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Questionnaire de Proust : Karen Vourc’h « Mon plus grand moment de grâce face à une œuvre d’art ? Les cratères de la lune dans mon télescope »

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Interview
26 janvier 2023

Infos sur l’œuvre

Détails

Titulaire d’un DEA de Physique théorique à l’ENS de la rue d’Ulm, Karen Vourc’h a été happée par le chant avec un tropisme tout particulier pour les œuvres des XXe et XXIe siècle. Sensible et engagée, elle s’est prêtée au questionnaire de Proust alors qu’elle renoue avec Mélisande, un personnage qui l’accompagne depuis toujours. Déjà applaudie dans ce rôle à L’Opéra-Comique à Paris ainsi qu’à Londres, Cologne, Stockholm,Tokyo ou Saint-Pétersbourg, elle l’incarnera à nouveau les 20 et 22 janvier à Modena, puis les 3 et 5 février à Piacenza. 


 

Mon meilleur souvenir dans une salle d’opéra ? 
Le sacre du printemps/Pina Bausch à l’Opéra Garnier

Mon pire souvenir sur scène ? 
Un trac paralysant qui fait anticiper chaque phrase et les rater au fur et mesure. Puis penser à la phrase ratée sur la phrase suivante etc etc . Heureusement la psychanalyse existe.

Le livre qui a changé ma vie ? 
Changer la vie, je ne pense pas ! Certains m’ aident à la comprendre un peu mieux en revanche, et me la rendent plus douce… J’ai toujours pas trop loin de moi un livre de Le Clezio, les Élégies de Rilke , les Pensées de Pascal, Nancy Huston, Erri de Luca, Alain, des poèmes de mon amoureux….

Le chanteur du passé avec lequel j’aurais aimé me produire.
Tom Waits. Il est vivant, mais je doute me produire sur scène un jour avec lui. Si cela arrive, j’appellerai ma copine Emmanuelle de Negri…

Mon plus grand moment de grâce face à une œuvre d’art?
Les cratères de la lune dans mon télescope.

La ville où je me sens chez moi ? 
Ce serait plutôt dans la nature, face a l’océan, dans une forêt primaire, sur un chemin de montagne …

La ville qui m’angoisse ? 
Celles où l’on sent la montée du populisme et et de l’extrême-droite. C’est-à-dire en de nombreux endroits en ce moment.

Ce qui, dans mon pays, me rend le plus fier ? 
La laïcité.

Le metteur en scène dont je me sens le plus proche ? 
Sans doute Stéphane Braunschweig et Robert Carsen, avec qui j’ai fait plusieurs productions toujours avec la même joie, bonheur, bienveillance et intelligence.

Mon pire souvenir avec un chef ? 
Un souvenir plutôt drôle, mais horrible sur le moment : un de mes tout premier opéra, Elektra de Strauss avec Christoph von Dohnányi quand j’étais a l’Opéra-studio de Zurich. J’avais deux pauvres phrases à chanter (la Schleppentragerin). A deux reprises en répétition scène-orchestre, le chef a arrêté tout l’orchestre juste après ma phrase, a secoué la tête, comme si c était catastrophique et a quitté son pupitre. En fait cette phrase correspondait exactement à l’heure de la pause !

Le chef ou la cheffe qui m’a le plus appris ? 
Très sincèrement, tous. Quasi. Même dans leurs névroses et impatiences. Peut-être en retenant Alain Altinoglu pour sa grande connaissance du chant et sa clarté, Sir Eliot Gardiner, pour sa radicalité, Kazushi Ono pour son exigence et bienveillance, Louis Langrée pour sa joie communicative, Ernest Izquierdo Martinez et Marko Letoja pour leur complicité et tout récemment Jean-Claude Casadesus pour l’humilité et la douceur. Je me réjouis d’ailleurs de retrouver ce dernier à Lille pour Shéhérazade.

À part chanter, ce que j’ai dû faire de plus compliqué sur scène ? 
Plus j ai de choses compliquées a faire sur scène, mieux je chante. Le pire pour moi c’est un metteur en scène qui nous oblige à une sorte de version concert, immobiles.
Sinon, peut-être récemment a Tokyo dans le Pelléas de Katie Mitchell, il y a un mouvement de danse très lent à effectuer sur toute une musique de prélude en traversant la scène. Très exposé. Un mouvement qui ne fonctionne que si on le fait très bien. Je me suis beaucoup entraînée, mais j’adore cela et j’ai fait beaucoup de danse classique adolescente ; cela m’aide.

Si je pouvais apprendre un instrument du jour au lendemain, lequel serait-il ? 
Un instrument chirurgical. La chirurgie.

Un opéra dont j’aurais voulu être le créateur du rôle-titre ? 
Sans doute Mélisande ou Blanche…Mais je chante justement beaucoup d opéras contemporains pour répondre à cette question au présent et non conditionnel !

Le chanteur du passé dont l’écoute m’a le plus appris ? 
Tous pour des aspects différents …Callas pour ses prises de risque, Pavarotti pour sa joie, la facilité, Freni, Eda-Pierre, Lucia Popp, Stratas, Flagstadt, Ludwig, Corelli pour la sensibilité….et d’aujourd’hui, mais qui chante un peu moins, Isokoski, Von Otter, Fleming…. J’en oublie sûrement.

Le chanteur du présent que je trouve d’une générosité rare ?
Justement Marjana Liposjek dans cette Elektra qui m’avait serrée dans ses bras et bercée quand je me suis effondrée quand Christoph von Dohnányi avait quitté la fosse! C’est elle qui m’avait expliqué le quiproquo ! Je me souviens encore de la douceur de son cou et sa poitrine.
Je trouve qu’il y a une grande solidarité, générosité et bienveillance entre nous, chanteurs. C’est plutôt la norme que le contraire. Cela m’émeut toujours. Voyez ce qu’il s’est passé avec la création de Unisson pendant la pandémie.

Si j’étais un personnage de Disney ?
Alice.

Mon plus grand moment d’embarras ? 
Répondre a ce questionnaire?

Le compositeur auquel j’ai envie de dire « mon cher, ta musique n’est pas pour moi » ? 
Donizetti sans doute. Mon goût et les hasards m’ont portée rapidement vers les XXe et XXIe siècle (hormis Monteverdi et Mozart bien entendu) et je n’ai malheureusement pas du tout les bases stylistiques pour chanter du Bel Canto .

Ma personnalité historique préférée ?
Mes deux grands mères.

Si j’étais un Lied ou une Mélodie ?
Probablement le premier que j ai appris : Immer leiser wird mein Schlummer de Brahms. Cela me replonge immédiatement dans une période particulière quand je l’entends ou le chante.

Mon pire souvenir historique des 40 dernières années ?
Evidemment il y a les attentats du Bataclan, l’Ukraine, Alep, l’Ethiopie, le Soudan …On ne saurait compter la tristesse humaine. Mais peut-être le visage de Le Pen s’affichant aux élections de 2002 ou celui de Trump aux Etats-Unis. C’est-à-dire l’éternel recommencement de la montée du populisme. Il faut lire le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel.

Le rôle que je ne chanterai plus jamais ?
Peut-être Manon de Massenet. Je l’ai chanté avec beaucoup de joie à Saint-Étienne avec mon ami Philippe Do en Des Grieux. Mais je ne vois pas comment, avec mon orientation de répertoire actuel, je serais amenée a le rechanter !

Ma devise ?
Lue récemment dans le très beau libre de Erri de Luca, Impossible : «  L’élégance n’est pas dans la garde-robe mais dans les attentions de deux êtres qui vivent ensemble ».Tellement vrai.

 

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