La belle Mireille

La belle Hélène - Marseille

Par Maurice Salles | mar 21 Décembre 2010 | Imprimer
« A Jacques Offenbach, les directeurs de théâtres lyriques reconnaissants ». Verra-t-on un jour une célébration publique de ce musicien, véritable providence au moment des fêtes de fin d’année? A la location, La Belle Hélène a déjà fait un malheur à Marseille, où l’on a dû rajouter une représentation. A la popularité du titre s’ajoute peut-être celle de Jérôme Savary, auteur de la mise en scène choisie. Conçue il y a plus de deux décennies, elle offre depuis avec succès sa surenchère d’animation scénique, avec acrobates, danseurs et figurantes aux seins nus, et déluge répété de confettis et serpentins. A ces « hardiesses » près, on reste dans une Grèce antique de fantaisie, que la longévité de la production a fini peut-être par rendre conventionnelle. Un fronton triangulaire et un escalier du décor de Michel Lebois et quelques costumes de Michel Dussarat apportent la touche de couleur locale, simple concession à la vraisemblance vite oubliée par les tenues anachroniques, voire extravagantes et souvent légères pour l’élément féminin. On peut évidemment se demander s’il est légitime de transformer La Belle Hélène en revue de music hall mais les réactions de la salle le prouvent, cela plait.
Et pourtant, quelle que soit l’efficacité du spectacle, c’est bien les versants musicaux et vocaux qui en font pour nous le prix. Un grand bravo d’abord à Nader Abassi, qui obtient un presque sans faute de l’orchestre de l’Opéra. N’était la présence excessive des percussions dans la valse du troisième acte, qui tirent un peu trop la musique vers le caf’conc’, on ne peut que se réjouir de cette nouvelle collaboration entre la fosse et ce chef éclectique. Les préludes aux actes deux et trois sont de purs ravissements. La conduite du chef est d’une légèreté de touche qui rend justice à l’élégance de la musique d’Offenbach, et permet de comprendre et de ressentir l’admiration du compositeur pour les musiciens qu’il parodie. C’est vraiment du beau travail !
La distribution est dominée par Mireille Delunsch, qui incarne pour la première fois la belle Hellène et s’en tire haut la main ; elle n’a aucun mal avec la tessiture du rôle et brille sans effort dans les roulades imposées, en un festival de nuances, avec un charme parfois hautain digne de Micheline Presle ou d’héroïnes de Guitry. Du coup la barre est haute pour ses partenaires. Ils s’en sortent bien globalement, d'Eric Huchet, Ménélas benêt à souhait, à Marc Barrard, Agamemnon un chouia trop débonnaire, en passant par Francis Dudziak, Calchas porté sur la chose ; leur trio du troisième acte est des plus réussis. Bonne prestation aussi de Christine Tocci, nullement handicapée par sa petite taille en Oreste adolescent fêtard, avec le concours de Charlotte Filou et Julie Morgane en petites vertus. Les deux Ajax (Jacques Lemaire et Dominique Côté) et Achille (Till Fechner) sont sans reproche. Reste le fauteur de trouble, Pâris. Qu’est-il arrivé à Alexander Swan ? Sans être de stentor, sa voix passait bien l’an dernier dans La vie parisienne à Toulouse. Tout au long du premier acte on l’entend à peine, et les aigus donnés en force n’ont rien de plaisant. Au deuxième acte, il semble retrouver sa puissance d’émission et le duo avec Hélène se passe plutôt bien; mais cela ne dure pas et au troisième acte la voix fluctue à nouveau. Problèmes de santé ? Trac ? L’homogénéité du plateau en pâtit quelque peu. Celle des chœurs, incertaine à l’ouverture, s’affirme rapidement et leurs interventions sont d’une musicalité fort satisfaisante. Ajoutons la participation apparemment infatigable de danseurs et danseuses, la plastique des figurantes dévêtues et, que l’on raffole ou non des calembours du livret et des partis pris savaryens, cette Belle Hélène va en conquérir plus d’un !  
 

 

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