes qu&rsquo;équilibrés, unis dans une écoute affûtée du chef et de l&rsquo;orchestre. Le son est rond, les finales impeccables tout comme le soutien – y compris dans les pianissimi –, les contrastes travaillés en orfèvres sans nuire au beau legato qui fait planer la ligne musicale comme dans le « Kyrie ».<br />
La direction, pleine d&rsquo;intelligence et de sensibilité, dénote une fine imprégnation de la partition.<br />
« L&rsquo;Offertoire » conserve la même limpidité avec ce si beau crescendo, amené comme une respiration du flux musical. <strong>Benjamin Appl</strong> y porte sans effort son séduisant baryton à l&rsquo;émission claire et naturelle. Il intervient avec une étonnante implication, balayant le public du regard comme pour le prendre à témoin. La même force de conviction préside ensuite à son « Libera me ». <strong>Siobhan Stagg </strong>partage ce même souci dans son « Pie Jesu » qui profite d&rsquo;un timbre lumineux à souhait, ainsi que d&rsquo;un joli sens de la ligne vocale, même si la bouche bizarrement fermée semble inutilement coincer la mâchoire dans toute la première partie de l&rsquo;air.</p>
<p>Ceci dit, la part belle de cette partition revient au chœur et à l&rsquo;orchestre plus qu&rsquo;aux solistes, peu sollicités. De ce point de vue, « Sanctus » et « Agnus Dei » s&rsquo;avèrent particulièrement poignants entre fortissimi jubilatoires saturés d&rsquo;enharmoniques, contrastes de couleurs, de nuances, puissants mais toujours élégants. Tout cela jusqu&rsquo;à la tendresse indicible du « In Paradisum » final.</p>
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