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	<title>Norma - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Norma - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Callas au Met : l’ovation à minuit</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/callas-au-met-lovation-a-minuit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Arnaud Buissonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Oct 2026 06:47:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les fourrures sont de sortie, les billets à 35 dollars se revendent plus de 200 au marché noir, et les ragots vont bon train. Nous sommes le 29 octobre 1956 : le Metropolitan Opera de New York ouvre sa saison avec Norma et accueille enfin Maria Callas. Née de parents immigrés grecs dans la ville &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Les fourrures sont de sortie, les billets à 35 dollars se revendent plus de 200 au marché noir, et les ragots vont bon train. Nous sommes le 29 octobre 1956 : le Metropolitan Opera de New York ouvre sa saison avec <em>Norma</em> et accueille enfin <strong>Maria Callas</strong>. Née de parents immigrés grecs dans la ville trente-deux ans plus tôt, la soprano y revient en <em>regina assoluta</em> de la Scala. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://content.time.com/time/subscriber/article/0,33009,867205-1,00.html"><em>Time</em></a> lui consacre sa couverture, et les gazettes multiplient les portraits glamour. Mais dans la salle, les fidèles de <strong>Renata Tebaldi</strong> et de <strong>Zinka Milanov</strong> n’ont aucune intention de déposer les armes. Ils guettent la moindre faiblesse.</p>
<p dir="ltr">Rudolf Bing, l’omnipotent directeur de la maison, a vu grand : <strong>Mario Del Monaco</strong> en Pollione, <strong>Fedora Barbieri</strong> en Adalgisa, <strong>Cesare Siepi</strong> en Oroveso, <strong>Fausto Cleva</strong> au pupitre. La recette atteint un record de 75 510 dollars. Dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://archives.metopera.org/MetOperaSearch/record.jsp?dockey=0370859"><em>Variety</em></a>, Robert J. Landry note avec délectation que les fauteuils s’arrachent plus âprement que ceux de <em>My Fair Lady</em>. Sur scène, pourtant, ce sont Del Monaco, au métal insolent, et Barbieri qui déclenchent les premiers bravos. Du côté des places debout, quelques spectateurs raillent la nouvelle venue, sa voix et la fortune de son mari, Giovanni Battista Meneghini, de vingt-sept ans son aîné. Aux saluts, Callas s’efface devant Barbieri, et Landry s’étonne de tant de sportivité chez une artiste réputée volcanique. Cendrillon à rebours : c’est à minuit, l’heure où le charme se rompt, que la Divina obtient enfin son ovation.</p>
<p dir="ltr">Place aux critiques les plus en vue du moment. Dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.newyorker.com/magazine/1956/11/10/1956-11-10-186-tny-cards-000054390"><em>The New Yorker</em></a>, Winthrop Sargeant décrit un accueil d’abord réservé. Il admire le magnétisme de Callas, la précision de ses vocalises, la maîtrise de « Casta diva », mais déplore un timbre parfois âpre et des aigus criards. Son verdict n’en est que plus piquant : depuis Rosa Ponselle, il n’a guère entendu au Met de Norma aussi convaincante.</p>
<p dir="ltr">Irving Kolodin, dans la <em>Saturday Review</em>, se montre plus enthousiaste. Il compare cette voix si particulière à une clarinette, brillante en haut, voilée dans le grave. Oui, les premières notes de l’invocation à la déesse sont acides ; non, la beauté du son ne suffit pas à expliquer le phénomène. Là où ses partenaires semblent parfois quêter l’applaudissement, Callas construit un personnage d’un mot, d’une inflexion, d’un geste. Kolodin ne regrette qu’une chose : la direction trop accommodante de Cleva, peu faite pour soutenir une telle tragédienne.</p>
<p dir="ltr">Les journaux de 1956 ne racontent donc pas le triomphe sans partage que la légende a retenu, mais une soirée de clans, de ferveur et de perplexité. New York ne savait pas encore si Callas était la plus grande soprano du monde. Elle venait de lui donner de quoi se disputer pendant soixante-dix ans.</p>
<p dir="ltr">PS : Pour trancher la querelle, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-bellini-norma-votto-myto-1955/2/">notre Discothèque idéale a déjà choisi sa <em>Norma</em></a> : celle du 7 décembre 1955 à la Scala, sous la direction d’Antonino Votto, que Jean-Jacques Groleau tient pour un miracle inégalé.</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Maria Callas &quot;Vissi d&amp;apos;arte&quot; on The Ed Sullivan Show" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/ggywso5O9zw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>BELLINI, Norma – Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 06:13:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas parce que le bâtiment de l’Opéra-Théâtre de Metz est en cours de rénovation que la programmation s’est mise en veille, bien au contraire. Dans la vaste salle de l’Arsenal où l’on a déjà eu l’opportunité de voir au cours de la saison une magistrale Elektra, c’est au tour d’un autre monument du &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas parce que le bâtiment de l’Opéra-Théâtre de Metz est en cours de rénovation que la programmation s’est mise en veille, bien au contraire. Dans la vaste salle de l’Arsenal où l’on a déjà eu l’opportunité de voir au cours de la saison une magistrale <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-metz/"><em>Elektra</em></a>, c’est au tour d’un autre monument du répertoire d’y être célébré. Le pari était risqué, la salle symphonique étant cruelle pour les voix, alors que <em>Norma</em> exige déjà des voix hors-normes. Plutôt qu’une version de concert, c’est une mise en espace qu’on nous a proposée ici et, à l’aune du résultat, nous échangerions bien volontiers certaines productions peu inventives, à la direction d’acteurs inexistante dans de vraies salles d’opéras, avec l’extraordinaire spectacle qui nous a été offert à l’Arsenal. Mieux qu’une réussite, l’expérience s’est révélée exceptionnelle, grâce à la phénoménale performance de <strong>Claudia Pavone</strong>, prodigieuse Norma, et l’environnement scénique pertinemment immersif qui nous a été présenté, valorisant tous les interprètes.</p>
<p>Pourtant, les choses ne commençaient pas si bien que cela. L’ouverture de <em>Norma</em> était expédiée à toute vitesse dans une sorte de mélange sonore où les pupitres avaient bien du mal à émerger et s’individualiser. Curieusement, l’oreille s’habitue très vite à l’acoustique si particulière de la salle et les instruments se détachent un à un pour nous offrir une nappe sonore scintillante et vibrante au service des voix, dans une atmosphère sacralisée, ponctuée de ces somptueux silences belliniens si importants au bon déroulement de l’émotion qui s’installe lentement mais sûrement. Par ailleurs, le chef fait se ralentir la cadence, jusqu’à une décélération qui rend la scène finale d’autant plus orgasmique. À la tête de l’<strong>Orchestre National de Metz</strong>, le chef israélien <strong>Nir Kabaretti</strong> sait mettre en valeur la mélodie bellinienne et sublimer une partition souvent négligée. On ne saurait lui faire compliment plus reconnaissant. Grand amateur de Bellini, le directeur du théâtre et metteur en scène <strong>Paul-Émile Fourny</strong> s’est attaché à compenser l’absence de décors par un habillage en mapping confié au vidéaste <strong>Julien Soulier</strong>. Ce dernier génère des images qui habillent les boiseries et colonnes de la salle pour les transformer à l’envi en forêts verdoyantes où ruissellent les cascatelles et frémissent les branches en écho à la vision romantique du bois sacré gaulois suggéré dans sa musique par Bellini. Les grandes hauteurs de la salle se muent en clairières sacrées ou en temple antique avant de laisser naître un bûcher impressionnant. Les costumes sont seyants, quoique davantage gréco-romains que gaulois. Tant mieux, car les robes de Norma et sa coiffure de feu lui donnent de faux airs de Médée dont elle est un double à peine adouci. Le metteur en scène parvient à placer judicieusement solistes et membres du chœur de façon à plonger le spectateur au cœur du drame, magnifiant les scènes-clés de l’œuvre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Norma-20-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-209653"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l&rsquo;Eurométropole de Metz</sup></figcaption></figure>


<p>Les chœurs sont formidables et les autres solistes servent de faire-valoir à Norma ; cela dit, ils constituent un plateau homogène et de grande qualité. <strong>Daegweon Choi</strong> est un honnête Flavio, <strong>Cécile Dumas</strong> confère beaucoup de noblesse à Clotilde et <strong>Nicolas Cavallier</strong> tire son épingle du jeu, quand bien même son émission peine parfois à rivaliser avec l’orchestre. Petite déception du côté de l’interprétation de Pollione par <strong>Nikolai Schukoff</strong>. Les aigus sont tendus, quand ils ne sont pas supprimés ; la fatigue se fait sentir d’autant que le ténor donne tout ce qu’il peut, avec une générosité qui force l’empathie. Cependant, le rôle lui résiste jusqu’à l’apothéose de la scène finale où l’amant contrit développe des trésors de délicatesse et de subtilité qui balaient les réserves antérieures. <strong>Na&rsquo;ama Goldman</strong> donne une vraie profondeur au personnage d’Adalgisa, dont elle illustre les facettes les plus diverses avec grandeur et un nuancier aux couleurs chaudes et moirées. Son timbre se marie par ailleurs harmonieusement avec celui de Norma. Dans le rôle des rôles, Claudia Pavone triomphe. La soprano est une lirico-spinto dramatique d’exception qui sait apparemment tout faire avec une aisance confondante, le tout en donnant l’impression de faire une promenade de santé, c’est-à-dire de ne jamais être poussée dans ses retranchements. De tous les morceaux de bravoure, ce sont peut-être les descentes chromatiques qui ont été les plus sidérantes. Précision, cisellement, clarté d’émission, brillance, diction impeccable, tout paraît si simple, sublimé par un sens de la théâtralité évident. Et le plus infime changement d’émotion est palpable : attente, déception, colère sourde puis excessive, désespoir, impossibilité à commettre l’irréparable… Ajoutons à tout cela une beauté de timbre enivrante et poignante. On comprendra que toute la salle se soit levée comme un seul homme pour ovationner la chanteuse.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-metz/">BELLINI, Norma – Metz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 06:13:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;exceptionnel coffret consacré aux récitals de Joan Sutherland et au non moins grandiose coffret consacré aux intégrales lyriques de 1959 à 1970, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la Stupenda avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988. Le coffret s&#8217;ouvre avec un &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;exceptionnel coffret consacré aux récitals de <strong>Joan Sutherland</strong> et au non moins grandiose coffret consacré <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/">aux intégrales lyriques de 1959 à 1970</a>, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la <em>Stupenda</em> avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988.</p>
<p>Le coffret s&rsquo;ouvre avec un enregistrement de <em>Rigoletto</em> figurant parmi les meilleurs de la riche discographie de l&rsquo;ouvrage. Évitant les dérives véristes stylistiquement hors de propos (mais parfois bien excitantes il faut le reconnaitre), <strong>Richard Bonynge</strong> restitue à l&rsquo;ouvrage sa filiation belcantiste grâce à une distribution idéale de musicalité. Le chef australien restaure également les parties habituellement coupées à l&rsquo;époque (et qui le sont encore souvent aujourd&rsquo;hui) : cabalette du Duc à l&rsquo;acte II, reprises, cadences, etc. Ce parti ne se fait pourtant pas au détriment du caractère dramatique de l&rsquo;ouvrage, et cette version reste très théâtrale. <strong>Sherrill Milnes</strong> offre un Rigoletto magnifiquement abouti, moins plébéien que beaucoup de ses collègues, son chant ne se départissant jamais d&rsquo;une certaine noblesse. Son bouffon est d&rsquo;abord un homme blessé dont l&rsquo;amoralité a pour origine ces blessures même. L&rsquo;interprétation est d&rsquo;une passionnante complexité : à titre d&rsquo;illustration, on peut ainsi l&rsquo;entendre passer en un instant de l&rsquo;autorité (<strong>« </strong>Padre ti sono, e basti » / « Je suis ton père, cela suffit ») au doute (« Me forse al mondo temono, etc. » / « Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent »). Un vrai travail d&rsquo;orfèvre mais qui ne tombe jamais dans un maniérisme extérieur. Cerise sur le gâteau, le baryton dispose d&rsquo;un aigu impressionnant culminant au si naturel sur sa <strong>« </strong>Maledizione! » finale. Séducteur et jouisseur, <strong>Luciano</strong> <strong>Pavarotti</strong> est un Duc irrésistible de beauté de timbre et de <em>morbidezza</em>. Avec Alfredo Kraus, plus aristocratique, et Carlo Bergonzi plus varié de couleurs, le <em>tenorissimo</em> complète la trinité des meilleurs interprètes du rôle. Dans la tranquillité du studio, le chanteur peut donner ici le contre ré de sa cabalette, note qu&rsquo;il évitait généralement à la scène. Joan Sutherland offre une Gilda pleine de nostalgie, de tristesse, de compassion ( son « Oh quanto dolor! » est à fondre). Démonstration de beau chant, son « Caro nome » pourrait être plus habité. Au dernier acte le soprano australien démontre en revanche de remarquables capacités dramatiques et il faut reconnaitre que le contre-ut interpolé juste avant que Gilda ne soit poignardée fait froid dans le dos. Le reste de la distribution est remarquable en particulier le Sparafucile de <strong>Marti Talvela</strong>. On notera aussi la présence <strong>Kiri Te Kanawa </strong>dans le court rôle de la Contessa di Ceprano, ce qui donne une idée de la richesse du casting.</p>
<p>Le second enregistrement de <em>Lucia di Lammermoor</em> de Sutherland est un autre incontournable de toute discothèque qui se respecte. Richard Bonynge restaure à nouveau la quasi-totalité des coupures traditionnelles, notamment les reprises et les codas (mais généralement sans variation, à l&rsquo;exception de celles du rôle-titre), les tonalités originelles, et la scène de Wolfcrag (déjà restituée dans la première version). Au risque de se répéter, on réaffirmera que Joan Sutherland est une Lucia inégalée, capable de restituer toutes la finesse des émotions de l&rsquo;héroïne par l&rsquo;art du chant, tout en y apportant urgence et dramatisme. Avec le soprano australien, les pyrotechnies vocales ne sont jamais gratuites mais au service de l&rsquo;expression du personnage. Comme dans <em>Rigoletto</em>, Luciano Pavarotti n&rsquo;a guère de rivaux (si ce n&rsquo;est les deux chanteurs déjà cités) : le ténor italien est ici proche de la perfection, avec une probité stylistique qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas toujours plus tard dans sa carrière. C’est dans les rôles où l’on ne les attend pas que se révèle le génie des grands artistes : Sherrill Milnes est ainsi un Enrico exceptionnel, dramatique sans effets véristes (il semble trembler vraiment quand il dit <strong>« </strong>Io fremo! »). Son aisance dans l&rsquo;aigu lui permet d&rsquo;être le partenaire idéale de Joan Sutherland pour leur duo du deuxième acte, restitué à sa tonalité aiguë originale, avec la naturel et mi naturel conclusifs. <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> est un Raimondo de luxe, stylistiquement irréprochable, au timbre magnifique et au chant expressif, toujours dans le respect des règles belcantistes. Les <em>comprimari</em> sont excellents.</p>
<p>En 1971, quand Richard Bonynge s&rsquo;attaque à l&rsquo;enregistrement des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, ni l&rsquo;éphémère et contestée version de Fritz Oeser (1976), ni celle de Michael Kaye (1987-1992) et encore moins celle de Jean-Christophe Keck (2010) ne sont connues. Le chef d&rsquo;orchestre australien est toutefois conscient des approximations de la version Choudens traditionnelle et va proposer la sienne, dans une optique de retour à la forme de l&rsquo;opéra-comique, c&rsquo;est-à-dire en supprimant les récitatifs apocryphes (on trouvera ici un excellent comparatif des différentes versions <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">sous la plume de notre collègue Christian Peter</a>). Sa version n&rsquo;est toutefois pas musicologiquement scrupuleuse : par exemple, le septuor avec chœur composé par Raoul Gunsbourg et orchestré par André Bloch pour la reprise de Monte-Carlo en 1904 est ainsi conservé, mais transformé en quatuor et déplacé de l&rsquo;acte de Venise à l&rsquo;épilogue pour renforcer le rôle de Stella. Grâce aux moyens phénoménaux de son épouse, Bonynge bénéficie d&rsquo;un interprète unique pour les quatre rôles féminins, à vue de nez sans compromis sur les tonalités par rapport aux traditions de l’époque. Cette unicité d&rsquo;interprète est d&rsquo;ailleurs conforme au projet initial d&rsquo;Offenbach. <strong>Plácido Domingo</strong> est un poète bien chantant, un peu générique d&rsquo;interprétation mais attachant, avec de ci de là quelques raffinements musicaux inhabituels comme l&rsquo;utilisation du registre mixte pour les passages plus élégiaques. <strong>Gabriel Bacquier </strong>s&rsquo;en donne à cœur joie dans les quatre rôles maléfiques où son sens du théâtre fait merveille. Il campe des personnages tour à tour inquiétants ou sardoniques, voire drôle (le pseudo accent juif utilisé dans les dialogues de Coppélius aurait toutefois du mal à passer de nos jours). Le baryton chante ici les versions traditionnelles de <strong>« </strong>J&rsquo;ai des yeux » et, dans la tonalité aiguë, le <strong>« </strong>Scintille diamant » ajouté par Gunsbourg, conclu par un fa dièse. <strong>Huguette Tourangeau</strong> n&rsquo;a pas grand-chose à chanter dans cette version mais offre une honorable <strong>« </strong>Poupée aux yeux d&rsquo;émail ». Joan Sutherland offre une diction et une prononciation française acceptable, avec des <strong>« </strong>r » assez roulés, un peu passé de mode aujourd&rsquo;hui. On aura connu des poupées aux variations plus délirantes (Natalie Dessay pour ne pas la citer) mais l&rsquo;incarnation du soprano australien reste réjouissante. L&rsquo;acte de Giulietta ne lui cause aucun problème en dépit de sa tessiture plus grave, et le quatuor de l&rsquo;épilogue est spectaculaire, couronné par un mi bémol du soprano. L&rsquo;incarnation d&rsquo;Antonia est superlative, pleine d&rsquo;émotion et de sensibilité. À l&rsquo;instar de sa Marguerite de <em>Faust, </em>chaque phrase mériterait d&rsquo;être citée pour la finesse de sa coloration. Dans les quatre valets, <strong>Hugues Cuénod</strong> est impeccable de drôlerie sans outrance. Sans être un artiste lyrique, <strong>Jacques Charon</strong> chante correctement mais son style contraste exagérément avec celui des trois rôles principaux : on est ici davantage dans le registre de l&rsquo;opérette que de l&rsquo;opéra. Il en va de même de sa composition un peu outrée, façon Michel Serrault dans <em>La cage aux folles</em>. La baguette de Richard Bonynge est ici plus à l&rsquo;aise dans le romantisme que dans la jovialité, avec quelques lourdeurs occasionnelles. Si l&rsquo;Orchestre de la radio Suisse Romande n&rsquo;appelle pas de réserves particulières, les différents chœurs réunis manquent un peu de corps, surtout côté ténors.</p>
<p>Si elle n&rsquo;avait pas rencontré Richard Bonynge, il est probable que Joan Sutherland se serait orientée vers un répertoire totalement différent, ses moyens lui permettant de servir sans problème les compositeurs véristes ou Wagner, comme en témoignent <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=_N13nhxM_-Q">ses premiers témoignages sonores</a>. Elle a d&rsquo;ailleurs enregistré un récital Wagner en 1979. Une démonstration éclatante en est faite avec cette version de <em>Turandot</em>, qui constitue l&rsquo;une des références de la discographie du dernier chef d&rsquo;œuvre de Puccini. Dès son air d&rsquo;entrée, Sutherland offre un personnage plus complexe que celui habituellement interprété par les interprètes classiques. Les premiers mots, « In questa regia », sont chantés comme un triste souvenir qui revient à la mémoire, avant que le discours de Turandot ne prenne une tournure plus vindicative. Le soprano australien alterne ainsi les moments d&rsquo;abandon et ceux de froideur. Une incarnation absolument indispensable qui renouvelait l&rsquo;interprétation impressionnante mais un brin monolithique de ses devancières. Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait imaginer, Luciano Pavarotti a peu chanté le rôle de Calaf sur scène : une série de représentations à San Francisco en 1977 et une autre au Met en 1997 et c&rsquo;est tout. Entre les coupes du monde, concerts des trois ténors et inauguration de supérettes dans la zone industrielle de Modène, personne sur la planète n&rsquo;a en revanche pu échapper à son « Nessun dorma », souvent transposé du reste. Le tenorissimo chante ici Calaf en ténor lyrique et on pourra lui préférer des formats plus héroïques, à la Franco Corelli par exemple. C&rsquo;est essentiellement affaire de goût : le Calaf de Pavarotti est absolument parfait. On serait déjà aux anges avec les deux interprètes précités : avec la sublime Liu de <strong>Montserrat Caballé</strong>, on côtoie encore plus l&rsquo;Olympe. Beauté du timbre, finesse des intentions, colorations subtiles, le soprano catalan est absolument divin. Le reste de la distribution est du même métal.<strong> Nicolai Ghiaurov</strong> est un Timur souverain. <strong>Peter Pears</strong> est luxe en Altoum, le ténor tirant le maximum de sa courte intervention avec une subtile théâtralité. L&rsquo;ensemble des autres rôles sont impeccablement tenus. <strong>Zubin Mehta</strong> assume le grand spectacle, avec quelques trouvailles ponctuelles mais sans jamais perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. C&rsquo;est une direction opulente mais toujours énergique, conservant un excellent équilibre entre les forces orchestrales et le plateau vocal.</p>
<p>Si vous ne connaissez pas encore la seconde version d’<em>I Puritani</em> de Joan Sutherland, avec cette fois Luciano Pavarotti, laissez tomber immédiatement votre lecture et précipitez-vous sur cet enregistrement (le plus simple étant de faire l’acquisition du présent coffret). Les deux tourtereaux sont à leur zénith et cette intégrale est jusqu’ici indépassée, tant dans le registre de l&rsquo;émotion que dans la pyrotechnie vocale (tout serait à citer). Bien sûr, les puristes (et moi-même) y trouveront toujours quelque chose à redire, histoire de faire leur intéressant : en pure voix de tête, le contre-fa de Pavarotti dans « Credeasi misera » n&rsquo;est guère impressionnant ; hormis Sutherland, les autres interprètes ne font pas ou peu de variations ; les roulades de <strong>Piero Cappuccilli</strong> sont un peu précautionneuses et on le sent restreindre sa projection pour les exécuter, etc. Toutefois, si le baryton italien n’est pas, sur le papier, le spécialiste du belcanto requis, il sait parfaitement exprimer les sentiments de son personnage, même les plus délicats, par le jeu sur la coloration, sa capacité à alléger ou au contraire par l’amplitude de son souffle. Nicolaï Ghiaurov est un Giorgio de luxe (une fois de plus) et son duo avec Cappuccilli, « Suoni la tromba », est sans doute le plus électrisant de toute la discographie. Enfin, Richard Bonynge, qui rouvre une fois de plus la plupart des coupures, introduit l&rsquo;excitante cabalette finale aux origines compliquées (1).</p>
<p>Les enregistrements de <em>Maria Stuarda</em> ne courent pas les rues et celui-ci se situe aisément dans les sommets de la discographie. Joan Sutherland incarne le rôle-titre avec poésie et abandon et il n&rsquo;y a guère que les enregistrements sur le vif de Montserrat Caballé qui puissent venir la concurrencer, ainsi que le studio de Beverly Sills (mais les partenaires qu&rsquo;on y entend sont rarement du même niveau). « O nube! che lieve per l&rsquo;aria ti aggiri » est ainsi monument de beau chant et la cabalette qui suit « Nella pace del mesto riposo » montre que le soprano peut aussi exceller dans un registre plus véhément, contrastant avec le précédent. On admirera également la finesse des variations des reprises, excitantes mais sans être excessivement démonstratives. Enfin, Sutherland sait faire preuve du dramatisme nécessaire, en particulier dans sa scène d&rsquo;affrontement avec Elisabetta, « Figlia impura di Bolena » avec un « Vil bastarda  » qui fait froid dans le dos. La prière « Deh! Tu di un&rsquo;umile preghiera il suono » et la cabalette finale sont des sommets de l&rsquo;enregistrement, traditionnels sujets de débats passionnés entre les amateurs qui leur préfèrent la version de Montserrat Caballé et ceux qui vénèrent celle de Beverly Sills ! Luciano Pavarotti offre à nouveau une leçon de bel canto romantique. Tout y est : coloration, phrasé, gestion du souffle, nuances, urgence, suraigu aisé, le tout servi par un timbre d&rsquo;une beauté confondante, d&rsquo;autant que le rôle favorise ses plus belles notes. Huguette Tourangeau est une Elisabetta moins bien dotée vocalement, pas toujours suffisamment incisive pour son personnage (notamment dans la scène. Il est notoire que certains auditeurs ont une aversion certaine pour ses graves parfois trop poitrinés mais nous les trouvons quant à nous très efficaces. Ces réserves faites, le mezzo-soprano québécois tire son épingle du jeu d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est plus à l&rsquo;aise dans les passages moins vindicatifs (« Vana è la tua preghiera » par exemple). <strong>Roger Soyer</strong> interprète Talbot avec intelligence et un chant bien coloré. Dans les rôles secondaires, on citera en Cecil <strong>James Morris</strong> : futur Wotan d&rsquo;exception. La direction de Richard Bonynge pourrait sans doute être un peu plus incisive et théâtrale mais reste élégante et raffinée.</p>
<p>Heureuses années 70 où il se trouvait un éditeur majeur pour enregistrer une rareté telle que l&rsquo;<em>Esclarmonde</em> de Jules Massenet (et quelques autres comme on le verra par la suite), et surtout des amateurs pour faire l&rsquo;acquisition du coffret. L&rsquo;ouvrage restant peu connu, il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;en résumer le livret. Acte I : Esclarmonde (Joan Sutherland), impératrice de Byzance (et sorcière), aime Roland (Giacomo Aragall), comte de Blois, mais croit que leur union est impossible. Sur le conseil de sa sœur Parséis (Huguette Tourangeau), elle utilise la magie pour le transporter chaque nuit sur une île enchantée, tout en cachant sa véritable identité derrière un voile. Elle lui remet une épée magique pour combattre les Sarrasins. Acte II : Roland remporte la victoire à Blois. Le roi de France Cléomer (Robert Lloyd) lui offre la main de sa fille, mais il refuse. Les moines et l&rsquo;Évêque de Blois (Louis Quilico), mis finalement au courant des escapades nocturnes, pratiquent un exorcisme sur Esclarmonde et lui arrachent son voile. La jeune femme, se considérant trahie, reproche à Roland son infidélité et s&rsquo;enfuit. L&rsquo;épée magique se brise. Acte III : Son père Phorcas (Clifford Grant) exige d&rsquo;Esclarmonde qu&rsquo;elle renonce à Roland sous la menace de lui retirer ses pouvoirs magiques et de faire tuer le jeune homme. Elle se soumet et demande à Roland de l’oublier. Acte IV : un tournoi est organisé pour offrir sa main. Le vainqueur, vêtu de noir, se nomme « Désespoir » et refuse la main de la jeune femme. Celle-ci reconnaît la voix : il s&rsquo;agit de Roland. Lorsque son voile est levé, ils tombent dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre et sont acclamés comme impératrice et consort. Jules Massenet a un peu abordé tous les styles. <em>Esclarmonde </em>est à la limite du grand opéra, très éloignée des <em>Werther, Manon </em>ou du pauvre <em>Don Quichotte</em> qui sont l&rsquo;ordinaire invariable des programmations routinières. On serait ici davantage dans la veine du <em>Cid</em>, ouvrage tout aussi injustement dédaigné. Joan Sutherland est une sorcière souveraine, mais aucune magie ne suffirait à rendre intelligible sa diction sacrifiée sur l&rsquo;autel de la beauté vocale ! Son « Esprit de l&rsquo;air ! Esprit de l&rsquo;onde ! » vaut toutefois à lui seul l&rsquo;achat d&rsquo;une chaîne stéréo destinée à assourdir tout le voisinage. On appréciera à l&rsquo;inverse l&rsquo;intelligibilité du texte chez Huguette Tourangeau, Parséis finement nuancée. <strong>Giacomo Aragall </strong>est un Roland au timbre coloré, au phrasé impeccable et au français très correct. Pour l&rsquo;anecdote, rappelons qu&rsquo;à l&rsquo;époque, le ténor catalan italianisait son vrai prénom, Jaime, parce qu&rsquo;il sonnait en italien comme le cri de désespoir de Mario dans Tosca : « Ahimé! ». <strong>Louis Quilico </strong>est un Évêque de Blois plein d&rsquo;autorité, alliant la solidité des voix américaines à l&rsquo;idiomatisme d&rsquo;un québécois d&rsquo;origine. <strong>Robert Lloyd </strong>est un Clémoer un peu trop nasal. <strong>Ryland Davies </strong>est un Énéas (le fiancé de Parséis) irréprochable. Richard Bonynge se révèle une fois de plus parfaitement à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opéra romantique français.</p>
<p>L&rsquo;<em>Oracolo</em> est un ouvrage encore plus tard (et, à notre connaissance, le seul qui commence par le chant d&rsquo;un coq). Créé en 1905, l&rsquo;action se déroule à San Francisco, dans une fumerie d&rsquo;opium de Chinatown : elle est particulièrement ramassée puisqu&rsquo;en moins d&rsquo;une heure nous aurons droit à un kidnapping et deux meurtres. L&rsquo;intrigue vaut son pesant de riz collant. L’action se déroule le matin du Nouvel An chinois. Cim-Fen (Tito Gobbi), patron d’une fumerie d’opium, feint d’aimer Hua-Quî (Huguette Tourangeau) gouvernante de Hu-Tsin (Clifford Grant) afin de pénétrer dans la maison du riche marchand et de kidnapper son fils Hu-Ci. Parallèlement, Uin-San-Lui (Ryland Davies), fils du vieux savant Uin-Scî (Richard Van Allan), aime Ah-Joe (Joan Sutherland), la nièce de Hu-Tsin. Un oracle annonce un destin tragique pour l’enfant qui est effectivement enlevé par Cim-Fen. Il s&rsquo;introduit auprès du père éploré et lui promet de retrouver l&rsquo;enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Pas du tout d&rsquo;accord avec le deal, l&rsquo;amoureux dit qu&rsquo;il peut lui aussi sauver l’enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Mal lui en prend : il est rapidement assassiné par Cim-Fen. Ah-Joe sombre dans la folie (nous y voilà !). Uin-Scî jure de venger son fils (entracte). Attiré par des cris sous une trappe, Uin-Scî j retrouve l&rsquo;enfant kidnappé qu&rsquo;il rend à son père. Rencontrant Cim-Fen ivre, Uin-Scî l&rsquo;étrangle. D&rsquo;origine italienne, Franco Leoni a fait l&rsquo;essentiel de sa carrière en Grande-Bretagne. <em>L&rsquo;Oracolo</em> a été créé à Covent Garden (1905) puis repris au Metropolitan (1915) couplé avec <em>I</em> <em>Pagliacci</em>. En 1937 à San Francisco, la représentation de l&rsquo;ouvrage par une troupe itinérante fut l&rsquo;objet de protestations de la communauté chinoise : l&rsquo;ouvrage dut être précédé d&rsquo;un discours explicatif précisant qu&rsquo;il n&rsquo;était que de pur fiction et sans rapport passé ou actuel avec le vrai Chinatown (plus ça change, plus c&rsquo;est la même chose). Il faut reconnaitre qu&rsquo;il y a aussi un peu de quoi, non pas en raison de l&rsquo;intrigue mais de part la façon dont la foule des asiatiques est dépeinte, glapissante plutôt que chantante, scandant des « Wu-fèt, tan-hae, fu-lu, sam-ciau» caricaturaux, charabia qui ne veut rien dire du tout (nous avons vérifié). La musique est agréable sans être mémorable, avec des influences de Puccini bien sûr, mais aussi de Debussy. En fin de carrière, <strong>Tito Gobbi</strong> apparait bien fatigué avec un haut médium tiré (il va sur ses 62 ans) et a recours à des effets caricaturaux. Joan Sutherland n&rsquo;a que peu de chose à chanter (la scène de folie n&rsquo;en est pas vraiment une). <strong>Clifford Grant</strong> est bon interprète mais l&rsquo;émission est un peu trop nasale. Ryland Davies a une voix un peu légère mais le chant est élégant. Dans un répertoire où on ne l&rsquo;attendait pas, Richard Bonynge surprend par une direction idéalement dramatique. Le CD est complété avec la musique de scène composée par Leoni pour la pièce de James Bernard Fagan, <em>The Prayer and the Sword</em>, composition plutôt agréable.</p>
<p>Retour aux enregistrements de référence avec <em>Il Trovatore, </em>version à classer parmi les meilleures de la discographie. Richard Bonynge revient ici aux origines belcantistes de l&rsquo;ouvrage que la tradition a par la suite confié à des voix plus dramatiques. L&rsquo;œuvre s&rsquo;y prête et on pourra préférer Franco Corelli ou Leontyne Price dans cette optique. Les coupures sont restaurées codas, reprises avec variations, virtuose cabalette de Leonora à l&rsquo;acte III, interventions de la basse dans le chœur d&rsquo;entrée de l&rsquo;acte III. Surtout, les chanteurs respectent les difficultés de la partition telle qu&rsquo;elle a été écrite par Verdi. Le rare ballet (écrit pour la version de Paris) est également restitué (précisons que les premiers reports en CD ne le contenaient pas). Les amateurs de contre-notes seront également ravis. Le Manrico de Luciano Pavarotti est superbe de beau chant. Joan Sutherland est une Leonora atypique mais passionnante. Il en va de même de la frémissante Azucena de <strong>Marilyn Horne</strong>. <strong>Ingvar Wixell</strong> n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur du trio de tête mais on ne va pas chipoter. Enfin, Nicolaï Ghiaurov complète magnifiquement la distribution. La direction est réjouissante. Ajoutons que ces splendeurs musicales sont complétées pas un engagement dramatique intense. Inutile de s&rsquo;attarder : à écouter ou réécouter impérativement.</p>
<p><em>Lucrezia Borgia</em> est l&rsquo;un des très grands rôles de Joan Sutherland et, accessoirement, un opéra que l&rsquo;on ne donne pas assez souvent. Le rôle sied bien à la chanteuse à ce stade de sa carrière et, hors « pirates »,  on peut guère lui trouver que deux rivales : Montserrat Caballé (chez RCA mais surtout dans certains enregistrements sur le vif) et&#8230; Joan Sutherland elle-même captée en vidéo trois années plus tard au Covent Garden, avec Alfredo Kraus à ses côtés (1980). Le soprano australien sait là encore rendre les différents sentiments de cette héroïne complexe, à la fois empoisonneuse, mère et séductrice involontaire de son propre fils. Sa scène finale « Era desso il figlio mio » la voit sans égale. Giacomo Aragall offre un Gennaro élégant et nuancé, malheureusement sans les libéralités d&rsquo;Alfredo Kraus dans le registre aigu (Sutherland doit se sentir bien seule avec son contre-ut dièse à la fin du prologue ou son contre-ut à la fin du duo de l&rsquo;acte I). Le ténor catalan chante toutefois avec vaillance la scène alternative « Partir degg&rsquo;io&#8230; T&rsquo;amo qual dama un angelo » judicieusement rétablie par Bonynge. Marilyn Horne est un Orsini magnifique dont chaque intervention se déguste avec une gourmandise coupable. Ingvar Wixell chevrote un peu en Alfonso mais fait preuve d&rsquo;une belle autorité. Peu rompu aux exercices belcantistes, il ne fait pas de variations dans les reprises mais rajoute un beau sol dièse en fin de cabalette. La direction de Richard Bonynge est idéale. Le chef australien fait un peu son marché dans les différentes versions de l&rsquo;ouvrage : pas de cabalette après l&rsquo;air d&rsquo;entrée (celle-ci fut écrite pour Giulia Grisi pour la création parisienne en 1840 et venait remplacer le second couplet de l&rsquo;air d&rsquo;entrée), l&rsquo;air de Gennaro mentionné plus haut (composé cette fois pour Nicola Ivanoff qui créa en 1838 une version acceptée par la censure sous le titre improbable d&rsquo;<em>Eustorgia da Romano</em> !), rondo final avec reprise (le <em>da capo</em> était initialement non prévu par Donizetti car anti-musical), et autres adaptations à la marge.</p>
<p>Les extraits en anglais de <em>Die lustige Witwe</em> (<em>The Merry Widow</em>) sont fort sympathiques à condition de savoir faire abstraction de la langue anglaise. Les arrangement de Richard Bonynge font d&rsquo;ailleurs davantage penser à de la comédie musicale qu&rsquo;à de l&rsquo;opérette. Joan Sutherland semble beaucoup s&rsquo;amuser et son enthousiasme est communicatif, démontrant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petite musique pour une grande chanteuse. <strong>Werner Krenn</strong> est un Danilo aux moyens plutôt limité mais sympathique. On peut en dire autant du Camille de<strong> John Brecknock</strong>. <strong>Graeme Ewer</strong> en Njegus restitue l&rsquo;esprit de l&rsquo;opérette. L&rsquo;immense <strong>Regina Resnik</strong> fait une apparition remarquable en troisième grisette, Zo-zo ( « Et moi ! »). La direction de Richard Bonynge est pleine d&rsquo;entrain.</p>
<p>Au chapitre de l&rsquo;opérette, on regrettera et on s&rsquo;étonnera que la version en anglais de<em> Die Fledermaus</em> avec les troupes de l&rsquo;Australian Opera (Anson Austin, Robert Gard, Monique Brynnel, Heather Begg, Anne-Maree McDonald, Graeme Ewer), captée sur le vif en 1982, ne soit pas incluse dans ce coffret censément intégral, alors qu&rsquo;elle fut disponible chez l&rsquo;éditeur en 33 tours, puis CD et même en VHS. Le fait est d&rsquo;autant plus étonnant que l&rsquo;enregistrement est mentionné à plusieurs reprises dans le livret qui accompagne le coffret.</p>
<p><em>Suor Angelica</em> est une surprenante réussite dans une approche modérément vériste (comme version de référence, on choisira Renata Scotto). Mais même avec une interprétation dénuée de débordements dramatiques, la chanteuse australienne sait nous émouvoir, n&rsquo;hésitant pas, une fois n&rsquo;est pas coutume, devant certains <em>parlando</em> ou des graves poitrinés. Globalement, sa Suor Angelica est pleine de retenue : c&rsquo;est un choix qui s&rsquo;accorde du reste avec les origines aristocratiques de l&rsquo;héroïne. Sa scène avec <strong>Christa Ludwig</strong>, celle-ci d&rsquo;une froideur hautaine, sans histrionisme, est une vraie réussite, les deux artistes se complétant parfaitement. Le « Senza mamma » est chanté sans excès mais avec d&rsquo;ultimes notes bouleversantes et le finale prend aux tripes. Le reste de la distribution réunit le gratin du chant britannique des années 70. La direction de Richard Bonynge est tour à tour délicate et dramatique. Une version atypique à connaitre si l&rsquo;on apprécie ce splendide ouvrage. L&rsquo;enregistrement est complété par un étonnant et splendide « Vissi d&rsquo;arte » extrait de <em>Tosca</em>, où la chanteuse témoigne d&rsquo;une incroyable aisance, avec une homogénéité unique sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et une interprétation d&rsquo;une délicate sensibilité.</p>
<p><em>Le Roi de Lahore </em>de Jules Massenet est une autre curiosité bienvenue de cette compilation. L&rsquo;ouvrage est déjà le quinzième du compositeur mais force est de reconnaitre que les quatorze opéras précédents n&rsquo;ont pas laissé beaucoup de traces, à part éventuellement <em>Don César de Bazan</em> ou <em>L&rsquo;Adorable Bel-Boul</em> connus de quelques spécialistes du compositeur stéphanois. La plupart sont mêmes inachevés, inédits ou perdus. Massenet s&rsquo;attaque ici au grand opéra et l&rsquo;intrigue est encore plus étonnante que celle d&rsquo;<em>Esclarmonde</em>. Acte I : Scindia (Sherrill Milnes), ministre du roi Alim (Luis Lima), est amoureux de Sita (Joan Sutherland), prêtresse du temple, et qui est aussi sa nièce. Il demande au grand prêtre Timour (James Morris) de la relever de ses vœux, affirmant qu&rsquo;elle a déjà un amant secret. Sita avoue son amour à Scindia mais refuse de dévoiler l&rsquo;identité du jeune homme qu&rsquo;elle aime. Les prêtres exigent qu&rsquo;elle chante la prière du soir pour attirer celui-ci qui n&rsquo;est autre que le roi (et fils de Timour). Alim est condamné à expier sa faute en prenant la tête de l&rsquo;armée contre l&rsquo;envahisseur musulman. Scindia pense déjà à comploter contre lui. Acte II : Sita attend le retour d&rsquo;Alim du combat, mais l&rsquo;armée a été vaincue Scindia s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;envahisseur pour prendre la place du roi. Alim meurt dans les bras de Sita (on coupe l&rsquo;alim). Scindia usurpe le trône et emmène Sita prisonnière. Acte III (au paradis !) : Alim pleurniche auprès du dieu Indra : Sita lui manque. Indra accepte de renvoyer Alim sur terre, mais sous les habits d&rsquo;un individu quelconque et méconnaissable. Il vivra aussi longtemps que Sita, et les deux amants mourront au même moment. Acte IV :  Sita se lamente. Alim arrive à Lahore mais personne ne le reconnait. Timour voit en lui un visionnaire inspiré. Acte V : Sita a fui le mariage forcé avec Scindia. Les deux amants se retrouvent enfin. Scindia survient et les menace. Sita se poignarde. Les deux amants sont réunis au paradis. Musicalement, on réitérera les observations faites au sujet d&rsquo;<em>Esclarmonde.</em> La partition manque sans doute de tubes immédiatement mémorables. On trouve en 78 tours un grand nombre de versions de l&rsquo;air de Scindia « Promesse de mon avenir », mais la pièce à disparu du répertoire des barytons. La musique est toutefois riche et opulente, d&rsquo;un exotisme séduisant, avec de nombreuses scènes impressionnantes, notamment au niveau du traitement des chœurs. <strong>Sherrill Milnes</strong> est un Scindia expressif, aux accents dramatiques variés, toujours bien chantant, au français bien articulé. L&rsquo;intelligence du texte et la justesse de l&rsquo;expression sont d&rsquo;autant plus remarquables qu&rsquo;il semble que le baryton américain n&rsquo;avait jamais chanté le rôle auparavant. <strong>Joan Sutherland </strong>fait des efforts d&rsquo;articulation, mais sa prononciation n&rsquo;est pas toujours très claire, du moins à la première écoute. On retrouve ses qualités habituelles dans l&rsquo;opéra français, mélange de finesse poétique et de dramatisme incisif. Le registre suraigu est peu sollicité mais Joan Sutherland ajoute quand même un spectaculaire contre ré à la fin de l&rsquo;acte II.  <strong>Luis Lima</strong> est un Alim au français impeccable (le meilleur de toute la distribution), bien chantant, auquel ne manque qu&rsquo;un timbre moins blanc et un soupçon d&rsquo;héroïsme. <strong>James Morris</strong> est un Timour impressionnant quoiqu&rsquo;un peu nasal. <strong>Huguette Tourangeau</strong> voit rétablie sa longue sérénade « Repose, ô belle amoureuse », coupée à l&rsquo;Opéra, qui lui. permet d&rsquo;exprimer une belle musicalité. Nicolaï Ghiaurov n&rsquo;apparait qu&rsquo;au Paradis, avec une impressionnante scène, « Qu&rsquo;il soit lui ! qu&rsquo;il ne soit plus lui ! ». L&rsquo;enregistrement arrive toutefois un peu tard dans sa carrière. La direction de Richard Bonynge est bien dans le style, mais il lui manque un orchestre plus incisif dans les scènes les plus animées.</p>
<p>En 1979, pour ce nouvel enregistrement de <em>La Traviata</em>, la voix de Joan Sutherland s&rsquo;est épaissie. Cette seconde Violetta n&rsquo;a pas la voix d&rsquo;une pure jeune fille (était-ce d&rsquo;ailleurs le cas ?) mais la maturité a apporté une nouvelle dimension à cette interprétation, notamment pour le duo avec Germont. La version reste néanmoins essentiellement un écrin pour les voix. Le « Sempre libera » est confondant de virtuosité, avec des variations inédites proprement stupéfiantes (une dizaine de contre-ut et un ut dièse piqués avant le mi bémol final). « Addio del passato » reste en revanche un peu trop extérieur. Luciano Pavarotti campe un Alfredo au timbre solaire, bien chantant mais sans raffinements excessifs. On a un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;écoute chanter. <strong>Matteo Manuguerra</strong> est le seul à vraiment faire du théâtre. Certes le timbre est un peu ingrat, mais le baryton français d&rsquo;origine italienne nuance avec intelligence, variant par exemple les couleurs dans les deux couplets de son « Di Provenza » ce que même des belcantistes renommés comme Renato Bruson ne font pas, même sous la baguette de Riccardo Muti ! L&rsquo;orchestre de Bonynge est ample et somptueux. Au global, une version pour les oreilles plutôt que pour le cœur, mais qui s&rsquo;écoute de toute façon avec plaisir, davantage pour ses splendeurs vocales que pour l&rsquo;émotion qui s&rsquo;en dégage.</p>
<p>On fera la même analyse pour la seconde version de <em>La Sonnambula</em>. Avec une voix devenue plus lourde, Joan Sutherland y est moins idoine que dans la première version tout en restant une belcantiste incomparable, colorant chaque intervention avec une extrême intelligence. Les variations des reprises sont audacieuses et parfaitement exécutées et les suraigus jubilatoires, mais l&rsquo;innocente jeune fille n&rsquo;est pas vraiment là. Luciano Pavarotti est ici moins séduisant que dans <em>I Puritani</em>. Ses accents manquent un peu de subtilités. Certains sons, artificiellement enflés, donnent un peu l&rsquo;impression que le tenorissimo se caricature lui-même. Les suraigus sont moins spectaculaires. S&rsquo;il y a bien les nombreux contre-ut du « Prendi: l&rsquo;anel ti dono », ils manquent de <em>squillo</em>, et d&rsquo;autres contre-notes plus ou moins traditionnelles sont esquivées (pas de contre-ré dans « Ah! perché non poco odiarti » <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/FQC9FbpKp_k?t=43">comme ici</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/mrz7kAusC88?t=186">encore ici</a>). Reste un timbre magnifique, un beau phrasé, une vraie coloration. Nicolaï Ghiaurov est un Rodolfo magnifique, d&rsquo;une grande finesse musicale. Les autres rôles sont très corrects. La version a l&rsquo;extrême avantage de restaurer beaucoup de pages habituellement coupées (reprises, points d&rsquo;orgue, codas&#8230;). La baguette de Bonynge est un peu moins vive que d&rsquo;habitude. Orchestre et chœurs sonnent un peu lourd : plus longue d&rsquo;environ 25 minutes que les versions traditionnelles, cette <em>Sonnambula</em> doit être goûtée en plusieurs fois pour éviter l&rsquo;indigestion.</p>
<p>Si la version du <em>Beggar’s Opera</em> de Richard Bonynge a le mérite d&rsquo;avoir contribué à la redécouverte de l&rsquo;ouvrage, elle n&rsquo;est pas sans défaut. Il s&rsquo;agit déjà d&rsquo;une version plus proche du XIXᵉ siècle que du XVIIIᵉ, avec une instrumentalisation concoctée par Richard Bonynge (incluant piano et saxophone !) dans un style plus proche de Broadway (ou plutôt West End) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous/">que de celui des Arts Florissants</a>. L&rsquo;ouverture est vive et plaisante, presque trop opulente. Les différents numéros sont bien animés, tantôt chantés par des acteurs-chanteurs (<strong>Angela Lansbury</strong> par exemple), tantôt par des voix lyriques (<strong>Kiri Te Kanawa</strong>, somptueuse) et encadrés par des dialogues parlés avec une sorte d&rsquo;accent cockney. Toutefois, si, individuellement, les artistes sont irréprochables, on ne peut pas dire que la sauce prenne vraiment. Joan Sutherland a relativement peu à chanter. Une curiosité.</p>
<p><em>I Masnadieri</em> fait partie des opéras mal aimé de Verdi, pour des raisons assez peu compréhensibles : sans atteindre les chefs d&rsquo;œuvre de la maturité du compositeur, l&rsquo;ouvrage offre son comptant de mélodies, de moments dramatiques et de scènes excitantes. Avant cet enregistrement de 1983, la discographie officielle est relativement faible, à peu près uniquement constitué de la version de Lamberto Gardelli dont la battue lymphatique a du mal à susciter l&rsquo;intérêt malgré une belle distribution. <strong>Franco Bonisolli</strong> est ici un Carlo athlétique, aux suraigus généreux, toujours bien chantant avec un authentique phrasé verdien, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/les-fous-chantants-9-le-plus-fou-de-tous/">qui fait mentir sa légende noire</a>. Joan Sutherland est ici dans une forme exceptionnelle dans un rôle qui correspond pleinement à l&rsquo;évolution de sa voix. Déprimé ? Rien de tel que d&rsquo;écouter son « Carlo vive ? » pour vous remonter le moral ! Rappelons que le rôle avait été créé à Londres par Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em> étant une interprète renommée de <em>La</em> <em>Sonnambula. </em>Matteo Manuguerra est peut-être enregistré un peu tard mais son métier et ses moyens lui permet de camper un Francesco ardent, avec un vrai impact dramatique et un suraigu impérial. <strong>Samuel Ramey</strong> vient compléter la distribution avec un Massimiliano incisif et noir d&rsquo;un impact exceptionnel. La direction très théâtrale de Richard Bonynge bénéficie d&rsquo;un orchestre du Welsh National Opera rompu à la scène et apporte l&rsquo;élan indispensable aux premiers ouvrages verdiens. Indispensable.</p>
<p><em>Hamlet</em> est une autre résurrection majeure, première version studio moderne de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Ambroise Thomas et référence d&rsquo;un ouvrage longtemps injustement négligé. Sherrill Milnes est un Hamlet exceptionnel, d&rsquo;une immense intelligence dramatique et d&rsquo;un art du chant absolument unique dont l&rsquo;incarnation est absolument incontournable. Joan Sutherland est une Ophélie pleine de poésie nostalgique, à la virtuosité impeccable mais surtout authentiquement émouvante. <strong>Gösta Winbergh</strong> est un Laërte de luxe, au style et au français parfait. <strong>James Morris</strong> est un Claudius noir et royal de prestance. <strong>Barbara Conrad</strong> est d&rsquo;un beau dramatisme, mais au prix d&rsquo;un style un peu débraillé. Si le mezzo américain ne s&rsquo;économise guère, le rôle est un peu à la limite de ses moyens. Le ballet qui précède la scène de folie d&rsquo;Ophélie est ici restitué. Richard Bonynge sait alterner la mélancolie des scènes les plus sombres et l&rsquo;énergie nécessaire pour éviter une ambiance excessivement neurasthénique.</p>
<p>Joan Sutherland  avait enregistré une première <em>Norma</em> légendaire en 1964 (publiée en 1965). L&rsquo;intérêt d&rsquo;une seconde version 20 ans plus tard soulevait l&rsquo;interrogation, et beaucoup considérait que le soprano risquait gros en se confrontant à son propre souvenir. La présence de Montserrat Caballé, exceptionnelle Norma elle aussi dans les années 60-70, mais en Adalgisa cette fois laissait tout aussi perplexe alors que la chanteuse avait depuis longtemps opté pour un répertoire plus dramatique. Et le miracle vint. Les deux chanteuses sont plutôt en état de grâce et offrent ici une version passionnante, très différente de la première. Les voix des deux chanteuses s&rsquo;accordent idéalement et le soprano catalan retrouve même ses notes filées légendaires. Par ailleurs, après avoir enregistré <em>Norma</em> dans sa tonalité aiguë, Sutherland chante ici la tonalité traditionnelle : c&rsquo;est ici une Norma plutôt mère que jeune fille. Les deux versions se complètent donc. Luciano Pavarotti est un Pollione plus lyrique que baryténor mais on s&rsquo;en moque car il est divin. Samuel Ramey est tout simplement le meilleur Oroveso de la discographie. Rappelons que ni Caballé, ni Pavarotti, ni Ramey n&rsquo;avaient (sauf erreur de notre part) jamais chanté ces rôles auparavant. La prise de son est superlative. Forte d&rsquo;une longue expérience de l&rsquo;ouvrage, la direction de Richard Bonynge est idéalement théâtrale.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement de <em>Rodelinda</em> arrive un peu tard dans la carrière de Joan Sutherland : non pas tant que les années aient passé sur sa voix, que parce que le style de Richard Bonynge est désormais démodé face à la révolution du chant baroque qui s&rsquo;est, entre temps opérée. L&rsquo;esthétique est ici celle du belcanto romantique (on est quelque part entre Rossini et Bellini) et non celle du belcanto au sens historique du terme (Haendel et Cie). L&rsquo;ouvrage est chantée comme une tragédie en musique, un peu hiératique, avec beaucoup d&rsquo;ampleur. Joan Sutherland est incroyable de facilité technique, jamais en défaut devant les difficultés de la partition, toute emprunte d&rsquo;une douce nostalgie pleine de poésie. Dramatiquement marmoréenne, elle est avant tout reine, plutôt que femme passionnée. <strong>Alicia Nafé</strong> est un Bertarido dramatiquement à l&rsquo;unisson, au chant soigné, à la vocalise aisée, plus dans la réserve de la noblesse que dans l&rsquo;engagement dramatique. Le jeune <strong>Curtis Rayam</strong> offre également en Grimoaldo un chant aisé d&rsquo;une belle noblesse, avec un timbre agréable. <strong>Isobel Buchanan</strong> est une Eduige bien chantante, au timbre personnel, moiré. Huguette Tourangeau sait trouver quelques beaux accents tragiques mais le mezzo canadien n&rsquo;est pas dans son répertoire et ses moyens sont diminués, avec des vocalises appliquées et des reprises de souffle intempestives. Samuel Ramey est absolument exceptionnel tant vocalement que dramatiquement, méchant inquiétant mais jamais caricatural, miracle de beau chant et contrepoids théâtral de ses partenaires. La direction de Richard Bonynge est cohérente avec le parti choisi, et l&rsquo;enregistrement s&rsquo;écoute avec plaisir malgré une certaine uniformité stylistique (Ramey excepté). Toutefois, le style interprétatif est désormais très éloigné de l&rsquo;évolution moderne de l&rsquo;interprétation de ce répertoire.</p>
<p>Pour son <em>Anna Bolena</em>, Joan Sutherland, dont on notera ici une diction très claire, offre l&rsquo;habituel festival belcantiste allié à une interprétation dramatiquement convaincante. À l&rsquo;occasion, l&rsquo;émission semble toutefois un peu sur la réserve : on la connaitra plus investie et nettement plus excitante à l&rsquo;occasion de ses représentations d&rsquo;adieux à Londres l&rsquo;année suivante, en 1988. Samuel Ramey est musicalement sublime et dramatiquement odieux, d&rsquo;une noirceur idéale : on n&rsquo;a clairement jamais chanté le rôle aussi bien. Souffle, suraigu, trilles, vocalises : ténor essentiellement lyrique, <strong>Jerry Hadley</strong> est un peu gêné aux entournures dans un rôle où il aurait fallu un Rockwell Blake. <strong>Suzanne Mentzer</strong> est une Giovanna vibrante et sensible. <strong>Bernadette Manca Di Nissa</strong> est un Smeton au timbre profond et riche. L&rsquo;orchestre manque un peu d&rsquo;allant. La version proposée rétablit les pages habituellement coupées.</p>
<p>Enregistré en 1987, cet <em>Ernani</em> est longtemps resté dans les tiroirs. On n&rsquo;en sait pas vraiment la raison : quand on l&rsquo;interrogeait sur le sujet, Joan Sutherland prenait une mine circonspecte et répondait : « En tout cas, ce n&rsquo;est pas moi qui m&rsquo;y oppose ». Elle ajoutait parfois « Demandez à Luciano ». Selon d&rsquo;autres sources, le titre n&rsquo;aurait pas été assez vendeur (pourtant, avec une telle affiche&#8230;). On s&rsquo;attendait donc à une catastrophe quand l&rsquo;enregistrement fut enfin publié en 1998, soit plus de 10 ans après les séances d&rsquo;enregistrements. Ce fut une divine surprise. Luciano Pavarotti brille ici dans tout son éclat, campant un Ernani ardent et magnifiquement chantant. Il le chante en authentique belcantiste, avec lyrisme et poésie, probablement plus près du style du créateur du rôle, Carlo Guasco, dont la voix était qualifiée de plus douce que robuste : il avait entre autres créé les parties ténors d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata</em> (le rôle d&rsquo;Oronte, également chanté par Pavarotti) et Attila. En ce sens, le tenorissimo est très éloigné de l&rsquo;ardeur martiale décomplexée (mais vraisemblablement hors style) d&rsquo;un Mario Del Monaco ou d&rsquo;un Franco Corelli, titulaires néanmoins particulièrement excitants du rôle. Ses efforts sont d&rsquo;autant plus méritoires que le chanteur avait abandonné progressivement le belcanto romantique pour des ouvrages plus dramatiques. Joan Sutherland est sans doute la seule interprète enregistrée à rendre pleinement justice aux difficultés de la partition : celle-ci réclame une technique vocale parfaite, et bien des interprètes trop <em>spinto</em> sont obligées de la simplifier. Le rôle avait été créé par Sophie Löwe, qui chanta <em>Nabucco, Lucrezia Borgia, Linda di Chamounix, I Lombardi, Attila</em> et dont Verdi voulait pour la création de <em>Macbeth</em>.   <strong>Leo Nucci</strong> est également très fidèle au modèle du créateur de Carlo qui s&rsquo;illustra essentiellement dans le belcanto romantique :<em> Il Barbiere di Siviglia, Roberto Devereux, Beatrice di Tenda, Parisina, Lucia di Lammermoor</em>, etc. La voix du baryton italien mêle ici autorité et noblesse de la ligne. <strong>Paata Burchuladze</strong> est également très proche de l&rsquo;interprète original qui chantait les rôles de basse dans <em>Attila, Nabucco, Macbeth</em>, <em>La Favorite</em>, etc. et qui déploie un timbre d&rsquo;une splendide noirceur. Le quatuor offre ainsi un éventail de timbres caractérisés et se complétant idéalement, allié à une technique vocale assurée et à un bel engagement dramatique. En ce qui concerne les voix masculines, il ne manque que quelques variations dans les reprises, mais on sait qu&rsquo;elles sont souvent problématiques chez Verdi. Sous la baguette énergique de Richard Bonynge, cet <em>Ernani</em> est particulièrement roboratif et, cerise sur le gâteau, sans doute le plus proche des intentions du compositeur.</p>
<p>Ultime enregistrement d&rsquo;intégrale par Joan Sutherland, <em>Adriana</em> <em>Lecouvreur</em> connut quelques soucis. Luciano Pavarotti était sans doute plus intéressé par les méga-concerts que par un opéra où il n&rsquo;a pas le premier rôle : il arriva non préparé aux sessions d&rsquo;enregistrements et on dût finir par rompre son engagement après neuf prises insatisfaisantes d&rsquo;un même duo. Quelques années plus tôt, José Carreras aurait pu interpréter le rôle de Maurizio mais la leucémie l&rsquo;écarta à l&rsquo;époque des scènes et des studios. Finalement, c&rsquo;est un <strong>Carlo Bergonzi</strong> de 65 ans qui vint sauver l&rsquo;enregistrement. En dépit de ses ressources techniques, le ténor italien ne peut masquer l&rsquo;usure de ses moyens, en particulier un aigu exagérément tendu et une tendance à placer la voix dans le nez quand ça ne veut pas passer autrement. Il y a le métier, un phrasé unique, une belle musicalité et, de la part d&rsquo;un interprète assez monolithique en scène, un sympathique engagement dramatique, mais c&rsquo;est incontestablement trop tard. On n&rsquo;attendait pas vraiment Joan Sutherland dans ce rôle quoiqu&rsquo;elle l&rsquo;ait chanté à la scène. Son interprétation est musicalement impeccable (un « Io son l&rsquo;utile ancella » d&rsquo;entrée évanescent même sans pianissimo final) et dramatiquement irréprochable, notamment sa scène finale de l&rsquo;acte III où l&rsquo;on sent monter la fureur initialement contenue. Le « Poveri fori » du dernier acte est très émouvant. Globalement une interprétation de grande qualité, certes pas au niveau de celles de Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais digne d&rsquo;être prise en considération. <strong>Cleopatra Ciurca</strong> est une Princesse de Bouillon correcte, un peu tendue dans l&rsquo;aigu toutefois, et on a connu de interprètes plus inquiétantes. Leo Nucci est le meilleur Michonnet de la discographie, personnage noble et plein d&rsquo;humanité. <strong>Michel Sénéchal</strong> est époustouflant en Abbé (que ne l&rsquo;a-t-on fait davantage enregistrer ces rôles de caractère !). <strong>Francesco Ellero d&rsquo;Artegna</strong> se voit restituer un court arioso au début de l&rsquo;acte III, avant l&rsquo;arrivée d&rsquo;Adriana. La scène ne dure que 2 minutes mais elle permet de comprendre le déroulement ultérieur puisque, devant son épouse et l&rsquo;Abbé, le Prince y rappelle ses talents de chimiste amateur et la découverte d&rsquo;un poison, lequel sera utilisé par la Princesse pour tuer Adriana à l&rsquo;acte suivant. Pourquoi cette coupure traditionnelle ? Rappelons qu&rsquo;Eugène Scribe, auteur du drame qui inspira l&rsquo;opéra de Cilea, était le chantre de la <em>pièce bien faite</em> : quelle que soit la complexité de l&rsquo;ouvrage, aucunes péripéties ne devaient rester inexpliquées au final. Merci encore Richard Bonynge.</p>
<p>Comme après l&rsquo;écoute des précédents coffrets, on reste sonné devant tant de merveilles. Et même si on pourrait ergoter sur certains témoignages tardifs, une chose reste sure : même à leur crépuscule, les dieux restent des dieux. Rappelons enfin qu&rsquo;on célèbrera le centenaire de la <em>Stupenda</em> le 7 novembre 2026.</p>
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<pre>La musicologie de ce répertoire progresse à coup de redécouvertes de documents oubliés ou négligés. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les représentations d’<em>I Puritani</em> se terminent assez abruptement : l’air d’Arturo « Credeasi misera » est suivi d’un chœur auquel se joignent les deux principaux protagonistes. Cependant, des éditions du livret comportent un duo final, ce dont on déduit qu’il a été coupé peu de temps avant la création de l’ouvrage. Alors que Bellini prépare la première au Théâtre italien de Paris, il travaille également sur son adaptation pour Naples : l’ouvrage doit être créé au San Carlo par Maria Malibran. Cette dernière étant mezzo, les tonalités sont descendues pour être adaptées à sa tessiture. Cette version comporte de nombreuses autres modifications. En particulier, le dernier air d’Arturo (« Credeasi misera ») est adapté pour... Elvira ! Il est suivi d’une cabalette virtuose « Ah sento o mio bell'angelo » dont le texte est quasi identique à celui du duo final coupé à Paris. On peut logiquement en conclure que la musique en devait être la même avant la coupure parisienne. Suite au décès prématuré du compositeur, et à celui non moins dramatique de la cantatrice un an plus tard, cette version ne sera jamais donnée au XIXe siècle. Elle subsiste toutefois dans les archives (dans une version forcément inachevée vue les circonstances). Richard Bonynge aurait redécouvert cette partition à Catane et aurait eu l'idée de compléter la version parisienne traditionnelle avec cette polonaise finale, moyennant une tonalité réhaussée pour rester cohérent avec la musique qui précède. À l'occasion des représentations de Palerme en 1961, sous la direction de Tulio Serafin, Joan Sutherland a pu créer cette polonaise, avec le succès que l'on imagine. En toute rigueur musicologique, la partition de la cabalette napolitaine aurait dû servir à recréer le duo coupé mais, soit que Bonynge n’ait pas eu connaissance du livret avant coupures, soit que le ténor ne fut pas à la hauteur, soit plus probablement qu’il eut voulu réserver un ultime moment de bravoure à son épouse, la cabalette réhaussée fut donc chantée par Elvira seule. Elle a été interprétée ainsi par les plus grandes Elvira, outre Joan Sutherland : Beverly Sills, Edita Gruberova (la première fois sous la direction de Bonynge), June Anderson ou encore Jessica Pratt. Mariella Devia ne semble l’avoir chanté qu’à Catane en 1989 (on vous laissez deviner qui dirigeait...). On a pu entendre le duo enfin restitué <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://vk.com/video371470145_456239391?t=2h47m45s">à l’occasion des représentations bolognaises de 2009</a> (avec Juan Diego Flórez et Nino Machaidze sous la baguette de Michele Mariotti). Pour découvrir la version Malibran, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=JqOLiqE7s8A">il faudra se contenter des représentations de 1986 au Teatro Petruzzelli de Bari</a>, assez mal défendues par une Katia Ricciarelli en fin de carrière (et qui n’a jamais été mezzo), aux côtés de Chris Merritt.</pre>
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		<title>BELLINI, Norma &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Jan 2026 08:45:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les soirs se suivent et ne se ressemblent pas. Aux applaudissements tièdes d’un Théâtre des Champs-Elysées clairsemé lors du récital de Sonya Yoncheva ce mercredi répond le lendemain la même salle comble, acclamant debout l’héroïne de la soirée : Karine Deshayes. De sa Norma intronisée à Aix-en-Provence en version de concert puis approfondie sur scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les soirs se suivent et ne se ressemblent pas. Aux applaudissements tièdes d’un Théâtre des Champs-Elysées clairsemé lors du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-sonya-yoncheva-paris-tce/">récital de Sonya Yoncheva ce mercredi</a> répond le lendemain la même salle comble, acclamant debout l’héroïne de la soirée : <strong>Karine Deshayes</strong>.</p>
<p>De sa Norma intronisée à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/norma-aix-en-provence-karine-deshayes-face-a-la-legende/">Aix-en-Provence</a> en version de concert puis approfondie sur scène à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-strasbourg/">Strasbourg</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-marseille/">Marseille</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-bordeaux/">Bordeaux</a> ou encore <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-toulouse/">Toulouse</a>, on pensait tout savoir. La conduite du souffle, le tracé de la ligne, l’agilité, l’éventail des couleurs, la longueur : que demander de plus lorsqu’on a déjà beaucoup ? Pourtant, à Paris, Karine Deshayes pousse son interprétation du « rôle des rôles » un cran plus loin. La connaissance conjointe de son instrument et de la partition lui offre le loisir d’étoffer son interprétation. Derrière chaque note demeure une intention, sans que cette exigence du détail ne vire au maniérisme – ou pire, au narcissisme. Mais le prisme s’est élargi. Longtemps, cette Norma fut maternelle, s’épanouissant en premier lieu dans la caresse élégiaque d’une voix ronde, pleine et homogène, sans acidité ni dureté. Voilà à présent que le portrait s’enrichit, que l’amante outragée s’affirme derrière la puissance du trait – ce qui par contraste rend encore plus sensibles les nombreux allégements dont se pare le chant. Cette bravoure ne s’exerce jamais au détriment du style. L’expression reste sculptée à même le marbre belcantiste. On aimerait en écrire autant de ces partenaires.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Norma2-7-1294x600.jpg" />Karine Deshayes © Théâtre des Champs-Elysées</pre>
<p>A cette Norma moins soprano que le veut la tradition il aurait fallu une Adalgisa plus légère. Désormais rompue aux rôles de mezzo dramatique – sans que l’on soit totalement convaincu de la pertinence de cette orientation –, <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong> peine à se glisser dans la tunique soyeuse de la jeune prêtresse. Emission large, nuances limitées, aigus <em>forte</em> : ce sont deux écoles de chant qui se rencontrent lors des duos entre les voix féminines, quand il n’en faudrait qu’une pour que la musique puisse remplir son office. <strong>Francesco Demuro </strong>appelle autant de réserves, à sa manière : téméraire, suicidaire même tant on redoute souvent que la voix ne se brise à force d’effort, de voyelles ouvertes et de sons ingrats. Que le ténor renonce aux tensions auxquelles il soumet son instrument et Pollione cesse d’être un roitelet au bord de la crise de nerf pour retrouver cette séduction dont doit faire preuve le tombeur de druidesses. Oroveso enfin voudrait basse plus aguerrie que <strong>George Andguladze</strong>, non que la partition excède les possibilités impressionnantes du chanteur géorgien, mais l’interprétation gagnerait à moins d&rsquo;uniformité et plus de liberté.</p>
<p>Karine Deshayes donnerait finalement l’impression de chanter seule contre tous sans la direction de <strong>Lorenzo Passerini</strong>. Le jeune chef italien, dont le geste constitue à lui seul un spectacle, tire d’un orchestre et d’un chœur de deuxième division une intensité dramatique que des formations de premier plan n’atteignent pas toujours, quitte à précipiter le tempo ou à exagérer les effets, dès l’ouverture fracassante mais efficace jusqu’à la montée finale au bûcher, véritable élévation vers des sommets d’émotion.</p>
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		<title>BELLINI, Norma &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Monnaie de Bruxelles a décidé de reprendre sa Norma de 2021, mise en scène par Christophe Coppens. La transposition de l&#8217;action du monde antique vers notre époque et un groupe sectaire, avec une place centrale accordée à l&#8217;automobile, a fait couler pas mal d&#8217;encre dans les journaux et de salive pendant les entractes. Plutôt &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La Monnaie de Bruxelles a décidé de reprendre <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-la-sonnambula-new-york-streaming/">sa Norma de 2021, mise en scène par Christophe Coppens</a>. La transposition de l&rsquo;action du monde antique vers notre époque et un groupe sectaire, avec une place centrale accordée à l&rsquo;automobile, a fait couler pas mal d&rsquo;encre dans les journaux et de salive pendant les entractes. Plutôt que de ranimer le sempiternel débat sur la fidélité à un hypothétique « esprit de l&rsquo;oeuvre », nous nous contenterons de souligner que cette scénographie fonctionne très bien, qu&rsquo;elle rend lisible les caractères et les motivations des personnages, bref, qu&rsquo;elle permet à <em>Norma</em> de continuer à parler à un public de 2025. Mieux, il y a de vraies beautés dans certaines des images proposées, et ces beautés procèdent directement de la musique, avec laquelle elles créent un effet de miroirs assez bluffant : l&rsquo;éclairage horizontal sur les visages des choristes au début de l&rsquo;acte I, la concrétion de voitures broyées qui tournoie à la fin du même acte, en écho avec l&rsquo;harmonie brisée entre les personnages, la neige du II, &#8230; Autant de moments d&rsquo;une grande poésie, qui rejoignent dans le sublime les cantilènes étirées de Bellini.</p>
<p>Un autre aspect qui séduit dans le spectacle est la direction de <strong>George Petrou.</strong> Venu de l&rsquo;univers baroque, le chef grec aborde Bellini pour la première fois, et c&rsquo;est un enchantement ! De sa fréquentation assidue de Haendel ou Porpora, Petrou a gardé le sens du rebond, la capacité à éclaircir les lignes d&rsquo;une orchestration pour mieux en faire percevoir tel ou tel détail. Sa mise en valeur des timbales ou de certains solos de bois est proprement inouïe. Il y a aussi un tempo qui reste constamment vivace, sans empêcher les alanguissements que réclame Bellini. Mais la pulsation fondamentale, le  « drive » reste présent. A côté de ces acquis baroqueux, Petrou fait preuve d&rsquo;une grande souplesse stylistique, et ne semble pas du tout chercher à reproduire les sonorités des instruments d&rsquo;époque. Il opte volontiers pour un hédonisme sonore sans complexe, notamment dans des tutti d&rsquo;une volupté à se damner. <strong>L&rsquo;orchestre symphonique de La Monnaie</strong> semble enthousiasmé par les idées du chef, parce qu&rsquo;il s&rsquo;ouvre comme un magnifique éventail, offrant des sonorités riches, fruitées, infinement nuancées. Les choeurs préparés par <strong>Emmanuel Trenque</strong> sont excellents, mais restent parfois un peu sur leur quant-à-soi. On aurait préféré un « Guerra ! Guerra » plus décoiffant.</p>
<p><strong>Enea Scala</strong> reprend grosso modo son incarnation de 2021 : mauvais garçon assumé, avec une voix d&rsquo;une ardente générosité. Si l&rsquo;engagement physique est intact, si l&rsquo;incarnation est toujours aussi crédible, il faut bien constater que la voix a pas mal bougé ces dernières années, et que le vibrato devient assez nettement audible dès qu&rsquo;un aigu est tenu. Cela a bien sûr son charme, mais n&rsquo;est-ce pas un peu tôt dans la carrière (le ténor a eu 46 ans cette année) ? Pour le reste, la séduction qui émane du personnage continue à faire son effet sur le public. On comprend par ailleurs qu&rsquo;il veuille au début tout abandonner pour Adalgisa. Si Scala a un peu perdu en quatre ans, <strong>Raffaella Lupinacci</strong> a considérablement mûri son approche. La technique est désormais à toute épreuve. La tessiture est impeccablement assurée, le timbre est d&rsquo;une rondeur généreuse, un mezzo-soprano capiteux qui vole presque la vedette à Norma, même si les deux duos sont finalement très réussis. La diction et la projection sont en outre de premier plan, et le personnage y prend une étoffe bienvenue. Au même niveau d&rsquo;excellence, l&rsquo;Oroveso <strong>d&rsquo;Alexander Vinogradov</strong> est une sorte de force de la nature. Un timbre de basse profonde d&rsquo;une beauté sépulcrale qui peut facilement ornementer sur toute la hauteur, une justesse au cordeau, une expressivité parfaitement dosée. On comprend qu&rsquo;il triomphe déjà au Met de New York, par exemple <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-la-sonnambula-new-york-streaming/">dans La Sonnambula du même Bellini</a>. La Clotilde de <strong>Lisa Willems</strong> et le Flavio <strong>d&rsquo;Alexander Marev</strong> font tous deux valoir de belles promesses, et il faudra retenir leurs noms.</p>
<p>Reste à traiter du « cas Norma ». Les discussions étaient vives et audibles à la sortie du spectacle. <strong>Sally Matthews</strong> a ses partisans et ses détracteurs. Chaque camp a des arguments à faire valoir. Les premières notes du « Sediziose voci, voci di guerra » donnent le mal de mer : ce n&rsquo;est ni beau ni juste, et la chanteuse semble se déplacer sur des sables mouvants. « Casta diva » rassure un peu, mais pas entièrement : les aigus sont glorieux, mais le grave reste bien cotonneux, et tout cela sent terriblement l&rsquo;effort. Dans un répertoire où le flot de la musique devrait sembler naturel, c&rsquo;est problématique. Mais la suite des événements donne à Sally Matthews l&rsquo;occasion de contredire ceux qui l&rsquo;ont condamnée trop vite : il y a une vraie autorité chez cette Norma, une façon de projeter le son qui en remonterait à beaucoup, et une beauté de timbre qui reste crucifiante. Surtout, l&rsquo;acte II la voit beaucoup plus à son aise, avec des registres plus égaux et une sensation de facilité qui s&rsquo;explique peut-être parce que le trop fameux air d&rsquo;invocation est derrière elle. Elle termine la soirée par une immolation de grande classe, qui n&rsquo;aura jamais paru si proche de celle de Brünnhilde.  Et, au-delà des discussion technique, la chanteuse parvient à s&rsquo;approprier un personnage de façon marquante. Elle y dépose sa griffe, avec ses forces et ses faiblesses. Il serait d&rsquo;ailleurs très intéressant de voir ce qu&rsquo;elle arrive à en faire au studio, loin du stress de la scène, avec l&rsquo;occasion de corriger certaines approximations. Avis à un éditeur audacieux. En attendant, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule façon de se faire une opinion : courir l&rsquo;écouter et la voir.</p>
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		<title>Gala ODB Opéra – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=200305</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, le site francophone d&#8217;échanges entre les passionnés d&#8217;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&#8217;artistes hors de la sphère opératique. Comme en 2023 et 2024, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php">le site francophone d&rsquo;échanges</a> entre les passionnés d&rsquo;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&rsquo;artistes hors de la sphère opératique. Comme en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">2023</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris/">2024</a>, l&rsquo;après-midi est un véritable marathon lyrique avec un peu plus de quatre heures de concert. <strong>Erminie Blondel</strong> ouvre le bal musical. La jeune soprano fait partie de ces artistes dont la carrière commence à s&rsquo;épanouir, en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-la-nonne-sanglante-saint-etienne/">province</a> comme à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/duvernoy-la-tempete-paris-temple-du-luxembourg/">Paris</a>. Elle déploie un timbre fruité et une voix ample et bien projetée, homogène sur toute la tessiture, dans un air des <em>Pêcheurs de perles</em> impeccable de musicalité et qui donne envie de l&rsquo;entendre dans le rôle complet. <strong>Blerta Zeghu</strong> s&rsquo;attaque avec un réel tempérament dramatique à la difficile scène finale de <em>Roberto Devereux </em>puis interprètera avec une belle sensibilité deux mélodies de Tosti, où son beau timbre un peu sombre fait merveille. Originaire de Moscou, <strong>Serafima</strong> <strong>Liberman</strong> offre un timbre capiteux, une belle largeur de voix et une bonne projection. Elle chante en interprète habitée l&rsquo;air de <em>Iolanta</em> et une rare mélodie de Mili Balakirev sur un poème de Pouchkine (texte également mis en musique par Rachmaninov). Artiste confirmée, <strong>Pauline Courtin</strong> chante avec une grande sensibilité l&rsquo;<em>Adieu de l&rsquo;hôtesse arabe</em> de Georges Bizet et triomphe sans faiblir de la virtuosité de l&rsquo;air des bijoux de <em>Faust </em>dans lequel elle déploie une voix ample et bien homogène. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/choses-vues-et-chantees/">On rappellera son récent enregistrement consacré à Victor Hugo</a>. <strong>Adam Barro</strong> chante l&rsquo;air de Bartolo des <em>Nozze di Figaro</em> avec la rondeur d&rsquo;un vieux routier italien et une belle maîtrise du <em>canto</em> <em>silábico</em>. D&rsquo;origine arménienne, le baryton nous fait également découvrir un ample arioso extrait de <em>Davit Bek</em>, ouvrage populaire en Arménie mais inconnu en France. D&rsquo;origine portoricaine, <strong>Clara Luz Iranzo</strong> connait déjà un début de carrière internationale (Grèce, États-Unis). Sa <em>Thaïs</em> est chantée avec une voix exceptionnellement corsée dans ce rôle (pour préciser, on est plus proche de Caballé que de Sills ou Fleming). Pour ces mêmes raison, son premier air de Lucia, couronné par un puissant contre ré émis sans effort, est particulièrement impressionnant. La prononciation est impeccable et la caractérisation dramatique très sensible et variée. Appréciée lors de la précédente édition, <strong>Victoria Lingock</strong> est en progrès constant, avec un timbre rare à mi-chemin entre ceux de Jessye Norman et de Grace Bumbry et son air de Dalila ne manque pas de donner le frisson ainsi que son impérieux « Acerba voluttà » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em>. Les deux artistes se lancent ensuite avec énergie dans le premier duo de <em>Norma</em>. Le timbre d&rsquo;Iranzo est assez grave mais celui de Lingock l&rsquo;est encore plus, de fait les deux voix sont bien appariées offrant une coloration inédite pour un résultat captivant. <strong>Momo Jang</strong> chante avec musicalité et émotion la scène de folie d&rsquo;<em>I Puritani</em>, mais c&rsquo;est surtout dans son épatant « Martern aller Arten » de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> qu&rsquo;elle achève de nous convaincre, avec des coloratures impeccables et surtout un ambitus idéal (dans cet air impitoyable, combien de sopranos à l&rsquo;aise dans l&rsquo;aigu se trouvent à nu dans le grave, et inversement). <strong>Christophe Poncet de Solages</strong> chante le premier air du Duc de Rigoletto, « Questa o quella », avec une aisance pleine de charme, et offrira le tube de <em>Das Land des Lächelns </em>(<em>Le Pays du</em> <em>sourire</em> dans sa version française) dans une interprétation gorgée de soleil qui attire la sympathie. <strong>Marion Charlo</strong> triomphe avec aisance des vocalises de sa « Céleste providence », extraite du <em>Comte Ory</em>, se jouant des nombreux conte-ut piqués qui émaillent son air, avec une délicieuse voix de colorature à la française. <strong>Hugo Tranchant</strong> à le type de voix idéalement haut perchée pour incarner Beppe et se révèle plein d&rsquo;abattage dans le rondo de<em> La</em> <em>Grande Duchesse de Gérolstein</em>. <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, qui avait chanté <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-anne-lise-polchlopek-paris-cortot/">en récital la veille Salle Cortot</a>, nous fait la grâce de deux morceaux de style et de tonalité très opposés, qui lui permettent de démontrer la versatilité de son talent, la triste <em>Première lettre</em> de Chaminade, d&rsquo;une émotion à fleur de peau, et la pétulante « Tarántula », extraite de la zarzuela L<em>a Tempranica</em> d&rsquo;un bel abattage. <strong>Jean Bélanger</strong> est un Banco puis un Sarastro encore un peu verts mais les moyens sont là. <strong>Runji Li</strong> est encore très jeune mais séduit, dans la mélodie <em>Nina</em> (longtemps attribuée à Pergolese) par un timbre de ténor chaud et coloré. <strong>Aurélien Vicentini</strong> fait ses débuts public de contre-ténor avec le célèbre « Lascia ch&rsquo;io pianga » de <em>Rinaldo</em> de Haendel. Dans « E lucevan le stelle », <strong>Ismaël Billy</strong> a des petits airs de Juan Diego Flórez, avec un timbre plus corsé. <strong>May Chedid</strong> avait été une découverte lors de la première édition, chantant de manière un peu improvisée une mélodie libanaise <em>a</em> <em>cappella</em>. Elle nous offre cette fois deux belles mélodies, de Fauré et Tosti, chantée avec musicalité et où l&rsquo;on sent le développement harmonieux de la voix. Également présente au premier gala, <strong>Claire</strong> <strong>de</strong> <strong>Monteil</strong> a depuis vu sa carrière se déployer (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/vrais-debut-de-claire-de-monteil-a-la-scala/">on se rappelle de ses débuts inattendus à la Scala</a>). La voix s&rsquo;est élargie, gagnant aussi en puissance sans rien perdre en aigu. Elle nous offre une splendide interprétation de l&rsquo;air d&rsquo;entrée de Leonora dans<em> Il trovatore</em> (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">un ouvrage qu&rsquo;elle a chanté à travers l&rsquo;Italie l&rsquo;année dernière</a>). Elle démontre une nouvelle fois ses affinités avec la musique de Kurt Weill avec la glaçante chanson « Je ne t&rsquo;aime pas ». Dans le redoutable « Si ritrovarla io giuro » de <em>La Cenerentola</em>, <strong>Mali Zivcovic</strong> offre une impressionnante cascade de suraigus (plusieurs contre-ut et un contre-ré) et une belle aisance dans la vocalisation. Par contraste, son <em>Werther</em>, trop central à ce stade mais dont il a assurément le physique, le met moins en valeur. En Anna Bolena et en Micaela, <strong>Fanny Utiger</strong> offre un timbre chaud et une remarquable aisance dans l&rsquo;aigu et de beaux graves sans efforts, alliés à une belle incarnation dramatique. <strong>Raluca Vallois</strong> sait nous faire sourire avec une <em>Belle Hélène</em> à la voix charnue et puissante, et à l&rsquo;aigu généreux. La jeune <strong>Anaëlle Gregorutti</strong> se lance avec intrépidité dans l&rsquo;air de Farnace du <em>Mitridate</em> de Mozart, avec une voix corsée, à l&rsquo;aigu puissant, et conclut le programme avec la délicieuse <em>Heure</em> <em>exquise</em>, non dans la version de Reynaldo Hahn mais dans celle, tout aussi élégante et plus rare de Régine Poldowski.</p>
<p>Le programme intégrait également la lecture de trois beaux poèmes d&rsquo;<strong>Hanna Rees</strong>, moment de grâce trop fugitif. Ceux-ci sont  <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.amazon.fr/Haïkus-à-française-Hanna-Rees/dp/2310014346/ref=sr_1_5?dib=eyJ2IjoiMSJ9.jKKCN5JZZmFXGMUcAtntS7sBUIYJFEiguSCbD9gp5V6lrFtfrJfQNNOkocCEqN4zsxy_Il5hmrNBo-l5jKMYGfF8l-PuZVyFfxej_1xvGUwktY-0jAqD-S7lqXVuRiuG.lY4fEg0VCmx0GOMsJWN0At8icONpKNijGwzAeT4Vnt4&amp;dib_tag=se&amp;qid=1759055463&amp;refinements=p_27%3AHanna+Rees&amp;s=books&amp;sr=1-5&amp;text=Hanna+Rees">extraits de ses <em>Haïkus à la française</em></a>, et dits par leur auteur. Le dernier d&rsquo;entre eux évoque avec force et sensibilité le choc éprouvé par Hanna Rees <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/regards-sur-beatrice-uria-monzon-elle-etait-solaire/">à l&rsquo;annonce de la mort de Béatrice Uria Monzon</a>.<strong> Isabelle Carrar</strong> a fait résonner l&rsquo;esprit du Quartier Latin avec trois belles chansons extraites des répertoire de Barbara et de Juliette Gréco (on pourra l&rsquo;entendre en récital à Senlis le 9 octobre prochain à la Maison Léo Delibes, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://villaduchatelet.com/concerts/">Villa du Châtelet</a>). Le soprano et professeur de chant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.linkedin.com/in/anne-julia-audray-471b6bb1/">Anne-Julia Audray</a> a présenté son recueil de sélections d&rsquo;airs (opéra, oratorio, mélodie, chanson ou comédie musicale), <em>Opera</em> <em>Singing</em>, pour jeunes et moins jeunes chanteurs. L&rsquo;idée est de permettre à des artistes de ne pas être obligés de voyager avec plusieurs partitions et de se concentrer sur celles susceptibles de les mettre en valeur. À titre d&rsquo;exemple, même les chanteurs enfants y trouveront des airs leur permettant de mieux briller lors de leurs auditions. Les morceaux sélectionnés comportent plusieurs versions chantées traduites. L&rsquo;après-midi était animée par Jérôme Pesqué, « patron » d&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://odb-opera.com/">ODB-Opéra</a>, et par <strong>Stéphane Sénéchal</strong> qui a apporté quelques moments de décompression avec ses incarnations de Funny Truche (soprano influenceuse) et de la Stromboli (diva à la carrière plus brève que son bagout !). Et l&rsquo;on n&rsquo;oubliera pas de remercier et de féliciter les quatre pianistes qui se sont succédé pour accompagnés les artistes dans ce programme particulièrement éclectique (et comportant beaucoup de raretés), et sans lesquels ce concert n&rsquo;aurait pu avoir lieu : <strong>Maxime Neyret</strong>, <strong>Matteo Carminati</strong>, <strong>François Bettencourt</strong> et <strong>Arnaud</strong> <strong>Kérébel</strong>. Le spectacle était donné au profit de la <em>Ligue contre le cancer.</em></p>
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		<title>Discothèque idéale : Bellini – Norma (Votto, Myto – 1955)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-bellini-norma-votto-myto-1955/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 06:06:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir fait le deuil des deux intégrales de studio, la première (EMI 1954) en raison de partenaires bien médiocres (Ebe Stignani hors d’âge, Mario Filippeschi égaré dans un style qui lui échappe – et une prise de son d’une matité redoutable), la seconde du fait de l’usure prématurée de Callas elle-même (EMI 1960, en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Après avoir fait le deuil des deux intégrales de studio, la première (EMI 1954) en raison de partenaires bien médiocres (Ebe Stignani hors d’âge, Mario Filippeschi égaré dans un style qui lui échappe – et une prise de son d’une matité redoutable), la seconde du fait de l’usure prématurée de Callas elle-même (EMI 1960, en stéréo cette fois, et avec des partenaires formidables : Christa Ludwig, Franco Corelli, Nicola Zaccaria), il faut s’aventurer dans la jungle des “pirates”, où plusieurs pépites mériteraient toutes une écoute attentive.</p>
<p style="font-weight: 400;">Un premier <em>live</em> de 1950, à Mexico, permet de saisir Callas dans toute la plénitude de ses jeunes moyens : timbre rond comme jamais, insolence des vocalises et, déjà, une incarnation saisissante de vérité. Deux ans plus tard, au Covent Garden de Londres sous la baguette passionnée de Vittorio Gui, elle affine la caractérisation du personnage, déployant une palette de couleurs et de dynamiques insensées – et laissant derrière elle des partenaires pourtant bien chantants (Picchi en Pollione bien plus juste et élégant qu’on ne l’a dit, Stignani moins matrone qu’au studio deux ans plus tard – et, pour l’anecdote, la toute jeune Sutherland en Clotilde) mais à des années-lumière de ce que la cantatrice grecque est en train de proposer à son public. Le miracle le plus absolu surviendra un peu plus tard, le 7 décembre 1955, à la Scala. Ce soir-là,<strong>Callas</strong> est au sommet de ses moyens : la voix est sans doute un peu moins flamboyante qu’à Mexico et Londres, mais l’incarnation s’est encore approfondie, et nous vaut quelque deux heures d’un miracle inégalé. Prêtresse, amante, mère, femme blessée puis sacrificielle, elle parvient à nous faire sentir la moindre émotion avec l’évidence des plus grandes tragédiennes. Jamais plus elle ne retrouvera cet équilibre entre insolence vocale et justesse des intentions. <strong>Del Monaco</strong>, souvent un peu brutal et histrionique, se laisse peu à peu contaminer par sa partenaire et offre un Pollione plus châtié qu’à l’accoutumée. Quant à <strong>Simionato</strong>, on comprend qu’elle ait été pour Callas une partenaire de prédilection tant son Adalgise touche par sa noblesse et son naturel. <strong>Votto</strong> n’a peut-être pas la folie de Gui, mais il laisse à ces monstres sacrés la liberté dont ils ont besoin pour s’exprimer pleinement. Malgré un son juste passable, même pour l’époque, cette soirée est entrée dans la légende pour n’en plus sortir.</p>
<p style="font-weight: 400;">On sait gré à toutes celles qui ont eu la lourde tâche de succéder à Callas de nous avoir proposé de la prêtresse gauloise des portraits souvent sublimes : Sutherland par deux fois en studio (1964 avec Horne et Alexander, puis en 1984 avec Caballé et Pavarotti – DECCA les deux fois) ; Gencer toujours de feu et de sang (surtout à Lausanne en 1966) ; Caballé en studio chez RCA (1974, avec Cossotto et Domingo) puis, mieux encore, en <em>live</em> à Orange (1974 également, avec Vickers et Veasey) ; Sills (plus émouvante que totalement convaincante – EMI, 1973) ; Scotto, captée bien trop tard (Sony, 1979) mais entourée de la sublime Adalgisa de Troyanos ; Suliotis (DECCA, 1968), peut-être la seule à pouvoir s’approcher de Callas en termes de diversité dramatique, mais avec un Del Monaco qui retrouve ici ses travers et un Varviso bien expéditif ; ou plus récemment Marina Rebeka et Karine Deshayes (Prima Classic 2024) ou encore Melody Moore et Stefan Pop (EuroArts 2025) ; on mettra à part Cecilia Bartoli et sa “recréation” musicologique (avec Osborn, Jo et Pertusi, DECCA, 2013)&#8230; Ce n’est pas leur faire outrage que d’avouer qu’elles n’offrent, en regard de Callas, qu’une faible part de toute la richesse dont Norma, on le sait désormais, est <em>capable</em>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Maria Callas (Norma), Mario Del Monaco (Pollione) , Giulietta Simionato (Adalgisa), Nicola Zaccaria (Oroveso), Gabriella Carturan (Clotilde), Giuseppe Zampieri (Flavio)</p>
<p style="font-weight: 400;">Orchestre et Chœur de la Scala de Milan<br />
Dir. Antonio Votto<br />
Myto <em>Live</em> (7 décembre 1955)</p>
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		<title>BELLINI, Norma</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/bellini-norma-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On connaît le fameux mot de Lili Lehmann, artiste aux moyens immenses, qui reconnaissait trouver plus faciles les trois Brünnhilde de la Tétralogie que Norma. Depuis près de deux siècles, le chef-d&#8217;œuvre de Bellini se dresse fièrement comme un défi lancé à ses interprètes. Impossible de ne pas évoquer le nom de Maria Callas, qui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On connaît le fameux mot de Lili Lehmann, artiste aux moyens immenses, qui reconnaissait trouver plus faciles les trois Brünnhilde de la Tétralogie que <em>Norma</em>. Depuis près de deux siècles, le chef-d&rsquo;œuvre de Bellini se dresse fièrement comme un défi lancé à ses interprètes. Impossible de ne pas évoquer le nom de Maria Callas, qui a chanté le rôle-titre de 1948 à 1965, le marquant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">d&rsquo;une empreinte indélébile</a>, tant elle parvenait à y unir la grammaire belcantiste la plus orthodoxe avec un sens de la tragédie et des raucités qui donnent encore le frisson aux témoins qui ont eu la chance de la voir sur scène. Piotr Kaminski n&rsquo;y va pas par quatre chemins dans <em>1001 Opéras</em> : « Depuis que Leyla Gencer, Joan Sutherland, Montserrat Caballe et Renata Scotto, avec leurs lumières et leurs limites, quittèrent la scène,  le rôle et l&rsquo;opéra qui en portent le nom vivent d&rsquo;expédients en espérant un nouveau miracle. »</p>
<p><strong>Melody Moore</strong> ne craint pas d&rsquo;affronter toutes ces ombres tutélaires, et ses moyens lui donnent raison : le timbre est d&rsquo;une lumière admirable, avec une couleur et des irisations qui évoquent souvent l&rsquo;image de miel coulant sur un vieux tronc d&rsquo;arbre. C&rsquo;est admirable de beauté, tout en étant très personnel et immédiatement reconnaissable. La chanteuse déclare souvent en interview s&rsquo;inspirer de Renata Tebaldi, et la filiation est en effet évidente, avec quelque chose de plus souple que chez l&rsquo;Italienne. Le volume est, au disque, tout à fait approprié, la diction soignée, les répliques sont tranchantes, la langue vécue de l&rsquo;intérieur. Tout au plus regrettera-t-on un passage vers les notes les plus aigües qui donne parfois l&rsquo;impression d&rsquo;un rétrécissement, voire d&rsquo;une dureté. Mais ce chant qui devient alors plus forcé produit un effet dramatique de la plus belle eau. Comme cela correspond chaque fois à des climax, comme à la fin de l&rsquo;acte I, on constatera que l&rsquo;artiste est d&rsquo;une intelligence supérieure, puisqu&rsquo;elle fait de ses limites un atout. Bien plus que « l&rsquo;expédient » décrit par Piotr Kaminski, Melody Moore prend place dans une succession prestigieuse sans rougir.</p>
<p>Le coffret a d&rsquo;autant plus de légitimité que le reste de la distribution a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un soin tout particulier. Commençons par le Pollione de <strong>Stefan Pop</strong>. A condition d&rsquo;oublier John Osborn ou Michael Spyres, et la tendance de notre époque à confier le rôle à des artistes tout en douceur et nuances, on pourra se laisser séduire par le chant héroïque de Pop, et la santé éclatante qu&rsquo;il met dans chacune de ses interventions. On est loin du « tenor di grazia » hérité de Rossini, mais quelle allure, quelle vaillance, quelle belle façon de rééquilibrer une oeuvre qui a souvent tendance à pencher davantage du côté féminin. Après tout, Callas elle-même n&rsquo;avait-elle pas pour Pollione un certain Franco Corelli, peu connu pour sa tiédeur ? <strong>Adam Lau</strong> offre un Oroveso dans le même style : granitique, voire rocailleux, il est ici plus prêtre que père, mais l&rsquo;ampleur des moyens est impressionnante. Comme cela a souvent été le cas jusqu&rsquo;à la fin des années 70, le choix a été fait de confier Adalgisa à une mezzo-soprano. C&rsquo;est la jeune Roumaine <strong>Roxana Constantinescu</strong> qui a pour tâche délicate de donner la réplique à Melody Moore dans les fameux duos. On apprécie l&rsquo;engagement de l&rsquo;artiste, sa rage de vaincre les difficultés du rôle et la jeunesse de ton qu&rsquo;elle exhale en permanence. Mais le timbre n&rsquo;est pas des plus séduisants, surtout dans le registre supérieur, et il se marie assez mal avec la voix ô combien « crémeuse » de Melody Moore.</p>
<p>Après sa très belle Aïda en Suède cet été, <strong>Pier Giorgio Morandi</strong> confirme ses qualités de chef lyrique : un vrai sens du théâtre, une battue claire au service des chanteurs, un instinct quasi infaillible pour savoir quand il faut retenir l&rsquo;orchestre ou lui laisser plus d&rsquo;espace. On ne sait qu&rsquo;admirer le plus, des introductions pleines de mystère et d&rsquo;atmosphère aux longues cantilènes rendues avec un sens du phrasé qui est proprement enivrant, sans parler des ensembles plus dramatiques, pleins de feux. Le finale de l&rsquo;acte I est ébouriffant, avec une gestion des équilibres et des tempi proche de l&rsquo;idéal. Très flatté par une prise de son studio qui est comme une radiographie, <strong>l&rsquo;Orchestre philharmonique de Transylvanie</strong> est engagé du premier au dernier pupitre, et il semble rompu à un répertoire qui reste étranger à tant d&rsquo;autres, même parfois au sein de nos maisons d&rsquo;opéra. Le C<strong>hoeur de Transylvanie</strong> est excellent, Clotilde (<strong>Noemi Modra</strong>) et Flavio (<strong>Eusebiu Hutan</strong>) n&rsquo;appellent que des éloges, bref, même si Callas ou Sutherland ne sont pas détrônées, l&rsquo;admirateur de Bellini trouvera ici largement de quoi faire son miel. La comparaison avec la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/bellini-norma/">tentative récente de Marina Rebeka</a> sera très instructive, au bénéfice de cet album-ci.</p>
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		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings, Operas 1959 &#8211; 1970</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jul 2025 21:27:12 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=193114</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pour notre plus grand bonheur, Decca réédite sous forme d&#8217;un superbe coffret (avec pochettes d&#8217;origine) les intégrales lyriques de la Stupenda originellement enregistrées entre 1959 et 1970. Une occasion de découvrir ou de redécouvrir l&#8217;une des plus grandes artistes de tous les temps. La compilation s&#8217;ouvre avec un enregistrement sur le vif d&#8217;Alcina en 1959 &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour notre plus grand bonheur, Decca réédite sous forme d&rsquo;un superbe coffret (avec pochettes d&rsquo;origine) les intégrales lyriques de la <em>Stupenda</em> originellement enregistrées entre 1959 et 1970. Une occasion de découvrir ou de redécouvrir l&rsquo;une des plus grandes artistes de tous les temps.</p>
<p>La compilation s&rsquo;ouvre avec un enregistrement sur le vif d&rsquo;<em>Alcina</em> en 1959 qui n&rsquo;a été mis que tardivement au catalogue officiel (Melodram, éditeur spécialisé à l&rsquo;époque dans les <em>« </em>pirates <em>»</em>, avait toutefois publié la bande radio dans les années 80). L&rsquo;enregistrement mono est d&rsquo;une qualité sonore très correcte, avec des voix très présentes. Créée en 1954, la <strong>Cappella Coloniensis</strong> fut l&rsquo;une des premières grandes formations à aborder les ouvrages baroques dans une optique d’interprétation historiquement informée. Le diapason est ainsi à 415 Hz. <strong>Ferdinand Leitner</strong> la dirige toutefois avec une componction un peu datée pour nos oreilles modernes. Les coupures sont nombreuses (une bonne demi-heure de musique), les <em>da capo</em> limités, les variations basiques et le suraigus absents. <strong>Joan Sutherland</strong>, appelée au dernier moment à remplacer une collègue insuffisante, y déploie une voix souple et colorée, assortie d&rsquo;une technique impeccable, mais sans véritable occasion de briller. Son <em>« </em>Tornami a vagheggiar <em>»</em> d&rsquo;une exceptionnelle légèreté, reste toutefois un merveilleux moment, tandis que son <em>«  </em>Ah! mio cor! Schernito sei! <em>» </em>témoigne de sa capacité à faire passer une émotion tout en finesse. Ses élans de colère dans « Ah! Ruggiero, crudel » (avant un « Ombre palide » plus classique) préfigurent déjà ceux de Norma. La prononciation est très correcte. On reprochera plus tard à la diva australienne de chanter avec une patate chaude dans la bouche : nous en sommes loin. En Ruggiero, <strong>Fritz Wunderlich</strong> est une double curiosité. Le rôle avait été écrit pour le castrat Giovanni Carestini : il est généralement défendu par des mezzo-sopranos à l&rsquo;époque moderne.  Le ténor allemand est donc obligé d&rsquo;adapter la partition à sa voix, avec par exemple des transpositions à l&rsquo;octave, tessiture quasi barytonnale qui ne met pas toujours en valeur la brillance légendaire de sa voix. La technique reste impeccable, avec des vocalises fort bien exécutées (son « Sta nell&rsquo;ircana pietrosa tana » nous fait toutefois oublier nos habitude d&rsquo;écoute !). La performance est d&rsquo;autant plus remarquable que celui-ci, dit-on, découvrait la partition : <strong>Nicola Monti</strong>, qui devait chanter le rôle de Ruggiero, avait en effet appris celui d&rsquo;Oronte (!) (vrai rôle de ténor) qu&rsquo;il chante d&rsquo;ailleurs excellemment, dans une combinaison de voix de tête et de poitrine. L&rsquo;enregistrement est également une occasion de découvrir de bons chanteurs méconnus comme <strong>Thomas Hemsley</strong>, <strong>Norma Procter</strong>, très beau contralto, ou encore <strong>Jeannette van Dijck</strong> d&rsquo;une grande sensibilité dramatique. L&rsquo;ensemble de l&rsquo;enregistrement est finalement plaisant, mais pour apprécier cette curiosité, il faudra toutefois mettre ses préjugés au vestiaire.</p>
<p><em>Acis and Galatea </em>contraste instantanément par la qualité sonore de l&rsquo;enregistrement, marque de fabrique de Decca. Spécialiste de la musique britannique, mais pas du baroque, <strong>Adrian Boult</strong> manque de légèreté pour la partie qui précède le dénouement tragique. Ainsi dirigée, <strong>Joan Sutherland</strong> est un peu placide. Spontanément associé aux compositions de Benjamin Britten, on n&rsquo;attendait pas nécessairement <strong>Peter Pears</strong> dans ce répertoire. La voix sonne jeune, les vocalises sont réussies : on pourra émettre des réserves de puristes sur le style mais l&rsquo;interprétation est largement convaincante.</p>
<p>On ne présente plus le <em>Don</em> <em>Giovanni</em> de <strong>Carlo Maria Giulini</strong>, assez universellement salué comme l&rsquo;un des monuments de l&rsquo;histoire du disque et figurant régulièrement dans les recommandations de <em>discothèque idéale</em>. Giulini fut pourtant un choix par défaut : Thomas Beecham refusa la proposition de diriger le chef-d&rsquo;œuvre de Mozart,  puis Klemperer renonça après quelques séances pour raisons de santé. La direction est typique de l&rsquo;époque, c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;elle tire l&rsquo;ouvrage vers le romantisme, mais sans oublier le versant <em>giocoso</em> du drame, dans une conception parfaitement équilibrée. Bien oublié aujourd&rsquo;hui, <strong>Eberhard Wächter</strong> est l&rsquo;un des meilleurs Don Giovanni de son époque (et un excellent interprète dans l&rsquo;absolu), alternant virilité et suavité, toujours virevoltant, colorant finement chaque mot dans toute une palette d&rsquo;expressions. La voix est assez claire et l&rsquo;émission parfois un peu rocailleuse. Le Leporello de <strong>Giuseppe Taddei</strong> n&rsquo;a pas la plus belle voix du monde, mais lui aussi sait faire un sort à chaque mot dans une interprétation absolument réjouissante. <strong>Luigi Alva</strong> offre un Don Ottavio un peu trop propret et on a souvent entendu mieux depuis. <strong>Piero Cappuccilli</strong> ne fait qu&rsquo;une bouchée du rôle de Masetto avec une interprétation très drôle du jeune homme un peu rustaud. <strong>Gottlob Frick</strong> n&rsquo;est pas le roi du beau chant, avec une émission parfois étonnante, des erreurs de prononciation, et son Commendatore n&rsquo;est pas vraiment impressionnant. <strong>Joan Sutherland</strong>, dans une de ses trop rares incursions dans le répertoire mozartien, remet les pendules salzbourgeoises à l&rsquo;heure : sa Donna Anna est juvénile et vive, une vraie jeune fille, la perfection technique se faisant ici oublier. <strong>Elisabeth Schwarzkopf</strong> atteint également la perfection en Donna Elvira, ardente et passionnée, toujours juste. <strong>Graziella Sciutti</strong> est une Zerlina au timbre riche et pleine de délicatesse, mais au chant un peu vieillot. Le <em>continuo</em> (Heinrich Schmidt) est plein de verve. La version choisie est la version « traditionnelle », c&rsquo;est-à-dire celle de Prague, avec l&rsquo;ajout des airs de Vienne d&rsquo;Ottavio et d&rsquo;Elvira. Au global, l&rsquo;enregistrement a plutôt bien résisté à l&rsquo;épreuve du temps, mais, dussions-nous risquer les foudres du Commendatore, son positionnement au sommet de la discographie nous semble aujourd&rsquo;hui à relativiser.</p>
<p>Pilier du Met et voix de stentor, <strong>Cornell MacNeil</strong> a finalement peu enregistré. Son Rigoletto est ici heureusement préservé, témoignant d&rsquo;une conception intelligente du personnage. <strong>Cesare Siepi</strong> est un Sparafucile de luxe, presque aristocratique. Pour son premier enregistrement studio du rôle, <strong>Joan Sutherland</strong> est une Gilda à craquer, d&rsquo;une émotion à fleur de peau. Le soprano sait alléger son instrument pour nous faire croire à son personnage de jeune fille. En revanche, la prononciation commence à être sacrifiée au profit de la beauté du son. Quelques contre-notes non écrites viennent appuyer le drame : outre le classique mi bémol du duo avec Rigoletto (qui, lui, donne un la bémol), un contre ut dièse à la fin du quatuor et un contre ré dans la scène de la tempête, juste avant de recevoir le coup de poignard (à la scène Sutherland faisait simultanément un lent signe de croix avant d&rsquo;entrer pour son sacrifice : frisson garanti). <strong>Renato</strong> <strong>Cioni</strong> est un Duc de Mantoue plutôt étriqué. Il est un peu submergé par Sutherland à la fin de leur duo. Sa cabalette (régulièrement coupée à l&rsquo;époque, même au disque) est rétablie, mais sans contre-ré final. La battue de <strong>Nino Sanzogno</strong> est légère et théâtrale. La prise de son, bien équilibrée, renforce cette théâtralité.</p>
<p>Le premier enregistrement de<em> Lucia du Lammermoor</em> offre peu ou prou les mêmes qualités et les quelques rares défauts que ce <em>Rigoletto</em>. La Lucia de <strong>Joan Sutherland</strong> est déjà une légende à laquelle il ne manque rien, pour un personnage qui sera l&rsquo;un de ses rôles fétiches pendant des décennies. Autre baryton américain (mais qu&rsquo;on pourrait prendre pour un chanteur italien), <strong>Robert Merrill</strong> offre un chant élégant allié à des moyens naturels impressionnants et un timbre riche de couleurs. <strong>Cesare Siepi</strong> est l&rsquo;un des meilleurs Raimondo de la discographie. Moins sollicité dans l&rsquo;aigu, <strong>Renato</strong> <strong>Cioni</strong> est plus convaincant qu&rsquo;en Duc de Mantoue. La version rouvre la plupart des coupures de l&rsquo;époque : reprise et strette de la cabalette d&rsquo;Enrico (mais sans variations), duo Lucia / Raimondo, scène de la tour de Wolferag. Le duo Enrico / Lucia est dans la tonalité basse classique (un demi ton plus bas que la version d&rsquo;origine). La direction de <strong>John</strong> <strong>Pritchard</strong> est attentive, légère, là encore théâtrale.</p>
<p>Pour sa seconde <em>Alcina</em>,<strong> Joan Sutherland</strong> est nettement mieux entourée et la prise de son est exemplaire. L&rsquo;enregistrement fit longtemps figure de référence avant d&rsquo;être dépassé par la révolution de l&rsquo;interprétation historiquement documentée. Les coupures restent nombreuses. L&rsquo;art vocal de Sutherland est à son sommet mais la beauté du chant prime largement sur l&rsquo;engagement dramatique. Avec <strong>Teresa</strong> <strong>Berganza</strong>, Ruggiero retrouve sa tessiture originale (à défaut de castrat, mais on n&rsquo;a pas trouvé de volontaires) et une vraie technique belcantiste, ce qu&rsquo;on aurait un peu tendance à oublier en raison de sa Carmen qui a marqué son époque (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/teresa-berganza-la-diva-solitaire/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Christophe Rizoud</a>). La chanteuse est toutefois elle aussi un brin monolithique. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> (qui signe ici sa première intégrale avec son épouse) est vive et brillante.</p>
<p><em>La sonnambula</em> connaitra également un second enregistrement plus tardif. L&rsquo;Amina de <strong>Joan Sutherland</strong> est ici d&rsquo;une incroyable liberté vocale et d&rsquo;une fraicheur en totale adéquation avec le personnage. La prise de son « italienne » est également plus théâtrale que dans la seconde version. C&rsquo;est ici une démonstration de ce qu&rsquo;est le vrai belcanto où la perfection technique n&rsquo;est pas une pyrotechnie vaine, mais un moyen dramatique pour transmettre l&rsquo;émotion par l&rsquo;intermédiaire de la voix. L&rsquo;Elvino de <strong>Nicola Monti</strong> est un peu pâle mais reste sensible et bien chantant, un peu limité en suraigu. Il offre tout de même deux contre-ut (dont un <em>collé au montage)</em> dans « Prendi: l&rsquo;anel ti dono ». En revanche, pas de contre-ré dans « Ah! perchè non posso odiarti » quand, à la même époque, Alfredo Kraus le donnait à la scène. Le Rodolfo de <strong>Fernando Corena</strong> est assez élégant. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est agréablement légère et la plupart des parties traditionnellement coupées sont rétablies.</p>
<p>Pour sa première <em>Traviata</em> en studio, la diva australienne retrouve <strong>John Pritchard</strong> qui dirige avec efficacité une partition pour une fois complète : les deux couplets des airs de Violetta aux premier et dernier actes, les cabalettes du ténor et du baryton et les répliques qui suivent les dernières paroles de l&rsquo;héroïne. <strong>Joan Sutherland</strong> est encore une fois un miracle de beau chant et assez émouvante. La prononciation est moyennement soignée. Le soprano est impeccablement entouré. <strong>Carlo Bergonzi</strong> reste le ténor verdien de son époque (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/carlo-bergonzi-la-mort-du-commandeur/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Sylvain Fort</a>) et son chant est un miel gorgé de soleil. Cerise sur le gâteau, le ténor offre le contre-ut conclusif de sa cabalette, un brin tendu il est vrai.  <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=o6-DshFlhK4">Déjà Germont avec Arturo Toscanini en 1946 (!)</a>, <strong>Robert Merrill</strong> ajoute un surcroit de maturité à un chant toujours glorieux, allié à un timbre de bronze. Inutile de préciser que cette version de <em>Traviata</em> ravira les amateurs de grandes voix.</p>
<p>On ne se souvient plus guère aujourd&rsquo;hui de <strong>Thomas Schippers</strong>, mort prématurément à 48 ans d&rsquo;un cancer du poumon et considéré par beaucoup à son époque comme le plus grand chef américain vivant. Sa <em>Carmen</em> est pleine vie, d&rsquo;allant, de poésie et de légèreté, avec des détails orchestraux originaux auxquels ne rend pas toujours justice une prise de son un peu plate. Il faut entendre par exemple l&rsquo;accompagnement oppressant des violons tandis que José court après Carmen. La distribution vocale internationale semble avoir été réunie sans aucune intention de restituer un quelconque esprit français. On exceptera <strong>Regina Resnik</strong>. également disparue des mémoires (pas de toutes néanmoins : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/regina-resnik-linclassable/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Julien Marion</a>). Sa gitane est atypique (mais ne le sont-elles pas toutes), le français est impeccable, le personnage est bien dessinée, dramatique sans excès histrioniques. L&rsquo;air des cartes, chanté avec un désespoir résigné, est un sommet interprétatif. <strong>Mario Del Monaco</strong> en revanche, est davantage resté dans les mémoires (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/mario-del-monaco-le-lion-de-pesaro/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Yvan Beuvard</a>). Habitué du rôle de Don José (en italien principalement), le ténor ne convainc pas complètement en français. Bête de scène, il semble un peu contraint par l&rsquo;enregistrement. L&rsquo;articulation est excellente mais l&rsquo;accent est parfois relâché (« La fleur ké tu m&rsquo;avais jaitai, donnn&rsquo; ma prisonnn&rsquo; etc. »). Quelques bruits de scène tentent de restituer une atmosphère réaliste (<em>zapateado</em> pendant « Les tringles des sistres tintaient », applaudissements de spectateurs dans l&rsquo;arène&#8230;), fausse bonne idée répandue à l&rsquo;époque et fort heureusement abandonnée par la suite. <strong>Tom Krause</strong> est un Escamillo correctement chantant mais sans grand relief (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/deces-du-baryton-tom-krause/">lire ici l&rsquo;hommage de notre confrère Christian Peter au baryton-basse finlandais</a>). <strong>Joan Sutherland</strong> fait mieux que tirer son épingle du jeu avec un chant raffiné et une prononciation correcte.</p>
<p>Quand <strong>Joan Sutherland</strong> enregistre sa première intégrale d&rsquo;<em>I Puritani</em>, il n&rsquo;existe <em>aucune</em> version (commerciale ou pas) vraiment satisfaisante (non : pas même le studio de Maria Callas). Le soprano renouvelle les merveilles de sa première <em>Lucia</em>. Son Elvira est exceptionnelle d&rsquo;abandon et de légèreté, la voix sachant se colorer de subtiles nuances nostalgiques. La virtuosité n&rsquo;est jamais en défaut, avec des variations spectaculaires, toujours dans le style et dramatiquement en situation. La prononciation est toutefois un peu plus relâchée. <strong>Pierre Duval</strong> est totalement inconnu lorsqu&rsquo;il enregistre le rôle d&rsquo;Arturo (incroyable mais vrai : Decca pensait faire enregistrer le rôle à Franco Corelli, lequel se désista à la dernière minute). Le ténor québécois ne sortira jamais de ce regrettable anonymat : c&rsquo;est bien dommage car le chanteur est très supérieur à quelques-uns des artistes précités dans cette recension. Le timbre est viril, le chant soigné, le suraigu sûr avec des contre-ré impressionnants (on ne tentait pas encore le contre fa du dernier air à l&rsquo;époque). En Riccardo, <strong>Renato Capecchi</strong> se révèle un authentique belcantiste, avec un parfait art de la coloration (bien au-dessus de Piero Cappuccilli, dans le second enregistrement en 1976). <strong>Ezio Flagello</strong> est un Giorgio de belle noblesse. La version rouvre de nombreuses coupures, dont la polonaise finale rajoutée plus tardivement. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est idéale. Encore une version incontournable.</p>
<p>Les extraits de <em>Giulio Cesare</em> marquent la première collaboration au studio de <strong>Joan Sutherland</strong> et <strong>Marilyn Horne</strong> dont l&rsquo;unique air, « Priva son d&rsquo;ogni conforto » est d&#8217;emblée difficilement surpassable. Beauté du timbre, coloration, expressivité sont conjuguées pour traduire toute la tristesse de Cornelia. Sutherland est dramatiquement plus libérée que dans <em>Alcina</em> et chacun des airs retenus est un miracle de chant. <strong>Margreta</strong> <strong>Elkins</strong> est un Cesare au timbre charmeur mais un peu scolaire dans sa vocalisation. <strong>Monica Sinclair</strong> chante un peu au-dessus de ses moyens (la cadence finale de « Si, spietata » est plutôt audacieuse), effort louable pas toujours payé en retour. Sesto est confié au ténor <strong>Richard Conrad</strong>, voix de poitrine et de tête systématiquement mixées, vibratello&#8230; Au positif, le ténorino américain n&rsquo;a qu&rsquo;un air à chanter. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> pourrait être un peu moins compassée.</p>
<p>Est-il nécessaire de présenter la première <em>Norma</em> de<strong> Joan Sutherland</strong> ? Plus de 60 ans après son enregistrement, cette version reste insurpassée au studio, et n&rsquo;est guère concurrencée que par les <em>live</em> de Maria Callas (en particulier celui de la Scala en 1955), celui de Montserrat Caballé à Orange, ou par ceux de la diva australienne elle-même (notamment au Met en 1970, aux côtés de Marilyn Horne, Carlo Bergonzi et Cesare Siepi). La <em>Stupenda</em> et <strong>Marilyn Horne</strong> sont ici dans une osmose parfaite. Bonynge opte ici pour la tonalité originale aiguë (la seconde version, avec Montserrat Caballé en Adalgisa, sera dans la tonalité traditionnelle). <strong>John Alexander</strong> est un Pollione vaillant et dramatiquement engagé. <strong>Richard Cross</strong> est un Oroveso impeccable. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est idéale. La prise de son est impressionnante.</p>
<p>On ne présente plus non plus <em>Semiramide</em>, premier enregistrement intégral de l&rsquo;ouvrage. <strong>Joan Sutherland</strong> et <strong>Marilyn</strong> <strong>Horne</strong> y sont au firmament. Mise à part la jeune June Anderson, et malgré les grandes qualités de Montserrat Caballé, le soprano australien est inégalé : jamais on avait entendu une voix d&rsquo;une telle largeur à ce point à l&rsquo;aise dans de telles pyrotechnies vocales. À l&rsquo;exception de Martine Dupuy, on ne voit pas non plus qui a bien pu rivaliser avec Horne en Arsace. Il en va différemment des partenaires masculins. <strong>Joseph Rouleau</strong> était une voix idéale <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=Cp_R1DXqAvc">pour Philippe II</a> ou le Grand Inquisiteur. Dans ce répertoire bien plus exigeant techniquement, la basse québécoise tire plutôt bien son épingle du jeu, avec une vocalisation laborieuse et parfois simplifiée, mais aussi une véritable incarnation dramatique. Les graves sont impressionnants et les aigus à la hauteur : certes, Samuel Ramey fera infiniment mieux plus tard (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-paris-tce/">et Giorgi Manoshvili aujourd&rsquo;hui</a>) mais l&rsquo;enregistrement n&rsquo;en est pas gâché pour autant. Dans la collection des ténors improbables sélectionnés par Richard Bonynge, <strong>John Serge</strong> occupe une place à part. Chanteur australien d&rsquo;origine italienne (de son vrai nom Sergio Sciancalepore), il connut une petite carrière de soliste avant que ses moyens modestes (il semble que sa voix ait été trop petite pour chanter raisonnablement en salle) ne le ramènent dans les chœurs d&rsquo;Opera Australia (il entreprit ensuite une carrière d&rsquo;acteur pour la télévision). Son premier air est coupé (c&rsquo;est hélas classique) et le second assez perturbant. Serge chante plutôt en voix mixte mais, à l&rsquo;inverse de la pratique habituelle de cette technique, il y a principalement recours pour le médium, et beaucoup moins pour le registre aigu et extrême aigu : le résultat est assez improbable, un brin excitant, mais vocalement très imparfait. Les chœurs et l&rsquo;orchestre sont excellents. Enfin, il faut saluer le génie (si, si&#8230;) de <strong>Richard Bonynge</strong> qui, face à une musique que personne n&rsquo;avait plus jouée correctement depuis plus de cent ans, a su définir une style et des canons d&rsquo;exécution qui ont depuis fait figure de référence pour ce type d&rsquo;ouvrage. On imagine le choc de cette enregistrement à sa sortie.</p>
<p><em>Beatrice di Tenda</em> marque la première collaboration au studio de Joan Sutherland et d&rsquo;un jeune ténor promis à un bel avenir, <strong>Luciano Pavarotti</strong>. Les deux géants ne chantent toutefois aucune page l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, à l&rsquo;exception des ensembles. <strong>Joan</strong> <strong>Sutherland</strong> est au sommet, avec une scène finale qui justifie à elle seule l&rsquo;achat du coffret. Le futur <em>tenorissimo</em> offre un chant miraculeux et un timbre divin. <strong>Cornelis Opthof</strong> ne mérite certaine pas l&rsquo;oubli dans lequel il est tombé (à supposer qu&rsquo;il en soit sorti un jour) : timbre claire et agréable, chant soigné et nuancé, science de la coloration, variations, <em>morbidezza</em>, aigu aisé (jusqu&rsquo;au la naturel !) mais sans effets ostentatoires, tout y est. <strong>Josephine Veasey</strong> est une fois de plus magnifiquement chantante et dramatiquement passionnée. Sa performance est remarquable, et ce d&rsquo;autant plus que le belcanto romantique n&rsquo;était absolument pas son cœur de répertoire. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est passionnée et parfaitement dans le style. Un enregistrement parfait <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-beatrice-di-tenda-paris-opera-bastille/">qui peut à l&rsquo;occasion servir de modèle aux responsables de casting</a>.</p>
<p>Entre accent prononcé et chant hors style, <strong>Franco Corelli</strong> est de ces Faust qu&rsquo;on apprécie d&rsquo;abord&#8230; quand on n&rsquo;est pas francophone. La diction est plutôt compréhensible, mais la prononciation est très passable (« Ciel radieuse ! »). La voix est néanmoins sublime, sans doute trop glorieuse : le ténor confond souvent Faust et Don José. Une fois habitué, on pourra néanmoins trouver un plaisir coupable à déguster ce chant décomplexé, au contre-ut glorieux. Le magnifique Méphisto de <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> n&rsquo;est plus à présenter, référence de sa génération, détrônant le surestimé Boris Christoff (référence jusqu&rsquo;alors), et restant quasiment indépassé à ce jour (on exceptera les immenses Samuel Ramey et José van Dam). Le chant est racé, le mot toujours juste, l&rsquo;interprétation un brin histrionique, avec une juste dose d&rsquo;humour. L&rsquo;accent bulgare est léger et ne gène nullement. Un bonheur. <strong>Joan Sutherland</strong> offre un chant d&rsquo;une rare intelligence : son « Je voudrais bien savoir quel était ce jeune homme », pensif, est à tomber tant il traduit idéalement la pensée de la jeune fille. C&rsquo;est ici l&rsquo;art du belcanto romantique appliqué au répertoire romantique français. La prononciation n&rsquo;est pas formidable mais reste le plus souvent compréhensible. Tout son chant est une leçon, avec des mots colorés et accentués avec une extrême intelligence : « Il fit un <em>suprême</em> (avec une projection un peu accentuée) effort », « J&rsquo;ai <em>rougi</em> (la voix s&rsquo;éteignant) d&rsquo;abord »&#8230; C&rsquo;est un vrai travail d&rsquo;orfèvrerie vocale, mais aussi d&rsquo;horlogerie grâce à la souplesse et à l&rsquo;adaptabilité de la battue de Bonynge, tour à tour précipitée, caressante ou alanguie (le plus beau des « Pour toi je veux mourir »&#8230;). Les coincés du métronome seront justement horrifiés par ce <em>rubato</em> mais qu&rsquo;importe. <strong>Robert Massard</strong> donne <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/robert-massard-paroles-du-dernier-empereur/">une leçon de chant français</a> avec un Valentin dramatique, à la prononciation remarquable. <strong>Margreta Elkins</strong> est un Siebel sensible et délicat. Face à une partition d&rsquo;une autre complexité que celles des ouvrages de Bellini, Donizetti ou Rossini, <strong>Richard Bonynge</strong> démontre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un simple connaisseur de voix. Sa direction est fluide, sensible, énergique à l&rsquo;occasion, et le chef australien obtient de sa formation une sonorité romantique assez exceptionnelle. On notera que l&rsquo;enregistrement comprend des pages souvent coupées à l&rsquo;époque (toute la scène I de l&rsquo;acte IV, avec les airs de Marguerite et de Siebel). Il intègre également le réjouissant ballet de l&rsquo;acte V. Un enregistrement à redécouvrir malgré une distribution hétéroclite.</p>
<p>Enregistrées simultanément au printemps de l&rsquo;année 1966, les extraits de la <em>Griselda</em> de Giovanni Bononcini et ceux du <em>Montezuma</em> de Carl Heinrich Graun sont d&rsquo;indéniables raretés. <strong>Joan Sutherland</strong> s&rsquo;y révèle à l&rsquo;apogée de sa période « patate chaude ». Pour le premier ouvrage, la <em>Stupenda</em> donne un peu l&rsquo;impression d&rsquo;être là pour faire plaisir à son mari. Le reste de la distribution varie du correct (<strong>Lauris</strong> <strong>Elms</strong> dans les deux rôles-titres) au pas très bon (<strong>Monica</strong> <strong>Sinclair</strong>). Le second opus est nettement plus excitant, Graun écrivant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/carl-heinrich-graun-opera-arias-quand-la-machine-emeut/">des pages extrêmement virtuoses</a> dans lesquelles Joan Sutherland est au sommet. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est fine et élégante.</p>
<p><em>La Fille du régiment</em> est encore un autre enregistrement culte. La diva australienne chante Marie avec une telle facilité qu&rsquo;elle nous en fait complètement oublier les difficultés (il n&rsquo;y a qu&rsquo;à la scène qu&rsquo;elle chantait tout aussi bien, et en étant encore plus drôle). C&rsquo;est avec ce rôle que <strong>Luciano Pavarotti</strong> gagnera en 1972 au Metropolitan son surnom de <em>King of the high C</em> (le Roi du contre-ut), titre un peu usurpé à notre sens. Le ténor offre toutefois bien ses neufs superbes contre-ut dans « Ah mes amis » (mais pas l&rsquo;ut dièse au second acte, dans « Pour me rapprocher de Marie »). Le timbre est magnifique, et la prononciation très correcte, d&rsquo;autant que l&rsquo;artiste aura rarement chanté en français. Surtout, le personnage est éminemment sympathique. Pour un chant plus châtié (et pour l&rsquo;ut dièse !), on pourra toutefois préférer Alfredo Kraus à la même époque, voire Juan Diego Florez à la nôtre, mais, à de tels sommets, c&rsquo;est aussi affaire de goût. <strong>Spiro Malas</strong> est un Sulpice très honnête et <strong>Monica Sinclair</strong> une Marquise de Birkenfeld efficace, mais plutôt dans le registre de la caricature.</p>
<p>En Lakmé, <strong>Joan Sutherland </strong>sort un peu de son répertoire traditionnel, s&rsquo;agissant d&rsquo;un rôle habituellement dévolu à des coloratures légers comme Lily Pons, Mado Robin, Mady Mesplé, Natalie Dessay ou, plus près de nous, Sabine Devieilhe. Des voix plus lourdes s&rsquo;y sont risquées avec succès, telle celle de Christiane Eda-Pierre, mais Joan Sutherland est sans doute la voix la plus riche et la plus large qui se soit produite dans le rôle, au disque mais aussi à la scène. Aux amateurs de voix légères, la voix de Sutherland semblera sans doute trop opulente : or, c&rsquo;est cette richesse même qui lui permet de colorer son chant en vraie belcantiste, pour un résultat équivalent à celui de sa Marguerite de <em>Faust</em> déjà citée. Seul vrai regret, une prononciation parfois confuse, sauf dans ses grandes scènes toutefois. <strong>Alain Vanzo</strong> est un Gérald idéal et authentique, dans l&rsquo;un de ses meilleurs rôles. Il est à la fois ardent et tendre, parfaite illustration du demi-caractère à la française, ténor aux qualités si difficiles à  réunir. <strong>Gabriel Bacquier</strong> est un Nilakantha solide mais le rôle n&rsquo;est pas vraiment pour lui, et on pourra lui préférer une authentique basse chantante. Les seconds rôles sont à peu près tous excellents qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la Malika de <strong>Jane Berbié</strong>, pleine de délicatesse, du Frédérick de <strong>Claude Cales</strong>, modèle de phrasé, ou encore des belles voix de <strong>Josephte Clément</strong> ou de <strong>Gwenyth</strong> <strong>Annear</strong>. La Miss Bentson de <strong>Monica Sinclair</strong> est en revanche trop caricaturale. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est une fois de plus idéale, témoignant d&rsquo;une rare compréhension de la finesse de cette musique.</p>
<p>Il est souvent de bon ton de dénigrer ce second enregistrement de<em> Don Giovanni,</em> surtout après celui de Giulini. À la réécoute, et sans se leurrer sur quelques défauts, la proposition de <strong>Richard Bonynge</strong> vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête. Nous sommes en 1968. Pour Mozart, l&rsquo;interprétation historiquement informée ne s&rsquo;est pas encore vraiment imposée et on joue le plus souvent <em>Don Giovanni</em> comme une musique romantique (il y a bien sûr des exceptions). Les réussites ne manquent d&rsquo;ailleurs pas. À la tête de l&rsquo;agile English Chamber Orchestra, le chef d&rsquo;orchestre australien offre toutefois une vision renouvelée, avec une direction belcantiste, presque rossinienne, vive mais évidemment moins dramatique, où l&rsquo;accent est mis davantage sur la beauté musicale que sur le drame. Dans cette optique, pratiquement tous les chanteurs offrent des variations ou, a minima, quelques appoggiatures. <strong>Gabriel Bacquier</strong> fut un exceptionnel Leporello. Son Don Giovanni manque toutefois de complexité. L&rsquo;interprétation est un peu uniforme et manque de variété. <strong>Donald Gramm</strong> est un Leporello à la voix un peu légère, fin interprète, dans la veine d&rsquo;un Taddeo de <em>L&rsquo;italiana in Algeri </em>par exemple. Inutile de chercher ici une sorte de double de son maître. <strong>Joan Sutherland</strong> est une Donna Anna plus marmoréenne que dans sa première version, grande dame bafouée plutôt que jeune fille amoureuse. <strong>Pilar</strong> <strong>Lorengar</strong> est une Donna Elvira moins raffinée et moins travaillée que celle d&rsquo;Elisabeth Schwarzkopf, mais émouvante par sa simplicité et son naturel même. Tout le monde n&rsquo;appréciera pas néanmoins son vibrato serré, dont elle se sert avec intelligence pour faire passer l&rsquo;émotion (un peu comme Beverly Sills à la même époque). <strong>Marilyn Horne</strong> est une Zerlina inhabituelle avec un timbre riche et une variété de couleurs dont nous ne connaissons pas d&rsquo;équivalent dans ce rôle. Le Masetto de Leonardo Monreale est sympathique mais manque de caractère. <strong>Werner Krenn</strong> n&rsquo;est pas doté de grands moyens vocaux et l&rsquo;émission est un peu engorgée, mais il chante avec musicalité. Il a aussi le grand mérite d&rsquo;interpréter ses deux airs avec des variations élaborées. Le Commendatore de<strong> Clifford Grant</strong> est tout à fait satisfaisant. Enfin, la prise de son est superlative. Bonynge offre ici la version de Prague complète, augmentée des nouvelles parties musicales écrites pour Vienne : l&rsquo;air du ténor « Dalla sua pace » à l’acte I, « Mi tradì quell’alma ingrata » pour Elvira, et surtout le rarissime duo viennois Zerlina / Leporello de l’acte II, « Per queste tue manine ». Une version à connaitre pour son originalité.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement des <em>Huguenots</em> marqua lui aussi son époque : la musique de Meyerbeer avait quasiment disparu des scènes  et il était de bon ton chez les critiques et historiens de la musique de se pincer le nez en évoquant le compositeur, restant sourd à son apport musical original et indéniable. Heureusement, grâce à d&rsquo;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/robert-letellier-il-faut-redecouvrir-la-modernite-de-meyerbeer/">inlassables spécialistes</a>, des musiciens passionnés, des directeurs de théâtre audacieux, et avec le soutien des amateurs sans préjugés, le compositeur a fini par retrouver le chemin des théâtres. Avec ses quatre disques 33 tours, le coffret d&rsquo;origine était en soi un monument, illustré de riches gravures et assorti de commentaires facétieux (pour les ensembles, le livret indiquait qu&rsquo;il était impossible de comprendre le texte en raison du grand nombre de solistes et de chœurs chantant en même temps des choses différentes : il fallait donc les croire sur paroles (sic)). L&rsquo;enregistrement comporte la rare strette de l&rsquo;air de Valentine jamais entendue (Bonynge affirmait avec un faux sérieux ne pas en être l&rsquo;auteur). En dehors de <strong>Joan Sutherland</strong>, magnifique, mais dans un rôle relativement court (l&rsquo;acte II est le finale de l&rsquo;acte III), le reste de la distribution est correct. Il faut toutefois supporter le pâle <strong>Anastasios Vrenios</strong>, plus soprano que ténor. On regrettera toujours que Nicolai Gedda (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/encyclopedie-subjective-du-tenor-nicolai-gedda/?fbclid=IwY2xjawLhHwtleHRuA2FlbQIxMQABHk4SJD73bmBhYV38RfxdxmgBqH4pJO7u1xyk_p3Iv8nwT7DlCVRAThvQbH0g_aem_8RQXmeSZSKAYGk3B9X4BuQ">dont on fête cette année le centenaire de la naissance</a>) n&rsquo;ait pu se dégager de son contrat d&rsquo;exclusivité chez EMI. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> est étonnamment convaincante, s&rsquo;agissant d&rsquo;un grand opéra français, genre que le chef australien a peu fréquenté.</p>
<p>Réalisé à l&rsquo;été 1970,<em> L’Elisir d’amore</em> est un autre monument de la discographie. <strong>Luciano Pavarotti</strong>, qui restera pour l&rsquo;éternité le meilleur interprète de Nemorino, est ici enregistré dans la plénitude de ses moyens. Le timbre est unique. Le chant est varié à plaisir. L&rsquo;interprétation mémorable. Impeccablement coaché par Richard Bonynge, le <em>tenorissimo</em> ne se permet aucune des facilités auxquelles il pourra se prêter des années plus tard. Il touche ici au sublime. Occurence rare, <strong>Joan Sutherland</strong> interprète ici un rôle qu&rsquo;elle ne chantera jamais à la scène et atteint elle aussi la perfection : la diction est assez claire, la technique vocale est tellement parfaite qu&rsquo;on n&rsquo;y fait même plus attention, et surtout l&rsquo;interprétation est fine et pleine d&rsquo;humour. <strong>Dominic Cossa</strong> est un Belcore bien chantant (par exemple, dans les rapides vocalises, souvent sabotées, du duo de l&rsquo;acte II avec Nemorino), sans une once de vulgarité. Les moyens vocaux de <strong>Spiro Malas</strong> ne sont pas immenses, mais il offre en Dulcamara un bel abattage dramatique, sans aucun laisser-aller. La direction de <strong>Richard Bonynge</strong> restitue le plaisir du théâtre. Grâce au chef australien, nous découvrons des reprises habituellement coupées (et on se demande pourquoi) ainsi qu&rsquo;une réjouissante cabalette alternative pour Adina, « Il mio rigor dimentico » qui suit « Prendi per me sei libero » (un véritable régal).</p>
<p>On sort étourdi de l&rsquo;écoute ou de la réécoute de ce coffret : tant de merveilles en un peu plus de dix ans (de 1959 à 1970) ne peuvent que donner le vertige, témoignage d&rsquo;une chanteuse totalement hors du commun. On n&rsquo;oubliera pas de remercier également Richard Bonynge : on a souvent reproché à Sutherland de ne plus chanter qu&rsquo;avec son mari, mais il est évident qu&rsquo;un tel niveau de qualité, qu&rsquo;une telle curiosité, et qu&rsquo;un tel professionnalisme au service de ce répertoire n&rsquo;auraient jamais pu être atteint avec des chefs de passage (aussi excellent soient-ils) qui n&rsquo;auraient croisé la <em>Stupenda</em> que le temps d&rsquo;un enregistrement. Ce monument est la réussite commune d&rsquo;un couple qui vouait toute sa vie à la musique.</p>
<div><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970-49-cd-box-set-sealed-uk-cd-album-box-set-4853432-862687_1280x1157.jpg-1024x925.webp" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970-49-cd-box-set-sealed-uk-cd-album-box-set-4853432-862687_1280x1157.jpg-1024x925.webp." /></div>
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		<title>BELLINI, Norma &#8211; Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-toulon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Est-il besoin de rappeler que Norma est la partition la plus jouée de Bellini, la plus célèbre aussi, ne serait-ce qu’au travers de Casta diva, l’invocation dont Maria Callas affirmait non sans humour que Bellini l’avait écrit pour elle (1), abondamment reprise sous toutes les formes (musique de nombreux films, chansons etc.)&#160;? S’il n’en fut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Est-il besoin de rappeler que <em>Norma</em> est la partition la plus jouée de Bellini, la plus célèbre aussi, ne serait-ce qu’au travers de <em>Casta diva</em>, l’invocation dont Maria Callas affirmait non sans humour que Bellini l’avait écrit pour elle (1), abondamment reprise sous toutes les formes (musique de nombreux films, chansons etc.)&nbsp;? S’il n’en fut pas toujours ainsi (2), <em>Norma </em>s’est imposé comme l’apothéose du bel canto et du romantisme italien, ouvrage dont la portée outrepasse les prouesses vocales qu’il exige de ses interprètes.</p>
<p>Il y a fort à parier que le gui des druides ne poussa jamais dans la belle pinède odorante où se niche Châteauvallon. C’est pourtant là que se presse le plus nombreux public pour assister à l’oracle que Norma va délivrer aux Gaulois prêts à en découdre avec l’occupant, dans le bois sacré, à la lumière de la lune. Dans la Gaule rebelle, la prêtresse et fille du chef des druides, Oroveso, aime secrètement Pollione, le proconsul romain dont elle a deux enfants. Ce dernier s’éprend d’Adalgisa, associée à Norma dans le culte druidique, et trahira Norma. Celle-ci marchera au bûcher après avoir avoué publiquement sa faute, et Pollione, l’y accompagnera, touché par la grâce.</p>
<p>La configuration singulière du site – un amphithéâtre en plein air – impose des contraintes spécifiques à la réalisation scénique. Dès sa découverte du lieu, le spectateur observe, surpris, que l’orchestre, à rebours des habitudes, se trouve relégué derrière le plateau, dans une sorte de demi-fosse qui permettra au public de le suivre avec attention. De surcroît, sa disposition interroge&nbsp;: déplacés d’un quart de tour, les musiciens observeront le chef, côté jardin, dirait-on dans une salle habituelle. Cette initiative s’avérera particulièrement bienvenue. Acoustiquement, la clarté y gagne, comme les équilibres (les cordes ramenées à leur juste valeur), et, surtout, le chant, pleinement valorisé, proche du public, prendra toute sa dimension, sans qu’il soit besoin d’une amplification, malgré l’absence de paroi réfléchissante en fond de scène. Visuellement, la magie de la tombée de la nuit sur le décor naturel de la pinède, assortie de cette sorte de bandeau formé par la lumière des pupitres, jouera pleinement, à la faveur des éclairages subtilement dosés de <strong>François Thouret</strong>. Ce cadre sylvestre, magnifié, où les caresses de la brise participent au bonheur musical, suffit pour ce qu’avec modestie le programme signale comme une «&nbsp;mise en espace&nbsp;». Il est vrai que le décor, unique, mais changeant à la faveur des lumières, se résume à sept troncs stylisés sur un plateau noir, réfléchissant. Solistes et chanteurs du chœur mettront à profit un couloir circulaire au pied du plateau pour leurs apparitions et déambulations. Ainsi, la dernière scène permettra au chœur d’entourer, efficacement et à distance, Norma, son père et son amant. Il faut louer la qualité d’invention d’<strong>Emmanuelle Bastet </strong>et de <strong>Tim Notham</strong>, qui signent ce petit miracle en allant à l’essentiel. Ni lune (qui préside à la cérémonie druidique sur laquelle s’ouvre l’opéra), ni bûcher, qui verra périr Norma et Pollione&nbsp;: les lumières suffiront à les suggérer, débarrassant l’opéra de tout caractère anecdotique. Unique accessoire, le poignard. Nulle transposition, forcément réductrice (suggérant plus d’une fois l’Occupation allemande, ou russe en Ukraine), on est dans l’intemporalité. La dimension politique n’est pas occultée pour autant par le conflit amoureux. Les costumes sont également dépouillés de toute référence, uniformément noirs (le chœur et les solistes masculins, Oroveso porteur d’une redingote), seules les couleurs permettront de différencier les héroïnes. A ce minimalisme répond une direction d’acteurs efficace, malgré quelques gestuelles conventionnelles.</p>
<p>L’ambitus des deux principaux rôles féminins est rigoureusement le même (du si bémol au contre-ut), il est utile de le rappeler. Norma et Adalgisa, bien qu’attendues différentes (une grande-prêtresse, mère protectrice et sa jeune assistante et amie), ont été fréquemment chantées en passant – naturellement &#8211; de la seconde à la première (ainsi Karine Deshayes récemment). <strong>Salome Jicia</strong>, incarne de nouveau Norma (après Cologne et Hambourg en 23) après voir chanté Adalgisa en septembre dernier à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-marseille/">Marseille</a>. Disciple de Renata Scotto et d’Alberto Zedda, la soprano géorgienne traduit à merveille la complexité et l’évolution de Norma. On sait l’exigence exceptionnelle du rôle qui, outre les qualités vocales et dramatiques, appelle une endurance assurée pour aborder le finale.&nbsp;La voix est chaude, qui trouve la lumière pulpeuse des aigus, qu’ils soient amples et brillants ou de délicats piani, ronde sur tout le registre, assortie d’une diction exemplaire. On oublie la technique, superlative, tant les traits et vocalises expressives semblent couler de source. C&rsquo;est une authentique tragédienne, qui a le sens du récit et le charme attendus. La présence, magnétique, fascine et touche, une véritable incarnation. Evidemment chacun attend <em>Casta diva</em>. La douceur caressante, mélancolique de l’orchestre introduit idéalement le chant, et il est évident que chacun l’écoute avec sa référence (qui n’est pas forcément Callas). Mais celles-ci sont vite oubliées tant la liberté de la ligne, ses modelés, et l’émotion qu’elles suscitent sont justes. Comment résister à l’intensité, à la générosité, si authentiques ? &nbsp;La cabalette suivante <em>Ah&nbsp;! bello a me ritorna</em>, n’est pas moins admirable&nbsp;: le bel canto idéal où le chant le plus virtuose, aux ornements et vocalises exemplaires, au souffle infini, sert une incontestable vérité dramatique. La puissance déclamatoire, fréquemment sollicitée, confirme que nous avons là une très grande Norma.</p>
<p>Adalgisa, <strong>Emily Sierra</strong>, n’est pas moins expressive ni douloureuse. La jeune vierge que protège Norma a la grâce, la candeur, et, surtout, l’étoffe du rôle. La voix est ample, séduisante, l’aigu aussi savoureux que les graves du trio qui ferme le I, jamais poitrinés, le legato superbe, le souffle long, et on se prend à regretter que l’ouvrage ne lui réserve ni air, ni cavatine, ni romanza. Son récit d’entrée,<em> Sgombra è la sacra selva</em>, suivi de l’arioso <em>Deh proteggini o Dio</em>, imposent le personnage, incarné avec justesse. Si le premier duo avec Norma, idéalement équilibré, dépasse la pure virtuosité vocale pour l’expression intense, le second est d’une exceptionnelle beauté et nous captive par sa magistrale progression (<em>Si, fino all’ore estreme</em> en particulier).</p>
<p>Pollione, amant orgueilleux, partagé et tourmenté, puis touché par la grâce, est confié à <strong>Matteo Falcier</strong>. Le ténor connaît bien son rôle, malgré quelques discrètes défaillances, certainement imputables à la position singulière des chanteurs par rapport à la direction. Energique, sans exhibition des muscles ou de l’aigu, son médium est nourri, la ligne est bien conduite, au style franc et châtié, même si le timbre n&rsquo;a pas la rondeur de références tenaces. Le lyrisme est servi avec l’aisance attendue. La tendresse des inflexions dans ses dialogues avec Adalgisa nous touche (3). Le trio du I (<em>Oh di quel sei tu vittima</em>) où l’amant changeant est entouré de la mère de ses enfants et de sa maîtresse est un pur joyau, équilibré, convaincant.</p>
<p>Chef de guerre, père aimant, Oroveso est confié à <strong>Öney Köse</strong>, spécialiste du rôle, qu’il avait chanté à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-strasbourg/">Strasbourg</a> en juin dernier (sous la baguette du chef de ce soir, qui y dirigeait l’Orchestre symphonique de Mulhouse). Préfiguration des pères verdiens, toujours porté par le chœur de ses obligés, notre imposant Oroveso a l’autorité et la noblesse attendues, servies par un timbre de bronze, au médium bien placé, ferme.</p>
<p>Pour ponctuelles et rares que soient les interventions de Clotilde, <strong>Kaarin Cecilia Phelps</strong> promet beaucoup. Le mezzo est riche, la voix saine et devrait s’épanouir dans des emplois plus consistants.&nbsp;Le Flavio de ce soir est un futur Pollione, n’en doutons pas. <strong>Alexander Marev</strong>, se révèle dès les quelques répliques avant la cavatine du proconsul. La voix est solide, bien placée, jeune, expressive, sonore et vaillante.</p>
<p>Le chœur, préparé avec soin par <strong>Christophe Bernollin</strong>, se signale par son engagement, sa cohésion et ses équilibres, quelle qu’en soit la disposition, renouvelée à souhait. Evidemment, les hommes se payent la part du lion, en guerriers farouches (<em>Non parti&nbsp;?</em>, puis le spectaculaire <em>Guerra, guerra&nbsp;! Sangue, sangue&nbsp;! vendetta&nbsp;!</em>). Chaque intervention est un bonheur, jusqu’au finale du second acte.</p>
<p><strong>Andrea Sanguineti</strong>, en authentique chef de théâtre, se montre toujours attentif à soutenir et inspirer le chant. Pour autant, il rend justice à la partition en ne se contentant pas de faire valoir les voix.&nbsp;L’urgence dramatique, l’énergie, sont manifestes, mais aussi la suavité, la douceur, la tendresse, sans ces facilités qui dénaturent parfois l’élégance bellinienne. Les tempi sont justes.&nbsp;Dès l’ouverture, alerte, tendue, les qualités de l’orchestre de l’Opéra de Toulon sont évidentes. L’ampleur, la clarté, la vie palpitante, les respirations, la précision, toutes sont au rendez-vous pour traduire avec justesse ce romantisme sensible, qui allie la poésie, le clair-obscur à la force paroxystique. La souplesse du propos, la construction des progressions, les variations de tempo, les contrastes, tout nous ravit. Sans oublier les couleurs, des cordes de velours, des vents caressants (hautbois et flûte solo tout particulièrement) ou incisifs, des percussions efficaces. Les pianissimi, les nuances subtiles de l’écriture orchestrale, la qualité de la dynamique, c’est un constant bonheur que d’écouter l’orchestre. Le finale du II démentirait si besoin l’étiquette de « mélodiste » que l’on colle encore trop souvent à Bellini. Cette ultime scène, magistrale, entraînera, d’un seul élan, tout le public à se dresser pour ovationner longuement chacun des artisans de cette belle réussite.</p>
<pre>(1) Giuditta Pasta en fut la créatrice, il y aura bientôt deux siècles. C’était Giulia Grisi qui chantait Adalgisa.&nbsp;
(2) La création française, en 1835, dut son succès à la Grisi, mais <em>Le Ménestrel</em> n’y consacra que peu de lignes, en affirmant sa préférence pour <em>les Puritains</em>. («&nbsp;<em>Norma</em> ne peut soutenir la comparaison avec <em>Les Puritains</em> [...) Rubini, Lablache et Mlle Assandri, jeune débutante âgée de 17 ans, ont dignement secondé Mlle Grisi...&nbsp;»).
(3) Mais pourquoi le faire fumer, avec Flavio&nbsp;?</pre>
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