Anne Schwanewilms, sous le signe du chant

Vier letzte Lieder - Montpellier

Par Clément Taillia | ven 26 Avril 2013 | Imprimer
 
La rencontre entre Anne Schwanewilms et Richard Strauss a quelque chose d’évident. Ceux qui ont entendu sa Maréchale, son Arabella ou son Impératrice (La Femme sans Ombre) le savent : sa voix, riche mais claire, profonde mais lumineuse, trouve un écho naturel dans l’univers d’un compositeur versé autant dans la tragédie que dans la comédie, dans le drame que dans la légèreté. Mozart et Wagner : une grande interprète de Strauss doit avoir, grosso modo, la souplesse requise par le premier, la grandeur qu’exige le second, et Anne Schwanewilms a un peu de tout cela. Les Quatre derniers Lieder ne demandent rien de moins, qui figurent la quintessence du chant straussien. Fluidité des vocalises, longueur du souffle, moelleux du timbre, sensuel rayonnement de l’aigu : « Frühling », déjà, donne le ton. « September » et « Beim Schlafengehen » ombrent à peine d’une vague nostalgie cette entrée en matière foisonnante de vie et de couleur. « Im Abendrot », en toute logique, est un apaisement plus qu’un renoncement, une inspiration sereine et libre.
 
Chanteur lui aussi (il fut ténor dans un chœur avant de devenir chef d’orchestre), Constantin Trinks prête à sa cantatrice une oreille experte et attentive, suspendant les musiciens au fil de sa voix et au son des mots de Hesse et Eichendorff, créant à chaque instant avec Anne Schwanewilms un dialogue presque chambriste.
Auparavant, l’Orchestre National de Montpellier avait montré des sonorités d’une belle cohésion dans Ainsi parlait Zarathoustra, sans épuiser dans l’éclat fracassant des célébrissimes premières mesures toutes les forces que commande une partition riche en changements d’atmosphères, de rythmes, et en solos : ceux-ci n’épargnent pas les cuivres, mais le premier violon, Dorota Anderszewska, se tire avec les honneurs des nombreux passages à nu que l’œuvre lui confie. Toujours prompt à faire chanter l’orchestre plutôt qu’à le faire vrombir, Constantin Trinks s’éloigne avec raison de l’emphase et de la boursouflure. Ainsi ouvre-t-il tout naturellement la voie au Blumine dont Mahler avait fait, originellement, l’andante de sa première symphonie : la soirée, à tous les niveaux, était placée sous le signe du chant.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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