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MARTIN, La Tempête – Genève

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Spectacle
30 septembre 2026
Prospero ou le Mage Électricité

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

La Tempête/Der Sturm
Opéra en trois actes
Comédie-féerie de William Shakespeare
Musique de Frank Martin
Livret d’après The Tempest (1610-1611) de William Shakespeare, traduit en allemand par August Wilhelm Schlegel et adapté par Frank Martin
Créé le 17 juin 1956 à l’Opéra de Vienne
Traduction française de Pauline Martin
Version française créée le 13 avril 1967 au Grand Théâtre de Genève

Nouvelle production en coproduction avec l’Opéra national du Rhin
En collaboration et dans le cadre du projet artistique et patrimonial de l’Association L’Odyssée Frank Martin

Détails

Mise en scène, décors et costumes
Netia Jones
Lumières
Malcolm Rippeth
Création vidéo
Lightmap
Collaborateur à la mise en scène
Glen Sheppard
Assistant mise en scène
Barthélémy Fortier
Assistante costumes
Sukie Kirk
Assistant vidéo
Marc Lavallee

Prospero
Stéphane Degout
Miranda
Catherine Trottmann
Ferdinand
Julien Dran
Alonso
Nicolas Cavallier
Sebastian
Edwin Crossley-Mercer
Antonio
Léo Vermot-Desroches
Gonzalo
Christian Immler
Adrian
Glen Cunningham
Caliban
Alex Rosen
Trinculo
François Rougier
Stephano
Christophe Gay
Le Maître d’équipage
Georgiy Derbas-Richter
Ariel
Joseph Chosson

Orchestre de la Suisse Romande
Chœur du Grand Théâtre de Genève
Direction du Chœur
Mark Biggins
Assistant à la direction musicale
(Orchestre de coulisse et chœur)
Arnaud Arbet
Direction musicale
Thierry Fischer

 

Genève, Bâtiment des Forces Motrices, samedi 26 septembre 2026, 19h30

Pour l’ouverture de sa première saison à la tête du Grand Théâtre de Genève, sa ville natale, Alain Perroux a choisi une œuvre aussi rare qu’importante pour le patrimoine culturel lyrique : la mise en musique de La Tempête de Shakespeare par le Genevois Frank Martin (1890-1974), unique opéra d’un compositeur qui est sans doute le plus important musicien suisse roman du XXe siècle. Fasciné par l’univers foisonnant de la pièce du grand dramaturge élisabéthain, Martin voyait dans cet ouvrage une sorte de condensé de l’humanité ; il a donc commencé à travailler sur l’opéra, à partir de la traduction allemande de référence de Schlegel, aux débuts des années 1950 et avant même d’être sollicité par une maison lyrique. C’est l’Opéra de Vienne qui se propose pour la création de Der Sturm au cours de la saison 1955/1956, célébrant ainsi la réouverture de l’opéra détruit en 1945. Karl Böhm doit diriger et le rôle de Prospero a été écrit pour Dietrich Fischer-Dieskau. Mais le chef d’orchestre jette l’éponge et le baryton, malade, doit renoncer à la prise de rôle. Si l’œuvre rencontre son public, la critique est mitigée et l’opéra ne sera donné que jusqu’en 1959 avant d’être repris, précisément à Genève, en 1967, en version française cette fois. On reverra l’œuvre encore à Zurich en 1974, Brême en 1992, Amsterdam en 2008 et Saarbrücken en 2018 en allemand. C’est dire si cette deuxième reprise en version française constitue en soi un événement… D’autant que la direction d’orchestre a été confiée au chef suisse Thierry Fischer, spécialiste du compositeur auquel il consacre depuis quelques années une Odyssée Frank Martin, vaste programme de concerts et d’enregistrements.

© Carole Parodi

En quittant la salle qui accueillait pour six représentations cette rareté, on se demande vraiment comment il est possible qu’une telle pièce ait pu rester dans les oubliettes aussi longtemps car bien peu nombreux sont ceux qui la connaissent ou y font mention. Et il s’agit là d’un chef-d’œuvre conçu par un musicien qui a fait siennes les principales tendances de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècles, tout en restant très personnel et inclassable, s’exprimant dans un langage aux couleurs orchestrales foisonnantes empreintes d’une expressivité prolifique et captivante. De la pièce de Shakespeare, réduite de cinq à trois actes, il reste toutefois la complexité de l’intrigue aux multiples personnages et aux thématiques aussi variées que le pouvoir et son usage, la comédie humaine et, bien sûr, une histoire d’amour. Le grand œuvre de Martin traite tous ces sujets avec des incursions dans différents styles, y compris le jazz avec notamment un solo de saxo, des citations, entre autres de la marche nuptiale de Mendelssohn pour les émois amoureux, des envolées wagnériennes ou des fulgurances dodécaphonistes, pour une grande richesse orchestrale. Chaque personnage a droit à son particularisme, qui lui confère un grand réalisme sous forme de sonorités idoines pour les rois, prince, démiurge, serviteurs ambitieux, comploteurs ou esprit volatile. Ce n’est pour ainsi dire jamais l’ensemble de l’orchestre qui éclate, mais l’on assiste à un entrelacement subtil des divers instruments, allant du clavecin à la machine à vent en passant par la batterie. La musique est là pour mettre en valeur le texte, toujours parfaitement audible mais, et c’est sans doute là l’une des caractéristiques du livret français de Pauline Martin, sœur du compositeur, le livret est assez prosaïque, la poésie étant contenue dans la musique d’un lyrisme charismatique. Et si l’opéra ne contient pas vraiment d’airs entêtants qu’on pourrait ensuite fredonner, la partition s’écoute avec grand plaisir, immédiatement séduisante ; l’Orchestre de la Suisse Romande a su valoriser le complexe tissu musical de chaque instrument dont on a compris qu’il était trop largement individualisé pour ne pas se fondre dans la masse. Le chef, visiblement à son affaire, réussit à mettre en lumière tous les pupitres, ainsi que les chœurs et les solistes.

© Carole Parodi

Au plaisir de découvrir un univers sonore inédit et particulièrement opulent (dont on saura tout ou presque en consultant le numéro 350 de l’Avant-Scène Opéra qui lui a été consacré pour l’occasion et que nous présente Charles Sigel) s’ajoute la satisfaction de profiter d’une mise en scène ambitieuse et cohérente, celle de Netia Jones, qui avait confié à Alain Perroux que La Tempête était son Shakespeare préféré. Le Grand Théâtre est en ce moment fermé pour travaux et les représentations ont lieu principalement dans le BFM. Et précisément, la metteuse en scène a choisi de s’inspirer de l’architecture du Bâtiment des Forces Motrices, ancienne usine hydraulique, pour son décor industriel préservé et dont on découvre une variante sur scène. L’Île de Prospero, duc de Milan exilé devenu démiurge, devient une sorte de salle des machines doublée d’un laboratoire d’alchimiste. Dans cette ossature métallique, on remarque surtout des sphères métalliques qui évoquent notamment le théâtre du Globe, mais aussi le système solaire qui rappelait, de façon plus que déstabilisante, aux contemporains de Shakespeare, que la Terre n’était plus au centre de toutes choses, font songer à des atomes ou encore à la terrifiante boule de la série mythique du Prisonnier, comme un rappel oppressant d’un carcan d’où nulle échappatoire n’est possible. L’île mécanique, tout comme l’usine qui lui sert de cadre, est entourée d’eau : la vidéo fait ici l’affaire, avec de très beaux effets où eau et Fée Électricité, tout comme ondes radiophoniques produisent de très beaux effets. Netia Jones explique que le personnage d’Ariel, esprit insaisissable, a été l’emblème de la BBC et personnalisation des transmissions et de la radiodiffusion. L’emploi de la tournette permet aussi d’insister sur le fait de tourner en rond, une certaine introspection, un mouvement continu ou l’idée de mécanique de précision et de l’horlogerie qui colle à Genève. On pense aussi à Frankenstein (dont la famille est d’origine genevoise) et ses émanations cinématographiques. Sans compter que la magie de Prospero n’est, somme toute, que le résultat d’un inventeur dont les connaissances scientifiques sont perçues comme de la magie pour d’autres. À l’heure de l’IA, la problématique fait sens, ô combien. La féerie des effets spéciaux et vidéo de Lightmap, studio de création que dirige Netia Jones, les jeux de lumière très esthétiques de Malcolm Rippeth et l’intense présence de chacun des personnages font le reste…

© Carole Parodi

Toute la complexité du personnage de Prospero fait l’enjeu de cet opéra en termes d’interprétation. Souvenons-nous que le rôle avait été écrit pour Dietrich Fischer-Dieskau, baryton de tous les superlatifs et interprète d’une intelligence et d’une profondeur rare. Stéphane Degout se tire avec tous les honneurs du rôle de celui que la metteuse en scène aborde en savant fou capable de créer une tempête comme certains scientifiques ont pu travailler sur les phénomènes météorologiques… À la fois cruel et magnanime, attentionné et despote, pour ne pas dire colonialiste, Prospero est ici magnifié par un chant intense, puissant, d’une justesse irréprochable dans la diction et les intentions, par un interprète au sommet de son art, tout en puissance et en hésitations. Une très belle performance. À ses côtés, Catherine Trottmann est une Miranda toute de superbe et de caractère bien trempé, avec le chant pur de celle qui n’a pas connu d’autres hommes que son père avant de poser ses yeux et ouvrir son cœur au premier venu, un jeune prince tout de même. Lequel prince, Ferdinand, est incarné avec une superbe toute juvénile, radieuse et solaire par Julien Dran, diction impeccable et facilité apparente, avec en outre un timbre très beau. Les personnages caricaturaux et grossiers sont impayables de drôlerie et de causticité : Christophe Gay est un Stéphano dont l’ivrognerie devient une seconde nature et l’on sent que le baryton s’en donne à cœur joie, secondé par le Trinculo tout aussi imbibé et convaincant de François Rougier. Fausse boule à zéro et tatouages en décalcomanie plus vrais que nature, Alex Rosen est un Caliban à la fois monstrueux et attachant. Timbre ténébreux doublé d’un legato captivant, la créature oscille entre déférence vile et tentatives plus ou moins avortées de rédemption qui appellent à l’empathie. Autre basse d’exception, vouée au rôle plus valorisant du souverain Alson, quoique entâché de complot et de trahison, Nicolas Cavallier propose une prestation empreinte de noblesse et de majesté. Les comprimari sont tout à fait au niveau de la distribution de luxe à laquelle nous avons eu droit. Mais il faut également saluer la prestation exceptionnelle du jeune comédien Joseph Chosson, dans le rôle d’Ariel, esprit de l’air, alternativement féminin ou masculin, à la fois ici et ailleurs, génialement caractérisé par Martin en jeune comédien doublé en coulisses par un chœur mixte accompagné par un petit orchestre. Filmé en direct sur fond vert, le jeune homme virevolte et se contorsionne comme un danseur éthéré et malicieux. Projeté sur l’une ou l’autre sphère, parfois sur plusieurs d’entre elles simultanément, les prouesses techniques rendent justice à cette figure si complexe et difficile à incarner. On se réjouit d’avoir pu assister à ce spectacle d’exception, avant de se plonger dans la lecture du programme passionnant et instructif placé sous la direction éditoriale du dramaturge Louis Geisler.

Il est grand temps que La Tempête/Der Sturm intègre le Répertoire et que d’autres productions voient régulièrement le jour, en français ou en allemand. En attendant, on pourra entendre l’œuvre à la radio et une captation vidéo sera également bientôt disponible. Sur la page dédiée du Grand Théâtre de Genève, on peut aussi écouter le podcast passionnant dédié à la Tempête par Charles Sigel.

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Créé le 17 juin 1956 à l’Opéra de Vienne
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Nouvelle production en coproduction avec l’Opéra national du Rhin
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Mise en scène, décors et costumes
Netia Jones
Lumières
Malcolm Rippeth
Création vidéo
Lightmap
Collaborateur à la mise en scène
Glen Sheppard
Assistant mise en scène
Barthélémy Fortier
Assistante costumes
Sukie Kirk
Assistant vidéo
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Stéphane Degout
Miranda
Catherine Trottmann
Ferdinand
Julien Dran
Alonso
Nicolas Cavallier
Sebastian
Edwin Crossley-Mercer
Antonio
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Gonzalo
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Adrian
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François Rougier
Stephano
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Georgiy Derbas-Richter
Ariel
Joseph Chosson

Orchestre de la Suisse Romande
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Direction du Chœur
Mark Biggins
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Arnaud Arbet
Direction musicale
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