Des Folies passionnantes mais trop sages

Folies 1890 - Soissons

Par Marcel Quillévéré | ven 24 Septembre 2021 | Imprimer

Le Festival de Laon sous la direction de Jean Michel Verneiges, passionné, érudit, féru de littérature et de musique, a tenu à célébrer comme il se doit la mémoire de Marcel Proust dont on fête le 150e anniversaire cette année et le centenaire de la mort l’année prochaine.

Du 29 août au 9 octobre, dans les Hauts de France, d’éminents orchestres et solistes se succèdent et plusieurs conférences sont organisées sur l’écrivain, celle de Jérome Bastianelli, président de la société des Amis de Proust ayant ouvert le feu. Dans une programmation aussi avisée la Compagnie des Frivolités Parisiennes ne pouvait manquer à l’appel.  D’ailleurs, le directeur artistique, Christophe Mirambeau, avait déjà écrit un spectacle autour de Reynaldo Hahn et du salon de Madame Lemaire particulièrement réussi.  


Amélie Robins, Léo Margue, Philippe Brocard et les Frivolités Parisiennes © DR

A eux seuls les artistes des Frivolités Parisiennes sont le théâtre de l’Opéra Comique en voyage à travers la France entière avec chanteurs, orchestre symphonique et metteurs en scène ! Une incroyable ambition couronnée de succès. On se souvient des petits miracles qu’ont été les mises en scène du Petit Faust d’Hervé, du Petit Duc de Lecocq (inoubliable), de Yes de Maurice Yvain. Répertoire exigeant s’il en est, ils ont compris l’esprit de l’opérette et de l’opéra-comique léger, et nous le savourons avec eux.  Ainsi, c’est vraiment la scène où leur talent se déploie vraiment. On l’a bien senti, dans la splendide Cité de la Musique et de la Danse de Soissons, lors du concert symphonique du 21 septembre consacré aux « Folies 1890 ». L’orchestre, jeune, fringant, et complice, sous la direction endiablée et précise de Léo Margue a fait feu de tout bois dans un répertoire plein de découvertes. La soprano Amélie Robins, idéale pour ce répertoire (voix cristalline, frimousse polissonne et technique impeccable) brûle les planches. Quant au baryton Philippe Brocard, comédien hors pair, il parvient, sans quitter son pupitre, à dessiner toute une série de personnages. La voix est belle, l’émission franche et il déguste son texte avec délectation. On n’en perd pas une bribe. Du coup les admirateurs des Frivolités Parisiennes sont restés un peu sur leur faim. Après la présentation très détaillée, faite en préambule par Christophe Mirambeau, il y avait quelque chose de trop sage et de didactique dans ce concert. Plutôt qu’une explication de texte, on aurait aimé une sorte de narration que les deux chanteurs auraient contée à merveille afin de mieux saisir le déroulement des textes chantés. Les musiques sont souvent superbes. Citons Saint-Saëns (magnifique Ascanio), Hahn (Malvina), Audran. Mais c’est vraiment au bis quand tous les artistes se sont mis à jouer – dans tous les sens du terme – le duo des Dindons de La Mascotte et quand l’Orchestre en son entier a chanté avec le public que l’esprit des Frivolités Parisiennes a soufflé et…en rafales !

 

 

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