Prime de jeunesse

Les Pêcheurs de perles - Paris (Philharmonie)

Par Antoine Brunetto | mar 03 Mars 2020 | Imprimer

L’Orchestre de Picardie vient diffuser ce soir à la Philharmonie de Paris, les effluves exotiques des Pêcheurs de perles. Il est loin ce temps où seuls quelques tubes (la romance de Nadir ou le duo « Au fond du temple saint ») préservaient la mémoire de cet opéra d’un Bizet de 24 ans. Nombre de productions récentes (scéniques ou en concert) ont largement prouvé la viabilité de l’œuvre, au livret resserré et efficace (malgré un dénouement un peu confus) et à la partition raffinée aux nombreuses perles mélodiques.

L’Orchestre de Picardie ne rend d’ailleurs pas tout à fait honneur à ce raffinement. Bien préparé, il trouve cependant ses limites dans certaines sections (les cors accompagnant la cavatine de Leila à l’acte 2). De même, la direction d’Arie van Beek a tendance à effacer toute velléité d’effusion romantique ou aspérité exotique, quand on rêverait de couleurs plus chatoyantes et d’épanchements plus charnels.

Bizet a réservé un rôle prépondérant au chœur dans son opéra, tour à tour foule enthousiaste, fervente ou vindicative. Là encore, si la qualité de la mise en place et de diction du Chœur de chambre de Rouen ne fait aucun doute, elle ne peut totalement masquer un manque d’homogénéité et de chair de certains pupitres.

Ces quelques bémols ne peuvent cependant obérer les grandes satisfactions procurées par les solistes.

Seul non francophone, Amitai Pati (Nadir) ne dépare pourtant pas au sein de la distribution réunie ce soir. Dépourvu d’accent, il partage ainsi avec les autres chanteurs une diction parfaitement intelligible qui rend inutile la lecture des surtitres.

Moins connu que son frère Pene (qui chante d’ailleurs Roméo à Bordeaux ce mois-ci), le jeune chanteur réussit des débuts fracassants à Paris. Ténor à l’émission haute et claire, aux graves un peu étouffés, il est parfois couvert dans les ensembles. Pourtant, passant derrière nombre d’illustres interprètes du rôle, il parvient à subjuguer, par le style châtié, la souplesse et une gestion idoine de la voix mixte, dans un « Je crois entendre encore » en apesanteur. Une telle délicatesse sortant d’un tel gaillard (le ténor est originaire des Samoa) tient du miracle !

On ne pourra reprocher à sa Leila (Angélique Boudeville) un manque de moyens. Au contraire, elle semble conjuguer des qualités qui pourraient sembler peu conciliables : soprano lyrique à la voix longue et opulente, elle sait faire preuve d’agilités surprenantes. Si la ligne est parfois un peu brusquée dans les mélismes du premier acte, la chanteuse emporte autant dans le duo enflammé avec Nadir que dans son face à face avec Zurga. Cette voix, qui sait se faire murmure ou torrent, est sans aucun doute à suivre de très près.

On pardonnera aisément à Jean-Sébastien Bou (Zurga) quelques aigus escamotés au premier acte, au regard de l’engagement dramatique et de l’intelligence du texte du chanteur. Nuancé, il rend parfaitement justice aux tourments de l’ami sacrifié. Sa scène « L’orage s’est calmé » est très justement ovationnée.

La présence de Patrick Bolleire, enfin, tient du luxe dans les quelques imprécations de Nourabad.

 

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