Dans la peau d'un Gluck

Présence du XVIIIe siècle dans l’opéra français du XIXe siècle

Par Laurent Bury | ven 03 Février 2012 | Imprimer
 
Si pour Berlioz, toute la musique antérieure à 1750 se confondait dans une sorte de barbarie vieillotte, condamnée pour sa joliesse et ses roucoulades, d’autres compositeurs de son temps n’en surent pas moins faire bon usage de l’œuvre des maîtres qui les avaient précédés. Comme le montrent fort bien les différents articles réunis dans cet épais volume (490 pages), les rapports de la musique du XIXe siècle avec celle du XVIIIe ne se réduisent pas au pastiche plus ou moins inspiré, et il n’y évidemment pas qu’un XVIIIe siècle, mais plusieurs.
 
C’est à Saint-Etienne qu’avait lieu le colloque dont ce livre est le fruit, et une place est assez logiquement réservée à l’enfant du pays, qui s'était glissé « dans la peau d'un Gluck avec Ariane (1906) », rappelle Jean-Christophe Branger dans son Introduction. Vincent Giroud nous apprend à peu près tout ce qu’il faut savoir sur le librettiste de Chérubin, Francis de Croisset, et ses relations avec Massenet au cours de la genèse de cette oeuvre. Manon fait l’objet d’une étude d’un genre différent, puisque Michela Niccolai confronte les décors des deux premières productions données à l’Opéra-Comique (Charles Ponchard en 1884, Albert Carré en 1898) à la création de Manon Lescaut de Puccini. Thérèse est également présente, dans un article sur « La femme et la Révolution dans l’opéra français ».
 
D’autres grands noms sont abordés : Berlioz, tant pour la transformation qu’il fit subir à l’Orphée de Gluck en 1859 que pour son adaptation de formes spécifiques à l’opéra-comique dans Béatrice et Bénédict ; Gounod et son amour pour Mozart ; Offenbach, qui situe nombre de ses opérettes sous un Ancien Régime un peu vague. C’est aussi l’occasion de revenir sur des compositeurs un peu délaissés, comme Adolphe Adam et son Toréador ou Léo Delibes avec Le Roi l’a dit. Certains articles, enfin, se penchent sur de presque parfaits inconnus : Ferdinand Poise, à qui l’on doit plusieurs opéras inspirés de Marivaux, ou Joseph Poniatowski (même si l’on reste un peu sceptique quant au lien entre le XVIIIe siècle et son opéra Au travers du mur).
 
La musique antérieure à 1800 est également présente dans un article qui rapproche le roman de George Sand Consuelo et l’opéra-comique L’Elève de Presburg d’Ildephonse Luce, où Haydn apparaît parmi les personnages. C’est d’archéologie musicale  qu’il est question avec la reprise d’Hippolyte et Aricie à l’Opéra de Paris en 1908, étudiée dans le passionnant texte de Rémy Campos sur lequel se conclut ce recueil, qui s’ouvrait sur les très savants prolégomènes de Steven Huebner, où l’on s’étonne néanmoins de lire que le nom de Somarone dans Béatrice et Bénédict « est vraisemblablement dérivé du verbe ‘assommer’ », p. 58, alors que dans La Cenerentola Don Magnifico rêve d’un très bel âne volant, un bellissimo somaro
 

 

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